31 août 2009

G.I. JOE - LE RÉVEIL DU COBRA

Stephen Sommers peut dire merci à Michael Bay : à côté de Transformers 2, G.I. Joe a tout d'un chef d'oeuvre. Tout est relatif, mais voilà un film qui tient ses promesses dès le départ et s'y cantonne jusqu'au dénouement, avec une énergie de tous les instants. Insatiable, Stephen Sommers exploite chaque personnage et chaque scène avec un appétit féroce, filmant avec efficacité mais sans trop d'hystérie. Rendez-vous compte : on VOIT et on COMPREND ce qui se passe à l'écran, même pendant les séquences les plus riches en action ! Bay aurait sans doute quelques leçons à prendre.
Côté script, G.I. Joe est un film d'une idiotie abyssale, mais ce n'est guère une surprise. Il est toujours difficile de comprendre pourquoi des scénaristes s'échinent à bâtir des intrigues complexes et à tenter de rendre crédibles des personnages de scientifiques ou de fins tacticiens, alors que l'objectif est bien éloigné de toute considération intellectuelle : la gaudriole et la castagne. Le blabla débité par certains - particulièrement les méchants, très bavards - est heureusement d'une telle ineptie qu'il en devient assez savoureux. Se pose alors la grande question, qui permet à G.I. Joe de se tenir étonnamment bien sur la longueur : tout cela est-il fait au premier ou au second degré ? Le ridicule de certains dialogues et l'inanité de certains enjeux ne seraient-ils pas totalement assumés par un Sommers simplement désireux de régaler son public ? En tout cas, ça fonctionne. Voilà un divertissement d'une durée raisonnable, bourrin dans une limite acceptable, ne confondant pas entertainment et vrillage de tympans.
Sans être un grand film, ni même un grand film d'action, G.I. Joe surprend par sa faculté à réduire la casse et à réduire à peau de chagrin des défauts que l'on pensait inévitables. L'humour, par exemple, est assez crétin mais totalement acceptable, assez loin des « tiens, filmons en gros plan John Turturro en string » et autres « et si le robot avait une paire de couilles ? » de l'inénarrable Michael Bay. Autre piège fort bien esquivé : la gestion du grand nombre de personnages et de la douzaine d'acteurs connus. La cohabitation se passe à merveille, et chacun dispose de son temps d'apparition à l'écran sans donner une impression de déséquilibre ou de frustration - c'était le gros défaut de X-men 2, entre autres. Mentions spéciales à Sienna Miller, à qui le noir corbeau sied à merveille, et qu'on aime franchement détester, ainsi qu'à un Joseph Gordon-Levitt étonnant dans un double rôle. Bref, G.I. Joe, c'est con, mais c'est plutôt bon, pour peu qu'on soit totalement désoeuvré ou en demande de plaisirs primaires.




G.I. Joe - Le réveil du Cobra (G.I. Joe - Rise of Cobra) de Stephen Sommers. 2h. Sortie : 05/08/2009.

Casting bis : LES DERNIERS JOURS DU MONDE

Petit essai de nouvelle rubrique en cette fin de mois d'août : le principe est de choisir un film sorti récemment et d'imaginer un tout autre casting pour celui-ci. Pour imaginer ensuite à quoi ressemblerait le résultat fantasmé...

On l'a compris en lisant la presse et les blogs et en observant la réaction des spectateurs dans les salles : Les derniers jours du monde a très largement divisé depuis sa sortie le 19 août. Comme à l'habitude, Rob Gordon a choisi son camp. Et imagine ce qu'en aurait été le casting... s'il s'agissait d'un film américain. Le but étant évidemment que vous réagissiez, contestiez, approuviez, surenchérissiez.



Mathieu Amalric - Matt Dillon


Omahyra Mota - Sheri Moon Zombie


Catherine Frot - Laura Linney


Karin Viard - Jeanne Tripplehorn


Sergi Lopez - Clive Owen


Clotilde Hesme - Evan Rachel Wood


Jean-Marie & Arnaud Larrieu - Ray Lawrence




Sorti le 19/08/2009. Lire la critique.

