12 févr. 2010

12

Calcul mental : combien vaut 96 soustrait de 153 ? Gagné, 57. Soit, en minutes, la différence entre le 12 hommes en colère de Sidney Lumet - réalisé en 1957 - et le 12 tout court de Nikita Mikhalkov. Deux adaptations de la même pièce de théâtre et quasiment une heure d'écart : au moins, personne ne reprochera au réalisateur russe d'avoir photocopié le film de son homologue américain. 12 raconte bien la même histoire, celle de douze hommes réunis dans une pièce pour délibérer après un procès pour meurtre. Si onze votent coupable, un n'est pas d'accord, qui va tenter de convaincre tous les autres un à un. Petite modernisation : ici, l'accusé est un jeune tchétchène. Pourquoi pas. En revanche, ce qui n'a pas changé, c'est qu'il n'y a toujours pas l'ombre d'une femme dans ces décisions de justice. Quitte à remettre le sujet au goût du jour, Mikhalkov n'aurait-il pas pu installer un peu de parité dans ce marasme ? Ou le système russe est-il aussi archaïque que cela ? Que nos amis de Moscou (ou des environs) pratiquant le droit n'hésitent pas à nous en informer.
Le principe du remake orchestré par Mikhalkov est celui du toujours plus. Ça commence avec le décor principal du film, qui est devenu un gymnase délabré mais spacieux. Choix anodin ? Non : il permet notamment aux protagonistes de faire les cent pas dans le bâtiment et de s'amuser avec les équipements sportifs, bref, de donner libre cours à leur exubérance comme s'il s'agissait d'un banquet arrosé de vodka. Ceci explique également l'hallucinante durée du film : plus que dans le film de Lumet, chacun a ici son quart d'heure de gloire, dispensant des anecdotes souvent inutiles en moulinant des bras et en parlant fort. Est-ce que ça sert le récit ? Pas vraiment ? Est-ce que ça en dit long sur la Russie d'aujourd'hui ? Peut-être. En revanche, cela donne une idée de la dimension supérieure de l'égo du cinéaste, dont Le barbier de Sibérie dénotait déjà d'une certaine envie de péter plus haut que son cul. L'autre ajout majeur, et le plus gênant, consiste à montrer le jeune accusé pris au beau milieu d'une guerre dont il était forcément la victime. Des scènes de fusillade inutiles et une mise en scène clinquante viennent non seulement alourdir le récit mais biaiser la belle mécanique de la pièce de Reginald Rose, où ce qui comptait avant tout était le verbe et la recherche de l'objectivité. Ici, Mikhalkov tente de faire compatir le spectateur avec ce pauvre gamin, et la puissance rhétorique du texte originel s'en trouve sacrément alourdie.
Alors qu'est-ce qui fait que 12, malgré un très fort potentiel de détestabilité, reste un film tout à fait intéressant ? Eh bien justement parce qu'il multiplie les choix douteux, voire incompréhensibles, mais le fait avec une telle conviction qu'on est tenté d'y trouver une cohérence quitte à insister lourdement. Et parce qu'il s'agit d'une belle pièce à ajouter au dossier fascinant des remakes. Pourquoi choisit-on de mettre à nouveau en scène une histoire qui a connu un grand succès, public et critique ? Pour lui donner un cachet vingt-et-unième siècle ? Pour faire passer ses propres obsessions ? Par pur masochisme ? Pour contester la suprématie parfois exagérée de l'oeuvre de départ ? Le film ne permet pas de répondre clairement mais ouvre en tout cas de nombreuses pistes, qui en font un cas d'étude absolument passionnant et dont la bancalité absolue est pour une fois un atout.




12 de Nikita Mikhalkov. 2h33. Sortie : 10/02/2010.

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