14 févr. 2010

On partage plus que du cinéma


  • 27 janvier 2010, UGC Ciné Cité Les Halles, salle numéro 9. Installé dans son fauteuil en attendant Mother, un spectateur sort un sandwich de son sac et entreprend de le manger. Un agent de sécurité vient alors lui demander de bien vouloir le jeter. L'homme refuse mais remballe son sandwich, le range dans son sac et explique à l'agent qu'il ne le ressortira pas et qu'il le mangera en sortant de la salle. Mais non : l'employé insiste pour que le spectateur sorte de la salle, appelle ensuite une responsable après avoir essuyé un nouveau refus. Celle-ci ira jusqu'à appeler la police après avoir réalisé que l'homme ne bougera pas de son siège.
  • 30 janvier, même cinéma, autre salle. Trois policiers font irruption au début d'une séance de La princesse et la grenouille, matraque bien en vue, afin de faire sortir une famille venue avec plusieurs enfants, dont une petite fille de 2 ans et 10 mois. Soit 2 mois de moins que le minimum autorisé, en vertu de la loi Morain datant de 1927. Une employée consciencieuse avait prévenu le directeur du cinéma de cette irrégularité constatée.
  • 13 février, 19h30, UGC Opéra. Un couple s'installe dans la salle pour voir Up in the air. Lui vient d'acheter une canette au comptoir du cinéma, elle a également une boisson, qu'elle avait achetée à l'extérieur. Arrive le directeur du cinéma, flanqué de trois agents de civil, leur ordonnant de sortir de la salle en raison de cette terrible irrégularité : aucune boisson ou nourriture non achetée à l'intérieur de la salle est interdite à la consommation.

Des exemples comme ceux-là, il en existe sans doute d'autres, moins relayés par la presse. Mais ces 3 exemples, étalés sur une quinzaine de jours, sont suffisamment édifiants pour être signalés et soulignés. Le réseau UGC parisien - et peut-être plus - semble actuellement faire preuve d'un autoritarisme absolument excessif en alignant de petits coups d'éclat sans doute destinés à rassurer les spectateurs les plus inquiets. Ces agissements ressemblent à ceux des parents coachés par Super Nanny, qui après des années passées à laisser faire - on ne parle pas que de limite d'âge ou de bouffe - se mettent tout à coup à ne plus rien laisser passer, pratiquant une répression dépourvue de bon sens dans le seul but de faire passer un message. On savait que les agents de police devaient faire du chiffre. Ont-ils désormais un quota à respecter au niveau de l'interpellation des usagers UGC ?

