16 janv. 2010

MR. NOBODY

Introducing Nemo Nobody, centenaire qui fait son âge mais semble persuadé d'avoir 34 ans. Dans ce film qui commençait à ressembler à une arlésienne, le vieillard se retourne sur sa vie. Ou plutôt ses vies. Celle qu'il a peut-être eue, celles qu'il aurait pu avoir s'il avait fait d'autres choix. Mr. Nobody mêle et emmêle en effet trois des existences parallèles - ou simultanées ? - de cet homme à la vie de toute façon chaotique, qui fut en partie rythmée par ses tergiversations amoureuses visant à combler une évidente carence affective. Comme le fameux Toto le héros, Nemo Nobody aime les femmes, les suivrait partout, mais agit régulièrement comme un idiot, volontairement ou non, se livrant à une opération perpétuelle d'auto-destruction. Paradoxal pour celui qui est, à l'époque où se déroule le film, le plus vieux mortel encore en vie.
Sous ses aspects de nouveau Benjamin Button - comparaison en forme de cadeau empoisonné -, avec son visuel outrageusement léché et ses va-et-vient incessants d'une vie à une autre, Mr. Nobody est d'abord un film sur l'amour, vu ici comme quelque chose de profondément destructeur. Qu'on ne s'y trompe pas : le jeune Nemo a beau faire chabadabada sous les draps avec LA fille de sa vie, ces quelques moments de grâce sont largement minoritaires par rapport aux longues années de souffrance, d'indifférence et de dépression que ce sentiment si puissant peut engendrer. Comme Darren Aronofsky dans The fountain, Jaco van Dormael utilise un dispositif complexe à cette seule fin. La différence ? Ici, tout ne fonctionne qu'en surface. L'image de Mr. Nobody a beau être très travaillée, parfois inédite, souvent captivante, il reste entre l'écran et nos yeux une épaisse couche de vernis rendant impossibles compassion et émotion. Et les drames qui jalonnent la vie du héros se succèdent ainsi sans jamais vraiment nous toucher.
Le grand fléau du film, c'est qu'il est justement trop complexe par rapport aux idées pas très neuves qu'il tente de faire émerger. Le spectateur se noie alors dans ce qui ressemble à un grand album photo dont les pages auraient été découpées et recollées façon patchwork. Il suffit de réaliser qu'aucune des vies décrites à l'écran n'a peut-être eu lieu réellement pour se désintéresser totalement de cette histoire de choix qui fait malheureusement ressembler le scénario à du Lelouch sous Tranxène. C'est agréable, c'est joli, c'est bourré tout de même de petites trouvailles visuelles créant un cousinage avec Gondry et compagnie, mais ça ne va pas plus loin. Aronofsky avait su rester dans le cadre de l'intime pour décrire une histoire d'amour sur trois époques. Dormael, lui, s'inscrit dans une grandiloquence qu'il pense impérative en raison du budget et de l'ambition esthétique de son film. Pour se montrer totalement convaincant, il aurait fallu pousser plus loin la réflexion ou la structurer davantage, et ne pas réduire ces deux heures assez denses à une simple histoire de « je monte dans le train / je ne monte pas ». Heureusement emballé par un casting quatre étoiles - Jared Leto, Sarah Polley, Rhys Ifans, la jeune et incroyable Juno Temple - et une technique assez parfaite - effets visuels, maquillages, tout est nickel -, Mr. Nobody ne restera hélas que comme un beau divertissement, une baudruche qui a tout de même le bon goût de se dégonfler en douceur.




Mr. Nobody de Jaco van Dormael. 2h17. Sortie : 13/01/2010.

3 commentaires sur “MR. NOBODY”

Pascale a dit…

Oui, c'est beau tout le temps, étrange et dans l'ensemble pas mal du tout je trouve.

Jordane a dit…

ça ressemble un peu beaucoup au hasard de Kieslowski, non ? ... le train, les autres vies, tout ça ?

i love moon a dit…

J'hésitais à aller le voir. Le sujet est très intéressant, la promo l'encense mais la bande annonce me faisait craindre que ça pourrait être un peu dur à suivre. Au vu de ce texte il semblerait que ce soit le cas. De plus si nous n'éprouvons aucune empathie pour les personnages... Ce qui fait réellement que je ne le verrai pas sur grand écran est " cette histoire de choix qui fait malheureusement ressembler le scénario à du Lelouch sous Tranxène" il ne m'en faut pas plus.

 
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