30 août 2009

DISTRICT 9

Produit par Peter Jackson, porté par un buzz conséquent, District 9 était aussi mystérieux qu'attendu, ceci expliquant cela. Il s'agit en fait, en tout cas au début, d'un faux documentaire relatant notamment ce qui est arrivé au dénommé Wikus Van De Merwe, responsable de l'acheminement d'aliens immigrés vers un camp de réfugiés situé à l'extérieur de Johannesbourg. Idée excitante : pour une fois, l'extra-terrestre n'est pas un colon supérieurement intelligent et venu sur Terre pour tout péter, mais un voyageur de l'espace complètement paumé et infoutu de rentrer chez lui. L'occasion de dresser un parallèle un peu gros entre ces émigrants-là et ceux de la vraie vie, avec l'intolérance et les craintes qu'engendre l'arrivée d'étrangers.
Mais District 9 n'est pas un remake sud-africain de Welcome, sinon ça se saurait : le film se focalise très vite sur Van de Merwe, loser parachuté là parce qu'il est le gendre du directeur des opérations, et très vite contaminé par de l'ADN venu d'ailleurs. Débute alors sa formidable mutation, visuellement très impressionnante, mais qui fait un peu trop penser à celle de Jeff Goldblum dans La mouche. C'est d'ailleurs tout le souci du film, qui se présente comme une oeuvre singulière et quasi révolutionnaire, mais ne ressemble au final qu'à un condensé des grands films de SF de ces trente dernières années... Une fois entamée la transformation de l'anti-héros, District 9 fait lui aussi sa mue et devient un gros film d'action archi bourrin, qui défouraille sec et ne laisse guère de répit. Le réalisateur Neill Blomkamp a de l'énergie à revendre, mais cela masque mal le relatif surplace d'un scénario qui semble avoir épuisé toutes ses idées au bout d'une heure à peine. Les amateurs d'action pure et dure ne manqueront pas de se régaler, d'autant que le film déploie un savoir-faire technique impressionnant, mais ceux qui voulaient davantage risquent de rester sur leur faim.
District 9 souffre qui plus est d'un fâcheux problème de cohérence et de quelques choix assez discutables. Le plus gros souci concerne la forme : le film démarre en effet comme un faux documentaire destiné à faire la lumière sur l'affaire Van de Merwe, mais montre rapidement des évènements n'ayant pu se produire en présence d'une caméra. Avant que cette forme de faux doc ne se fasse un temps oublier pour laisser place sans justification à un traitement bien plus classique, proche des habituels blockbusters. Quant à la décision d'avoir pris comme personnage principal un gros nase semblant sorti de la série The office, elle est totalement préjudiciable car n'apporte pas grand chose côté comédie mais empêche toute identification et tout attachement. Là où la destinée d'un Seth Brundle pourtant peu sympathique nous importait, on se fiche royalement de la fin de ce pauvre type dont on n'a même pas pitié. Le dénouement ne nous donnera pas tort, banal et superficiel comme pas deux.
Reste que District 9 est tout de même un petit miracle en son genre : tourné avec 40 millions de dollars du côté de Johannesbourg, soit 5 fois moins que Transformers 2, le film est un pur bijou esthétique, crédible de bout en bout, bénéficiant d'une photographie assez mortelle et d'effets numériques à tomber à la renverse. Ce qui prouve, si nécessaire, qu'on peut faire de belles choses avec un budget réduit. Il serait ridicule de n'aimer un film que parce qu'il a coûté moins cher que tel autre, mais le côté "blockbuster fauché" de District 9 lui confère un petit attrait supplémentaire et loin d'être négligeable.




District 9 de Neill Blomkamp. 1h50. Sortie : 16/09/2009.

29 août 2009

20TH CENTURY BOYS - CHAPITRE 2 : LE DERNIER ESPOIR

Lorsque le premier volet d'une saga - ici une trilogie - souffre de défauts majeurs comme une longueur excessive, une réalisation brouillonne ou un manque criant de rythme, il est rare que le numéro 2 vienne tout arranger. Cela se confirme avec la suite de 20th century boys, qui respecte la fameuse règle intitulée « la même chose... en moins bien ». Située 15 ans après la fin de l'épisode précédent, l'action de ce Chapitre 2 ne fait que s'éparpiller encore et encore, multipliant les digressions, les ralentissements et les détours comme s'il fallait à tout prix qu'un blockbuster dure désormais 2 heures 20. L'intrigue principale a beau être intéressante et certains personnages charmants, il devient rapidement difficile de se passionner pour cette succession de longues scènes plates dont certaines semblent ne pas apporter grand chose à l'avancée de la trilogie.
Pour résumer 20th century boys - chapitre 2, on pourrait dire que c'est une heure et demie d'attente pour trois quarts d'heure de légère satisfaction. Le principe du film de Yukihiko Tsutsumi - encore lui - est qu'une bonne machination se prépare lentement, très lentement, et sans ellipse aucune. Si bien que le spectateur a l'impression d'assister à la popote interne des conspirateurs en chef, et de n'en rater aucune étape... même les plus dispensables. À croire que certains scénaristes ne connaissent pas le mot ellipse. En revanche, ils connaissent à coup sûr le mot adaptation, puisqu'il apparaît assez clairement - pour les lecteurs du manga comme pour les autres - que ce deuxième volet s'est permis quelques libertés avec le matériau d'origine. En résulte un ton plus débridé, qui vire hélas au n'importe quoi dès que c'est possible.
Le tout se ressent dans la réalisation, encore plus hétéroclite que dans 20th century boys : elle n'est pas franchement bâclée, mais manque en tout cas d'unité, de cohérence, de style. Comme si Takashi Miike et Timur Bekmambetov s'étaient partagé les scènes et avaient improvisé les prises de vues, sans travail ni consultation préalable. De ce gloubiboulga assez indigeste, on peut néanmoins retenir la prestation convaincante de la jeune actrice qui tient l'un des rôles principaux, ainsi qu'un dernier tiers assez convaincant - même si lui aussi trop long - et qui donne malgré tout envie de connaître la suite. Un univers où une fin du monde succède à une autre fin du monde a tout de même quelque chose de fascinant. Surtout lorsque l'espèce de gourou à l'origine du fameux cahier des prédictions et de tout le reste se montre aussi mystérieux... On n'ira pas jusqu'à dire « vivement le 3 », mais on aimerait bien quand même connaître la fin.




