19 févr. 2010

ANDER

« Le Brokeback mountain espagnol », claironne une affiche qui choisit de ne pas montrer les supposés successeurs de Jake Gyllenhaal et Heath Ledger. Probablement parce que les deux mâles au centre de Ander sont légèrement moins hot que leurs homologues américains. Le Ander en question est un paysan basque immobilisé suite à une mauvaise chute, qui engage bon gré mal gré José, solide ouvrier péruvien, pour effectuer les basses besognes à sa place. Quand soudain « (oui là je dis soudain mais c'est une clause de style destinée à essayer d'éveiller votre intérêt de façon à peine honnête dans la mesure où c'est en vain qu'on pourrait tenter de déceler la moindre trace de soudaineté dans l'action qui va suivre) » (© Pierre Desproges), le désir s'en mêle. Car dans ce monde rustre et rural, l'homosexualité est de ces sujets dont on ne parle pas, jamais, comme s'il était impossible pour un travailleur aux mains calleuses d'être attiré par d'autres hommes.
Il faudra bien une heure de film, et une scène aussi inattendue qu'incroyable, pour qu'enfin éclate l'expression d'un désir jusque là insoupçonné. Durant la première moitié, Roberto Castón aura avant tout planté le décor d'un univers austère et en vase clos, où le vieux garçon qu'est Ander et sa chère maman vivent une existence répétitive et riche en rituels, et où les repas pris dans un silence écrasant constituent le climax de chaque journée. Le ton de cette phase, comme celle qui suit l'apparition de José (étranger à plus d'un titre), navigue quelque part entre Carlos Reygadas et les comédies scandinaves. Sans l'humour à froid ni la mise en scène implacable. Malgré quelques bonnes scènes, l'image est pauvre et rend le film tout sauf attirant.
La deuxième heure est nettement plus intéressante, la scène-clé du film permettant enfin d'entrer dans le vif du sujet, à savoir l'acceptation par le héros et par ses proches d'une sexualité enfin révélée. Les personnages secondaires - la gentille prostituée du coin et le pote un peu beauf - auront chacun leur rôle à jouer, dans le bon sens ou non. On nage en tout cas en pleine tension, l'atmosphère pesante du village - comme dans un Chiens de paille minimaliste - venant à ajouter à la pénibilité de la crise identitaire d'Ander. Le réalisateur apporte des réponses, et c'est une bonne chose, mais peine malheureusement à s'arrêter à temps : il offre une conclusion clé en main qui a le mérite de se jouer des conventions mais a tendance à étouffer les personnages et à trop "fermer" le film.




Ander de Roberto Castón. 2h08. Sortie : 17/02/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

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"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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