31 oct. 2009

TEMPÊTE DE BOULETTES GÉANTES

Non, Tempête de boulettes géantes n'est pas une parodie de films catastrophes : c'est un véritable film catastrophe, en bonne et due forme, au ton éminemment comique mais qui procure également une immense exaltation due à un suspense mené tambour battant. Le film de Phil Lord et Chris Miller est une surprise d'autant plus incroyable qu'elle sort tout droit des studios Sony, dont la branche animation n'avait accouché jusque là que de petits divertissements insignifiants. Pour tenter de rivaliser avec Pixar, les gens de chez Sony ont coupé court à tout problème d'inventivité en choisissant d'adapter l'excellent Il pleut des hamburgers, de Judi et Ron Barrett, livre pour enfants présent disponible dans toutes les bibliothèques recommandables. Il ne s'agit donc pas d'une idée originale, certes, mais l'adaptation est si ambitieuse et réussie que le film n'a absolument pas à rougir face à la concurrence.
L'un des atouts du film, c'est qu'il fait apparaître l'animation non comme un genre en soi, mais comme une vraie technique de cinéma, qui permet de rendre plus crédibles certains univers. Il valait mieux en passer par là pour faire pleuvoir hamburgers, spaghettis, bretzels et épis de maïs... Le rendu est absolument enthousiasmant, et la projection en 3D - chaudement recommandée - agrémente la mise en scène de façon tout sauf ostentatoire. Tout ceci au service d'une histoire simple mais pleine de ressort, qui voit s'emballer une machine à transformer l'eau en nourriture, créant un ravage climatico-alimentaire propice à un déferlement visuel délicieux.
Mais surtout, surtout, surtout, Tempête de boulettes géantes est un film d'une drôlerie permanente. Son humour brasse large mais atteint - presque - toujours sa cible. La cocasserie des situations et les évolutions de l'intrigues sont idéalement combinées pour éviter toute lassitude et conserver l'effet de surprise intact. Et les personnages sont si bien croqués qu'il est difficile de choisir son favori. Peut-être le père du héros, au mono-sourcil incroyablement expressif. Ou le maire, si ravi de cette profusion de bouffe qu'il semble prêt à éclater. Ou peut-être le flic, un black en mini-short au postérieur musclé et aux poils de torse intuitifs... On se doute bien que, contrairement à la plupart des "vrais" films catastrophes, tous survivront et tireront un enseignement de leurs actes. Il n'empêche que l'on tremble continuellement pour eux tant ils font partie de la famille... Le morceau de bravoure final, titanesque avalanche de mets en tous genres, est un sommet d'adrénaline n'oubliant jamais d'être drôle. Tempête de boulettes géantes est une pure réussite, belle, drôle et singulière, qui permet de rappeler que 5 fruits et légumes par jour, c'est méga essentiel, même si un gros burger de temps en temps n'a jamais fait de mal à personne.





Tempête de boulettes géantes (Cloudy with a chance of meatballs) de Phil Lord & Chris Miller. 1h30. Sortie : 21/10/2009.

Top 10 des réalisateurs français en activité

En partenariat avec le plus que recommandable I'll be blog, et avec un jour de retard, voici mon top 10 des réalisateurs français en activité, qui fait suite au top US et au top anglophone. Allons-y gaiement.


#10 Cédric Kahn

Oublions L'avion : Cédric Kahn est d'abord le cinéaste du désir, celui-ci s'exprimant souvent par le biais d'une violence sèche et viscérale. Dans son chef d'oeuvre, L'ennui, il faisait du corps le seul moyen de communication reliant les deux héros ; dans Feux rouges, il transformait un automobiliste (presque) comme les autres en monstre aviné, puis en mercenaire prêt à tout pour sauver sa femme. Et ainsi de suite : chez Kahn, les gens ordinaires sortent de leurs gonds, se révèlent en surhommes ou en sous-hommes, mais reviennent en tout cas transformés des expériences qu'ils viennent de vivre. Il n'est pas si fréquent qu'un réalisateur obtienne un tel résultat avec autant de finesse.
Meilleur film des années 2000 : Feux rouges.
Meilleur film :
L'ennui.



#09 Noémie Lvovsky

Second rôle souvent délectable, Noémie Lvovsky est aussi une réalisatrice fort singulière, dont les films apparaissent toujours comme d'étranges bouffées d'oxygène. Qu'elle filme de près la vieillesse (Faut que ça danse !), la jeunesse (La vie ne me fait pas peur) ou les générations intermédiaires (Les sentiments), c'est toujours pour en extraire des moments de doute vraiment poignants. ce qui n'empêche pas la fantaisie... S'il fallait ne retenir qu'une image du cinéma de Lvovsky, ce serait sans doute celle de Jean-Pierre Bacri qui pleure à sa fenêtre en voyant partir celle qu'il a aimé pour un temps.
Meilleur film des années 2000 : Les sentiments.
Meilleur film :
Les sentiments.



#08 Laurent Cantet

Le saviez-vous ? Lauent Cantet n'est pas né avec Entre les murs. Il a auparavant oeuvré pour un cinéma ancré dans le social, aux prises avec l'actualité, mais dépassant toujours le stade de la constatation scandalisée pour aller à la rencontre d'une intrigue solide et de personnages passionnants. Cantet aime ses semblables, même les plus ambigus, ce qui ne l'empêche pas de les croquer avec un réalisme parfois glaçant. Un cinéaste intelligent, conscient du monde qui l'entoure, donc à suivre absolument.
Meilleur film des années 2000 : Entre les murs.
Meilleur film :
Ressources humaines.



#07 Olivier Assayas

Olivier Assayas n'a jamais été aussi passionnant que depuis le début du siècle, puisqu'il a exploré des registres apparemment classiques (Les destinées sentimentales), des histoires de transmission (L'heure d'été), des thrillers hi-tech et internationaux (Demonlover, Boarding gate)... Mais Assayas a toujours été un félin, capable de retomber sur ses pattes quels que soient les choix effectués, les thématiques abordées, les acteurs choisis. Son nom rime avec classe, et ce n'est peut-être pas un hasard.
Meilleur film des années 2000 : Boarding gate.
Meilleur film :
Fin août, début septembre.



#06 Michel Gondry

Il a beau être bricolo, fantaisiste et carrément rêveur, Michel Gondry est d'abord un gros bosseur, qui travaille en amont des concepts, des techniques et des textures. Sous l'influence de Charlie Kaufman pour ses deux premiers films, il s'est ensuite montré capable de voler de ses propres ailes, révélant de nouveaux univers à la fois archi colorés et dans les tréfonds de l'intime. Plus qu'un simple cinéaste, un artiste polyvalent et hors du commun.
Meilleur film des années 2000 : Soyez sympas, rembobinez.
Meilleur film :
Soyez sympas, rembobinez.



#05 Arnaud & Jean-Marie Larrieu

Certes, il y eut ce Voyage aux Pyrénées un peu à côté de ses pompes, qui semblait les emmener du côté d'une comédie pas commune mais salement franchouille. Mais il y eut avant et après de très grandes oeuvres, visionnaires et charnelles, sur l'évolution du monde et des modèles socio-culturels. Gigantesque synthèse de tout cela, Les derniers jours du monde semble amorcer pour les frères Larrieu un virage vers autre chose, puisqu'ils ne pourront définitivement pas faire mieux que ce grandiose film de fin du monde, qui met sa mère à Roland Emmerich.
Meilleur film des années 2000 : Les derniers jours du monde.
Meilleur film :
Les derniers jours du monde.



