12 janv. 2010

INVICTUS

L'année dernière à la même époque, le père Clint tentait de nous faire chialer avec un Gran Torino dont on ne pouvait gober la niaiserie et le manichéisme qu'en le considérant comme le chant du cygne du réalisateur. Mais Eastwood revient à la charge avec Invictus, un film bien différent sur le fond et la forme mais curieusement voisin dans sa façon d'aborder certains thèmes. Bienvenue donc dans le pays qui fut jadis théâtre de l'apartheid et où la haine raciale ne s'est pas volatilisée du jour au lendemain. Chez Clint, l'Afrique su Sud est un berceau de partage et de métissage, où les vilains préjugés finissent par être gommés et où la majorité des gros cons de racistes se font tôt ou tard une raison. Le tout grâce à la puissance infinie de l'esprit rugby.
De la même manière que le Walt Kowalski de Gran Torino devenait soudain martyr pour sauver des voisins asiatiques que jusque là il traitait de tous les noms, le peuple sud-africain devient subitement ouvert, tolérant, prêt à serrer n'importe quelle main indépendamment de sa couleur. Que les grandes victoires sportives puissent avoir un tel impact, pourquoi pas : rappelons-nous l'effet "black-blanc-beur" qui irradia subitement la France en 1998 et donna un nouveau souffle à Jacques Chirac. Mais qu'un cinéaste aussi chevronné puisse avoir l'air de penser que la Coupe du Monde de rugby 1995 a eu des conséquences durables sur le climat du pays, ça laisse légèrement pantois. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans Invictus : faire de Mandela un génie politique qui changea à jamais le mode de pensée de son pays (certes) en demandant au capitaine des Springboks de remporter le fameux tournoi (hum). Le total angélisme de Clint Eastwood nous rappelle si besoin que le Dirty Harry d'antan est bel et bien mort.
Mais, à condition de prendre Invictus pour ce qu'il est, c'est-à-dire une déclaration d'amour à un grand homme politique et à un pays pansant ses plaies face caméra, il est tout à fait possible d'en apprécier l'incontestable professionnalisme. Comme tous les ans ou presque, Eastwood remet sur le tapis son aisance naturelle de conteur, de filmeur et de directeur d'acteurs. Dans la peau de Mandela, Morgan Freeman est exemplaire et trouve sans mal la vérité de ce grand personnage historique. Les scènes les plus intéressantes du film sont celles qui montrent que la politique ne peut pas se départir de ses aspects les plus stratégiques. Aussi généreux et sincère soit-il, le président sud-africain est à la fois contraint et ravi d'utiliser êtres humains et symboles pour aiguiller son peuple vers la bonne direction à prendre. L'effervescence rugbystique et les couleurs de l'équipe nationale font partie de ces pions prudemment avancées de ce leader majeur ; mais que les amoureux de ballon ovale ne se réjouissent pas trop vite, car les scènes de rugby sont peu nombreuses et souvent assez sommaires, y compris celle de la fameuse finale contre les Blacks, qui aurait dû constituer un imparable sommet d'émotion mais peine à faire perdurer le sentiment d'exaltation qui monte çà et là. L'Eastwood d'il y a dix ans n'aurait sans doute pas manqué une telle occasion. Ce film bien fichu mais anodin est là pour le confirmer.




Invictus de Clint Eastwood. 2h12. Sortie : 13/01/2010.

20 commentaires sur “INVICTUS”

Pascale a dit…

Ouf "les scènes de rugby sont peu nombreuses et souvent assez sommaires"...
ça c'est plutôt la bonne nouvelle je trouve.
Quant à Gran Torino c'est quand même autre chose qu'un gros con de raciste qui devient un martyre.
Mais bon passons.

**** à Bliss et *** à Invictus (que je n'ai pas encore vu), tout est dit.

Bonne journée.

Rob Gordon a dit…

Tu vaux mieux que cet éternel argument des notes. Enfin je crois.

Benoit a dit…

moi qui avait trouvé Gran Torino très mauvais, ça ne m'engage pas trop... mais faire plus démago ça me parait bien difficile... j'irai malgré tout.rotries

Monsieur Prudhomme a dit…

mais déjà "Million dollar baby" était très manichéen et pas toujours très subtil non ?

Rob Gordon a dit…

Complètement.

Pascale a dit…

On est dans un repère anti-Clint, c'est raffraîchissant dis donc !

Comment ça je vaux mieux que....
faut bien que je me fie à quelque chose non ?

J'aimerais lire ta note sur Agora. Tu as dû adorer !

Manu a dit…

Je ne suis pas complètement d'accord sur le côté sommaire des scènes de rugby... Au contraire, j'étais assez surpris qu'un américain comprenne les subtilités de ce jeu à l'apparence si bourrine... En tout cas, le rugby est bien plus cinégénique que le football! Par contre, Eastwood efface toutes les polémiques nées suite à la victoire de l'AfSud (notamment un arbitrage assez curieux en demi contre la France et une toute aussi mystérieuse intoxication alimentaire des Blacks avant la finale!)

Pour lire mon avis complet, suffit de cliquer sur mon nom, c'est plus rapide qu'un long discours en commentaire ;-)

Au fait, Rob, tu es définitivement faché avec fan-de (tu n'as plus posté de critique depuis vraiment longtemps!)?

