23 févr. 2010

UNE ÉDUCATION

La présence de Nick Hornby au scénario constitue-t-elle, de nos jours, une garantie de qualité ? Pas si l'on en croit ses dernières pondaisons romanesques, gentils romans de gare hélas dépourvus d'aspérités. Pourtant, l'écrivain semble avoir trouvé un second souffle en s'attaquant à l'adaptation d'un article de Lynn Barber, journaliste au Sunday Times dont la jeunesse a fortement inspiré celle de la jeune Jenny. Une demoiselle de 16-17 ans, calibrée pour entrer à Oxford, que sa rencontre avec un dandy sacrément plus vieux qu'elle va détourner du chemin consciencieusement tracé par un père très (trop ?) ambitieux. La Danoise Lone Scherfig, auteur de l'excellent et noirissime Wilbur, filme avec délectation cette éducation sentimentale d'une jeune fille trop pressée, ravie d'avoir enfin trouvé une alternative à la vie de labeur qui lui était promise.
Le script ne s'attarde pas longtemps sur le dilemme moral portant sur la différence d'âge entre les deux amoureux en puissance. Un écart d'ailleurs indéfini, le personnage de David - Peter Sarsgaard, trouble et attirant - semblant tellement hors du temps qu'il semble difficile de lui donner un âge. Sous ses abords de petit film sage, le film s'attelle en fait à des questions plus précises et plus perverses, avec en point d'orgue une réflexion sur le bon et le mauvais mensonge. De façon plus didactique mais tout aussi passionnante, il s'interroge également, à travers sa jeune héroïne, sur la condition de la femme dans les années 60, contrainte de choisir entre une destinée de femme au foyer et un arrivisme intellectuel et social, seule solution proposée pour sortir de sa condition d'être inférieur. Plus que la question de l'amour qui unit Jenny à David, c'est réellement cette problématique qui se trouve au coeur d'Une éducation.
Il y aura évidemment plus d'une déconvenue dans le parcours initiatique d'une adolescente se rêvant déjà femme et souhaitant brûler les étapes en dépit des conventions. Le regard sec mais bienveillant porté sur elle par une enseignante dépitée et une principale rompue à ce genre d'émancipation est d'ailleurs le signe que Jenny est loin d'être la première à succomber à de telles sirènes. Une éducation séduit par sa façon d'épouser, par le biais d'une caméra sereine et raffinée, les points de vue complémentaires et forcément divergents des différentes protagonistes féminines. C'est avant tout un film de femmes, ce qui n'en fait pas pour autant un film pour femmes : le spectateur masculin ne manquera pas de s'identifier au personnage du jeune prétendant de Jenny, trop fauché et insignifiant pour pouvoir rivaliser avec son concurrent plus âgé et plus séduisant. À l'époque du lycée, on s'est tous dit que les types de 25 balais qui venaient chercher les filles de nos rêves dans leur belle bagnole avaient forcément quelque chose de louche à cacher. Le film de Lone Scherfig vient prouver que nous avions raison.





Une éducation de Lone Scherfig. 1h35. Sortie : 24/02/2010.

3 commentaires sur “UNE ÉDUCATION”

Benjamin F a dit…

On peut fait confiance à ta subjectivité sur ce coup :)

Mister Loup a dit…

Ouaip, il sent bon, celui-là aussi!
Ca m'a l'air subtil et bien écrit.
Merci pour cette critique.

catnatt a dit…

Vu :)

Curieux. J'ai littérallement adoré ce film, un vrai coup de coeur, et j'ai peine à expliquer pourquoi.
Un indéniable charme, des acteurs parfaitement choisis et une subtilité au long cours.
Reste que beaucoup d'hommes promettent plus qu'ils ne peuvent tenir...Ca m'a toujours fascinée et je n'ai jamais vraiment compris pourquoi même si je connais les mécanismes qui amènent forcément au traquenard, de ceux qui se referment sur eux, ces hommes.

Je vais le faire voir à ma fille. Je pense que ça peut lui parler.

 
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