18 févr. 2010

WHITE LIGHTNIN'

Certains films ont au moins le mérite de ne pas vous laisser indifférent. C'est le cas de ce White lightnin', qui a écumé les festivals avant de trouver enfin un créneau dans les salles françaises. L'affiche a beau donner dans le rouge et noir, le film dispense un noir et blanc assez réussi et propose un rythme étrange et pénétrant, une voix off omniprésente s'ajoutant à un montage insérant de longs écrans noirs entre deux séquences. Comme si le héros, qui raconte sa propre histoire d'une voix nasillarde, nous avait conviés à une soirée diapos. Sauf que son parcours à lui ne ressemble pas vraiment à des vacances. Le dénommé Jesco White commence par sniffer de l'essence et enchaîner les maisons de redressement, dans ce qui constitue sans doute la meilleure partie du film. Le jeune acteur offre une interprétation savamment décalée, qui s'accorde assez bien avec la vision désabusée mais rigolarde du réalisateur Dominic Murphy. On se croirait quasiment dans une préquelle de Trainspotting, La jeunesse de Mark Renton... La stylisation n'apporte quasiment rien, si ce n'est l'impression factice d'assister à une oeuvre originale, mais elle n'a rien d'absolument gênant.
En revanche, le passage de Jesco à l'âge adulte signe le début de la fin pour White lightnin'. Parce que l'acteur Edward Hogg se prend tellement pour Michael Fassbender qu'il ne faut pas longtemps pour le prendre en grippe. Et parce qu'il délaisse en grande partie le plus intéressant - la virée du héros, devenu danseur, chez les rednecks - pour s'attarder avec complaisance sur la folie qui le (re)gagne peu à peu. Là, le film se met à ressembler peu à peu à l'oeuvre d'un étudiant qui voudrait à la fois faire son Guy Maddin et choquer l'assemblée pour passer illico à la postérité. Il multiplie les petites provocations et le symbolisme de bas étage dans une surenchère totalement vaine et filmée de façon trop complaisante.
Le dernier tiers vire carrément à la boucherie, dans tous les sens du terme. Une fois son câble pété, Jesco entreprend de zigouiller quelques-uns de ses semblables, dans le cadre de ce qu'il considère comme une vengeance ô combien noble. Le peu de psychologie déployé par le scénario suffit à donner envie de ne pas en savoir plus : reste alors l'impression d'assister à une petite série Z fauchée dans laquelle le but est de faire couler le plus de sang possible. Le problème, c'est l'énorme ego dont fait preuve Dominic Murphy : on le sent persuadé d'être un Artiste capable d'impressionner l'univers et d'apporter la bonne parole. L'ultime métaphore, ouvertement christique, constitue une sorte de coup de grâce pour un film qui n'en avait pas vraiment besoin, pas dépourvu de talent mais franchement foiré.




White lightnin' de Dominic Murphy. 1h25. Sortie : 17/02/2010.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur CineManiaC.

3 commentaires sur “WHITE LIGHTNIN'”

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord! Et dans le dernier tiers il y a aussi cette musique répétitive qui ajoute au malaise et au n'importe quoi...Autant j'ai pu apprécier le début, autant j'ai trouvé le reste moche, sale et bête.

Licteur_Lecteur a dit…

Avis partagé... mais la petite musique en revanche, je l'aime bien pour ne pas dire beaucoup. On y entend en revanche Hasil Adkins, autre taré connement disparu mais qui nous a livré des morceaux d'anthologie... au même titre que Link Wray, disparu également. Mon problème c'est de trouver des artistes qui feraient encore ce genre de musique, de cette manière !
Hasil Adkins - Drinkin' my life away.
Link Wray - Guitar preacher. Polydor years.

Anonyme a dit…

gorrrr a ne pas regarder apres 23h nuit blanche assurée

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz