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BRIGHT STAR

Transcendant et dévastateur, l'amour est d'autant plus frappant lorsqu'il arrive par surprise et frappe pour la première fois le coeur de jeunes gens peu rompus à ces sentiments jusque là inconnus. Rares sont les cinéastes à avoir réussi aussi bien que Jane Campion à montrer à quel point la passion peut déborder ceux qu'elle anime et leur inoculer une sorte de trouble bipolaire. Les jeunes héros de Bright star sont ainsi traversés par des humeurs contraires et incontrôlables, comme un tour de montagnes russes dont ils ne choisiraient ni le début ni la fin. Rien n'explique qu'à l'envie de se fracasser le crâne contre le premier mur venu succède brusquement le désir de se rouler dans un massif de fleurs en pensant à l'être aimé. C'est ridicule ? C'est cliché ? Oui, peut-être. Mais c'est pourtant la réalité.
Les amoureux de Jane Campion se nomment Fanny Brawne et John Keats. Lui est un poète dont le génie romantique ne sera reconnu qu'après son décès prématuré. Elle est une jeune femme effrontée et assoiffée de liberté, qui ne prête au départ que peu d'attention à ses vers. Nous sommes au début du dix-neuvième siècle, et leur histoire pourrait ressembler à du Jane Austen si le poids de la mort ne cessait de rôder au-dessus d'eux. Car ce jeune freluquet de Keats est rapidement frappé par une tuberculose qui ne laisse que peu d'espoir quant à sa survie à long terme. En résulte un sentiment d'urgence et de frustration chez les deux amants, qui n'aiment rien tant que prendre leur temps mais savent que celui-ci leur est compté. Chaque minute passée ensemble est un trésor, chaque seconde de séparation un déchirement. Vrai personnage principal du film, Fanny vit les absences répétées de Keats comme de lourds fardeaux qui la plongent dans des états psychiques inquiétants, à la limite de la liquéfaction. Lorsque celui-ci part soigner sa maladie dans des contrées plus chaudes que les faubourgs londoniens, sa douleur est déjà celle d'une veuve. Venant d'une jeune femme d'une vingtaine d'années, c'est absolument tétanisant.
L'amour est donc surpuissant, on l'a compris. Mais ce qui fait de Bright star un film plus fort que la moyenne est la somptueuse mise en scène de Campion. Loin de la dureté du cadre de certains de ses films précédents, elle offre une oeuvre ciselée, colorée, s'attardant longuement sur les petits détails qui nous donnent l'impression de vivre une histoire d'amour plus forte que celle du voisin. Un buisson aux branches accueillantes, une chambre claire où vole un rideau poussé par le vent, une cheminée devant laquelle danser un peu et échanger beaucoup... Avec juste ce petit grain qui différencie, presque par miracle, une pub pour du parfum et un film somptueux. Le film est d'autant plus admirable que ses deux héros ne sont pas des gravures de mode, mais des gens empreints d'une beauté peu conventionnelle. Abbie Cornish et Ben Whishaw sont les interprètes à fleur de peau de ce couple qui serait totalement ordinaire s'il n'y avait derrière tout cela une étude - plus qu'une réflexion - sur la création poétique. Chez John Keats, chaque texte est le fruit d'un labeur extrêmement pénible, où le moindre mot couché sur le papier nécessite des efforts surhumains qui conduisent parfois l'artiste à se couper du monde, à mettre sa vie d'homme entre parenthèses pour l'amour de l'art. Bright star est aussi une oeuvre sacrificielle qui montre à quel point les choix qui jalonnent nos existences peuvent les bouleverser à jamais. Rarement une année cinéma aura aussi bien commencé.




Bright star de Jane Campion. 1h59. Sortie : 06/01/2010.

5 commentaire(s):

Ashtray-girl (5/1/10 12:57) a dit…

Ma foi, cela m'a l'air de très bon augure... Il me tarde de le découvrir!

Niko06 (5/1/10 17:47) a dit…

Waou! T'es rarement aussi généreux dis-donc!! Je vais sans doute le voir alors...

Anonyme a dit…

Je l'ai vu, et j'ai adoré ! Ce film est merveilleux et comme dit un critique cinéma dans Télérama, il "nous rend amoureux de l'Amour".
On sort de la salle essoufflé, encore sous le choc d'une telle poésie, de tels sentiments.
JE VOUS LE CONSEILLE, ABSOLUMENT.

Octobre (11/1/10 21:29) a dit…

Bonsoir,

Moustache (blog) aime aussi beaucoup Bright Star. Si ça vous intéresse de jeter un œil :

Noyade dans un champ de violettes : Bright Star

LeCinévore (12/1/10 18:44) a dit…

Ce film est un miracle d’harmonie, tout s’équilibre parfaitement :
Le romantisme n’est jamais niais, les poèmes de Keats s’intègrent subtilement aux dialogues, l’histoire d’amour toute de passion contenue ( convention de l’époque oblige ! ) est filmée à la fois avec intimité et pudeur, la musique soutient l’histoire sans jamais l’étouffer et la lenteur volontaire du film en exacerbe la beauté.

En effet l'année 2010 commence bien !!!

 

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