Voisin Blogueur a dit…

Autant j'avais bien aimé "Gran Torino" (sans être un film exceptionnel je l'avais trouvé très émouvant, et oui;) , autant celui ci ne me donne pas mais alors pas du tout envie.
Mis à part le fait que ca se passe dans l'univers du rugby, ca sent le réchauffé à plein nez. Et la bande-annonce me donne déjà envie de me pendre . Je crois que je vais passer mon tour, j'attendrai son prochain film.

Lexcalvin a dit…

Réécouter la chronique du monde diplomatique de décembre à propos d'Eastwood : le bonhomme, à force de films et sur la longueur a fini par atteindre le statut d'auteur chez nous, un peu comme une prime de durée ...
Alors que le bonhomme n'a pas changé d'un pouce : pro guerre, pro imperialisme, d'extreme dr... heu républicain convaincu, individualiste à mort, bref un personnage froid et antipathique quand on relit ses déclarations presse.
Seulement voila, la critique moyenne s'aveugle devant Clint sous pretexte qu'il réalise environ un film tous les 18 mois , comme Woody Allen, depuis 30 ans.
En quoi cela procure t il du talent ou un bon film ?

Mystère.
Sur Paris, on appelle ça " avoir la carte ". Clint l'a ^^

Rob Gordon a dit…

Pascale va vraiment finir par croire que j'ai attiré des anti-Eastwood exprès pour la faire fuir. C'est malin.

Lexcalvin a dit…

Chacun sa parano.

Pascale a dit…

Ils ne me feront ni fuir ni changer d'avis. t'inquiète, tu ne te débarrasseras pas de moi avec de pareilles manoeuvres, jusqu'à inviter un calviniste !
Au contraire, je m'amuse beaucoup.

Clint était un facho infréquentable, il est devenu un 'auteur' par la même magie, à présent il devient "tendance" de déboulonner la statue... C'est très frenchie.
Lui il prend les honneurs et se tire en souriant avec son écuelle sous le bras, en disant merci et continue à faire des films. Moi, c'est ça que je veux.
Pro guerre, impérialiste, d'extrême droite et raciste et j'en passe, j'adore lire ça.
Individualiste oui... et je comprends à 200 %.


@Jonathan : tu files au cinéma et pas plus tard que tout de suite, non mais !

Jose Maniette a dit…

Autant où je suis régulièrement tes critiques, globalement très bonnes et en tous les cas "pédagogiques" pour l'amateur peu eclairé de cinéma, autant où je ne comprend pas cet acharnement sur Gran Torino, un des films les plus beaux de 2009. De gustibus...

Lexcalvin a dit…

Gran Torinon ou quand on nous refait le coup de la rédemption.
Genre les salopards deviennent des gens bien d'un coup d'un seul (rires).
Faut bien endormir le peuple, ma bonne dame, sinon il nous sauterait à la gorge.

vierasouto a dit…

Il y a un grand dossier sur Clint Eastwood dans le dernier "Marianne" qui rappelle ses positions politiques, que j'ignorais d'ailleurs, comme son soutien à Bush. S'agissant du film, je n'ai aucune envie de le voir pour la simple raison que certains réalisateurs comme W.Allen (qui détient la palme) font trop de films et ne savent pas créer le manque dont j'ai personnellement besoin pour avoir envie d'y retourner.

benoit a dit…

à mon grand regret, ce films est aussi faible que "gran torino".

Anonyme a dit…

critique cité dans ciné17. classe.

Rob Gordon a dit…

J'ai vu ça, oui. En compagnie de Melissa et Pascale.

BMR & MAM a dit…

Je viens de poster mon billet sur Invictus en soulignant l'attitude de la salle (comble) pendant le générique de fin, qui reste assise essayant de prolonger un peu le rêve de Mandela et celui de Clint.
Le propos sur le racisme m'a fait rebondir sur le billet que j'avais publié sur Gran Torino, soulignant à l'époque l'attitude de la salle (comble) pendant le générique de fin qui applaudissait la belle histoire contée par Clint.
Je vais au cinoche environ deux fois par semaine, dans des salles à moitié vides que le public quitte pendant le générique de fin.
Donc (et même si les foules ne dirigent pas le monde, je sais, je sais !), merci à monsieur Eastwood de savoir si bien raconter de belles histoires en faisant plaisir à si grand nombre de spectateurs.

Lexcalvin a dit…

Chez moi les gens ne sont pas nombreux en salles et se barrent pendant le générique, Clint ou pas.

Ça me rappelle la fin du " chateau ambulant " de myiazaki : à l'époque un ami était surpris de voir le public se lever et applaudir le film. Il m'a demandé la raison (vu la médiocrité, depuis reconnue, de cet opus) de cette attitude, et je lui ai répondu qu'un certain public va voir le dernier myiazaki comme on va à l'église. Par habitude, mais on a oublié pourquoi.

Il en est ainsi du public des pixar, tim burton, et de clint.
On aime d'avance, peu importe le contenu au fond.

Perso, je juge un réalisateur selon chaque film, sachant qu'une carrière peut être inégale. Ce n'est pas parce qu'un auteur a produit des merveilles qu'il continuera, ce n'est pas parce qu'il produit des nanars qu'il va forcément le faire cette fois ci.

Hitchcock aussi a produit des merdes, pourtant son statut de génie obtenu grâce à certains films, n'est plus à démontrer.

En France (ailleurs je ne suis pas allé vérifier) on aime bien coller des étiquettes, et se rassurer sur ses gouts en donnant "la carte" à certains auteurs, en mettant de coté son esprit critique. C'est plus reposant.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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