Jusqu'ici, Park Chan-wook apparaissait comme un petit arnaqueur ayant réussi un coup d'éclat avec Old boy mais réalisant habituellement des films vains, creux et clinquants, par pure provoc ou par manque de talent. Thirst peut-il remettre tout cela en cause ? Peut-être, ou peut-être pas. S'il apparaît comme l'un des films les plus intéressants de son réalisateur, il est cependant loin d'être dépourvu de défauts, de petits instants grotesques et de ratages édifiants. Sauf que malgré tout cela, c'est un film formidable, aussi foisonnant que passionnant, l'une des oeuvres les plus singulières sur l'univers des vampires, s'affranchissant des ennuyeux codes du genre et trouvant ainsi sa propre identité.Thirst est loin de n'être que l'histoire d'un curé devenu vampire. Tout ceci n'est qu'un point de départ, certes essentiel, qui entraînera une série de rebondissements et de réflexions souvent très surprenants. Par son approche thématique, Thirst rappelle The addiction, chef d'oeuvre d'Abel Ferrara et meilleur film sur le vampirisme de l'histoire du monde. Le sang y est décrit comme une véritable drogue, et le meurtre d'autrui considéré comme une souffrance. A fortiori pour un homme d'Église, obligé de chercher des moyens détournés de mettre fin à cette satiété chronique. L'hypocrisie de la religion est d'ailleurs pointée du doigt à travers ce personnage, qui n'a aucun scrupule à lutiner encore et encore la jolie demoiselle qu'il rencontre, et dont le fiancé est cloué sur un lit d'hôpital. Des scènes d'un érotisme trouble rappelant celles de Old boy, car créant à la fois une certaine excitation et une vraie gêne. Il y a du sens même dans ces scènes-là, et c'est fort troublant. Park Chan-wook interroge notre rapport au plaisir, l'un de ses sujets favoris, avec une délectation visible, d'autant qu'il sait appuyer là où ça fait mal.
La mise en scène a beau être un peu hétéroclite, elle donne lieu à une succession de grands moments dont les défauts sont toujours compensés par une extrême originalité et un jusqu'au boutisme gouleyant. Orchestrant un duo / duel jamais serein et toujours traversé par une crise - mystique, éthique, conjugale -, le film greffe à son histoire de vampires une sous-intrigue parfois bancale mais essentielle à propos d'un triangle amoureux et meurtrier, lequel constituera le début de la fin pour ce couple déséquilibré dès le départ et de plus en plus plombé par les évènements et les mutations psychologiques. L'ensemble mène à une dernière séquence longue et délectable, mêlant tragique et comique à parts égales, et sublimant la destruction d'un couple ne pouvant se regarder en face. Le genre de scène qui fait définitivement oublier tous les petits accrocs de Thirst, légères embardées scénaristiques et pannes provisoires de mise en scène, et crée au final un enthousiasme patent. Difficile d'expliquer pourquoi l'alchimie prend ici et pas dans d'autres films de Park Chan-wook, toujours originaux et traversés de petits moments géniaux. L'avenir nous dira peut-être s'il ne s'agit que d'un coup de chance.

Thirst, ceci est mon sang (Bak-Jwi) de Park Chan-wook. 2h13. Sortie : 30/09/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?.

































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