4 janv. 2010

COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY

Quand le projet d'un film consacré à la relation Chanel - Stravinsky, alors nommé Coco & Igor, fut annoncé, on comprenait mal comment un cinéaste tel que William Friedkin pouvait bien s'intéresser à un projet apparemment ultra classique voire un peu lisse. Friedkin remplacé au pied levé par Kounen pour cause de brouille avec les producteurs, l'interrogation restait entière. Si sa courte filmographie reste largement discutable, le Français est indéniablement un cinéaste plein d'ambition, peu à même de se plier au cahier des charges d'un film potentiellement très lisse. Sauf que Coco Chanel & Igor Stravinsky n'est pas le biopic à quatre mains que l'on pouvait attendre ; ni même le récit romantico-enflammé de la relation amoureuse qui unit un temps la styliste et le compositeur. C'est un drame, douloureux et virtuose, sur le génie créatif et l'impossibilité d'aimer. Et c'est un film qui laisse pantois.
D'emblée, Jan Kounen impose un style cataclysmique à cette histoire en partie réinventée - aucun document ou presque ne décrivant l'histoire d'amour en question. Ça commence par un générique façon kaléidoscope, variation années 10 des hallucinations de Mike Blueberry dans la fameuse Expérience secrète. Puis le film prend place lors de la grande première du Sacre du printemps, instant chaotique dans la vie du compositeur, trop avant-gardiste pour ne pas être conspué par une armée de bourgeois conformistes. Musique tonitruante, caméra agitée, rythme échevelé : Coco et Igor ne se sont pas encore rencontrés que déjà le film nous embarque dans une frénésie visuelle et sonore où l'impression dominante est celle d'un mal-être permanent, que même la création ou la bienveillance des proches ne peut atténuer. Les deux heures qui suivent sont à cette image : jamais la moindre petite brise ne viendra rafraîchir une ambiance pesante, où les sourires sont délivrés au compte-goutte et où tout n'est que matière à souffrance.
De Chanel et Stravinsky, on apprendra finalement assez peu. À peine les verra-t-on, et par bribes seulement, s'adonner à leur art respectif avec passion et intransigeance. Qui raffole des oeuvres pleines de dates, de patronymes connus et de flonflons ferait mieux de passer son chemin. Les deux tiers du film consistent en un quasi huis clos où, dans la villa de Garches que possède Coco Chanel, Stravinsky et sa petite famille trouvent un refuge semblant idéal avant que la passion ne vienne tout détruire. C'est là, de couloirs en petits salons, que va se jouer leur histoire. Elle ne se traduira ni par des baisers enflammés, ni par des conversations passionnantes. Ces deux-là se veulent et s'obtiennent, et cet alliage est froid, mutique, insatisfaisant et inconfortable. Contrairement à ce que montre par exemple Jane Campion dans le somptueux Bright star - sortie le 6 janvier -, Kounen décrit la passion comme une sorte d'accident, inévitable mais pas transcendant. Ou en tout cas pas de façon tangible. En clair, Chanel et Stravinsky n'iront pas gambader dans les prés et se rouler dans l'herbe pour célébrer leur rencontre. Mais leur bouillonnement intérieur est saisi sur le vif par le biais d'une mise en scène alerte, en perpétuelle recherche d'idées, qui fait de chaque être humain une oeuvre d'art, avec ses textures et ses couleurs. Coco Chanel & Igor Stravinsky est une oeuvre formidablement sensorielle et épurée, une symphonie oppressante et emballante qui refuse idéalement toute forme de romantisme.




Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen. 1h58. Sortie : 30/12/2009.
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