22 janv. 2010

SHIRIN

Cinéaste et vidéaste, Abbas Kiarostami poursuit avec Shirin son étude de la condition de la femme iranienne, déjà au centre d'un Ten dans lequel il filmait des conversations de taxi. Le dispositif imaginé pour Shirin va plus loin. Le film se situe dans une salle de cinéma, dans laquelle une centaine de spectateurs - des femmes en grande majorité - regarde un film justement nommé Shirin, adaptation d'un poème iranien datant du douzième siècle. De ce film-là, on ne verra jamais la moindre image ; en revanche, on entendra parfaitement les dialogues et l'ambiance sonore. À l'écran vont se succéder, pendant une heure et demie - durée du film dans le film -, des plans fixes et rapprochés sur les visages des spectatrices. Âges et postures se mélangent, mais un élément les réunit : toutes sont voilées et regardent le film avec passion.
On ne va évidemment pas voir Shirin comme n'importe quelle sortie du mercredi. On y va pour se frotter à un film-concept, s'interroger sur la justification d'un tel projet, tenter de comprendre l'exaltation des théoriciens devant une oeuvre de ce type. Difficile, après ça, de se plaindre du relatif ennui apporté par le film. Néanmoins, Shirin ressemble à une de ces installations d'art moderne que l'on peut regarder un quart d'heure avant de passer à la suite, voire de filer vers la sortie : la durée n'apporte rien, sauf pour qui parvient à se projeter une image mentale d'un film dont on ne voit rien. Elle est sans doute passionnante, l'histoire de cette princesse arménienne et de ce roi de Perse, mais la théâtralité de l'interprétation saute tellement aux oreilles qu'il devient réellement difficile de s'y impliquer.
Donc, Shirin est chiant, mais ça n'est pas réellement une surprise, et le spectateur qui s'est aventuré dans la seule salle française qui le projette l'a bien mérité. Mais s'il est vrai que l'ennui a parfois quelque chose de grisant (si si), il est beaucoup plus difficile de supporter la lourdeur ambiante. Le film de Kiarostami est si lourd de sens et de symboles qu'il finit par donner envie de s'arracher les cheveux. Pourquoi ne filmer que les femmes de cette salle, dans un grand élan de démagogie ? Pourquoi, dans les grands moments tragiques du film qu'elles regardent, insister jusqu'à la nausée sur les larmes de crocodile qu'elles s'escriment à faire couler ? Pourquoi foutre Juliette Binoche au milieu de toutes ces femmes anonymes ? Les universitaires trouveront certainement un tas de réponses passionnantes à ces questions ; à vrai dire, les autres s'en moquent, et auraient volontiers troqué un peu d'émotion sincère contre ce bloc massif de théorie ampoulée sur le visible, l'invisible et mon cul sur la commode.




Shirin d'Abbas Kiarostami. 1h34. Sortie : 20/01/2010.

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