Je laisse à d'autres une éventuelle extrapolation politique, que je serais bien incapable de formuler même si j'ai quelques idées là-dessus. Quelques remarques en revanche :
  • Le pop-corn UGC dérange généralement davantage de spectateurs que le sandwich Subway ou autre (et pourtant, les sandwiches Subway, c'est atroce). Il fait plus de bruit et sent le beurre à plein nez.
  • Si un type fait du bruit avec son sandwich, on lui demande poliment de le ranger ou de se faire plus discret. Sauf s'il a l'air franchement agressif, certes. Si mon voisin de siège ressemble à Mike Tyson et qu'il se tape un kebab, je le laisse finir et je lui propose même un mouchoir pour s'essuyer les doigts.
  • Si une gamine de pas encore 3 ans se met à chialer pendant un film, on fait confiance à ses parents pour la sortir de là. Et s'ils sont trop bêtes pour ça, on les y invite gentiment. Sauf si, une fois encore, le papa ressemble à Mike Tyson.
  • Comme l'ont souligné plusieurs médias, si UGC devait continuer à respecter scrupuleusement la loi Morain, il faudrait - entre autres - que « l’opérateur et son aide [disposent] (dans leur cabine de projection) de trois siphons d’eau de Seltz » à cause des risques d'incendie et qu'un médecin soit « présent depuis le commencement jusqu’à la fin de toutes les représentations » avec des sels à portée de main en cas d'évanouissement.
  • Nous avons tous vécu des séances moins agréables que d'habitude à cause de spectateurs bruyants, malodorants, trop grands, sans gêne. N'y a-t-il pas d'autre choix que d'appeler les flics pour faire disparaître le problème ? Je ne prétends pas donner de leçons du haut de mon jeune âge et de mon expérience actuelle de prof en collège dit sensible, mais s'il fallait faire venir des agents de police à chaque fait un peu grave, chaque bras de fer mené avec un élève très récalcitrant et possiblement violent, chaque minuscule manquement aux règles, il y aurait sans doute plus d'uniformes que d'enseignants dans les salles de classe. Il y a - presque - toujours moyen de s'en sortir autrement.
Mais bref. Je continuerai à aller arpenter les UGC de la capitale et d'ailleurs, je continuerai à y amener mes clémentines, mes biscuits Gerblé - ceux au sésame, succulents - et ma bouteille d'eau, je continuerai à faire gaffe de ne pas laisser de détritus en sortant de la salle contrairement aux salauds qui répandent leur pop corn un peu partout - mais c'est du pop corn UGC, dont ça passe. UGC, je bénis ta carte illimitée, c'est un fait. En revanche, je vous déteste, toi et tes petits chefs en quête d'autorité, qui confondez respect des règles - et il en faut - et intégrisme à la con. « Vous et nous, on partage plus que du cinéma », dit (disait ?) ton slogan. C'est vrai : nous entretenons un mépris réciproque.

Source : Rue89.

12 commentaires sur “On partage plus que du cinéma”

Anudar a dit…

J'y ai été deux fois à l'UGC forum... Pour être très franc, la propreté ne m'y a pas semblé irréprochable, alors vouloir appeler la police pour un malheureux sandwich, il ne faut pas avoir peur du ridicule.
Excellente conclusion. Mais qu'est-ce que tu as contre Mike Tyson ? Un ancien traumatisme ?

Anonyme a dit…

Résiliation de ma carte UGC à la fin de l'année dernière. UGC ne vend plus du cinéma, il nourrit les masses de popcorn... Tes exemples sont anecdotiques... Ceux qui ne le sont pas :
- Refuser d'équiper ses salles en 3D préférant investir dans de nouvelles confiseries
- Refuser de programmer des films de genre parce que cela amène "du public à casquettes"
-Promouvoir un "Label des spectateurs" complètement truqué où seuls sont présentés les films produits par... UGC !
- Déprogrammer les films en salles en cours de semaine alors que tu te faisais une joie de voir le dernier COEN en salle 1 ou 10 (les plus grandes) sous des prétextes de rentabilité (et qui se retrouve dans la petite salle parce qu'il n'a pas fait son quota dès le premier mercredi).

Vive MK2... À Bibliothèque, je n'ai pas l'impression de débarquer dans un centre commercial ou un temple à la gloire du dieu popcorn ! On y parle encore de cinéma...

Kilucru a dit…

Oui ici en province, Lille, la situation est à peu prés la même !
Sauf que je n'ai pris la carte UGC, le multiplexe venant alors passer un contrat avec les deux cinoches lillois classés Art et Essai ..là tout reste encore à taille et dans un esprit humain...
Quoique une exigence de rentabilité semble voir le jour et nuise à la diversité des films proposés..à suivre donc !

Pascale a dit…

"trois agents de civil".


Moi je dis que ça fait du bien de voir qu'on fait bien respecter la loi dans ce pays ! Celui qui pue la frite ou la bière dans MON cinéma : je le disperse ou je le ventile. Sauf s'il ressemble à Tyson, j'appelle la sécurité moi-même. Question de civisme.

Tyson et kebab : c'est pas un peu douteux comme approche de ton identité nationale ??? Ché pas, je demande !

