31 déc. 2009

Les années '00 en 20 films | bilan

Les années '00 vivent leurs dernières heures ; l'occasion de vous signaler que mes amis de Cinemateaser ont érigé un ambitieux top 50 des meilleurs films de la décennie, et de vous encourager à participer à la création d'un classement collectif, organisé à l'initiative du site Le Temps du cinéma ; l'occasion aussi de dresser un bref récapitulatif de mes 20 films des années '00.



n°1 High fidelity de Stephen Frears (2000)
n°2 The brown bunny de Vincent Gallo (2003)
n°3 L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d'Andrew Dominik (2007)
n°4 The dark knight - le chevalier noir de Christopher Nolan (2008)
n°5 Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll (2000)
n°6 Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin (2008)
n°7 Last days de Gus van Sant (2005)
n°8 Mulholland drive de David Lynch (2002)
n°9 Dans Paris de Christophe Honoré (2006)
n°10 Keane de Lodge Kerrigan (2005)
n°11 Tropical malady d'Apichatpong Weerasethakul (2004)
n°12 Ghost world de Terry Zwigoff (2002)
n°13 La saveur de la pastèque de Tsai Ming-Liang (2005)
n°14 The fountain de Darren Aronofsky (2006)
n°15 Les derniers jours du monde d'Arnaud & Jean-Marie Larrieu (2009)
n°16 Beau travail de Claire Denis (2000)
n°17 À bord du Darjeeling limited de Wes Anderson (2008)
n°18 Le fils de Luc & Jean-Pierre Dardenne (2001)
n°19 Incassable de M. Night Shyamalan (2000)
n°20 Presque célèbre de Cameron Crowe (2001)

CRACKS

Après Jake et son Guns 1748, c'est au tour d'un autre rejeton Scott de se lancer dans le long-métrage. Ou plutôt d'une rejetonne, Jordan, dont les débuts derrière la caméra n'ont pas de quoi faire rougir papa Ridley. Non pas que Cracks soit une franche réussite : le film est même carrément balbutiant par moments. En revanche, la demoiselle fait preuve d'une aisance évidente, à la mise en scène comme à la direction d'acteurs. Le film dispose d'une belle photographie surannée - idéal pour replonger dans les années 30 - et riche en belles idées, donnant un véritable souffle à une intrigue qui aurait pu en manquer. Prometteuse.
Il fallait sans doute une femme pour parvenir à entrer dans cet univers en vase clos, dépourvu d'hommes ou presque - un prêtre et deux ou trois autres n'effectuent que de rares apparitions. Cracks intègre un groupe de pensionnaires d'un internat très retiré, qui partagent une certaine fascination pour une prof de plongeon devenue leur mentor. Tout fonctionne selon le système dominante / dominée, cette magnétique Miss G. s'étant choisi parmi les filles une capitaine, Di, qui dicte elle-même sa loi à ses amies et sous-fifres. Une hiérarchie bientôt brisée par l'arrivée d'une nouvelle, jeune aristo d'origine espagnole, par qui vont alors transiter rapports de force, rancoeurs et désirs mal dissimulés. Cette modification soudaine des valeurs est l'élément le plus intéressant du scénario de Cracks, qui ronronnait jusque là dans un genre initiatique un rien éculé.
La partie centrale est vraiment la plus réussie du film, orchestrant des jeux de pouvoir d'autant plus intéressants qu'ils concernent des jeunes femmes impulsives aventureuses, rendant l'ensemble aussi imprévisible et tendu que possible. Le fait qu'elle soient interprétées par des actrices aussi belles que glaciales va dans ce sens : au sommet de ce casting, Eva Green nous la joue plus que jamais regard perçant et coeur de pierre, accentuant le potentiel implicitement érotique de la chose. Les bobines qui concluent le film sont en revanche moins accrocheuses : bien qu'assez peu explicatif, le scénario en dit déjà trop et mène les protagonistes vers une fin plus balisée et prévisible. Le problème avec autant de personnages forts, c'est que les auteurs ne trouvent souvent que des solutions de facilité pour mettre un terme à leurs querelles.




Cracks de Jordan Scott. 1h44. Sortie : 30/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

30 déc. 2009

Les années '00 en 20 films | n°1

n°1


High fidelity de Stephen Frears (2000)

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The end

Quelques tops 5 de fin d'année...

Analyser une année de sorties, les tendances, les thématiques, quand on ne sait pas faire, il vaut mieux éviter. C'est pourquoi je me contenterai de quelques petits tops 5 de fin d'année, plus ou moins judicieux et plus ou moins sérieux.