#04 Mia Hansen-Løve

Comment cette demoiselle d'à peine 28 ans a-t-elle pu accoucher de deux des films les plus bouleversants de ce début de siècle ? En une poignée d'années, Mia Hansen-Løve a d'ores et déjà dépassé son mentor Olivier Assayas, faisant preuve d'une sensibilité bien particulière pour traiter notamment le rapport à l'enfance et la perte d'un être cher. Délicat, mesuré, le cinéma de MHL est cependant empreint d'une dureté jamais esquivée, la mort étant abordée de façon extrêmement frontale. Le 16 décembre, il faudra (re)voir la magnifique Père de mes enfants, qui parvient à être encore plus réussi que le déjà très prometteur Tout est pardonné.
Meilleur film des années 2000 : Le père de mes enfants.
Meilleur film :
Le père de mes enfants.



#03 Claire Denis

Elle se fait discrète en dehors des plateaux, mais ses films sont des bombes. Claire Denis pratique un cinéma exigeant mais pas austère, où les racines comptent souvent plus que tout. Qu'elle aille promener sa caméra chez les légionnaires de Djibouti (Beau travail, chef d'oeuvre) ou explore le vampirisme avec une vigueur tétanisante (Trouble everyday, chef d'oeuvre itou), elle montre lezs hommes (et parfois les femmes) sous leur jour le plus fragile, le plus massif, le plus beau. Il faut dire qu'avec Agnès Godard à la photo et Alex Descas devant la caméra, on a rarement l'occasion de se tromper.
Meilleur film des années 2000 : Trouble everyday & Beau travail.
Meilleurs films :
Trouble everyday & Beau travail.



#02 Bruno Dumont

Il n'est pas exactement le type le plus drôle de la terre, mais ce n'est pas tout à fait ce qu'on attend de lui : Bruno Dumont est un artiste austère, sans concession, qui explore la monstruosité de l'être humain de façon clinique. Chez Dumont, pas de psychologie de comptoir ou de grands discours, mais des gens simples, voire même simplets, dont les comportements se rapprochent de ceux des animaux, que ce soit en société ou dans la chambre à coucher. Ce qui n'empêche pas ses films d'être absolument magnifiques, empreints d'une beauté picturale inédite.
Meilleur film des années 2000 : Flandres.
Meilleur film :
L'humanité.



#01 Arnaud Desplechin

Y a-t-il en France beaucoup de types aussi fascinés par les super-héros que par la philosophie ? Aussi intellectuels que chaleureux ? Aussi brillants que modestes ? Non. Mais cet homme-là en vaut dix : au gré d'une filmographie cohérente, Arnaud Desplechin a atteint les sommets dès La vie des morts (moyen-métrage mais grand film) et ne les a plus quittés ensuite. Son cinéma est chic, philosophique, pétri de culture, mais il est également sensuel, exaltant, jubilatoire. Cet étrange équilibre nourrit des films souvent longs, gagnant toujours à être revus, et au final totalement addictifs. Un pur génie, qui a su s'entourer de la fine fleur des acteurs français (Amalric, Girardot, Roussillon et tant d'autres).
Meilleur film des années 2000 : Un conte de Noël.
Meilleur film :
Un conte de Noël.


30 oct. 2009

2012

Paco Rabanne l'avait prévue pour le 28 juillet 1999, mais les Mayas ont toujours été formels : la fin du monde interviendra le 21 décembre 2012, soit 7 mois environ après la réélection de Nicolas Sarkozy. Comme il n'est jamais trop tôt pour se préparer aux catastrophes - on parle ici de la fin du monde, pas de Sarkozy -, Roland Emmerich a pris les devants et nous offre, 3 ans avant, un panorama de l'apocalypse qui nous attend à coup sûr. 2012 est l'archétype du disaster movie du dernier quart de siècle : des personnages qui cavalent autour du globe, des discussions sans fin, des tergiversations d'ordre éthique, des effets numériques et des tas d'explosions. Quinze ans après un Independence day dont le message façon « USA über alles » annihilait l'efficacité, cinq ans après un Jour d'après impressionnant mais idiot, Roro nous garantit cette fois un vrai film de fin du monde, d'un réalisme tel que même les plus athées d'entre nous finiront les mains jointes, implorant une éventuelle entité supérieure de les tirer de là.
Erreur fatale : la campagne promotionnelle a réussi son coup en faisant passer une bonne grosse vessie pour une vieille lanterne. 2012 n'est rien de plus qu'un film catastrophe d'envergure mondiale, dont l'issue relativement heureuse - plein de morts mais des américains qui survivent - ne fait guère de doute, contrariant les fantasmes de curieux naïfs qui espéraient que Roland fasse enfin sauter la planète, dans un ultime mouvement pessimisto-nihiliste. Que dalle : pour survivre en 2012, il suffira de confier aux travailleurs asiatiques des plans de gros bunkers flottants, qu'ils réaliseront à la va-vite pour le prix de revient d'une paire de bonnes Nike. Plus Deep impact qu'Armageddon, la fin de 2012 consistera à attendre en croisant les doigts et en rêvant au monde de demain, aussi beau et équilibré que dans une pub EDF. L'attente aurait certes dû se trouver au coeur du scénario, mais pas de cette façon : le coup de génie d'Emmerich aurait été de montrer la planète se déliter, et les humains patienter jusqu'à une issue aussi tragique qu'inévitable. Gros avantage ici par rapport au Jour d'après : pas de considération écolo-niaise, puisque cette fin du monde est irrémédiable - quand les Mayas annoncent un truc, c'est qu'ils en sont certains - et qu'elle n'est même pas due à notre mauvaise gestion de la planète. Aucun beurre à se faire sur ce coup pour Yann Arthus-Bertrand et Nicolas Hulot : ici, l'apocalypse n'est qu'une affaire de neutrinos qui se mettent soudain à réagir et à provoquer la dissolution du noyau terrestre. C'est pourtant simple.
Mais Emmerich n'a visiblement jamais eu l'intention d'aller aussi loin que ce qui aurait pu constituer le blockbuster ultime : se focalisant uniquement sur quelques groupes de quidams - une famille tuyau de poêle menée par John Cusack, quelques scientifiques et haut dignitaires dont Danny Glover en prez' des States -, il nous rappelle que l'union fait la force, qu'il faut risquer sa vie pour sauver son chien, que l'argent ne fait pas tout... Bref, comme à son habitude, Roland nous fait gentiment la morale. Sauf que cette fois, il dispense ses précieux enseignements avec un humour toujours bon enfant, pas toujours volontaire mais procurant à chaque fois une dose supplémentaire de bonne humeur, qui permet de faire passer plus vite ces cent cinquante-huit minutes forcément un peu longues. 2012 est en effet un film qui parle beaucoup, que ce soit pour faire dans la poilade - ah, Woody Harrelson en animateur radio parano-visionnaire - ou pour traiter de problèmes sérieux - consulter le G8 pour savoir si sauver des gens est une priorité. Ce qui réduit forcément la durée de la partie "à sensation". Le savoir-faire d'Emmerich est énorme, et le rendu de ces séquences est globalement très convaincant ; en revanche, pour la crédibilité, on repassera. Voir ce pauvre John Cusack slalomer en limousine entre des immeubles qui tombent, des routes qui se soulèvent, des tunnels qui s'écroulent et un donut géant est un grand moment de plaisir coupable tant on n'y croit pas une seconde.
L'avantage dont dispose Emmerich, c'est que les années 90-2000 ont été marquées par l'avènement (hum) d'un certain Michael Bay, adepte d'un cinéma parkinsonien à haute teneur en beaufitude. En comparaison, 2012 sort largement gagnant, puisqu'il est à la fois plus fun, plus lisible et plus sympathique. Si ça ne suffit pas à en faire un bon film, cela pousse à une certaine indulgence, là où Transformers 2 ne méritait que des quolibets. Les rebondissements ont beau être aberrants et la conclusion franchement décevante - la fin du monde n'a finalement pas lieu, et ça se résume en 2 phrases sans intérêt -, voilà un film-catastrophe qu'on reverra avec une joie non dissimulée dès le 22 décembre 2012, quand le monde tiendra toujours debout - et même si Sarkozy est toujours président.