2Oth century boys - chapitre 2 : le dernier espoir (20-seiki shônen: Dai 2 shô - Saigo no kibô) de Yukihiko Tsutsumi. 2h22. Sortie : 26/08/2009.

20TH CENTURY BOYS

À l'occasion de la sortie de 20th century boys - chapitre 2 : le dernier espoir, retour sur le premier volet, 20th century boys, indispensable pour en comprendre la suite.

Vaste projet que celui d'adapter 24 tomes d'un manga en 3 films. C'est pourtant la tache qu'a réalisé Yukihiko Tsutsumi, yes man sélectionné après un casting impitoyable. On sent d'ailleurs assez rapidement que le bonhomme n'a pas vraiment de grande vision artistique sur l'oeuvre de Naoki Urasawa ; qu'on connaisse ou non la version papier, on comprend très rapidement que 20th century boys n'est qu'une gigantesque mise en images, une sorte de digest de l'intrigue débarrassée de toute matière et de tout propos annexe. Une intrigue heureusement ambitieuse, qui part comme certains Stephen King - des types en costard se rappellent leurs exploits de jeunesse, inventés ou avérés - pour bifurquer tranquillement vers une histoire de fin du monde, celle-ci étant prévue au moment du passage au 21ème siècle.
La mise en place est assez lénifiante : le script prend (trop) le temps d'introduire chaque personnage et de bien tout expliquer deux fois afin de ne perdre personne. La suite montrera que de telles précautions n'étaient pas nécessaires : bien que complexe, l'histoire de Kenji et ses amis est globalement assez fluide, et ce sans avoir besoin du mode d'emploi de départ. Il faut simplement s'acclimater au style, qui reste très très manga (ça gesticule dans tous les sens et ça frôle parfois l'hystérie), et à la construction bourrée de flashbacks incessants.
Au final, bien que beaucoup trop long (2 heures 20 quand même), le film pose habilement les jalons de cet univers original et parvient à exister en tant que pièce unique et pas seulement en tant que première partie d'une trilogie. 20th century boys ne se termine pas en queue de poisson et propose pas mal de réponses - évidemment partielles - et une conclusion en bonne et due forme. Seulement voilà : qui n'a pas trop dormi pendant la projection et n'est pas allergique à la réalisation façon n'importe quoi de luxe - comme les Night watch et Day watch de Bekmambetov en version multicolore - aura envie d'aller creuser du côté du numéro 2, dont un avant-goût est donné en fin de générique, et promet un rebond inattendu pour cette oeuvre superficielle mais plutôt attachante.




20th century boys (20-seiki shônen: Honkaku kagaku bôken eiga) de Yukihiko Tsutsumi. 2h20. Sortie : 14/01/2009.
Autre critique sur Buzzmygeek.

28 août 2009

12 ROUNDS

Après avoir été un réalisateur de films d'action souvent efficaces (Cliffhanger, Au revoir à jamais), Renny Harlin a fini par péter les plombs et réaliser Peur bleue et Mindhunters, deux thrillers aux sujets bien différents mais réunis par une seule et même constante : une connerie parfaitement assumée, comme s'il s'était brutalement mis en tête de devenir le maître incontesté du nanar qui fait plaisir. Et puis patatras, voici que le finlandais - né Lauri Mauritz Harjola - rechange d'avis, sans doute lassé de voir les spectateurs le prendre pour un clown. C'est là que survient le drame : depuis L'exorciste, au commencement jusqu'à Cleaner en passant par l'inénarrable Pacte du sang, Harlin enchaîne les vrais gros navets, impossibles à défendre ou à apprécier qu'on les prenne au premier ou au millième degré. Des films juste chiants, en somme.
12 rounds poursuit malheureusement dans cette voie : interprété par l'ex-catcheur John Cena, qui fait passer Hulk Hogan pour une fiotte et Gerard Butler pour un acteur fin, le héros doit réussir 12 épreuves pour divertir un gros vilain qui a enlevé sa femme. Soit un mix des 12 travaux d'Astérix et surtout d'Une journée en enfer, mais parfaitement bas de plafond et sans aucune originalité. Le but : courir le plus vite possible et dans tous les sens. C'est tout. De toute façon, quand le héros a la tête de John Cena, difficile de lui en demander davantage. On aurait au moins pu attendre que le film, même sans dépasser des sommets d'inventivité, soit une série de petites séquences amusantes comme c'était justement le cas dans la torisième aventure de John McClane, sommet d'action ludique et excitante. Mais non : le film est absolument dépourvu de cervelle, d'humour et de toute finesse.
Le Harlin de Mindhunters aurait sans nul doute réussi un bon gros divertissement con mais follement agréable, réalisé non sans virtuosité pour mettre en valeur une intrigue plus capillotractée que le spectateur du samedi soir peut l'espérer... On regrette vivement sa disparition devant ce machin d'un ennui mortel et d'une laideur crasse, qui aurait certainement échoué directement dans les bacs des vidéo-clubs s'il n'y avait eu un "par le réalisateur de Die hard 2" à coller en gros sur l'affiche. Ouah la purge.