Documentaires
1. Z32 d'Avi Mograbi
2. Joy division de Grant Gee
3. Irène d'Alain Cavalier
4. La vida loca de Christian Poveda
5. The september issue de R.J. Cutler



Premiers films
1. Le petit chat curieux (Komaneko) de Tsuneo Goda
2. Synecdoche, New York de Charlie Kaufman
3. Morse (let the right one in) de Tomas Alfredson
4. Espion(s) de Nicolas Saada
5. J'ai tué ma mère de Xavier Dolan



Espoirs
1. Alice de Lencquesaing (Le père de mes enfants)
2. Jesse Eisenberg (Bienvenue à Zombieland, Adventureland)
3. Reda Kateb (Qu'un seul tienne et les autres suivront)
4. Tahar Rahim (Un prophète)
5. Anaïs Demoustier (Sois sage)



Bombes
1. Marisa Tomei (The wrestler)
2. Natacha Koutchoumov (Un autre homme)
3. Omahyra Mota (Les derniers jours du monde)
4. Léa Seydoux (Plein sud)
5. Barbara Schulz (Celle que j'aime)



Chiants
1. La cámara oscura de María Victoria Menis
2. Le chant des oiseaux d'Albert Serra
3. La fenêtre de Carlos Sorin
4. L'idiot de Pierre Léon
5. No pasaran d'Emmanuel Caussé & Éric Martin



Déceptions
1. David Fincher (L'étrange histoire de Benjamin Button)
2. Clint Eastwood (Gran Torino)
3. Sam Mendes (Les noces rebelles)
4. le cinéma argentin (El niño pez, La sangre brota, La femme sans tête...)
5. André Téchiné (La fille du RER)

ACCIDENT

Régulièrement arrivent sur le marché des ersatz de Johnnie To, qui se targuent d'avoir travaillé avec le maître hong-kongais et s'en font une carte de visite. S'il n'en est pas à son premier film, Soi Cheang est de ceux-là : réalisateur de deuxième équipe sur certains films de To, il est parvenu à intégrer le cercle pas si fermé des amis du cinéaste, qui joue les mécènes dès qu'un scénario lui plaît. C'est ainsi qu'est né cet Accident extrêmement alléchant, qui décrit les agissements d'un gang maquillant les crimes en accidents avant de placer le leader du groupe au sein d'une épaisse machination.
Hélas, les premières images parlent d'elles-mêmes : la mise en scène de Soi Cheang ne vaut absolument pas un clou, accumulant plans inutiles et mal fichus. On rappelle que la force des films de Johnnie To, bien avant leur sujet ou leurs thématiques, est la virtuosité avec laquelle le réalisateur compose des plans d'une beauté furieuse, les agençant ensuite au sein d'une gigantesque chorégraphie de corps et d'esprits. Dans Accident, rien de tel ne se produit, et la crédibilité a rapidement du plomb dans l'aile. D'autant que pour faire passer un tel script, il fallait bien une mise en scène carrée et implacable. Le fameux gang au coeur du film emploie en effet de drôles de méthodes pour tuer les gens sur commande : celles-ci sont à peu près aussi tordues que les jeux pervers auxquels s'adonne la Mort dans les Destination finale. Fausses pistes, enchaînements logiques (?) de micro-incidents apparemment anodins, le tout afin d'empêcher que l'on puisse penser au meurtre, et a fortiori remonter jusqu'aux coupables. Pourquoi pas ? Parce qu'on n'y comprend pas toujours ce qui se passe - merci la mise en scène - et parce que le taux de réalisme est proche du zéro pointé.
On pourrait d'ailleurs passer outre ce manque de réalisme et se contenter d'assister à ces réactions en chaîne pas franchement bien conçues ; sauf que Soi Cheang est plus ambitieux que cela, et fait évoluer son film vers un polar noir et désespéré - à la Johnnie To, oui - dans lequel le chef du gang tente de déterminer si sa femme n'a pas été elle aussi victime d'un tel crime maquillé. Là, d'un coup, le film bascule vers un hyperréalisme où le moindre détail a son importance dans l'enquête, et où tout semble s'emboîter avec une précision infinie. Comme la mise en scène est toujours aussi approximative - mais c'est moins grave -, il y a de nouveau de quoi tiquer. Ce grand écart entre grand-guignol et obsession du réel est aussi inconfortable qu'incohérent, et la totale antipathie du héros malheureux n'aide pas à oublier tout cela. Son destin indiffère, tout comme ce film qui rappelle que Johnnie To est unique et que c'est bien dommage.




Accident de Soi Cheang. 1h29. Sortie : 30/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

29 déc. 2009

Les années '00 en 20 films | n°2

n°2


The brown bunny de Vincent Gallo (2003)

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Indice n°1

Vous avez besoin d'un indice ? Franchement ?

Séries - Top 10 des années '00

Tant qu'à faire les bilans de fin d'année et de fin de décennie, autant voir plus loin que le bout de son nez. Si, par manque de temps et de méthode, je n'ai jamais parlé ici de séries, j'en suis pourtant un amateur de plus en plus fervent après avoir emmagasiné un retard pas possible. C'est ainsi que des séries apparemment imparables telles que Les Soprano, Sur écoute, Skins, Freaks and geeks ou encore The shield manquent à mon bagage.

Ci-dessous, et sans commentaire, voici un top 10 des séries qui m'ont accompagné au cours des années '00 et qui continueront sans nul doute de me suivre lors des prochaines décennies. Pourquoi sans commentaire ? Parce que, si le temps le permet - fichues journées qui refusent de durer plus de 24 heures -, je tacherai de revenir sur chacune d'entre elles au cours de l'année. Ainsi que sur celles qui auraient pu figurer dans ce classement : les Brothers and sisters, Dr House, How I met your mother, The big bang theory, Eastbound and down, Dead set et autres oubliées mais pas négligeables. Et peut-être expliquerai-je pourquoi, même si j'en ai vu Quatre ou cinq saisons, je ne comprends pas le succès de Jack Bauer et de 24 heures chrono.