2012 de Roland Emmerich. 2h38. Sortie : 11/11/2009.

Flop 5 : Dany Boon

Cette semaine, Dany Boon a du sépia plein les doigts dans Micmacs à tire-larigot. Et comme il est sympa mais que sa filmo sent globalement la chaussette, le top 5 se mue exceptionnellement (?) en flop 5. Du pire au moins pire, mais toujours dans la médiocrité.




Flop 5 des films avec Dany Boon

01. Oui ! (1996)
Oui !, c'est la tentative d'Alexandre Jardin de faire du Jacques Audiard et du Patrice Leconte dans le même film. C'est une envie de truculence, d'éloge du sexe, d'ode épicurienne, d'amitié virile, de franche camaraderie, de pelotage en règle, de grivoiserie assumée, de béatitude salace. Oui, mais Oui !, c'est non. Parce que c'est rance, vulgaire, lourdingue. Un gros navet à l'ancienne, qui fait passer Jean-Marie Bigard pour Montesquieu.


02. Pédale dure (2004)
Surfant sur la vague d'un Pédale douce bénéficiant d'une vraie cote d'amour auprès du public, Gabriel Aghion signait dix ans plus tard un Pédale dure absolument aberrant. Prendre Bertrand Blier au scénario mais vouloir faire La cage aux folles provoque un mélange des genres qui au final n'accouche de rien, si ce n'est d'un sommet d'ennui bourré de scènes affligeantes et de stéréotypes sur l'homosexualité. En tête de ce carnage, Dany Boon nous la joue Zaza Napoli, sous le regard d'un Jacques Dutronc aussi attristé que nous.

03. La doublure (2006)
On oublie trop souvent que Francis Veber, référence de nombreux auteurs de comédies, a réalisé plus de mauvais films que de bons. Ses années 2000 sont particulièrement insoutenables ; le pire, c'est que La doublure n'est même pas le moins bon de cette période-là. Il est pourtant bien carabiné : basé sur un quiproquo bien vite éventé, c'est un film d'une ringardise absolue, qui s'égare dans des tergiversations franchouillardes et réduit à néant le personnage de François Pignon (un Gad Elmaleh fort transparent). Les jambes d'Alice Taglioni, que Dany Boon mate en bavant du début à la fin, ne suffisent pas à justifier ce calvaire



04. Bimboland (1998)
Pour sûr, Ariel Zeitoun a fait - lui aussi - pire. Mais ce Bimboland, bien qu'il l'assume, est tout de même d'une vulgarité sans égal, brassant façon téléfilm des arguments de mauvais magazines féminins. Surfant sur l'éclosion du mot 'bimbo', exploitant un casting totalement effrayant (Aure Atika ! Amanda Lear !), le film aurait même une fâcheuse tendance à se prendre pour une étude sociologique crédible. Il est permis d'en douter.



05. Joyeux Noël (2005)
La guerre, la messe, des ennemis, la neige, l'amitié, l'union, le partage, l'entraide, le pardon, l'humanité, la vie, un chat. Comme un catalogue de bons sentiments, Joyeux Noël s'étale encore et encore sur un sujet qui aurait demandé un certain doigté pour ne pas devenir cette grosse meringue indigeste. Plombé par un académisme général et une niaiserie permanente, un film salement conventionnel, comme Christian Carion sait en pondre.

29 oct. 2009

CINÉMAN

Au début on se dit que ça ne va pas voler très haut mais qu'éventuellement ça peut être rigolo. Mixer Buster Keaton et Jean-Patrick Capdevielle, voilà la force du début de Cinéman, qui semble ne pas devoir se prendre au sérieux tout en affichant son amour du septième art. Après tout, même s'il est un écrivain franchement médiocre, Yann Moix a réalisé un Podium étonnamment léché et plus riche qu'il n'y paraît. Malheureusement, Cinéman ne se contente pas longtemps de son statut de gentil petit film : Moix entend y signer la déclaration d'amour ultime en faisant évoluer son héros d'une oeuvre à l'autre, explorant un à un les univers qui ont bâti sa cinéphilie. Car Yann Moix est un cinéphile doublé d'un cinéphage : il traîne ses basques à la Cinémathèque, connaît des tas de réalisateurs obscurs sur le bout des doigts, voue un culte à des acteurs et actrices qui ont jalonné le vingtième siècle.
Seulement voilà : le « pourquoi pas » se mue rapidement en « pourquoi » tant le traitement semble à la fois inapproprié et outrageusement vaniteux. On ne sait par où commencer, tant le film frise la correctionnelle sur de nombreux plans tout en restant persuadé d'appartenir à l'élite du cinéma. C'est d'abord une post-production aberrante et mal foutue, la plupart des dialogues ayant été réécrits après le tournage et réinterprétés en studio ; c'est ensuite une mise en scène pas dépourvue d'idées, mais qui les bousille une à une de par son côté affreusement cheap ; c'est aussi et surtout une absence totale de scénario cohérent. Que ce type sinistre entre "dans" le cinéma pour sauver la femme dont il est subitement tombé amoureux devrait nous transporter, nous faire vibrer, comme dans une Rose pourpre du Caire inversée ; il se dégage du personnage et de l'acteur - un certain Franck Dubosc, mais passons - une telle antipathie qu'il est impossible de s'identifier une seule seconde.
Tout comme certains hommes frappent leurs femmes en affirmant que c'est leur moyen à eux de leur montrer leur amour, la déclaration de Yann Moix au septième art apparaît comme un tabassage en règle, où la technique fait défaut et où les références sont massacrées avec délectation. Dans l'extrait consacré à Barry Lyndon, il trouve le moyen de placer une blague sur Camping. Dans celui sur Taxi driver, il se contente de comparer la crête du faux Travis Bickle à un gros caca. Le reste est à l'avenant : chaque film auquel Moix rend un "hommage" personnel est ainsi détruit, dégradé, franchouillardisé à l'extrême. On ne s'attardera pas sur la prestation de l'acteur principal et sur ses affligeantes déclarations promotionnelles ; on oubliera également la description des profs de maths vus comme des sadiques psychorigides enseignant dans des sectes. Passons l'éponge et effaçons bien vite tout souvenir ce ce méprisable navet n'ayant même pas l'étoffe d'un nanar, d'autant plus dommageable pour le cinéma français qu'il se basait sur une idée on ne peut plus louable.