12 rounds de Renny Harlin. 1h48. Sortie : 26/08/2009.

Top 5 : films avec 12 dans le titre

Cette semaine, Renny Harlin nous offre 12 rounds (fallait pas), un film avec le nombre 12 dans le titre.




Top 5 des films avec 12 dans le titre

01. 12 hommes en colère (1957)
Théâtre filmé ? Oui. Et non. 12 hommes en colère est d'abord une formidable démonstration technique de l'irrémédiable subjectivité de la justice, et montre à quel point l'être humain est influençable, dans un sens comme dans l'autre. En à peine une heure et demie, Sidney Lumet montre comment un seul homme peut renverser à lui seul un jury. La mise en scène est sobre, précise, implacable. Et si le scénario n'est pas sans faille, ses imperfections confèrent une réele humanité à ce qui aurait pu n'être qu'un suspense trop huilé.



02. Ocean's 12 (2004)
Après avoir piqué un très gros magot au vilain Andy Garcia, les Ocean's 11 (qui, comme les mousquetaires, sont en fait 12) partent en vacances en Europe. Et nous reviennent avec quelques diapositives d'une coolitude extrême et d'une drolerie tenace, qui oublient de temps en temps de raconter une histoire mais constituent un moment de détente toujours savoureux et décontracté. Et toujours très très classe.



03. L'armée des 12 singes (1995)
Terry Gilliam ne s'est peut-être jamais autant pris au sérieux qu'avec ce 12 monkeys dépressif et pessimiste, qui montre que notre univers va à la catastrophe et que les héros sont très fatigués. Porté par un Bruce Willis intense et un Brad Pitt anti-glamour, c'est un beau polar d'anticipation, aussi gris que noir, qui souffre de quelques digressions peu à propos mais est traversé par tant de fulgurances qu'il peut difficilement laisser indifférent.



04. Les 12 travaux d'Astérix (1976)
Pour sûr, c'est pas du Pixar ; mais les dessins animés Astérix ont souvent compensé leur absence de moyens par une inventivité de tous les instants et un certain brio dans l'adaptation des oeuvres de Goscinny et Uderzo. Celui-là est le plus brillant de la série car le plus imaginatif et le plus drôle, sans aucun temps mort. Chaque épreuve est un instant culte. Chaque passage est un grand moment de nostalgie. Le divertissement ultime.



05. 12 and holding (2006)
S'il a fait mieux avant et après, notamment par le biais des séries TV, Michael Cuesta ne démérite pas avec ce film indépendant un peu délicat et très choc sur une bande de petits jeunes (d'environ... 12 ans) qui doivent faire face à la mort en partie accidentelle de l'un d'entre eux. Les personnages sont intéressants, la mise en scène aussi, mais le film manque malheureusement d'un certain peps et peine au final à se distinguer de la masse.

27 août 2009

L'ABOMINABLE VÉRITÉ

Gerard Butler a vraiment des joues de hamster. Katherine Heigl a encore maigri et n'embellit pas vraiment. Voilà ce qu'il y a à retenir de cette Abominable vérité qui porte tellement bien son épithète. Réalisateur de La revanche d'une blonde et Las Vegas 21, Robert Luketic s'est lancé cette fois dans la comédie de moeurs, prétendant nous instruire et nous faire rire sur la base des rapports hommes-femmes et des clichés s'y rapportant. Le traitement est à la fois si peu drôle et si moisi que l'on a bien du mal à imaginer que le film date bien de ce siècle...
Le film érige en héros romantique absolu un certain Mike, beau gosse - avec des joues de hamster - qui fait flamber l'Audimat des émissions dont il est chroniqueur, disséquant les relations amoureuses et les différences entre les perceptions des hommes et celles des femmes. Les autres personnages ont l'air de trouver ça admirable... pas nous. Ainsi donc, la femme ne serait donc qu'une grosse chiennasse qui se maîtrise à coups de chibre turgescent. Formulé avec un peu de talent et avec un second degré manifeste, le message pourrait faire rire ; sauf qu'ici, sous couvert de comédie, on sent que le message est asséné avec une réelle conviction, et jamais vraiment désamorcé. La médiocrité du propos est sans doute à mettre sur le compte de la maladresse, d'autant que les scénaristes sont des femmes, mais cela n'empêche pas le film d'être sacrément insupportable.
Dans une bonne comédie romantique, soit le schéma est original, soit il y a de l'inventivité dans la façon dont les deux héros qui se détestent au début finissent par s'aimer. L'abominable vérité ne prend pas la peine de faire le moindre effort, ni dans un sens ni dans l'autre : l'enchaînement des situations est extrêmement téléphoné et toujours ponctué de répliques bien grasses qui ne font rire, vérification à l'appui, qu'une poignée de mecs considérant les femmes comme une armée de petits culs n'attendant qu'eux et leurs blagues graveleuses. Affligeant de part en part, terriblement mal joué par ses deux interprètes principaux, c'est un bon gros navet qu'il convient d'éviter consciencieusement.




L'abominable vérité (The ugly truth) de Robert Luketic. 1h36. Sortie : 26/08/2009.

