21 févr. 2010

CRAZY HEART

Quand, au début du film de Scott Cooper, Jeff Bridges débarque dans un bowling avec sa barbe mal taillée et un tas de kilos en trop, on n'en croit pas ses yeux : diable, le Dude en chair et en os, opérant un come back inattendu ! Puis on réalise que Bridges a désormais plus de 60 ans et qu'il n'a pas eu à prendre de poids pour entrer dans la peau de Bad Blake, chanteur de country vieillissant. Crazy heart est d'abord un film sur l'usure du temps, qui s'inscrit sur les corps et dans les crânes et mène les esprits les plus flamboyants vers une déchéance inévitable. Deux heures d'une ballade teintée de blues, récit désenchanté du baroud d'honneur d'un vieux briscard gorgé de whisky et de musique.
Bad Blake pourrait être un cousin du Randy Robinson de The wrestler, mais Scott Cooper évite la grandiloquence et la glorification du film d'Aronofsky. Sans doute en raison d'une ambition artistique moindre. Probablement aussi parce qu'un chanteur country n'est pas, contrairement à un catcheur, une bête de foire. S'il est bien difficile de comparer la qualité des deux films, Crazy heart est sans doute plus abouti de par le processus d'identification qu'il propose. La prestation de Jeff Bridges fait de Blake un type très accessible, aux exigences modestes et à la bonhommie exaltante. Avec son effroyable flemme et sa tendance à la picole, il commence par susciter une sympathie sans bornes, et le spectateur se contenterait presque de le suivre au long de sa tournée pendant tout le film.
Mais comme dans tout morceau de country qui se respecte, les choses ne restent pas éternellement aussi simples. Bad Blake sera régulièrement confronté à des personnages et à des épreuves qui lui rappelleront qu'il est en fin de course. S'il part chaque soir à la rencontre d'un public toujours chaleureux, le chanteur solitaire souffre inconsciemment d'être déconnecté de la vie quotidienne et de ses préoccupations. Mais la réalité - et une soudaine envie de vie domestique - finiront par le rattraper, de façon aussi franche que possible. Et c'est quand la carapace finit par se fendre que Crazy heart passe le cap du road movie attachant pour devenir une oeuvre intime et existentielle absolument bouleversante.
Toujours à bonne distance de ses personnages, dans la compassion mais pas dans le racolage, Scott Cooper réussit un film qui ne peut manquer de toucher, au-delà des catégories d'âge. Il y a dans son film une dimension universelle qui prend à le gorge : cette histoire, c'est la nôtre. À un détail près : tout le monde n'a pas la voix de Bad Blake. Jeff Bridges prête son organe au chanteur de country comme s'il avait fait ça toute sa vie, et nous emporte au gré de morceaux emballants. C'est un déchirement absolu de quitter ce personnage hors du commun dont la rédemption survient peut-être un peu trop tard. Crazy heart file la pêche et le blues. Surtout le blues.




Crazy heart de Scott Cooper. 1h53. Sortie : 03/03/2010.

4 commentaires sur “CRAZY HEART”

alexandre mathis a dit…

ce Crazy Heart ne ressemble t-il pas à Walk The Line par certains aspects ?

Rob Gordon a dit…

Ça ne m'a pas frappé. On n'est vraiment pas dans le biopic. Il y a certes un petit côté grandeur et décadence, même si la partie "grandeur" n'est déjà pas très reluisante.

Mister Loup a dit…

Ca donne envie, merci!
Jeff Bridges a l'air épatant! Et puis il y a aussi Maggie Gyllenhaal, que j'aime bien.
A voir!

dasola a dit…

Rebonjour, Rob. Vu hier soir dans une salle pleine. Cela m'a fait plaisir de revoir Jeff Bridges. Il est loin le temps de Susie et The Baker Boys. En effet, Crazy Heart file le blues. Bonne journée.

 
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