28 févr. 2010

L'ARNACŒUR

Sous la houlette de jeunes producteurs aux dents longues, le cinéma français est entré dans une phase de révolte. Dans le cinéma de genre comme dans la comédie romantique, l'objectif n'est plus de livrer de simples films "à la manière de", toujours perdants au jeu des comparaisons, mais de tenter de surclasser les spécialistes du genre à la faveur d'une écriture exigeante et d'un enrobage adéquat. Il n'y a qu'à observer son générique pour comprendre que L'arnacœur nourrit ce genre d'ambition : un directeur de la photo reconnu - Thierry Arbogast, compère de Luc Besson -, un co-scénariste venu de la série Damages, une actrice connue mondialement pour des raisons certes annexe... De quoi en faire l'une des comédies romantiques de référence de la décennie qui vient de s'ouvrir.
Hélas, malgré son incontestable professionnalisme - chaque centime dépensé se voit à l'écran -, L'arnacœur rate en partie son cible pour une raison majeure : un évident manque de charme. Pascal Chaumeil et ses auteurs passent en fait à côté de l'un des principaux enjeux posés par le postulat du film, à savoir le réchauffement progressif de ces deux personnages complètement froids, l'une parce qu'elle mène une vie rangée auprès d'un futur mari parfaitement propret, l'autre parce que sa condition de briseur de couple l'y contraint. Mais parce que l'évolution psychologique et sentimentale manque de souffle, on ne croit pas une seconde à la séduction progressive qui s'installe entre les deux protagonistes. Glaçons ils étaient, glaçons ils resteront. Et le romantisme de la chose a donc du plomb dans l'aile, malgré les jolis efforts du tandem Paradis - Duris.
Il faut du coup se contenter des nombreux à-côtés qui jalonnent le film, à commencer par des seconds rôles plutôt épatants. Comme à son habitude, François Damiens est capable de déclencher des fous rires en une réplique, un geste ou un rictus. Dans un autre registre, Helena Noguerra étincelle en salope sans gêne et livre un show aguicheur et dévastateur. Les gesticulations de ces personnages secondaires sont l'atout numéro un de L'arnacœur, beaucoup plus attachant dès qu'il s'écarte de son sujet. C'est la grande maladie du film : on en retient certains détails mais pas l'essentiel. L'exemple le plus criant de ce mal est la scène de danse calquée sur Dirty dancing - le personnage de Paradis en est fan - qui aurait dû être un grand moment de sensualité et de romance, mais se résume à une chorégraphie appliquée mais sans âme, aussitôt vue aussitôt oubliée. Il y a encore du boulot pour atteindre le niveau d'un auteur tel que Richard Curtis.




L'arnacoœur de Pascal Chaumeil. 1h45. Sortie : 17/03/2010.

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