26 août 2009

LE MONDE (PRESQUE) PERDU

Si ça ne coûtait pas 100 millions de dollars, on jurerait que c'est un film fauché. Si ça n'était pas tourné en studio, on jurerait que c'est un film de vacances. Pourtant Le monde (presque) perdu est un "vrai" film, produit par Universal et destiné à engranger autant d'argent que possible. Inspiré d'une série des années 70, cette très étrange comédie d'aventures est bourrée d'effets spéciaux mais n'hésite pas à sacrifier une scène potentiellement ébouriffante sur l'autel de l'humour à chaque fois que c'est possible. C'est là que réside à la fois son intérêt et sa perte : le film est imprévisible et totalement déséquilibré, puisqu'on hésite régulièrement entre rire un bon coup et avoir peur de cette armada de créatures bizarres et un peu flippantes.
Le titre français a l'air très stupide, et il l'est un peu, mais pas tant que ça : avec son T-Rex en rogne et ses reptiles humanoïdes avides de pouvoir, Le monde (presque) perdu lorgne à la fois vers l'épopée jurassique de Spielberg et la SF de Conan Doyle... ou presque. Car un film dont les héros sont Danny McBride - aaah, Eastbound and down - et Will Ferrell - qu'on ne présente plus - ne peut pas être tout à fait sérieux. Ni très crédible. Les deux hommes sont les principales attractions du film, se livrant à un concours permanent pour le titre de plus gros tocard du moment. Il est assez difficile de trancher tant ils partagent cette faculté d'être à la fois pathétiques et hilarants. Au milieu de ce combat des chefs, la douce Anna Friel a un peu de mal à exister, mais on l'excuse bien volontiers.
Les spectateurs les plus désorientés risquent d'être les plus jeunes, frustrés par un humour pas forcément adapté à leurs attentes et par un manque d'action assez criant. Ne pas s'attendre à du frisson : le tyrannosaure a beau être très méchant, il est d'abord utilisé pour valoriser le ridicule du scientifique incarné par Ferrell ; de même, le crabe géant qui s'apprête à attaquer les héros sera buté en deux secondes, et par accident, avant de leur servir de repas pantagruélique. Tout à tout agaçant et délicieux, Le monde (presque) perdu est loin d'être une immense réussite, a du mal à justifier son budget, mais tire profit de son aspect toc et rétro sortant de l'ordinaire.




Le monde (presque) perdu (Land of the lost) de Brad Silberling. 1h41. Sortie : 26/08/2009.

25 août 2009

UN PROPHÈTE

Comment dire du mal d'un tel film ? Comment émettre la moindre réserve devant une entreprise si aboutie, si maîtrisée, si parfaite ? Comme les précédents films de Jacques Audiard, Un prophète ne souffre quasiment d'aucun défaut, fruit d'un long et douloureux questionnement artistique de la part d'Audiard et de ses collaborateurs. Patiemment, caméra à l'affût, il filme l'inquiétante ascension d'un jeune taulard qui part de rien - un billet de cinquante balles, une clope, aucun proche, zéro instruction - et se sert de deux clans rivaux comme des barreaux d'une échelle le menant vers ce qu'il croit être la grandeur. L'itinéraire de Malik est filmé avec précision, sans jugement moral mais de façon totalement implacable, comme dans un thriller à l'américaine.
Malgré une poignée d'effets de style pas toujours indispensables (le seul défaut minime du film, bien moins appuyé que dans les autres films du cinéaste), Un prophète est un film sobre et efficace, qui montre comment la prison peut engendrer des monstres. Et ce sans jamais tomber dans le film à thèse. Audiard s'abstient de tout commentaire superflu, se garde bien de tomber dans le documentaire et se contente - comme si c'était simple - de suivre encore et toujours le jeune homme. très vite, ce n'est pas un simple film de taule qui se dessine, mais une étude sur la perversité des rapports humains, la complexité des rapports de force, la façon d'entretenir ses rêves lorsqu'on a un mur gris pour seul horizon. le film bénéficie de la force gigantesque de son interprétation : Tahar Rahim est une totale révélation, jonglant entre humanité et bestialité avec une aisance folle. on croit dur comme fer à l'évolution presque imperceptible de son personnage, en perpétuelle mutation pendant les deux heures et demie de projection. Face à lui, un monstre sacré : Niels Arestrup confirme son statut de type le plus inquiétant du cinéma français et campe un mentor imprévisible donc terrifiant, rappelant en moins théâtral l'Al Capone de Robert de Niro. Le duo/duel entre les deux hommes est sans doute à l'origine des plus beaux moments du film, ceux d'où émane la sincérité la plus pure.
Violent par saillies, Un prophète ne nous épargne rien, et ses quelques scènes d'action judicieusement espacées sont autant de montées d'adrénaline magistralement exécutées. Lorsque Malik, pour s'intégrer, est chargé d'éliminer un autre taulard, on est aussi tétanisé que lui et on attend le passage à l'acte avec une fébrilité teintée d'excitation. Rarement un réalisateur français aura livré spectacle si intense. Technicien hors pair, scénariste inspiré, Jacques Audiard évite élégamment tous les pièges du genre et s'affranchit de toutes les étiquettes, qui volent en éclat. Ici, plus de genre, plus de nationalité, rien que du cinéma, fait avec amour et perfectionnisme. Il est d'autant plus difficile d'avouer alors la légère indifférence que suscite finalement le film, qui est une copie d'élève modèle, sans faute de goût, sans tache d'encre, montrant que toutes les leçons ont été parfaitement retenues. Ce grand moment de plaisir immédiat ne laisse finalement guère de saveur dans la bouche, incapable de faire son effet sur la durée et de devenir réellement mémorable. On se moque un peu de la fin. On se moque un peu du sort de Malik, même si la robustesse des dernières scènes d'action a effectivement créé quelques tremblements. Un prophète est un film irréprochable, un bon film, qui passe vite et ennuie peu ; lui manque définitivement ce surplus d'âme et d'écorchures qui fait les chefs d'oeuvre.