Mais, trêve de blabla, voici mon top 10 des séries de la décennie :


UN CONTE FINLANDAIS

Combien connaît-on de réalisateurs finlandais actuels ? En creusant un peu, on trouve Antti-Jussi Annila, auteur d'un Sauna qui ravit les festivals mais n'a pas atteint les salles françaises. À part ça, il y a les Kaurismäki. Oui, les Kaurismäki : car derrière Aki, cinéaste taciturne prisé pour son humour à froid, se cache Mika, son frère aîné, moins connu mais très actif depuis une bonne vingtaine d'années. Après quelques documentaires musicaux, le voici de retour aux commandes d'une fiction, le très mal nommé Un conte finlandais. Soit l'histoire de trois quinquas qui picolent et tentent de refaire le monde pour oublier que leurs vies ne ressemblent pas à ce dont ils rêvaient. Alcool et désillusions : tout ce qu'on attend d'un film finlandais. Heureusement, car c'est à peu près tout.
Après avoir sommairement présenté les trois anti-héros et leurs atermoiements, Kaurismäki les plante dans un bar-karaoké désert - veille de Noël oblige - qui sera le théâtre de leurs confessions et de leurs règlements de compte. Le premier quart d'heure passé, on se retrouve donc dans un huis clos au décor pathétique, digne d'une cafeteria d'autoroute. Premier acte : honteux de leurs conditions respectives, les trois amis boivent des coups et parlent de la pluie et du beau temps, sans aborder les sujets qui fâchent. Deuxième acte : ils se jurent de se raconter la vérité, rien que la vérité, toute la vérité... mais l'irruption d'une belle inconnue risque de bouleverser leurs plans. C'est tout le principe du film : montrer que les aléas de l'existence nous contraignent généralement à repousser l'instant fatidique où il faudra enfin être sincère et se livrer sans fard... La démonstration est concluante, mais fait d'Un conte finlandais un film frustrant et un peu vide, les protagonistes passant leur temps à se tourner autour sans jamais vraiment se rentrer dans le lard.
On aurait pu espérer que l'alcool pousse enfin les trois hommes à se cracher leurs rancœurs au visage, à exprimer leur détresse et à tenter d'aller plus loin. Mais le finlandais a visiblement le foie trop entraîné pour qu'un déferlement de verres bien remplis suffise à briser la glace et à faire fondre la pudeur ambiante. On n'ira donc pas au-delà des quelques révélations d'usage, les personnages finissant par se dire ce qu'ils ont à se dire sans que cela ait une quelconque conséquence. L'impression d'ensemble n'est pas désagréable, mais Kaurismäki ne parvient pas vraiment à nous emmener là où il le voudrait, dans cet univers alcoolisé permettant aux langues de se délier et aux problèmes de se régler au moins en apparence. La mise en scène assez rudimentaire peine à donner la moindre grâce à cette histoire assez sommaire. Symbole de ce sympathique gâchis : cette femme belle et mystérieuse qui apparaît en milieu de film dans un mouvement quasi surnaturel ne garde son aura qu'un temps, et finit par être réduite à une simple symbolique sexuelle. Contrairement à son petit frère, qui fait toujours la même chose mais le fait bien, Mika Kaurismäki manque décidément de style pour offrir plus que de petites œuvres inconséquentes.




Un conte finlandais (Kolme viisasta miestä) de Mika Kaurismäki. 1h37. Sortie : 23/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

28 déc. 2009

Les années '00 en 20 films | n°3

n°3


L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d'Andrew Dominik (2007)

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Indice n°2

Une moto et une bite.

10 albums pour 2009

Mais pourquoi diable un blogueur ciné aurait-il l'idée saugrenue de publier un top 10 de ses albums préférés de 2009 ? Pourquoi, sachant qu'il n'a jamais entendu parler des deux tiers des albums cités dans le Top des blogueurs 2009, composé de la crème de la crème des blogueurs musique ? Pourquoi, étant donné que tout le monde s'en fout ? La réponse est simple : pourquoi pas. Voilà. Et que pleuvent moqueries, interrogations ou indifférence : en musique, Rob Gordon n'a pas toujours raison, et il s'en moque un peu.

EDIT : À la demande générale d'IMtheRookie, une petite playlist Spotify correspondant au top, à laquelle manquent malheureusement trois artistes.


01. Jason Lytle - Yours truly, the commuter
Ce n'est pas tout à fait le nouveau Grandaddy, mais ça y ressemble pourtant fortement : le premier album solo de Jason Lytle est une perle absolue, où se cotoient chansons délicieusement primaires (It's the weekend) et trésors mélancoliques à s'en relever la nuit (Ghost of my old dog, Birds encouraged him). Toutes ont en commun une infinie délicatesse, un sens aigu de la mélodie et surtout cette sensation d'assister au miraculeux retour d'un rescapé, laissé pour mort après le triste split de son glorieux groupe. Le roi n'est pas mort, vive le roi.

02. Chris Garneau - El radio
Hands on the radio, chanson de l'année ? Peut-être pas. Mais pas loin. Chris Garneau y fait en tout cas étalage d'une sensibilité à fleur de peau, qui pourrait passer pour pleurnicharde si elle ne semblait pas aussi sincère. La voix ouverte et aérienne de l'interprète garnira dix autres titres aux dispositifs souvent élaborés et au résultat toujours bouleversant. Garneau construit ses morceaux comme des tableaux : chaque détail compte, et chaque imperfection en fait la personnalité. Absolument splendide.

