26 janv. 2010

IN THE AIR

Jason Reitman avait charmé pas mal de monde avec Juno, mais avait également exaspéré une bonne partie de l'auditoire. Toujours dans le registre faussement indépendant qui a fait son succès, son troisième long risque quant à lui de créer une certaine indifférence, et ce malgré la présence de George Clooney dans le rôle principal. Dans une certaine mesure, In the air marque un coup d'arrêt pour le style Reitman, et montre les limites d'un réalisateur qui devra aller chercher plus loin pour réussir ses prochaines oeuvres. Ce qui frappe d'abord, c'est à quel point le Ryan Bingham joué ici par Clooney ressemble au Nick Naylor incarné par Aaron Eckhart dans Thank you for smoking. Tous deux sont les employés forcément cyniques d'une grosse boîte qui les utilise pour effectuer de bien sales besognes avec un semblant de classe. Tous deux parcourent les États-Unis pour convaincre, mentir, embrigader. Mais quand Naylor allait jusqu'au bout de sa logique, prenant un vrai pied à défendre le lobby du tabac et ne se remettant en cause que de façon très éphémère, Bingham nous joue soudain le coup du mec qui ne veut plus être un salaud.
On se trouve typiquement dans ce genre de film qui commence par nous appâter avec un cynisme bien senti - mais tellement à la mode qu'il finit par devenir conventionnel - avant de nous faire comprendre à quel point c'est mal d'avoir osé s'amuser du mode de pensée de son héros. Le mécanisme de la culpabilité est l'un des pires fléaux qui ravagent le cinéma contemporain : on ne voit pas un film pour recevoir une leçon de morale, en tout cas pas si elle est effectuée à la manière d'un vieux professeur réac, avec sermon empesé et petite tape sur les doigts. La moralité de In the air, c'est que nous sommes tous des salauds, et que les plus pourris d'entre nous finiront forcément par être châtiés. Le film se fait moins lourd lorsqu'il indique qu'une rédemption tardive n'est pas l'assurance d'une fin de vie réussie : le problème, c'est qu'il emploie pour cela quelques rebondissements assez éculés. Là scène où Bingham, qui vit presque uniquement entre les hôtels et les aéroports, fait un speech au futur époux de sa soeur pour lui expliquer les bienfaits du mariage et la beauté de la vie sédentaire et conjugale, est l'un des sommets meringués du film. S'il y a du second degré là-dedans, alors il est très bien caché.
Non content de virer des gens toute la journée - c'est son job -, de lutiner régulièrement l'une de ses semblables lorsqu'il est hébergé dans le même hôtel et de mépriser la vie de cons de tous ces cons qui ont choisi de faire comme tous ces cons qui font des enfants cons dans des maisons à la con, Bingham collectionne aussi les miles. Oui, ces points qui offrent des avantages et privilèges en tous genres. Il espère entrer dans la légende en devenant l'un des premiers à dépasser les 10 millions engrangés. Que fait Reitman de cette quête improbable ? Une nouvelle critique de la superficialité, dont l'issue sera encore plus pathétique que le reste. Les intentions ne sont pas méprisables, mais la façon de les faire aboutir est plus que pachydermique. Rappelons-nous le plaisir pris à voir Adam Sandler collectionner les points des parts de pudding dans Punch-drunk love... Ici, rien. Tout est prétexte à morale, à leçon, et rend le film totalement étouffant. George Clooney a beau faire le show, sa prestation ne suffit pas à débrider un peu cet In the air qui plie sous le poids des conventions, tente régulièrement de relever la tête, mais finit par rompre mollement et tristement.




In the air de Jason Reitman. 1h50. Sortie : 27/01/2010.

7 commentaires sur “IN THE AIR”

Niko06 a dit…

Ben pas trop d'accord sur cette "morale", on pourrait le croire à un moment c'est vrai mais la toute dernière partie vient la flinguer quand même ;)

billy a dit…

Les 6 nominations aux Golden Globes (et sa victoire comme meilleur scénario), les multiples récompenses que ce film à d'ores et déjà reçu aux Etats-Unis et les critiques élogieuses du film prouvent à quel point In the air non seulement ne suscite pas d'indifférence mais un total engouement. D'autant que tout ceci s'ajoutait à l'excellent accueil que le film avait reçu dans TOUS les festivals où il a été présenté cet automne.
Ensuite, visiblement, nous n'avons pas vu le même film... d'autant que vous semblez être totalement passé à côté du sujet comme du propos du film... (pour info, le sujet du film n'est certainement pas la profession de Ryan Bingham, mais ça tous ces cons que nous sommes à avoir énormément apprécié et il suffit d'un bref voyage sur le net pour se rendre compte que nous sommes nombreux, l'ont très bien compris).
Enfin il faut croire que vous avez une dent contre Jason Reitman car prétendre que Juno "avait également exaspéré une bonne partie de l'auditoire" était là encore contraire à la réalité: Juno a reçu, ne vous en déplaise, bien plus d'éloges que de critiques...

Rob Gordon a dit…

J'aime beaucoup Juno, mais il suffit d'aller voir du côté de quelques blogs et magazines ciné pour se rendre compte qu'une partie de la critique l'a détesté.
Où ai-je dit que le sujet était le job du héros ?
Bref, il faut arrêter de prendre pour soi des critiques faites à l'égard d'un film. J'ai le droit de ne pas adhérer à la morale d'In the air, de ne pas trouver la dernière partie si incroyable, de trouver ça conventionnel. Ça ne veut pas dire que je méprise ceux qui ne sont pas d'accord.

Fred a dit…

Mais voyons, assume un peu tes positions ! Je suis bien d'accord avec toi : Ce film est nul et quiconque pense le contraire est un abruti fini.

Bon en vrai je n'ai pas vu le film... Et billy, ne prêtez pas attention à ce bloggueur : il a bien aimé Incassable, c'est dire la pauvreté de son jugement.

Pascale a dit…

Moi m'sieur, moi m'sieur, j'ai détesté Juno et là pour le coup sa morale puante... Je devrais adorer cet In the air. Est-ce que George se met tout nu ? Parce que bon, c'est pas le tout de se faire taper sur les doigts faudrait un peu que la star se désape.

Sinon bon ben toi aussi tu trouves que le cynisme est tellement "à la mode qu'il finit par devenir conventionnel" ! MDR.

Pis, sans vouloir donner de leçon, je dirai qu'il doit manquer quelque chose à "si elle est effectuée vieux professeur réac"... mais je sais pas quoi !

P.S. : j'ai beaucoup aimé Incassable et je trouve que Vincent Gallo est le plus grand réalisateur de tous les temps. D'ailleurs y'a qu'à regarder comment il souffre !

Rob Gordon a dit…

Merci, correcteuse officielle.

George est beaucoup moins habillé que dans la plupart de ses films. Je te laisse juge.

BMR & MAM a dit…

Lorsque Clooney arrive à son million de miles, il a droit à un entretien avec le commandant de bord ... le dialogue qui tue, lorsque le commandant lui demande en substance : "Vous êtes le septième à obtenir notre distinction. Vous êtes le plus jeune, comment avez-vous fait ?" ... et oui, George est passé à côté de tout, à côté des amis, de la famille, de l'amour, bref de la vie. C'est plutôt cela la morale du film.
Le café de George Clooney a finalement un drôle de goût, plutôt amer ... c'est tout son intérêt.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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