Un prophète de Jacques Audiard. 2h29. Sortie : 26/08/2009.
Autre critique sur CineManiaC.

24 août 2009

DEMAIN DÈS L'AUBE

Avec La tourneuse de pages, Denis Dercourt avait montré qu'il méritait sans doute mieux qu'une carrière jusque là confidentielle. Reste que l'écriture un peu téléphonée de ce duel psychologique ne provoquait au bout du compte qu'une réelle frustration. Il se produit exactement la même chose avec ce Demain dès l'aube au sujet ô combien alléchant, mais qui au final ne tient pas ses promesses. Alors certes, la direction d'acteurs est au cordeau, permettant notamment à Vincent Perez de trouver le meilleur rôle d'une carrière souvent décevante ; certes, la mise en scène est réfléchie mais pas poseuse, atteignant même des sommets d'efficacité lors des scènes de duel ; mais tout cela ne mène pas à grand chose par la faute d'un scénario trop lâche et assez inintéressant.
Il y avait pourtant quelque chose de grand à faire de cette plongée d'un type normal dans le monde du jeu de rôle, pardon, de la reconstitution historique, et de l'enfermer ensuite dans une spirale psychologique dont il semble difficile de sortir indemne. Seulement, le script ressemble à un premier jet, recensant de façon exhaustive les différentes étapes menant jusqu'au dénouement, mais oubliant totalement de se construire une crédibilité en faisant exister ses personnages et en motivant les raisons pour lesquelles les deux héros plongent tête baissée dans une activité aussi étrange que dangereuse. En résulte un film factice, schématique, prévisible, qui ne fait qu'effleurer son sujet au lieu de s'y engager.
On peut penser ce qu'on veut de cette activité consistant à reconstituer une époque historique marquante et à en reproduire costumes, attitudes, coutumes et batailles. le problème du film, c'est qu'il se contente de présenter ces rôlistes comme des types antipathiques se prenant au sérieux et aimant se provoquer en duel, et pas comme les véritables passionnés d'histoire qu'ils sont la plupart du temps. Lorsque l'arrière-plan est aussi peu crédible, il est alors difficile d'adhérer aux tentatives de Denis Dercourt, qu'il s'aventure dans le drame psychologique ou dans le pur thriller - à un moment, le mélange entre vraie vie et jeu de rôle ferait presque penser à The game. Et l'on repense avec un peu de honte aux Grands frères, comédie débile sortie au mois de février, et dont toute une partie se déroulait dans ce même milieu... de façon au moins aussi réaliste. Bref, Denis Dercourt continue à piétiner niveau écriture, et c'est d'autant plus regrettable que les sujets qu'il choisit sont toujours originaux et alléchants. La prochaine fois peut-être ?




Demain dès l'aube de Denis Dercourt. 1h34. Sortie : 12/08/2009.
Autre critique sur L. aime le cinéma.

