8 févr. 2010

LEBANON

C'est toujours dangereux, les films à concept. Ça nécessite d'avoir de la suite dans les idées afin d'aller plus loin qu'un postulat de départ forcément alléchant, sans quoi on déçoit irrémédiablement l'armée de curieux venus poser leurs yeux devant l'objet de fascination en question. Le concept de Lebanon ? Filmer un pan de la première guerre du Liban sous un point de vue unique : celui des occupants d'un tank, le premier à franchir la frontière entre Israël et le Liban. Soit un huis-clos forcément oppressant, où la grande promiscuité des protagonistes et la détérioration de leur petit moral va finir par faire des étincelles. L'objectif : filmer au plus près ces soldats et les montrer comme des hommes plus que des combattants, qui maintiennent leurs cibles à distance pour les éliminer sans trop d'états d'âme. En tout cas sur le principe. Car être chargé de tuer ennemis sans se soucier des civils, quand on est à peine majeur, a de quoi soulever le coeur.
Samuel Maoz filme l'avancée du tank dans les terres libanaises en même tant que celle de ses quatre personnages vers les ténèbres. La seule porte de sortie est visuelle, le viseur du canon permettant un contact avec l'extérieur et une observation discrète de ceux qui tentent de survivre au dehors. C'est sans doute dès ce moment que le procédé du film atteint ses limites : Maoz use et abuse de ces plans subjectifs, zoomant sans vergogne sur les mines déconfites des pauvres civils au regard vide, s'attardant longuement sur une belle jeune femme nue et désemparée après l'incendie de sa robe... Sachant que ceux qui observent ces images en sont extrêmement tristes aux aussi, la (seule ?) conclusion de Lebanon est que chaque personne prise au coeur de la guerre, militaire ou non, en est une victime. La guerre, c'est moche, donc. Ça valait bien le coup de développer un tel dispositif.
Pas franchement profond, le film de Maoz a cependant le mérite de raconter une histoire et de la mener à son terme. Le plus passionnant dans tout cela n'est pas l'aspect historique ou politique de la guerre du Liban, mais bien les relations qui unissent les quatre passagers du tank. Dans un espace aussi confiné, lorsque les choses sont au point mort, comment continuer à accepter la hiérarchie militaire ? Quand les décisions du commandant vont à contre-courant de toute logique, combien de temps peut-on continuer à exécuter ses ordres sans broncher ? Le cinéaste israélien filme ces rapports de force avec une certaine finesse, la mise en scène ajoutant une espèce d'étrangeté à ce décor inédit, qui semble prendre vie et subir peu à peu une mutation esthétique justifiée par le script mais toujours étonnante. Au détour d'une rêverie, on se met à avoir envie que Lebanon se transforme, comme l'Abîmes de David Twohy, en une variation fantastique autour de cet espace déconseillé aux claustrophobes. Cela n'arrivera malheureusement jamais, laissant le film à son statut d'oeuvre vaine et linéaire bien que pas dépourvue d'idées stimulantes.




Lebanon de Samuel Maoz. 1h32. Sortie : 03/02/2010.

3 commentaires sur “LEBANON”

nolan a dit…

Bonjour,
J'ai trouvé ce film d'une lourdeur atterrante et je suis d'accord avec la première partie de votre critique. Dès les premières scènes avec les voitures qui foncent sur le char, j'ai compris que le film serait pénible. Il y a bien sûr cette scène avec la femme nue mais juste avant il y a aussi ce plan sur l'âne qui pleure. Ce serait presque drôle si le film n'était pas aussi plombé par ce côté "je l'ai vécu alors tu dois être aussi bouleversé que moi".
Du coup, agacé, je n'ai pas pu apprécier les errances des soldats du char qui, à vous lire, semblent mieux traité.

Phil Siné a dit…

ah mince, moi qui voulait absolument le voir... je crois que je vais aller me faire une petite idée par moi même quand même...

blog sympa en tout cas ! je te lie à moi :)

Bruce Kraft a dit…

Ah merde, j'avais vu sur un autre blog que c'était pas mal...et que le concept était vraiment bien tenu!!

 
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