Cinéman de Yann Moix. 1h30. Sortie : 04/11/2009.
Une non-critique sur Une dernière séance ?.

28 oct. 2009

DANCE MOVIE

Keenen Ivory. Shawn. Marlon. Craig. Damien. La famille Wayans a de la ressource, puisqu'ils ne sont pas moins de cinq membres à être crédités en tant que scénaristes de ce mémorable Dance movie. Aux trois frangins déjà rompus à l'exercice parodique sont venus s'ajouter deux de leurs neveux, apparemment bien décidés à prendre le relais et à livrer, année après année, d'autres déjections pseudo-humoristiques dont la rentabilité est assurée par le coût ridicule. La parodie à deux balles est la vache à lait de la famille Wayans, qui se partagent le magot avec le duo Jason Friedberg - Aaron Seltzer, eux aussi spécialistes (hum) du genre.
Le premier gag de Dance movie survient après une bonne minute de film, au cours d'un battle entre deux crews : à cours d'inspiration, l'un des danseurs lève soudain la patte et envoie un bon vieux jet d'urine à la face de son adversaire. Le ton est donné : on n'est même plus dans la parodie, mais dans ce qu'il conviendrait d'appeler la scatoïsation. Ou comment, en prétextant rire de quelques films sortis récemment, enchaîner les gags pipi - caca avec une régularité sans faille. Attention, pas de fine bouche qui tienne : l'humour scato, bien maîtrisé, a parfois un potentiel extrêmement ravageur. Sauf qu'avec les Wayans, les Friedberg, les Seltzer, il est si mal mis en valeur, si peu écrit, tellement pas interprété, qu'on atteint rapidement l'overdose de vulgarité.
On pourrait évidemment citer tout un tas d'autres gags (le mec en tut, la fille avec du poil aux pattes, le gros tas qui danse), mais ce serait outrepasser les limites. Autant en remettre une couche sur la famille Wayans. Car au casting de Dance movie, outre Keenen Ivory, Shawn, Marlon et Craig, il y a également Kim et Damon Jr., ce qui porte à sept le nombre de membres de la famille impliqués dans ce film - et encore, scruter attentivement le générique pourrait sans doute permettre d'en trouver quelques autres. Le grave problème qui se pose aujourd'hui est que les Wayans sont dix frères et soeurs, qui totalisent déjà une bonne vingtaine d'enfants, et que l'on peut craindre pour le cinéma parodique que la mainmise de la famille ne se poursuive de génération en génération, jusqu'à ce que les salles soient enfin vides - ce qui n'est malheureusement pas près d'arriver. La solution serait sans doute d'offrir des emplois épanouissants et bien rémunérés à Dwayne, Elvira, Nadia, Deirdre, Vonnie, Chaunté, Michael, Cara Mia, Kyla, Daphne, Nala, Bella et tous les autres. Histoire qu'ils ne soient pas tentés de venir prêter main forte à leurs (pas très) illustres aînés. « Au cinéma il y a peu de rôles pour les noirs, résume l'un des personnages, mais ils sont trop souvent réservés aux frères Wayans ». Pourvu que ce ne soit qu'une blague et pas une prédiction pour l'avenir.




Dance movie (Dance Flick) de Damien Wayans. 1h23. Sortie : 28/10/2009.

LES HERBES FOLLES : gagnez des places pour le dernier Resnais

Le 4 novembre prochain sortira Les herbes folles, dernier long-métrage d'Alain Resnais, porté une nouvelle fois par un casting impressionnant. Studio Canal me permet de vous faire gagner 10 x 2 places pour découvrir le film en salles. Dès aujourd'hui et jusqu'au mardi 10 novembre à minuit, il vous suffit de répondre à la question ci-dessous et d'envoyer votre réponse à rob.raison@gmail.com. Un tirage au sort effectué parmi les bonnes réponses désignera les gagnants.



Quels sont les noms des 2 comédiens qui apparaissent dans la bande-annonce du film (disponible ici) ?
A- François Morel et André Dussollier
B- Olivier Saladin et Mathieu Amalric
C- Philippe Duquesne et Édouard Baer


Une autre chance de gagner sur BJ & Mat Cinéshow, blog proposant le même concours.

Bonne chance à tous.

LES ZINTRUS

Cruelle déception : Les zintrus n'a absolument aucun rapport avec Les z'amours, émission cultissime à haut potentiel psychologique, présentée par l'inénarrable Tex. Ce dernier, qui fit en son temps une désastreuse carrière de comique - quelque part entre Michel Leeb et Guy Montagné -, aurait largement eu sa place au milieu des aliens grimaçants du film de John Schultz, qu'il convient de réserver à une certaine catégorie d'âge. En-dessous de 6 ans, il est possible d'avoir légèrement les chocottes à la vue de ces envahisseurs à la trogne légèrement patibulaire ; tout spectateur de plus de 8 ans doit également éviter le film, sous peine d'être pris d'une subite envie d'infanticide.
Pour donner une idée de son niveau, Les zintrus - ah, mes aïeux, quel titre formidable - ressemble à un épisode des séries TV devant lesquelles on scotche, la gueule de bois aidant, le samedi matin vers 10 heures du matin. Le respect des valeurs familiales est toujours sagement mis au centre de l'intrigue, l'aspect « être vieux c'est nul, vive l'adolescence » étant asséné avec une politesse ressemblant fortement à de la tiédeur. Dans ce genre de production débilisante et bien-pensante, le type qui sort avec votre grande soeur est forcément un beauf qui ne rêve que de coucher avec (à 18 ans seulement, c'est vrai que c'est choquant), les petits sont mignons tout plein et les plus grands sont aussi ennuyeux qu'autoritaires. Bref, ça ne dérangerait pas grand monde si tous étaient réduits en poussière par une bande d'aliens déchaînés.
Car, oui, il faut tout de même parler de ces fameux zintrus - on ne s'en lasse pas - qui viennent semer la zizanie dans la maison de vacances de cette famille formidable (© Anny Duperey) : ils sont moches - mais quoi de plus normal -, idiots, démoniaques... et surtout, mal foutus et pas drôles. Les passages les plus réussis sont ceux où ces salopards d'extra-terrestres contrôlent grâce à une télécommande chacun des gestes des humains tombés sous leur coupe ; la désarticulation de l'un des personnages est plutôt réussie, et fait rire nos chères têtes blondes. Celles-ci se marreront d'ailleurs à plusieurs autres reprises, lorsqu'untel tombe ou se mange une vitre. Pas sûr que ça donne envie de retomber en enfance. La morale de l'histoire - car il y en a une, les aliens pouvant prendre le contrôle de tous les êtres humains, sauf les enfants - affirme que les adultes doivent retrouver leur âme d'enfant s'ils veulent vivre au lieu de survivre. Si c'est pour pondre ce genre de divertissement horripilant, mieux vaut sans doute rester un adulte droit dans ses pompes.




