18 janv. 2010

UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES

Michel Blanc est un sacré dialoguiste. L'air de rien, il bâtit punchline après punchline, donnant du rythme et de l'esprit sans donner l'impression de se gargariser de ses trouvailles. Une petite zone de turbulences doit beaucoup, voire même tout, à la qualité des répliques, dans lesquelles on retrouve régulièrement l'amertume et le pessimisme qui caractérisait la plupart des personnages de l'excellent Embrassez qui vous voudrez. Du sur-mesure pour lui-même : il s'est réservé quelques-unes des lignes les plus jouissives du scénario, qu'il interprète avec délice. Son personnage est d'ailleurs le plus intéressant du lot, sorte d'ultime synthèse de tous ses rôles passés : l'hypocondriaque de Marche à l'ombre, le mari impulsif d'Embrassez qui vous voudrez...
Mis en scène par Alfred Lot (La chambre des morts), Une petite zone de turbulences se distingue également par le jusqu'au-boutisme des idées noires qu'il met en place notamment à travers le personnage joué par Blanc. La scène où Jean-Paul décide de "soigner" lui-même ce qu'il pense être un cancer a de quoi retourner les tripes, s'extrayant complètement du carcan de la comédie chorale à la française. L'enfant du film est également révélateur de cet état d'esprit : le petit garçon enchaîne les formules déprimantes et définitives avec une conviction effrayante. Comme si l'existence, dès le plus jeune âge, n'était une longue zone de turbulences.
Le reste du film est malheureusement trop conventionnel pour satisfaire pleinement. On sent que Blanc et Lot veulent absolument montrer le modernisme de leur point de vue par rapport à certains thèmes, notamment l'homosexualité et le mariage. Mais ces intentions trop visibles n'accouchent que de conclusions assez angéliques sur la tolérance et l'acceptation de l'autre. Le film ne parvient pas à conserver sur la longueur la tonalité douce-amère du début. Un exemple : le personnage du futur genre, joué par Gilles Lellouche, est un agent de sécurité surnommé "Bac moins 6" par sa belle-famille, et fait effectivement preuve d'une certaine étroitesse d'esprit, assez délectable pour le spectateur. Mais il finira par montrer qu'il a du coeur et qu'il n'est pas si bête. On a bien compris qu'il ne fallait pas se fier aux apparences, mais sur le plan cinématographique c'est absolument sans intérêt. Si ce n'est pour donner bonne conscience aux spectateurs mal à l'aise d'avoir entendu des blagues sur le cancer et les handicapés.




Une petite zone de turbulences d'Alfred Lot. 1h48. Sortie : 13/01/2010.

3 commentaires sur “UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES”

Maxime Hurtrel a dit…

Un film très divertissant, à aller voir en famille. Traite avec légèreté de sujets eux-même très légers... ou d'autres beaucoup plus sujets à controverse.

Je serai beaucoup moins dur que vous, même si je comprend bien votre point de vue de cinéphile, ce n'est pas le public cible ;)

Anonyme a dit…

je lai trouvé génial ce film !

dasola a dit…

Bonjour Rob, personnellement, j'ai trouvé ce film avec de bonnes répliques mais beaucoup trop long et certaines scènes sont à la limite du bon goût sans parler de situations un peu "clichés". M. Blanc se fait plaisir mais ce ne fut pas forcément mon cas. Et ce n'est pas un film à voir en famille quoi qu'en dise l'un des commentateurs. Bonne journée.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz