20 févr. 2010

GREEN ZONE

Depuis Envole-moi, son dispensable premier long, on attend avec fébrilité chaque nouveau film de Paul Greengrass en se disant qu'il ne pourra pas être aussi percutant que le précédent. Ou qu'on va finir par se lasser de son style intelligemment rentre-dedans. Puis, patatras, on se fait cueillir et on en redemande. La méthode Greengrass est invariablement la même, mais elle semble quasiment inépuisable tant le britannique semble avoir trouvé le parfait dosage entre thriller frénétique et film à portée politique. Green zone revient, aussi brillamment que prévu, sur la fameuse affaire des armes de destruction massive prétendument dissimulées en Irak. Le laps de temps séparant l'époque des faits - nous sommes en 2003 - et la sortie du film semble véritablement idéal : l'oeuvre fait preuve de suffisamment de recul pour ne pas sombrer dans la dénonciation scandalisée, mais les évènements décrits ont encore suffisamment de résonance pour nous toucher au plus près. C'est cela aussi, un bon cinéaste : quelqu'un qui s'interroge sur l'impact qu'aura son travail dans la durée.
Green zone n'a pas de vocation pamphlétaire : Greengrass et son scénariste Brian Helgeland cherchent avant tout à restituer une vérité historique qui n'a pas besoin d'être passée au vitriol pour être édifiante. Nul besoin non plus de revenir sur les épisodes les plus célèbres de l'affaire, et notamment l'exposé bidonné que Colin Powell livra à l'ONU en février 2003 : le film en offre une vision beaucoup plus individuelle et bâtit un véritable thriller politique autour d'une infime poignée de personnages. Et notamment le sous-officier incarné par Matt Damon, l'un des premiers à émettre des doutes sur la pertinence des missions qui lui sont confiées et visant à mettre la main sur les fameuses armes de destruction massive. Devant la caméra de Greengrass vont ensuite s'enchaîner de nombreux rebondissements et affrontements au gré d'une idée pas tout à fait neuve mais en tout cas géniale, consistant à faire du verbe une arme tout aussi dangereuse que les autres. La mise en scène est à l'unisson : le légendaire style du cinéaste ne varie guère lorsqu'il s'agit de filmer la traque d'un homme-clé ou une simple scène d'affrontement verbal.
Mais si la marche solitaire de Jason Bourne ou l'espace confiné du vol United 93 le contraignaient jusque là à filmer de façon chaotique et en plans serrés, Greengrass a su donner ici du recul à sa mise en scène. Les plans se font plus larges, comme s'il s'agissait de montrer que ces personnages-là ont un avenir. C'est de plus l'occasion de filmer, sans insister, un Irak ravagé par des attaques pas toujours justifiables, dont le chef op Barry Ackroyd sait restituer la souffrance avec le talent d'un photographe de guerre. De quoi rendre encore plus révoltante l'image de ce pays mis à feu et à sang à cause de procès d'intentions et de zèle mal placé. Green zone est-il pour autant un film anti-américain ? Évidemment non : il y a, au travers du héros campé par Damon ou de la journaliste jouée par Amy Adams, l'idée qu'un monde plus clean est possible si sa pérennité est assurée par des générations pas encore rongées par le système. Qu'au terme de deux heures asphyxiantes une telle utopie soit encore envisageable montre bien à quel point le film de Paul Greengrass a de la ressource.





Green zone de Paul Greengrass. 1h55. Sortie : 14/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

4 commentaires sur “GREEN ZONE”

Mac Garner a dit…

Vraiment hâte de découvrir ce film !

FullyHD a dit…

J'adore la trilogie Jason Bourne et je suis impatient de découvrir ce nouveau film du duo Damon/Greengrass
Merci pour cette critique.

Defré a dit…

Je suis allé voir ce film complètement à l'aveugle (sans même avoir vu l'affiche, parce que j'y serais pas allé, sinon). Donc je ne savais pas que c'était Paul Greengrass qui réalisait. Enfin, sauf après les 15 premières secondes du film où j'ai reconnu son style que certains qualifient d'énergique, "intelligemment rentre-dedans" ou novateur, mais que je trouve personnellement nauséeux, brouillon et illisible. Mais bon, c'est pas une critique absolue, c'est mon point de vue que je sais non partagé.

Par contre, trouver l'histoire intéressante me dépasse complètement. Maintenant, 7 ans après les faits, montrer que les seules personnes suffisamment stupides dans le monde pour croire qu'il y avait vraiment des "WMD" en Irak (et bizarrement, le pétrole n'est jamais évoqué dans le film) étaient les américains, et que cette stupidité s'est même infiltrée jusque dans les hautes instances de l'armée, et ensuite faire passer les deux seuls américains qui doutent comme des héros est juste édifiant. Ça m'a donné presque plus envie de vomir que la réalisation de Paul Greengrass. Après ça reste un thriller bien fait, mais dont la base historique rend le film indigeste.

Fred.

Mac Garner a dit…

@Defré : Justement, le pétrole est intelligemment évoqué à la toute fin du film. Grande volonté de la part de Paul Greengrass de choisir une raffinerie pour son dernier plan. Il donne la vraie raison de l'invasion américaine en Irak juste à la fin et j'ai trouvé ça plutôt judicieux.

 
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