03. Dominique A - La Musique / La Matière
Il n'a peut-être pas trouvé le sens, mais voilà longtemps qu'il a la clé : le grand Dominique A revient avec un double album d'une densité affolante, faisant oublier un Horizon parfois grandiose mais surtout inégal. La Musique et La Matière se complètent et se répondent, non comme les deux parties indépendantes d'une même oeuvre, mais comme les hémisphères d'une même tête pensante, qui mêlerait affect, intellect, logique et intuition. Et dire qu'il y a des gens pour oublier d'aller le voir en live alors qu'ils ont leur billet depuis des mois.

04. Bill Callahan - Sometimes I wish we were an eagle
Exit Smog, bonjour Bill Callahan : désormais débarrassé de tout pseudonyme, l'Américain est plus lui-même que jamais. Sa voix grave se promène au fil de morceaux imparables, toujours proches de la perfection sans jamais entrer dans un tel moule. Au coeur de ce disque admirable, un morceau concourt pour le titre de plus beau de l'année : All thoughts are prey to some beast, titre inquiet et inquiétant qu'on choisirait volontiers comme bande originale de son propre exorcisme. Soit 6 minutes de pure hypnose.

05. Antony and the Johnsons - The crying light
Il y en a certes un peu marre de l'entendre en conclusion des films français les plus décevants de l'année - Honoré et Chéreau, même combat ou presque. Malgré cela, Antony reste Antony, et revient avec dix ballades d'une exquise fragilité. La voix flotte, s'élève, disparaît comme dans un rêve ; le délicat lyrisme des mélodies réduit le coeur en miettes. Aussi brillants et sans doute plus mûrs que sur I am a bird now, Antony et ses Johnsons ont encore frappé fort. Espérons que nos cinéastes ne continuent pas à les piller sans résultat.

06. JP Nataf - Clair
La barbe en broussaille, les lunettes noires : chez Jean-Philippe Nataf, les artifices de l'artiste ne servent qu'à alimenter l'immense pudeur de l'homme. C'est pourtant à une troublante mise à nu que l'ex (futur ?) Innocent s'adonne ici, se dévoilant au fil de textes faussement alambiqués et de sérénades ultra mélodiques. JP ose tout, chansons marathons ou comptines sauvages, et se révèle plus honnête que jamais, débarrassé de la fantaisie séductrice mais excessive d'un Plus de sucre finalement pas loin d'être surclassé.

07. The Delano orchestra - Will anyone else leave me ?
À Clermont-Ferrand aussi, il y a des rockeurs. Ceux-là empruntent à Sparklehorse et à d'autres pour proposer une série de morceaux caressants, d'une lenteur tétanisante, cernés par une voix qui traîne, traîne encore, traîne toujours. Mais ces chuchotement répétés sont magistralement contrebalancés par une armée de guitares épaisses, parfois rageuses, jamais gratuites. Peu de gaudriole chez Delano, à la scène comme à la ville d'ailleurs ; mais pourquoi n'aurait-on pas le droit de faire un peu la gueule ?

08. Beirut - March of the Zapotec and Realpeople Holland
Quand Zach Condon décide de prendre du repos, c'est pour mieux revenir avec ces deux mini-albums, très courts donc très frustrants : l'un, enregistré au Mexique, ajoute un mysticisme envoûtant à la beauté de ses précédents travaux ; l'autre, plus expérimental, le voit s'essayer à l'électro-pop avec un bonheur inégal mais toujours touchant. Plus que deux petites friandises, ce sont les promesses de deux futurs grands albums que ce jeune type de pas encore 24 ans nous offrait cette année.

09. Kings of convenience - Declaration of dependence
Les Norvégiens swinguants commençaient à se faire attendre... Heureusement, leur troisième opus est enfin là, toujours aussi aérien mais allant creuser davantage du côté de la bossa nova. Leur plus grand défaut est aussi leur plus grande qualité : les Kings débarquent exactement là où on les attend, nous resservant une treizaine de morceaux qui auraient tout à fait trouvé leur place dans Quiet is the new loud ou Riot on an empty street. La diversité de leurs projets parallèles montre heureusement qu'il s'agit d'un vrai choix de leur part.

10. Dent May - The good feeling music of Dent May & his magnificent ukulele
Avec sa gueule de nerd, son costume impeccable et son obsession de la drague, Dent May se présente comme un cousin de Barney Stinson et Howard Wolowitz. Et s'il gratte un peu son ukulélé pour ne pas faire mentir le titre de son album, c'est toute une fanfare qu'il convoque au service de ses draguouillages nocturnes et de ses coups de coeur enflammés. Michael Chang, Paris, l'alcoolisme : avec Dent May, tous les sujets sont bons pour donner envie de danser en slip.