Les zintrus (Aliens in the attic) de John Schultz. 1h27. Sortie : 28/10/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

27 oct. 2009

LE JOUR OÙ DIEU EST PARTI EN VOYAGE : interview de Philippe van Leeuw

À l'occasion de la sortie du premier film de Philippe van Leeuw, Le jour où Dieu est parti en voyage, mon camarade Yann François et moi-même avons eu la chance de réaliser un entretien avec le réalisateur belge.
Des extraits de cette interview seront diffusés dans Extérieur nuit, l'émission ciné de Radio Campus Paris (93.9 FM), mercredi 28 octobre entre 19h et 20h ; mais celle-ci est également disponible en version intégrale sur le site Internet de l'excellent magazine Chronicart.
Cliquez sur l'image pour accéder à cette interview :





Le jour où Dieu est parti en voyage de Philippe van Leeuw. 1h34. Sortie : 28/10/2009.
Lire la critique.

LE JOUR OÙ DIEU EST PARTI EN VOYAGE

Même s'il se déroule au Rwanda en 1994, Le jour où Dieu est parti en voyage n'est pas un film sur le génocide. La tragédie n'est que l'arrière-plan, forcément très présent, du drame humain beaucoup plus intime qui se joue dans une forêt. Seule au monde après le massacre de ses enfants par les Utus, Jacqueline est une jeune Tutsi prête à en finir, qui ne doit son salut provisoire (?) qu'à une rencontre fortuite avec un homme affaibli par une blessure atroce, pour lequel elle va mettre entre parenthèses sa funeste entreprise. Le premier film du belge Philippe van Leeuw (chef op chez Dumont, Achard et quelques autres) relate l'opération de survie qui relie ces deux personnages dont le seul point commun est sans doute leur appartenance à une même ethnie.
Lui est animé par une envie de survivre qui lui procure une énergie hors du commun ; elle semble se considérer en simple sursis, plus rien ne la raccrochant à la vie. Très souvent seuls à l'écran, les deux personnages s'observent, s'opposent, tentent de donner le change afin de rassurer l'autre. Retranchés dans un univers végétal qui les protège de façon éphémère des agressions extérieures, ils extériorisent leur animalité et semblent revenir aux origines de l'humanité. Van Leeuw filme cette situation avec une simplicité salvatrice et un amour profond pour ses héros. Si Le jour où Dieu est parti en voyage respire autant la sincérité, c'est parce qu'il ne donne jamais la désagréable impression d'avoir été tourné par un non-africain venu se repaître de tout ce malheur. Le cinéaste est dans la compassion, jamais dans l'exploitation : le résultat obtenu est juste admirable.
Il aurait pu n'être que la simple radiographie de deux solitudes, mais le film va plus loin, ne considérant pas ses protagonistes comme de pures victimes absolument parfaites. Il y a notamment chez l'homme une certaine étrangeté, en tout cas du point de vue de Jacqueline, qui le rend aussi inquiétant qu'imprévisible. Façon pour Philippe van Leeuw de montrer que toute impression de sécurité ne peut être qu'illusoire dans ce genre de situation. Film pessimiste ? Probablement. Mais il y a pourtant dans Le jour où Dieu est parti en voyage des instants de pure beauté, comme ces séquences magnifiques où la jeune femme joue les infirmières de fortune et fait avec les moyens du bord. La simplicité qui émane de tels instants est d'une beauté renversante. Le reste aussi. Il faut à tout prix découvrir ce petit bijou modeste mais précieux, révélation immédiate d'un réalisateur dont on attend impatiemment des nouvelles.




Le jour où Dieu est parti en voyage de Philippe van Leeuw. 1h34. Sortie : 28/10/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
Lire l'interview de Philippe van Leeuw.

26 oct. 2009

Miossec | La Cigale | 25.10.2009

Dimanche 25 octobre 2009, je faisais cavalier seul dans la fosse de la Cigale pour applaudir une fois encore ce cher Christophe Miossec. Retrouvez mon compte-rendu (et les photos d'Alain G.) sur le blog Soul Kitchen en cliquant sur l'image ci-dessous.

L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS

Le cas Terry Gilliam relève d'une pathologie assez inquiétante mais facile à caractériser : toujours capable de fulgurances visuelles étonnantes, le réalisateur est en revanche incapable de raconter correctement une histoire. Comme beaucoup de ses oeuvres précédentes, L'imaginarium du docteur Parnassus se prend les pieds dans un imaginaire foutraque et déstructuré, peinant à rendre intelligible l'histoire pas si complexe qu'il entend raconter. On est certes bien loin de l'abomination Tideland, mais on reste à des lieues d'une oeuvre équilibrée et bien dirigée comme Brazil.
Le film ressemble trait pour trait au fameux Imaginarium, vieux théâtre ringard et mystérieux ayant perdu tout prestige mais suscitant la curiosité. Gilliam enclenche laborieusement une sombre histoire de miroir magique permettant de passer du monde réel à un univers vous montrant votre vie telle que vous la rêvez... ou telle qu'elle est vraiment. Tout l'intérêt de ces allers-retours se situe dans cet étrange paradoxe qui les rend assez inquiétants : comme pour n'importe quelle drogue, les effets secondaires peuvent rapidement prendre plus d'ampleur que le plaisir primaire. Le film ne va finalement pas plus loin dans l'analyse, se contentant d'empiler les voyages d'un univers à l'autre afin de donner libre cours à la fantaisie visuelle du père Gilliam. C'est d'ailleurs assez réussi : les ambiances sont nombreuses et variées, les idées fusent à chaque plan, et certaines séquences un peu pathétiques sont souvent rattrapées par d'autres situées peu après.
L'imaginarium du docteur Parnassus restera à jamais comme le dernier film interprété par Heath Ledger, décédé avant la fin du tournage. Sans même vouloir faire dans l'humour noir, on peut affirmer que l'acteur est mort au bon moment, en tout cas suffisamment tard pour permettre à Gilliam de modifier le script à la va-vite afin de pouvoir terminer le tournage en conservant une certaine cohérence. Étrangement, alors qu'il est désespérément mauvais niveau narration, le cinéaste est parvenu à intégrer ce handicap avec une facilité déconcertante : lorsque Jack, le héros joué par HeathLedger, passe de l'autre côté du miroir, il change imperceptiblement de visage, ce qui colle assez bien à l'idée d'ensemble du film. À un Ledger plutôt convaincant succèdent alors un Johnny Depp très pro, un Jude Law pas très à l'aise et surtout un Colin Farrell détonant, à qui Gilliam a confié la partie la plus longue et la plus délicate des trois, et qui s'en sort comme un chef. Le fil narratif de l'intrigue ayant disparu depuis bien longtemps, le spectateur dispose de tout le temps nécessaire pour comparer ces acteurs, les évaluer comme il se doit, imaginer comment aurait été le film sans cette tragédie... Bref, L'imaginarium du docteur Parnassus est un film qui permet de penser à autre chose, nous traînant gentiment jusqu'à une fin prévisible. Gilliam sait encore produire de belles images, pousser des acteurs dans leurs retranchements (aah, Tom Waits en Satan), mais il devait définitivement passer la main à des auteurs capables de lui fournir des histoires aussi illuminées mais mieux bâties que ce pataquès qui aurait pu signer son retour en grâce.