23 août 2009

L'AN 1 : DES DÉBUTS DIFFICILES

Aux États-Unis, L'an 1 a fait un bide. En France, les distributeurs lui ont à peine donner la possibilité d'exister. Ça donnait d'autant plus envie de voir de quoi était fait le dernier bébé de Harold Ramis, génial réalisateur d'Un jour sans fin dont la carrière compte cependant plus de gentils ratages que de franches réussites. La conclusion arrive bien vite : s'il n'y avait l'abattage de quelques-uns de ses interprètes, L'an 1 ne serait pas loin du gros navet, ou en tout cas tout près du direct-to-DVD. C'est un film qui peine non seulement à justifier sa propre existence, mais qui de plus a une fâcheuse tendance à ne pas s'assumer. D'où un résultat tristoune, peu engageant, et terriblement décevant étant donné son casting imparable.
Démarrant dans la forêt à l'époque où chasse et cueillette étaient les deux seuls jobs au monde, L'an 1 se terminera dans des contrées nettement plus reculées, à savoir Sodome (et Gomorrhe). L'occasion de revisiter quelques fameuses scènes remontant aux origines du monde, notamment celles consignées dans les évangiles, mais évidemment retaillées façon comédie. Mais le film ne trouve jamais son ton, hésitant sans arrêt entre parodie et burlesque, absurde et commedia dell'arte, Monty Python et Robins des Bois. On ne sait jamais sur quel pied danser et c'est l'agacement qui l'emporte, au gré de répliques parfois percutantes mais basculant souvent dans une provocation gratuite mais pas cinglante. Le rythme pâtit particulièrement de l'absence de structure du récit, qui n'est pas tout à fait un film à sketches, mais qui n'est pas vraiment le contraire non plus. Et l'on se souvient d'un Endiablé réalisé par Ramis il y a pas loin de dix ans, et qui souffrait exactement des mêmes maux... ainsi que de la lourdeur de Brendan Fraser.
Toute la différence se trouve dans l'interprétation : Michael Cera est impeccable dans la peau de la victime perpétuelle, rompant avec son statut de gentil boy next door pour se muer en une ridicule carpette aux cheveux longs. Mais le plus renversant n'est autre que monsieur Jack Black, dont les oeillades incessantes ne nous lasseront jamais, et qui a fait sa spécialité d'un langage corporel tout en rondeurs et en trémoussements. Ils sont idéalement épaulés par une poignée de seconds rôles rattachés de plus ou moins près à l'écurie Apatow (Paul Rudd, David Cross, Christopher Mintz-Plasse) et par un Vinnie Jones de plus en plus savoureux, alliant effroi et second degré avec une conviction fort naturelle. Lorsqu'au milieu du film tout ce petit monde se retrouve à Sodome et tente de cohabiter, le film démarre enfin ; l'intrigue segmentée empêche malheureusement la mayonnaise de prendre durablement, mais le plaisir pris par les acteurs à déambuler en peau de bête ou intégralement peints en or est forcément communicatif, faisant oublier le côté globalement poussif de ce tout petit An 1 qui ne fera pas date dans l'histoire de l'humanité.




L'an 1 : des débuts difficiles (Year one) de Harold Ramis. 1h27. Sortie : 12/08/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?

L'INVESTIGATEUR

Les fascinants György Pálfi (Hic, Taxidermie) et Béla Tarr (L'homme de Londres) mis à part, il est rare que le cinéma hongrois parvienne à atteindre les écrans français. Cet Investigateur-là devait donc être singulier, tordu ou les deux à la fois, condition nécessaire pour qu'un distributeur décide de l'exporter. À ce titre, il y a sans doute de quoi être déçu, puisque le film d'Attila Gigor, s'il n'est pas dénué d'originalité, n'a pas vraiment de quoi faire grimper aux rideaux. Il repose néanmoins sur un postulat rarement utilisé, le fameux « mais qui est le meurtrier ? » étant ici remplacé par un « mais qui est le type que j'ai tué ? » moins habituel et plus amusant. On ne voit pas tous les jours un film où le tueur et l'enquêteur sont une seule et même personne...
La résolution de l'affaire n'a rien d'extrêmement renversant, histoire d'héritage et de secrets de famille déjà traitée dans mille autres films et romans noirs. Le traitement, lui, est moins habituel, puisque Gigor n'hésite pas à passer plus d'une fois par la case surréalisme, ce qui ne fait guère avancer l'intrigue mais offre une stimulation inédite. C'est ainsi que le crabe figurant sur une brochure contre le cancer se met à prendre vie, que les cadavres viennent donner leur avis sur la progression de l'enquête, et que tous les protagonistes - suspects comme témoins - se retrouvent à participer activement à une conférence destinée à aider notre investigateur... Tout ceci est si bien dosé, dans le nombre de séquences comme dans leur longueur, qu'il y a réellement de quoi y prendre du plaisir.
Dommage que ces jolies propositions ne soient pas relayées par une mise en scène plus dynamique et moins crasseuse que celle proposée : le gros grain de l'image fait penser à un vieux Derrick alors que le film nourrit visiblement davantage d'ambitions que cela. Mais l'acteur Zsolt Anger est formidable en Philip Marlowe magyar et l'ambiance noire et amusante font oublier les quelques défauts de cet Investigateur un peu long mais assez bon.




L'investigateur (A nyomozó) d'Attila Gigor. 1h47. Sortie : 19/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