ESTHER

Cas d'école : quand deux affiches peuvent vous amener à deux perceptions différentes d'un même film. La française ne dit rien de spécial, si ce n'est que la Esther du titre risque fort de poser problème. Rien de renversant, en somme. En revanche, le poster américain affirme comme un défi que toi, spectateur consommateur, « tu ne devineras jamais son secret ». Et là, tout change : ainsi donc, cette petite orpheline toute mignonne, recueillie par une famille de gentils ricains débordant d'affection, cacherait un secret inimaginable ? Allons bon.
Derrière ce qui s'apparente apparemment à une micro-variation d'ordre promotionnelle se cache en fait une double façon d'envisager la découverte du film. D'un côté, le spectateur innocent passera deux heures à prendre le film scène après scène, s'agrippant plus ou moins fort à son siège en espérant sincèrement que la fillette, de moins en moins sympathique, ne finisse pas par buter toute la sainte famille... De l'autre, le spectateur ricain ou accro du web ou lecteur de cette critique - désolé - n'aura d'autre choix que de s'interroger sur ce satané secret, scrutant chaque scène l'une après l'autre pour tenter de tout comprendre avant l'inévitable révélation finale. Car, pas de publicité mensongère, Esther est bel et bien un film à twist, celui-ci étant à la fois complètement fantaisiste, tout à fait digeste et quasiment impossible à deviner avant son annonce, sauf par quelques esprits plus aiguisés que la moyenne.
Pourquoi évoquer ces deux façons de voir le film ? Car Esther, clairement, semble plus à même de séduire le spectateur actif, et ce pour une bonne raison. Le film de Jaume Collet-Serra, s'il va assez loin dans la description des actes perpétrés par Esther - limite dérangeant dont très agréable -, peine en revanche à susciter un effroi durable en raison d'une mise en scène joliment baroque mais bien trop plan plan dans les grands moments de tension. Qui était simplement venu chercher sa dose de frousse risque de sortir de là bien chafouin, frustré par deux heures assez décevantes à ce titre. En revanche, la montée en puissance du scénario, prévisible mais convaincante, a de quoi satisfaire. D'autant qu'à la question « mais que cache Esther ? » s'ajoute « mais que cache le film ? » : longtemps, on ne sait dans vers quel genre le film va évoluer, plutôt thriller pur ou plutôt imbroglio surnaturel. Et c'est là que réside son intérêt principal : le voir évoluer au fil des séquences avant de se définir enfin.
Tout ceci ne serait que de la roupie de sansonnet s'il n'y avait cette poignée d'acteurs prodigieux car toujours sur le fil du rasoir. D'abord cette petite Isabelle Fuhrman, incroyable empêcheuse de vivre pleinement son rêve américain : sa prestation est d'autant plus hallucinante lorsqu'on sait que [insérer ici la révélation finale]. Ensuite une Vera Farmiga qui prend toujours plus d'essor de film en film et s'apprête à devenir une référence pour toutes les futures interprètes de mères de famille à problèmes. Et enfin ce fameux Peter Sarsgaard, sorte de petit frère de Kiefer Sutherland qui aurait abusé de la fumette - d'où les yeux plissés. Sa prestation hallucinée et savamment too much donne une étincelle inattendue à un film qui vaut de toute façon le détour, indépendamment de la manière dont on l'appréhende.




Esther (Orphan) de Jaume Collet-Serra. 2h03. Sortie : 30/12/2009.

27 déc. 2009

Blogs cinéma, le best of | S03E17


Les fêtes furent bonnes... le best of des blogs aussi. Bonne fin d'année, rendez-vous en 2010...

Cineblogywood : Harry Potter à l'école des grossiers
FilmGeek : Top 10 des films les plus téléchargés de 2009
Cinefeed: Top 10 des films de l'année 2009
Rob Gordon a toujours raison : Vincent Gallo en citations

Les années '00 en 20 films | n°4

n°4


The dark knight - le chevalier noir de Christopher Nolan (2008)

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Indice n°3

Après Tyrone Power et Rob Lowe... et avant Melvil Poupaud.

CONTES DE L'ÂGE D'OR

« Le bilan des pays communistes est globalement positif », affirme Georges Marchais sur la gigantesque accroche de l'affiche de Contes de l'âge d'or. La phrase est suffisamment comique pour se passer de commentaires ; il en est exactement de même pour ce film collectif mené par le roumain Cristian Mungiu - palmé pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours - et co-réalisé avec quatre de ses compatriotes. Un film à sketches tournant autour d'une simple idée : celle de tourner en dérision le régime de Ceaucescu à travers quatre histoires pas fondamentalement politiques mais d'une unité comique proprement irrésistible. D'autant que le film, au-delà de la satire, ne prétend pas énoncer de vérités particulières au sujet de ce régime. Il s'agit juste de se marrer un bon coup en évoquant une époque pas si révolue.
Le premier des quatre segments, La légende de la visite officielle, est peut-être le plus savoureux. On y suit de près les gesticulations nerveuses des habitants d'un petit village roumain travaillant d'arrache-pied pour préparer la visite imminente des dirigeants du Parti. Le moindre détail doit être réglé, chaque étape de la visite est peaufinée... mais l'irruption d'une équipe d'inspection fait tout partir à vau-l'eau dans un déferlement burlesque, aux frontières de l'absurde. Le deuxième, La légende de l'activiste zélé montre un jeune activiste du Parti débarquer dans un village en prétendant y régler les problèmes d'illettrisme. Convoquant l'intégralité des habitants illettrés, il prodigue rapidement un savoir qui pourrait se retourner contre lui. Dans le troisième, La légende du policier avide, une famille se voit offrir un cochon vivant mais cherche en vain la solution pour le tuer en silence, sans quoi les voisins affamés pourraient rappliquer. Enfin, dans l'excellent dernier segment, La légende du photographe officiel, les employés d'un quotidien roumains font du montage photographique pour donner la meilleur image possible de Ceaucescu. pratique qui leur vaudra quelques infortunes...
Si les films d'ouverture et de clôture semblent légèrement supérieurs, Contes de l'âge d'or se distingue par une relative homogénéité due sans doute au petit nombre de sketches. Cela suffisait de toute façon pour régler son compte à un Régime autoritaire, pratiquant la censure et ne cessant, malgré de bonnes intentions, d'accentuer les inégalités. L'esprit évolue quelque part entre les comédiens italiennes à sketches des années 60 et la satire rigolarde d'un Corneliu Porumboiu (12h08 à l'est de Bucarest), une mise en scène moderne en bonus. Car c'est là la vraie surprise du projet : tout, des films aux intermèdes, prend consciencieusement ses distances vis-à-vis du cinéma roumain, habituellement acide mais moche.