Rob Gordon a dit…

Je n'ai rien contre les kebabs, mais c'est quand même assez malodorant. Surtout quand on n'est pas celui qui le mange.
Quant à Tyson, je tiens à mes oreilles.

Mg a dit…

Comme tu le dis si bien, on a tous eu des expériences diversement plus/moins agréables au cinéma, mais ne serait ce pas ça non plus le cinéma? On est pas tout seul, c'est ensuite à chacun de respecter les autres... Mon intégrisme personnel me pousserait d'ailleurs à interdire toute forme de nourriture bruyante!! :D

Deux leçons donc :
- ne pas aller dans le même cinéma que Mike Tyson. Tu cherches un peu, aussi...
- avec ta carte UGC, tu vas au MK2. :)

je dirai que ce genre d'agissements ne m'étonnent guère aujourd'hui ... cela suit la mouvance générale ou la répression est de plus en plus omniprésente.

Anonyme a dit…

je ne suis pas forcément d'accord avec ton analyse...
évidemment, il est triste d'arriver à un point ou le seul moyen de faire respecter une règle est le recours aux forces de l'ordre, mais on devrait se placer de l'autre côté et se dire qu'il est encore plus triste que certains individus se croient tellement au dessus des règles pour ne pas vouloir les appliquer sans y être obligé par ces mêmes forces de l'ordre.
Comme tu le dis, UGC essaie de faire des efforts dans certains sens (carte illimitée, salle en général de bonne facture...) et est donc obligé de se rattraper de l'autre (notamment sur la nourriture). Qu'on boycotte ces salles car on adhère pas à cette idée, je peux facilement le comprendre, mais qu'on crache dessus, non.

Jiem a dit…

Et enfin se rendre compte que la formule "multiplexe" vend tout sauf du cinéma ça serait pas finalement envisageable ?... Que la carte illimitée et son tarif moyen imperceptible même par le CNC sous couvert d'avoir (si peu) fait augmenter la fréquentation urbaine (en défaussant le pourcentage rural), a un impact sous-jacent flagrant dans l'inégalité de traitement des établissements par les ayant-droits...

Ça me fait toujours marrer de recevoir les courriers d'autosatisfecit du patron de l'UGC local, se félicitant de "l'animation culturelle et des soirées-débats" dont il se croit le garant.

Effectivement, le circuit UGC n'a pas encore équipé ses salles en numérique... Peut-être cela laisse croire à un ratage en règles. Je penserais plutôt à la bête cachée dans sa tanière qui attend le meilleur moment pour surgir, misant pour l'instant sur "l'action culturelle et la défense du format argentique"...

Les cinémas indépendants, qui font vraiment de l'action culturelle, eux, le paient cher.

Renaud S a dit…

Pour votre information UGC équipera 8 salles en France pour diffuser la 3D. Ces salles devraient être disponible pour la sortie d'Alice aux pays des merveilles.
Pour le détail technique, le supplément sur le billet (2€) pour voir un film en 3D ne sera pas demandé au détenteur de la carte Illimité, par contre la location des lunettes (1€) elle devra être déboursé.

Je trouve la critique de ton article un peu facile sur le coup. Ils ont p-e fait appel un peu facilement sur aux forces de l'ordre sur ces faits divers. Mais qd tu vois la difficulté de faire respecter les règles de bienséance à certains (et je ne parle pas des bruits de popcorn), tu te dis que 2-3 exemples comme ceux là ne font pas de mal.

Après ce n'est que mon avis.

Rob Gordon a dit…

Le problème c'est qu'UGC fonctionne comme le gouvernement actuel : par des exemples médiatisés et censés marquer le coup et convaincre tout le monde. Alors que ça ne fait qu'attiser les tensions...

Lexcalvin a dit…

" Vous vous plaisez à nous monter les uns contre les autres ! "

SPECTRE ne connait pas l'échec : nous vaincrons aussi dans les salles obscures. Cette fois, 007 ne pourra rien faire pour contrecarrer nos plans.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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