L'imaginarium du docteur Parnassus (Imaginarium of Doctor Parnassus ) de Terry Gilliam. 2h02. Sortie : 11/11/2009.

25 oct. 2009

ARTHUR ET LA VENGEANCE DE MALTAZARD

La débâcle Arthur et la vengeance de Maltazard commence avant même la première image. Face aux journalistes et invités, Luc Besson prend la parole, dispense deux ou trois mots gentils, puis, l'air de rien, apporte une précision sur la fin de son film. « Quand apparaîtra le panneau À suivre, c'est vraiment la fin. Souvent, les gens qui voient le film pensent qu'il manque une bobine, alors qu'en fait non ». Une heure et demie plus tard, on comprendra mieux le pourquoi de cette justification préalable : cet Arthur-là est si mal construit et écrit qu'il semble effectivement lui manquer des morceaux. Généralement, l'inscription À suivre vient sceller pour quelques mois un sommet de suspense ou d'angoisse ; ici, elle sert juste à prévenir les spectateurs que le film est fini, qu'ils peuvent sortir de la salle et reprendre une activité normale.
Comme tout ce que touche Besson depuis au moins dix ans, Arthur et la vengeance de Maltazard a la tronche d'un film vite fait mal fait, exécuté à vitesse grand V afin de respecter la date de sortie prévue, mais oubliant du même coup toute notion de respect du public et du cinéma. Le film semble foncièrement brouillon, marquant une nouvelle régression par rapport à un Arthur et les minimoys qui était déjà très loin d'être emballant. Le principal recul de cette suite est d'ordre technique : beaucoup plus de scènes se déroulent dans le monde humain, donc beaucoup moins dans l'univers souterrain des minimoys. D'où deux conséquences notables. La première, c'est que les amateurs de cinéma d'animation risquent de ronger leur frein devant le peu de grain qu'on leur donne à moudre ; la seconde, c'est que les adultes déjà insupportables dans Arthur 1 le deviennent encore plus dans Arthur 2, puisque plus présents à l'écran. On en est réduit à attendre sans arrêt que ces scènes consternantes, traversées par un humour de dortoir, se terminent. Tout cela pour des basculements courts et insipides chez les minimoys.
Comme dans toute saga de ce genre, il y a à un moment ou à un autre un épisode de transition, peut-être moins intense mais absolument nécessaire. Arthur et la vengeance de Maltazard remplit ce rôle, mais le fait avec une platitude infinie, comme si ce statut de film-passerelle dispensait de bâtir une intrigue. Oh, il y a bien un semblant d'histoire, que l'on peut résumer ainsi : Arthur reçoit un message le poussant à rejoindre les minimoys (hop, 70 minutes de passées), sauf qu'en fait c'est un piège (re-hop, 20 minutes pour justifier le titre). C'est absolument tout. Les acteurs brassent de l'air pour justifier leur cachet (pauvre Mia Farrow), tandis qu'Arthur découvre le monde des minimoys comme si c'était la première fois, au gré de scènes redondantes en diable.
Cette histoire simplissime, Luc Besson parvient à ne même pas la raconter correctement. Construit n'importe comment, le scénar empile des flashbacks sans intérêt qui ennuieront les gosses et consterneront les autres. Il est vrai que justifier le désir de vengeance du grand méchant en expliquant qu'il a observé la grand-mère éplucher des légumes - faites le lien - était fondamental, entre autres exemples aussi affligeants... Et même pas une miette de bonne idée de plan pour faire passer la pilule. Après avoir annoncé la fin de sa carrièrre, Besson semble finalement se complaire dans une pré-retraite somnolente consistant à continuer de faire du pognon des films sans trop se fouler. Qu'on aime ou non ses films en tant que réalisateur, il faut bien reconnaître que le bonhomme avait des idées, des envies, un savoir-faire qui ressortaient de façon évidente à l'écran. Ici, plus rien. Le néant. N'importe quel yes man aurait sans doute fait au moins aussi bien, tant La revanche de Maltazard sonne comme un produit de junk cinema, sans goût ni personnalité, torché sans passion par une armée de stagiaires blasés. « N'oubliez pas que vous avez eu 5 ans », ajoute Besson juste avant le début de la séance ; un âge déjà trop élevé pour apprécier ce genre de truc qui doit bien faire marrer les américains.




Arthur et la vengeance de Maltazard de Luc Besson. 1h34. Sortie : 02/12/2009.

24 oct. 2009

LUCKY LUKE

Il faut reconnaître à James Huth une qualité primordiale : le monsieur sait composer des plans et donner à ses films (Brice de Nice mis à part) une sorte de patine à l'américaine leur permettant toujours de sortir du lot. Lucky Luke offre un rendu visuel vraiment prodigieux, surtout lorsque l'on sait qu'il est l'oeuvre d'un français : jamais les précédentes adaptations de bandes dessinées franco-belges n'avaient semblé aussi proches esthétiquement de ce que peut fournir le cinéma américain. Comme la BD de Morris en son temps (on ne parle pas de ce qui est devenu une sinistre franchise coécrite par Laurent Gerra), le film fait en fait office de pont entre la culture BD européenne et la culture ciné américaine, et concilie les deux avec une certaine adresse.
Lucky Luke démarre sur les chapeaux de roue avec une intro digne de bien des westerns ricains : on y apprend comment le jeune Luke est devenu Lucky, et on y comprend que James Huth n'est pas forcément là pour rigoler. Cette scène d'exposition est en effet d'une noirceur folle, et a le mérite d'annoncer les intentions de son auteur : contrairement aux sinistres Dalton de Philippe Haïm ou au pataud Lucky Luke de Terence Hill, la pantalonnade n'est pas l'objectif ultime. Malgré une pluie de gags assez discrets, c'est bel et bien le côté torturé de l'univers du poor lonesome cowboy qui est mis en avant. Et c'est une bonne nouvelle.
Mais il y a un mais : si Lucky Luke est un film qui a vraiment de la gueule, son scénario a hélas pas mal de plomb dans l'aile. Victime d'une machination, persuadé d'avoir tué quelqu'un et donc d'avoir brisé ses propres principes, le héros passe pas loin d'une heure à n'être que l'ombre de lui-même, ruminant sa déprime au lieu de nous régaler à coups de fusillades délirantes et de duels corsés. Le récit patauge encore et encore, semblant ne jamais devoir s'en relever, mais finira par reprendre du poil de la bête : le retour en forme du film coïncide avec celui de Luke. Les vingt dernières minutes sont un pur délice, se déroulant principalement dans un décor surréaliste et vertigineux, d'une inventivité incroyable et d'une beauté totale. Là, on renoue subitement avec l'étrange état de grâce de début de film.
Ce terrible ventre mou empêche Lucky Luke d'entrer dans le clan des adaptations de BD vraiment réussies. Et c'est bien dommage, puisque même le casting semblait s'être globalement bien intégré dans l'univers de Morris. De Daniel Prévost (génialissime Pat Poker) à Jean-François Balmer, cette bande d'acteurs fort en gueule a véritablement trouvé le ton juste. Paradoxalement, celui qui semble le moins à l'aise se nomme sans doute... Jean Dujardin. Une fois n'est pas coutume, il peine un peu à trouver le ton juste et n'arrive pas à se dissimuler derrière le personnage. Dans un pays où Christian Clavier fut Astérix, il n'est cependant pas permis de se plaindre outre mesure. En revanche, il est parfaitement conseillé de faire un crochet du côté de Daisy Town pour aller voir de quoi est capable ce Lucky Luke extrêmement sympathique et pas si loin d'être totalement abouti. On suggère à James Huth de laisser à d'autres le soin d'écrire les scénarios et de se contenter de poursuivre un travail de mise en scène de plus en plus intéressant depuis Serial lover.