Contes de l'âge d'or (Amintiri din Epoca de Aur) de Cristian Mungiu, Ioana Uricaru, Hanno Höfer, Rãzvan Mãrculescu et Constantin Popescu. 1h20. Sortie : 30/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

26 déc. 2009

Les années '00 en 20 films | n°5

n°5


Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll (2000)

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Indice n°4

Oscar posthume.

Vincent Gallo en citations

Vincent Gallo est acteur, réalisateur, scénariste, costumier, producteur, directeur de la photographie, maquilleur, monteur, musicien. Il faut écouter ses disques, notamment le splendide album When ou l'excellente compile Recordings of music for films. Il faut aussi visiter son site internet, et notamment cette partie, dans laquelle il vend un peu de tout. C'est-à-dire des disques, des affiches, mais aussi ses services d'escort boy ou une dose de sa semence - découvrez vous-même le prix de la chose. Qui connaît mal ce touche-à-tout de génie pourrait penser à une vaste opération d'auto-dérision. Il n'en est rien : Vincent Gallo, c'est du premier degré pur sucre. Il est antipathique parce qu'il est génial. À moins que ce ne soit le contraire. Vincent Gallo est l'artiste ultime, dont chaque apparition constitue un véritable évènement dans le micro microcosme de ses fans les plus hardcore. Vincent Gallo multiplie les déclarations, qui oscillent entre une vraie clairvoyance et un rare emporte-pièce. Florilège.




« Je ne suis pas un artiste, je suis une pute. Une vraie pute. »
« Après La Valse des pantins, je suis incapable de me souvenir d'un bon film avec De Niro. »
« Bush était un très bon président. La preuve : vous avez vu comment les Français le détestent ? »
« Je suis triste de n'être ni gay ni juif : du coup, je n'ai aucun groupe de journalistes pour me supporter inconditionnellement. »
« Je me fous de Cassavetes ! Il ne m'intéresse pas du tout. »



« Je suis aussi heureux que le mec le plus triste du monde puisse être. »
« Je ne fais confiance à personne. Je n'aime personne. Les gens sont tellement effrayants. »
« Je n'ai jamais voulu être un acteur, mais une star de cinéma. »
« Je ne me suis jamais excusé de ma vie. Je suis juste désolé pour une chose : le colon de Roger Ebert [célèbre critique cinéma]. Si ce gros porc n'aime pas mes films, j'en suis vraiment triste pour lui. »



« J'aime bien faire du vélo, car ça permet de ne parler à personne. Si on me reconnait dans la rue, je peux prendre la rue la plus proche et m'enfuir. La voiture ou la marche ne permettent pas de faire ça. »
« Mes parents n'avaient d'intérêt pour rien. À la maison, pas de disques, pas de livres. Mon père et ma mère sont les emblèmes de l'amertume, du mauvais goût, de l'indifférence. »
« Je suis un extrémiste. Si mon travail n'est pas 50 fois plus intéressant que moi et ma vie insignifiante, alors c'est inutile. »
« Mon sperme est 100% garanti. Sans tabac, alcool ou maladie. »