22 août 2009

DESTINATION FINALE 4

La franchise Destination finale est de celles qu'on suit avec avidité, débordant d'envie d'assister à de nouvelles morts tordues et gentiment gore, plus près des Darwin awards que des productions Troma. Le principe est toujours le même, et ne varie pas d'un iota : une bande de djeunz bien fadasses échappe par miracle à une catastrophe mortelle, avant d'être rattrapés un à un par une faucheuse n'aimant pas trop qu'on contrarie ses plans. Le plaisir des Destination finale n'est pas dans l'intrigue, strictement identique d'épisode en épisode, mais dans la fausse piste, puisqu'il est souvent impossible de deviner comment chaque personnage va trépasser.
Si Destination finale 4 déçoit tout autant que le volet précédent, c'est justement parce qu'il fait preuve d'un manque d'imagination assez dommageable. À certains moments, l'inventivité est là, et nous fournit des scènes à la fois ludique, sanglantes et drolatiques - c'est sans doute le plus amusant des 4 films. Mais bien souvent, les situations manquent de souffle et l'adrénaline que faisait si bien monter DF2 - le meilleur de la série - fait défaut. Qu'un personnage soit simplement renversé par un fourgon - pompage éhonté du numéro 1 - ou qu'un autre soit aspiré de façon bien prévisible par la pompe d'une piscine n'a rien de bien satisfaisant, car on a déjà vu ça mille fois ailleurs. Les premières morts ravissent, les suivantes patinent sérieusement.
Déjà aux commandes de Destination finale 2, David R. Ellis ne retrouve pas la même aisance de mise en scène et ne parvient à créer quelques frissons que par le biais d'une 3D insuffisamment exploitée. Le spectateur sursaute en croyant recevoir un clou ou un pieu dans l'oeil, mais l'ensemble ne va pas beaucoup plus loin qu'une attraction de parc à thème. Pire encore, les prémonitions du héros - aussi transparent que ses prédécesseurs - sont truffées d'effets numériques d'une qualité déplorable, qui produisaient un petit effet comique dans Des serpents dans l'avion mais nuisent ici à la qualité du résultat. Et que dire de la conclusion, expédiée à la va-comme-je-te-pousse, qui semble avoir été conçue pour ménager le budget du film. Si le plaisir procuré est indéniable bien que trop épisodique, la saga Destination finale ne cesse cependant de s'essouffler alors qu'elle a pourtant tout pour être une source intarissable de divertissements efficaces, jubilatoires et propices à une projection 3D.




Destination finale (The final destination) de David R. Ellis. 1h30. Sortie : 26/08/2009.

21 août 2009

London FrightFest : programme de 5 jours d'horreur

Rien de tel, juste avant de repartir pour une année scolaire, que passer ses 5 derniers jours de vacances à user ses fonds de culotte dans les fauteuils d'un cinéma de Leicester Square à l'occasion d'un festival de films fantastiques et horrifiques. Pour le compte d'Écran Large, je me rends du 27 au 31 août du côté de Londres pour participer au Film4 FrightFest, que Guillermo Del Toro décrit comme le « Woodstock du gore » (c'est dans le dossier de presse). Des psychopathes, du sang, des esprits tordus et/ou malins, de la dégueulasserie par paquets de douze et pas mal de frissons : voilà en gros le programme de ce FrightFest qui propose une bonne vingtaine en avant-première.
Attention, on ne vomit pas, voilà l'affiche du festival.



À cette occasion, je devrais voir une vingtaine de films et réaliser une poignée d'interviews - si je suis encore vivant.

Voici donc, en images et en attendant un compte-rendu détaillé, quelques-uns des films que j'ai le plus hâte de voir pendant cette cinquaine pentaine demi-dizaine période. Pour quelques détails, il n'y a qu'à survoler l'image - comme c'est poétique.










LE CRI DU HIBOU

Le mois d'août n'en a pas fini avec les sorties techniques, puisque voici Le cri du hibou, sorti directement en DVD dans un tas de pays il y a plus de six mois, et qui se trouve parachuté dans une seule salle française, au rythme d'une séance par jour, avant d'être probablement dégagé sans vergogne dès la semaine prochaine. Si le film de Jamie Thraves, clippeur pour Blur et Radiohead, porte le même nom qu'un vieux Claude Chabrol datant de 1987, c'est tout simplement parce qu'il s'agit de deux adaptations du même roman de Patricia Highsmith. Les deux oeuvres sont totalement différentes : autant le Chabrol, étonnamment méconnu, brillait par sa tension permanente et par l'intensité de ses scènes de sexe, la version 2009 opte pour un registre plus planplan, jamais vraiment ennuyeux mais d'une mollesse assez usante à la longue.
Julia Stiles et Paddy Considine sont volontiers déprimants, mais c'est bien normal puisque leurs personnages sont de grands dépressifs. Sauf que la fadeur relative des prestations de ces acteurs de bonne facture a tendance à décrédibiliser le propos, et en particulier ce postulat voulant qu'un femme vivant seule dans une maison forestière accueille à bras ouverts le type un peu malade qui l'espionne à la nuit tombée. Il aurait sans doute fallu que la relation des deux personnages sente un peu le sexe, l'attraction animale, au lieu de quoi elle a un sale arrière-goût de Prozac. Dommage, car Thraves filme plutôt bien - façon téléfilm BBC de qualité - et se régale notamment à mettre en scènes des séquences nocturnes où le clair-obscur est roi.
Le ton assez calme du début du film donne à penser que l'intrigue va se muer non pas en film noir, mais en drame psychologique. Patricia Highsmith restant Patricia Highsmith, le jeune réalisateur finit pourtant par emprunter la voie du polar, ce qu'il fait une nouvelle fois assez mollement, même si Considine semble enfin se réveiller et libère un sentiment d'anxiété assez puissant, comme un lapin pris dans les phares. Manquant de dynamisme (décidément), les scènes d'action ne permettent pas au Cri du hibou de décoller réellement, et s'il n'est absolument pas déplaisant, il n'atteint jamais le niveau du beau thriller chabrolien, qui prenait à la gorge et débordait de sensualité par l'entremise d'une Mathilda May absolument remarquable.




Le cri du hibou (Cry of the owl) de Jamie Thraves. 1h39. Sortie : 19/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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