Mais pourquoi diable un blogueur ciné aurait-il l'idée saugrenue de publier un top 10 de ses albums préférés de 2009 ? Pourquoi, sachant qu'il n'a jamais entendu parler des deux tiers des albums cités dans le
Top des blogueurs 2009, composé de la crème de la crème des blogueurs musique ? Pourquoi, étant donné que tout le monde s'en fout ? La réponse est simple : pourquoi pas. Voilà. Et que pleuvent moqueries, interrogations ou indifférence : en musique, Rob Gordon n'a pas toujours raison, et il s'en moque un peu.
EDIT : À la demande générale d'IMtheRookie, une petite playlist Spotify correspondant au top, à laquelle manquent malheureusement trois artistes.
01.
Jason Lytle - Yours truly, the commuterCe n'est pas tout à fait le nouveau Grandaddy, mais ça y ressemble pourtant fortement : le premier album solo de Jason Lytle est une perle absolue, où se cotoient chansons délicieusement primaires (
It's the weekend) et trésors mélancoliques à s'en relever la nuit (
Ghost of my old dog,
Birds encouraged him). Toutes ont en commun une infinie délicatesse, un sens aigu de la mélodie et surtout cette sensation d'assister au miraculeux retour d'un rescapé, laissé pour mort après le triste split de son glorieux groupe. Le roi n'est pas mort, vive le roi.

02.
Chris Garneau - El radioHands on the radio, chanson de l'année ? Peut-être pas. Mais pas loin. Chris Garneau y fait en tout cas étalage d'une sensibilité à fleur de peau, qui pourrait passer pour pleurnicharde si elle ne semblait pas aussi sincère. La voix ouverte et aérienne de l'interprète garnira dix autres titres aux dispositifs souvent élaborés et au résultat toujours bouleversant. Garneau construit ses morceaux comme des tableaux : chaque détail compte, et chaque imperfection en fait la personnalité. Absolument splendide.

03.
Dominique A - La Musique / La MatièreIl n'a peut-être pas trouvé le sens, mais voilà longtemps qu'il a la clé : le grand Dominique A revient avec un double album d'une densité affolante, faisant oublier un
Horizon parfois grandiose mais surtout inégal.
La Musique et
La Matière se complètent et se répondent, non comme les deux parties indépendantes d'une même oeuvre, mais comme les hémisphères d'une même tête pensante, qui mêlerait affect, intellect, logique et intuition. Et dire qu'il y a des gens pour oublier d'aller le voir en live alors qu'ils ont leur billet depuis des mois.

04.
Bill Callahan - Sometimes I wish we were an eagleExit Smog, bonjour Bill Callahan : désormais débarrassé de tout pseudonyme, l'Américain est plus lui-même que jamais. Sa voix grave se promène au fil de morceaux imparables, toujours proches de la perfection sans jamais entrer dans un tel moule. Au coeur de ce disque admirable, un morceau concourt pour le titre de plus beau de l'année :
All thoughts are prey to some beast, titre inquiet et inquiétant qu'on choisirait volontiers comme bande originale de son propre exorcisme. Soit 6 minutes de pure hypnose.

05.
Antony and the Johnsons - The crying lightIl y en a certes un peu marre de l'entendre en conclusion des films français les plus décevants de l'année - Honoré et Chéreau, même combat ou presque. Malgré cela, Antony reste Antony, et revient avec dix ballades d'une exquise fragilité. La voix flotte, s'élève, disparaît comme dans un rêve ; le délicat lyrisme des mélodies réduit le coeur en miettes. Aussi brillants et sans doute plus mûrs que sur
I am a bird now, Antony et ses Johnsons ont encore frappé fort. Espérons que nos cinéastes ne continuent pas à les piller sans résultat.

06.
JP Nataf - ClairLa barbe en broussaille, les lunettes noires : chez Jean-Philippe Nataf, les artifices de l'artiste ne servent qu'à alimenter l'immense pudeur de l'homme. C'est pourtant à une troublante mise à nu que l'ex (futur ?) Innocent s'adonne ici, se dévoilant au fil de textes faussement alambiqués et de sérénades ultra mélodiques. JP ose tout, chansons marathons ou comptines sauvages, et se révèle plus honnête que jamais, débarrassé de la fantaisie séductrice mais excessive d'un
Plus de sucre finalement pas loin d'être surclassé.

07.
The Delano orchestra - Will anyone else leave me ?À Clermont-Ferrand aussi, il y a des rockeurs. Ceux-là empruntent à Sparklehorse et à d'autres pour proposer une série de morceaux caressants, d'une lenteur tétanisante, cernés par une voix qui traîne, traîne encore, traîne toujours. Mais ces chuchotement répétés sont magistralement contrebalancés par une armée de guitares épaisses, parfois rageuses, jamais gratuites. Peu de gaudriole chez Delano, à la scène comme à la ville d'ailleurs ; mais pourquoi n'aurait-on pas le droit de faire un peu la gueule ?

08.
Beirut - March of the Zapotec and Realpeople HollandQuand Zach Condon décide de prendre du repos, c'est pour mieux revenir avec ces deux mini-albums, très courts donc très frustrants : l'un, enregistré au Mexique, ajoute un mysticisme envoûtant à la beauté de ses précédents travaux ; l'autre, plus expérimental, le voit s'essayer à l'électro-pop avec un bonheur inégal mais toujours touchant. Plus que deux petites friandises, ce sont les promesses de deux futurs grands albums que ce jeune type de pas encore 24 ans nous offrait cette année.

09.
Kings of convenience - Declaration of dependenceLes Norvégiens swinguants commençaient à se faire attendre... Heureusement, leur troisième opus est enfin là, toujours aussi aérien mais allant creuser davantage du côté de la bossa nova. Leur plus grand défaut est aussi leur plus grande qualité : les Kings débarquent exactement là où on les attend, nous resservant une treizaine de morceaux qui auraient tout à fait trouvé leur place dans
Quiet is the new loud ou
Riot on an empty street. La diversité de leurs projets parallèles montre heureusement qu'il s'agit d'un vrai choix de leur part.

10.
Dent May - The good feeling music of Dent May & his magnificent ukulele Avec sa gueule de nerd, son costume impeccable et son obsession de la drague, Dent May se présente comme un cousin de Barney Stinson et Howard Wolowitz. Et s'il gratte un peu son ukulélé pour ne pas faire mentir le titre de son album, c'est toute une fanfare qu'il convoque au service de ses draguouillages nocturnes et de ses coups de coeur enflammés. Michael Chang, Paris, l'alcoolisme : avec Dent May, tous les sujets sont bons pour donner envie de danser en slip.