PLEIN SUD

Ça commence relativement bien : après une courte scène d'échographie - l'héroïne est enceinte même si ça ne sert à rien dans le récit -, Léa Seydoux entame une danse lascive en bikini. Le générique sonne pop, le spectateur bave, mais au contraire du personnage de Yannick Rénier, désespérément indifférent. Elle finira à califourchon sur lui pour une dernière tentative d'allumage, puis abandonnera sans comprendre pourquoi elle, la bombe sexuelle, ne crée aucune excitation chez ce garçon. Il faudra pas loin d'une heure pour qu'arrive une réponse que tout le monde, sauf apparemment les personnages, semblait avoir deviné dès le début. Ce n'est qu'une toute petite idée de l'affligeant degré de non-écriture de ce Plein sud qui carbure aux clichés et aux dialogues moisis. Mieux vaut prendre le parti d'en rire, sans quoi le voyage semblera interminable.
Nos quatre héros filent donc vers le sud dans une vieille Ford, histoire de changer d'air et, pour l'un d'entre eux, de gagner l'Espagne pour régler ses comptes avec sa pourriture de génitrice. On nous expliquera son trauma au gré de flashbacks d'abord très respectables - la scène de la voiture, plutôt impressionnante - puis si bourrés de pathos que ça en devient juste risible. Tout cela étant censé constituer une montée en épingle jusqu'à l'instant inévitable des retrouvailles, au cours desquelles il ne se passera... rien. C'est en partie cela, Plein sud : des promesses mal formulées - road-movie à l'américaine, tragédie familiale - et tellement pas tenus qu'on a régulièrement envie de saisir son manteau et de quitter la salle. Mais un gant manque à l'appel, obligeant le pauvre spectateur à attendre que la lumière se rallume pour pouvoir partir.
Mais rester dans la salle n'est pas qu'une histoire de gant : on peut effectivement trouver tout un tas de mauvaises raisons pour tenter de prendre un minimum de plaisir devant cet affligeant condensé de téléfilm M6 et de sitcom AB Productions. D'abord cet enchaînement insensé de répliques foireuses, énoncées de façon très premier degré par des comédiens peu inspirés - Yannick Rénier étant de loin le moins mauvais du lot. Rarement on aura autant entendu des personnages dire une chose et son contraire à deux secondes d'intervalle, et c'est délicieux. Et puis, last but not least, Plein sud a le mérite d'aller jusqu'au bout dans au moins un domaine : celui de la nudité. Tôt ou tard, ces quatre-là finiront à poil, une fois ou plusieurs, s'exposant intégralement sans aucune autre justification que de montrer culs, seins et queues face caméra. Le spectacle est certes un peu déséquilibré, puisque face à la seule Léa Seydoux se dressent (hum) trois jeunes mâles imberbes et pas franchement pudiques ; mais tout le monde y trouvera son compte, c'est certain. On peut donc conseiller le film aux vieux pervers, à ceux qui se sentent seuls pendant les fêtes, à tous ceux qui ne se sont pas remis de la poitrine de Léa Seydoux dans La belle personne. En revanche, les amateurs de cinéma feraient mieux de prendre leurs jambes à leur cou.




Plein sud de Sébastien Lifshitz. 1h30. Sortie : 30/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

25 déc. 2009

Les années '00 en 20 films | n°6

n°6


Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin (2008)

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Indice n°5

Faut aimer les oeufs et les singes.

EN EAUX TROUBLES

C'est le genre de film qui revient comme un marronnier, chaque année ou presque, avec toujours les mêmes tenants et les mêmes aboutissants. Comme Boy A l'an dernier, comme plein d'autres avant eux, En eaux troubles décrit la sortie de prison d'un jeune homme enfermé pour un infanticide qu'il nie avoir commis et se retrouvant rapidement aux centre de toutes les attentions. Ici, le hasard place même sur son chemin la mère de l'enfant disparu, qui le reconnaît et tente alors de comprendre ce qui s'est réellement passé. Le Norvégien Erik Poppe explore les mécanismes de la culpabilité de Jan Thomas, qui tente de se forger une nouvelle vie en jouant de l'orgue dans une église d'Oslo, mais est à jamais hanté par les sombres images du passé.
L'un des problèmes d'En eaux troubles, c'est qu'il place le spectateur le cul entre deux chaises sans jamais se soucier de cet inconfort : le drame humain est régulièrement - et de plus en plus - altéré par l'invasion de l'intrigue policière, la question de la culpabilité de Jan Thomas étant assénée sous forme de nombreux et lourds flashbacks. S'il s'agit évidemment d'un problème central, la façon dont Poppe met en avant ces éléments appartenant au passé tend à annihiler tout le beau travail fourni dans le temps présent. À savoir la rencontre inopinée entre le bourreau supposé, en quête de rédemption, et une victime à jamais marquée par ce drame. Se produit un déséquilibre de plus en plus prégnant, qui empêche régulièrement l'émotion d'affleurer, coupée dans son élan par un énième retour en arrière. C'est à se demander s'il ne s'agirait pas d'un choix délibéré de la part du réalisateur afin de ne pas sombrer dans le mélodrame pleurnichard. Pourquoi pas ; mais quel est alors le réel but du film ?
Reste que la résolution est plus réussie que prévue et permet à En eaux troubles de finir sur une bonne note. L'interprétation de l'acteur principal, Pål Sverre Valheim Hagen (ouf), y est aussi pour beaucoup : tout en retenue, il laisse cependant deviner une terrible fêlure dont on ne saisit pas immédiatement la nature. La mise en scène bleutée d'Erik Poppe fait le reste : au final, En eaux troubles séduit davantage par sa froideur que par l'émotion qu'il aurait pu créer si cela avait intéressé son réalisateur. Ce qui sauve - en partie - le film du déjà-vu mais l'empêche inexorablement de se montrer marquant.




En eaux troubles (De Usynlige) d'Erik Poppe. 1h55. Sortie : 23/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

Top 5 : Vincent Gallo

Cette semaine, Vincent Gallo est beau en noir et blanc dans Tetro.




Top 5 des films avec Vincent Gallo

01. The brown bunny (2003)
J'entends déjà des milliers de grincements de dents et de ricanements sans coeur. Pourtant, The brown bunny, c'est bien plus qu'une heure et demie de contemplation nombriliste avec fellation en prime : c'est avant tout l'autoportrait d'un homme (Vincent Gallo / Bud White) arrivé au stade ultime d'une dépression le poussant à peu vers le néant. L'image est somptueuse, Gallo égal à lui-même ; il n'y a qu'à se laisser porter par cette oeuvre d'une beauté absolue.