Lucky Luke de James Huth. 1h44. Sortie : 21/10/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.

23 oct. 2009

WHITEOUT

Curieusement absent des écrans depuis le début du siècle, Dominic Sena semble avoir profité de cette longue pause pour apprendre la sagesse. Contrairement à ses précédents films, les très bourrins 60 secondes chrono et Opération espadon, Whiteout semble moins destiné à fournir au spectateur sa dose de testostérone et de beauferie qu'à tenter de développer une intrigue policière en prenant le temps pour le faire. Sans doute la différence tient-elle en partie au fait que le personnage est une femme qui, contrairement aux Angelina Jolie ou Halle Berry des autres films de Sena, n'est pas un faire-valoir à gros seins mais une véritable héroïne. Ce qui ne veut pas dire pour autant que Sena a perdu tous ses réflexes de vieux mâle : dès l'introduction, il nous livre une séquence de déshabillage et de douche aussi flatteuse pour les bas instincts qu'absolument inutile.
Très heureusement, il se calme aussitôt et revient dans le droit chemin, pour mettre en place de façon claire et précise ce qui s'avère être un whodunit en Antarctique. Le déroulement de Whiteout est extrêmement classique, avec ses fausses pistes, ses meurtres à répétition et ses rebondissements tagada tsouin tsouin ; mais Sena s'en acquitte de façon très honorable, sans en faire trop côté action - les scènes étant disposées harmonieusement et jamais trop longues - et sans jamais perdre le fil rouge de son intrigue. Les vieux briscards rompus au genre risquent de deviner très tôt l'identité du coupable (sans mentir, dix minutes à peine), mais la trame est suffisamment bien menée pour qu'un doute subsiste jusqu'à un dénouement étonnamment sobre.
En fait, Whiteout s'apprécie presque davantage pour sa propension à éviter le millier de pièges grossiers placés sur son chemin que pour ce qu'il montre à l'écran. C'est un polar lambda, sans défaut majeur ni atout exceptionnel. On peut cependant regretter que le script n'aille pas plus loin dans son utilisation des paysages polaires et de ce fameux whiteout (l'instant où les conditions sont réunies pour provoquer désorientation spatiale et danger absolu) : si le climat occupe un rôle important dans plusieurs scènes d'action, la plus-value apportée au récit n'est pas assez flagrante. Avec un rien d'inventivité supplémentaire, Whiteout aurait sans doute pu tirer son épingle du jeu et exploiter mieux que cela son alléchant postulat de départ.




Whiteout de Dominic Sena. 1h40. Sortie : 21/10/2009.

Top 5 : Michael Haneke

Cette semaine, Michael Haneke s'installe au village des damnés dans Le ruban blanc.




Top 5 des films de Michael Haneke

01. Funny games (1997)
Le film qui a véritablement fait connaître Haneke est aussi le plus choc, le genre d'oeuvre qui vous marque à vie, qu'elle vous fascine ou vous fasse gerber. Le cinéaste autrichien y exerce ouvertement une manipulation du spectateur, régulièrement pris à parti face caméra. Est-il normal qu'il prenne plaisir devant cette histoire de la séquestration froide et méchante d'une famille modèle ? Pourquoi souhaite-t-il regarder un tel film jusqu'au bout ? Doit-il s'offusquer ou se réjouir de l'issue tragique donnée à cette histoire ? Autant de questions sans réponses, posées avec malice et perversité pour cet exercice de style de très haute volée.


02. 71 fragments d'une chronologie du hasard (1995)
Au-delà du concept (tenter d'expliquer une tuerie en enchaînant des fragments de vie apparemment ordinaires), le troisième film de Michael Haneke est une oeuvre d'art allant au-delà du cinéma, et ressemblant à certaines installations d'art moderne. Ce bout-à-bout de tranches de vie, parfois dépourvues de sens (en apparence), parfois terrifiantes dans leur exécution (tétanisante partie de ping-pong), accouche au final d'une réflexion ouverte sur ce qui peut pousser les hommes à se détruire. Époustouflant.


03. Benny's video (1992)
Maintes fois copié depuis, l'aspect glaçant de Benny's video est le principal atout de ce film sur un ado apparemment comme les autres, que sa fascination pour la vidéo pousse à se rendre coupable d'un meurtre qu'il filmera avec soin. Ce portrait d'un assassin ordinaire, victime d'une société froide et bridée par les conventions, est transcendé par le traitement chirurgical de cet autrichien dérangé.



04. Caché (2005)
Au sein de la période française de Haneke, mise entre parenthèses pour le tournage du Ruban blanc, Caché apparaît avec le recul comme une pièce maîtresse, une dissection dérangeante des mécanismes de la culpabilité. Rongé par le mystère, construit comme un polar, c'est un film fort, au sein duquel émerge l'une des scènes les plus éprouvantes de la carrière riche en sensations du cinéaste : un suicide en plan fixe, effroyable et inattendu.



05. Le septième continent (1988)
Dès ses débuts, Haneke annonçait la couleur en refusant la facilité. Tout à fait sinistre, froid comme la mort, il prend tout son temps pour dépeindre le quotidien d'une famille ayant « tout pour être heureuse » comme l'affirme cette expression si dépourvue de sens. Une structure familiale a priori saine et une existence loin de la misère n'empêcheront pourtant pas leur vie de tourner au fait divers sordide et sanglant, pas tout à fait explicable donc encore plus terrible à vivre.

