25 janv. 2010

MOTHER

À lire : l'interview du réalisateur.

Chez Bong Joon-ho, la poésie n'a pas de limites. Elle se niche partout, d'étangs en rues commerçantes, de voitures de police en champs de blé. Le metteur en scène trouve sa singularité dans sa façon même pas calculée d'extraire le beau de chaque scène, y compris la plus sordide, et de faire ainsi se télescoper magie des sens et réalité sordide. Par certains de ses thèmes, Mother ressemble fort à Memories of murder, le film qui a fait connaître le cinéaste, notamment parce que les deux partent d'une affaire criminelle montrant l'incompétence des autorités et l'obstination de certains protagonistes à aller jusqu'au bout quel que soit le prix à payer. Mais si Memories of murder se plaçait du côté des enquêteurs, Mother fait le choix bien plus déchirant d'adopter le point de vue de la mère du principal suspect, un jeune homme un peu limité qui a croisé la victime peu de temps avant sa mort.
Le choix d'une telle héroïne rend l'ensemble absolument déchirant, et ce dès l'ouverture du film. On y voit cette femme marcher dans un grand champ de blé, s'approcher de la caméra et entamer une danse assez inattendue. Symbole du lâcher prise d'une mère s'étant donnée corps et âme pour préserver l'intégrité morale d'un fils incapable d'assurer lui-même sa défense. On entrera ensuite, lentement mais sûrement, dans une affaire de meurtre relativement simple. Nul besoin en effet d'en complexifier les rouages : l'important est moins le whodunit en lui-même que la façon dont la mère va dépenser ce qui lui reste d'énergie pour défendre bec et ongles son rejeton si fragile, qui s'auto-détruit à force de ne pas pouvoir aider les autorités. Dans le film, cette mère n'a d'ailleurs pas de nom : façon, confirmée par le titre, de rendre un hommage universel à ces femmes souvent prêtes à mettre leur existence entre parenthèses au profit de ceux qu'elles ont enfantés.
Et tant pis si les méthodes utilisés par la mother en question vont régulièrement au-delà du tolérable : pour sauver un fils, il n'y a plus de limite, physique ou morale. Se pose-t-elle la question de la culpabilité de son Do-joon ? Oui. Connaître la réponse altérerait-il sa détermination ? Non. Et c'est dans ce ballet de manipulations, de fuites en avant et d'actes condamnables que la mère et le film déploient leur magnifique toile. Mother est un film sur l'effacement, de soi et de ses souvenirs les plus gênants, allant à rebours de la majorité des œuvres cinématographiques dans lesquelles il convient de se mettre en avant et de combattre l'oubli. La mise en scène baroque de Bong Joon-ho s'accorde à merveille avec ce scénario qui accompagne les excès de ses personnages mais n'en fait jamais trop lui-même. Mother est un film emphatique et dépressif, dont l'humour n'a jamais autant ressemblé à la politesse du désespoir.




Mother (Madeo) de Bong Joon-ho. 2h10. Sortie : 27/01/2010.
À lire : l'interview du réalisateur.
Autre critique sur Playlist society.

4 commentaires sur “MOTHER”

Marcel RAMIREZ a dit…

Bonne critique, bon film, et grand réalisateur...

Benjamin F a dit…

On va se le caler dimanche avec mes potes :)

Pascale a dit…

Ah non, ce n'est pas ce que j'appelle un film dépressif.
A serious man : oui,
pas
mother,
non,
et non.
t'as faux

Benjamin F a dit…

Bon comme prévu c'était de la bonne, et comme toujours j'ai du me creuser la tête pour parler du film en ayant une approche différente de la tienne. 8/10 pour moi également :)
http://www.playlistsociety.fr/2010/02/mother-de-joon-ho-bong-810.html

 
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