15 févr. 2010

AGORA

Il fut un temps où Alejandro Amenábar passait pour un jeune cinéaste innovant. Et puis, de Mar adentro en Agora, le réalisateur espagnol est soudain rentré dans le rang avec des oeuvres conventionnelles, techniquement réussies mais artistiquement ineptes. Soit ici un péplum boursouflé qui voudrait passer pour une grande réflexion sur la religion, les excès qu'elle engendre, la douleur qu'elle suscite. À l'arrivée, deux heures assez irréprochables, mais qui créent un ennui mortel tant elles sont dépourvues d'imprévu, d'accidents, de subversion.
Avec ses cartons interminables et ses plans édifiants partant de l'espace pour zoomer tout doucement vers le coeur d'Alexandrie, Agora est empreint d'un excès de signifiance qui le fait ressembler à une adaptation d'un manuel scolaire qui serait racontée par un prof passionné mais trop bavard et idéaliste. On y apprend, entre autres, que la religion c'est dangereux, que la guerre c'est mal, et que l'intégrisme est pire que tout. Fort bien, mais ensuite ? Pas grand chose : malgré une ellipse forte en milieu de récit, le film traîne une impression de totale linéarité qui le rend très, mais alors très très long. Au moins, il évite de tomber dans une larmoyance à la Mar adentro, mais peut-on vraiment se contenter d'un film moins mauvais que le précédent ?
Heureusement, les scènes de foule sont pleines de vitalité et gorgées d'une violence qui aurait gagné à être encore plus développée afin de mener une étude aboutie sur la folie qui s'empare des hommes dès qu'il s'agit de Dieu. Le reste n'est que discours emphatiques et barbants, et scènes de recherche scientifique indignes d'un épisode de C'est pas sorcier. On y voit Hypatie, interprétée par une Rachel Weisz toujours aussi convaincante, faire des dessins dans le sable pour tenter de percer les mystères du système solaire. Cela aurait pu être passionnant si Amenábar daignait aller plus loin que trois cercles tracés à la va-vite et une réflexion superficielle. Mais non : il préfère se complaire dans un Alexandrie pour les nuls impersonnel et sans âme, qui voit réapparaître un Max Minghella excellent chez Terry Zwigoff mais parfaitement ridicule ici dans une imitation permanente de Colin Farrell.




Agora d'Alejandro Amenábar. 2h06. Sortie : 06/01/2010.
Autre critique sur Une dernière séance ?.

2 commentaires sur “AGORA”

Pascale a dit…

T'aimes bien les batailles de cailloux toi ?
et recevoir des tampax en pleine tête t'aimes ou pas ?

Yoos-F a dit…

Je suis assez d'accord, c'est un mauvais film.
J'en avais d'ailleurs fait une chronique au vitriol chez moi: http://yoosf.wordpress.com/2010/01/08/agoraphobia/

Sinon j'adore ton blog, découvert via Nicolinux. je suis désormais un fidèle.

A très bientôt !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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