22 oct. 2009

THE CHILDREN

« Je déteste les enfants des autres », clamait une comédie française sortie en 2007. Cela se confirme ici : on déteste les Children de Tom Shankland, énième pataquès mettant en scène des mouflets démoniaques auxquels on a simplement envie de coller deux claques avant de passer à autre chose. Avant même d'être apparemment contaminés par un virus qui les rend sanguinaires, ces enfants-là sont insupportables. Ils crient, ils gémissent, ils éructent, avec des regards de veaux dépressifs, sous le regard attendri de parents dont l'amour ne peut être qu'aveugle. On comprend bien qu'avec de tels légumes pour géniteurs, ces saletés de mioches ne puissent respirer la joie de vivre, mais une indifférence précoce vis-à-vis de l'existence. The children s'ouvre par une approche psycho-vaseuse de ce que signifie être parent aujourd'hui, à quel point être permissif ou régressif, quoi encourager et quoi réfréner. Laurence Pernoud et Françoise Dolto se seraient sans doute bien marrées devant le film de Shankland. Nous pas.
Ne ratant aucune occasion de filmer le sang pour mieux montrer qu'il peut s'infiltrer partout et donc propager tout virus à vitesse grand V, Shankland entre ensuite dans le vif du sujet et transforme donc cette armada de chiards en une armée de tueurs incapables de se moucher tout seuls mais qui en revanche rivalisent d'imagination pour éliminer leurs chers créateurs. Et c'est parti pour un jeu de massacre absolument emmerdant et psychologiquement moisi, où on continue à refuser de frapper un enfant même s'il est en train de vous menacer avec un couteau, ses yeux vides plantés dans les vôtres. Le regard absent de ces horripilants bambins rappelle celui des petits habitants du Village des damnés (Wolf Rilla puis John Carpenter), lesquels avaient cependant ce surplus hypnotique qui les rendait terrifiants. C'est aussi ça, le problème de The children : toute référence qui se présente (Les révoltés de l'an 2000, Les innocents, etc.) prend immédiatement le dessus, incarnant mieux le pur effroi. Le film de Shankland ne fait pas peur ; au mieux, il fait détourner les yeux pendant une fraction de seconde à cause d'un effet gore pas trop raté. Sans intérêt.
La morale de cette histoire est qu'il n'y a pas de parent parfait et que personne, quelle que soit l'éducation choisie, n'est à l'abri d'un brusquement revirement moral de la part d'une progéniture ingrate. L'autre morale de The children, c'est que remplir son film de personnages mièvres et inintéressants empêche toute forme d'identification ou de compassion, ce qui a pour effet de totalement dépassionner les tueries successives, aussi violentes soient-elles. Après un W∆Z aussi malsain que prometteur, Tom Shankland s'est sans doute vu trop beau, s'imaginant finir au panthéon des cinéastes avec Jack Clayton et les autres. Il devra remballer sa fierté et prendre davantage soin de son futur bébé s'il ne peut pas être rapidement voué à l'oubli.




The children de Tom Shankland. 1h25. Sortie : 21/10/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

21 oct. 2009

JENNIFER'S BODY

Qui a aimé Juno et jeté un coup d'oeil sur la série United states of Tara (avec Toni Collette en mère de famille aux identités multiples) ne pouvait que se réjouir du retour aux affaires de Diablo Cody, scénariste actuellement en vogue. Confié à une Karyn Kusama connue pour son amour ardent du girl power (entre Girlfight et Aeon flux), Jennifer's body faisait extrêmement envie, d'autant que la présence de la plante d'ornement Megan Fox avait de quoi rendre le tout aussi décalé que charnel. La déception est à la hauteur de l'attente : voici un film qui se traîne encore et encore, ne tenant aucune de ses promesses mais visant à tout prix - et en vain - le statut d'oeuvre culte.
C'est donc l'histoire, vue par le regard de sa copine moins agréable à regarder, d'une cheerleader nommée Jennifer qui fait perdre la tête à tous les mâles dont elle croise la route. Seulement voilà : suite à une rencontre avec des petits rockeurs diaboliques, voilà Jennifer possédée par un terrible démon qui la transforme en créature assoiffée de sang. Le film montre notamment comment Jennifer use et abuse de ses charmes pour attirer les garçons dans des traquenards d'où ils auront bien du mal sortir vivants. C'est l'une des grandes idées du scénario : transformer le traditionnel personnage de la bombasse du lycée en un monstre sanguinaire, et ainsi livrer un pastiche des traditionnels teen movies à tendance sentimentale. À l'écran, cela ne se traduit que par une poignée de tueries aussi laborieuses que peu nombreuses, et n'assumant absolument pas leur dimension gore.
Le reste du film, sans grande épaisseur, consiste en un affrontement entre la frêle Needy (excellente Amanda Seyfried) et l'allumeuse Jennifer, prête à tout pour semer le mal autour d'elle et assouvir ses appétits en tous genres. On attend alors une sublimation de certains personnages et situations, qui ne survient hélas jamais. Car Jennifer's body est un film qui manque de matière, ou plus exactement de chair. Qui avait soif de corps déchiquetés rentabilisera difficilement son billet ; qui avait faim de la plastique foxienne peut également ronger son frein, tant l'aspect sexy du film semble être quasiment passé à la trappe. Aucun parti pris ne ressort réellement de ce film bien décevant, si ce n'est celui de décrire de façon différente les difficultés de la vie d'une jeune femme, et notamment l'aspect peur des règles - peur de la première fois - peur des garçons. On attendait cependant bien davantage que ce monument d'insignifiance ne se distinguant que par une poignée de dialogues référencés et de scènes amusantes. Quant à Megan Fox, à qui les Transformers laissaient le bénéfice du doute, elle confirme son statut de petite bimbo sans aspérité, bonne pou les couvertures des magazines mais ne disposant pas du bagage nécessaire pour jouer correctement les premiers rôles.




Jennifer's body de Karyn Kusama. 1h45. Sortie : 21/10/2009.

20 oct. 2009

WINNIPEG MON AMOUR

Il ne fallait pas compter sur Guy Maddin pour faire un film promotionnel. Invité par la mairie de Winnipeg à tourner un film dédié à cette ville canadienne qui l'a vu naître, le cinéaste s'est une nouvelle fois lâché, appliquant son style habituel à cette curieuse déclaration d'amour, passionnée mais totalement dingue. Pour ceux qui l'ignoreraient - et ils sont nombreux, les films de Maddin n'ayant jamais bénéficié d'une distribution conséquente -, la patte du réalisateur est faite de surimpressions, de digressions permanentes, d'envolées lyriques et vaporeuses, de pics absurdes et de sommets d'effroi, le tout mêlé dans un processus narratif volontairement troublé.
Les films de Guy Maddin ressemblent moins à du cinéma traditionnel qu'à des sortes de gigantesques installations d'art moderne, que l'on pourrait quasiment passer en boucle dans les salles afin que les spectateurs commencent le visionnage à un moment pris au hasard. Winnipeg mon amour n'échappe pas à la règle, même s'il se fait étonnamment moins abrupt que ses oeuvres précédentes. Comme si la profonde affection portée par Maddin envers sa ville l'avait contraint à légèrement s'assagir et à répondre ainsi à quelques-unes des attentes des commanditaires du film. D'où l'impression extrêmement paradoxale d'assister à un film très confortable, limite cotonneux, et à la fois bourré d'accidents, d'associations d'idées tordues, de passages du coq à l'âne.
À travers la peinture très floue de cette ville pourtant bien particulière se dessine également le portrait de la mère de Guy Maddin, qui semble se compléter de film en film. Chemins de fer entrecroisés, bâtiments en démolition : c'est aussi lui-même que Maddin semble raconter, lui qui semble très marqué par cette architecture en mutation perpétuelle. Tout ceci n'est présent que par bribes, comme s'il était impossible pour le cinéaste de se livrer complètement et de révéler enfin un visage humain au public. Découvrir Winnipeg mon amour constitue l'entrée en matière idéale dans cet univers azimuté où règnent grands moments de délire (la déjà célèbre série TV L'homme sur la corniche) et bouleversants instants tragiques (le lent délitement de la famille du narrateur). Le tout dans ce noir et blanc toujours aussi divin, faux brouillon d'un chef d'oeuvre à venir.




Winnipeg mon amour (My Winnipeg) de Guy Maddin. 1h19. Sortie : 21/10/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Une dernière séance ?.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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