02. Buffalo '66 (1998)
Plus accessible que The brown bunny, Buffalo '66 est l'anti-comédie romantique la plus brillante qui soit. La mise en scène carrée a de quoi rendre chèvre - ah, la scène du repas de famille -, et si l'humour pointe régulièrement le bout de son nez, c'est pour mieux plonger Billy Brown - Gallo aime beaucoup les noms de couleurs - plus loin encore dans une solitude terrifiante. méprisé par ses parents, fui par les autres, il est à la fois détestable et attachant, petit être fragile et grand personnage de cinéma. Face à lui, Christina Ricci touche au génie dans un rôle prévu au départ pour Charlotte Gainsbourg - le grand amour, certes unilatéral, de Gallo.



03. Nos funérailles (1996)
Dans Nos funérailles, Vincent Gallo joue un mort. Un mort dont chacun se souviendra tour à tour, et qui fera naître des envies de vengeance chez ses proches. À la fois très proche et très éloigné des films de Scorsese, l'un des chefs d'oeuvre de Ferrara dépeint le mafieux sous son jour le plus intime, débarrassé du masque de gros dur qui empêche souvent de voir qui se cache en-dessous. Du coup, c'est bouleversant de bout en bout, d'autant que le casting (Walken, Del Toro et les autres) est absolument hallucinant.



04. Trouble every day (2001)
Vincent Gallo aime Claire Denis, passionnément. Et il ne se gêne pas pour le dire. Sa dernière apparition dans son cinéma remonte à ce Trouble every day sacrément dérangé, qui met aux prises des scientifiques et des fêlés, qui semblent aimer la chair plus que de raison. Et quand le style heurté de la cinéaste vient percuter un scénario aussi étrange, ça donne forcément un film beau et glaçant, aux montées de violences capables de vous pétrifier sur place.



05. Arizona dream (1992)
La seule escapade américain de Kusturica - en attendant un Pancho Villa qui pourrait relancer sa carrière au point mort - est cet Arizona dream marqué par la marginalité et la folie douce de ses personnages. Au coeur de cet étrange univers, un personnage irradie l'ensemble : Paul Léger (sic), qui aimerait être Cary Grant dans La mort aux trousses mais n'est finalement qu'un triste sire à la vie savamment ratée. Onirique et plombant à la fois.

24 déc. 2009

Les années '00 en 20 films | n°7

n°7


Last days de Gus van Sant (2005)
mentions spéciales : Elephant (2003) et Harvey Milk (2009)


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Indice n°6

On est quel jour, déjà ?

LE SOLISTE

On voyait arriver gros comme une maison ce Soliste en forme d'aimant à Oscars, avec des acteurs si souvent loués pour leur talent, son approche hollywoodienne de la misère, son personnage de schizophrène. Puis apparurent les premiers doutes. Sortie maintes fois repoussée, nombre modeste de copies aux États-Unis, arrivée assez discrète dans les salles françaises à la veille de Noël... Bref, il y avait de quoi se poser des questions et redoubler de curiosité pour le troisième film de Joe Wright après le planplan Orgueil et préjugés et le surprenant Reviens-moi. Rapidement, on comprend mieux : non, Le soliste n'est ni un bras d'honneur adressé à Hollywood ni un gros ratage en règle, mais juste une oeuvre étrangement décalée, au ton inattendu et aux effets de style assez téméraires. Bref, pas vraiment un film calibré pour les Academy Awards ni pour le public américain.
Le script avait tout pour fédérer, avec l'histoire de la rencontre entre un journaliste usé et désabusé et un violoniste SDF et schizo. À ceci près que Joe Wright, sans doute lassé d'être formaté avant l'heure, insuffle par la force de sa mise en scène une folie inespérée et un ton savamment à côté de ses pompes. C'est ainsi que le héros excellemment joué par Robert Downey Jr., qui passe tout le début du film avec la gueule en vrac suite à un accident de vélo, est toujours montré simultanément comme un monstre de cynisme et un coeur d'artichaut. C'est du "simultanément" que vient toute la différence : quand d'autres auraient joué à mort la carte de l'éthique en montrant le journaliste exploiter son nouveau pote puis avoir des remords, le tout en perpétuelle alternance, Wright nous explique clairement que là n'est pas son sujet. C'est à la fois gonflé et réussi. Et c'est ainsi qu'on se promène en compagnie de ces deux drôles de types dans des quartiers mal famés, dans des chambres d'hôtel sans âme, avec pour seul objectif d'entendre et d'apprécier leurs deux conceptions de la vie.
C'est assez agréable mais malheureusement bien trop long : Le soliste dure deux heures sans que l'on sache bien pourquoi, son argument étant finalement assez ténu. Ce qui laisse tout le temps à un certain moralisme de s'installer, appuyé - c'est le cas de le dire - par la prestation vraiment too much d'un Jamie Foxx qui n'a pas su dissocier folie et cabotinage et ne surnage que grâce à la force de conviction de son génial partenaire. La seule scène où l'on croit véritablement à son personnage est finalement celle où il disparaît derrière la mise en scène : touché au plus profond par un morceau de Beethoven, le clochard céleste voit chaque son se matérialiser sous la forme d'un jet de lumière colorée, produisant des tableaux intenses et lumineux. Preuve après Reviens-moi - et notamment un plan-séquence inouï sur une plage - que Wright, lorsqu'il se reconnaît dans une séquence ou une thématique, est capable de fournir un travail éblouissant. Donnons-lui à présent le grand sujet qu'il mérite.




Le soliste (The soloist) de Joe Wright. 1h57. Sortie : 23/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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