31 juil. 2009

SILVER CITY

Saluons l'incroyable courage des distributeurs de Silver city, qui le sortent en plein été, dans une seule salle, plus de quatre ans après sa réalisation, et surtout des mois après le départ de George W. Bush du poste de président de l'univers. Impossible de nier le fait que la prestation de Chris Cooper en politicard est totalement calquée sur la personnalité du prédécesseur de Barack Obama, dans ses maladresses touchantes comme dans ses nombreux excès. Il est d'autant plus dommage de le sortir après la bataille, quand le mimétisme a perdu de sa saveur.
L'idée de John Sayles n'est pourtant pas de tailler un short à l'administration Bush, mais d'engager une série de portraits croisés en se basant sur une intrigue de thriller politique. Silver city démarre fort, comme chez Altman ou dans Bob Roberts : tournant un spot de publicité au bord d'une rivière, le politicien joué par Cooper voit soudain arriver à ses pieds un cadavre porté par le courant. D'où une enquête menée par un détective privé (le vrai personnage principal du film) et destiné à mettre à jour une éventuelle conspiration. Assez intelligemment, Sayles va mettre son grain de sel dans tout un tas de groupuscules plus ou moins douteux (plutôt plus que moins), allant même jusqu'aux milieux d'extrême droite. L'occasion de dresser une peinture exhaustive et assez parlante du paysage politique américain d'aujourd'hui.
Côté film politique, le film ne va malheureusement pas plus loin, se concentrant de plus en plus sur la personnalité du détective privé, lequel est tiraillé par un dilemme moral qui l'accapare. Incarné avec malice par Danny Huston, il n'est pas inintéressant mais fait malheureusement perdre le fil, trop présent pour ne pas couler l'intrigue politico-policière. Même remarque pour les nombreux seconds rôles, confiés pour la plupart à des acteurs sympathiques et devenus rares (oh ! Daryl Hannah !) : ils tendent à diluer le message d'un film partant dans toutes les directions, ni assea acide ni assez introspectif pour réellement convaincre. Souvent employé comme script doctor (sans doute plus souvent qu'on ne le croit), John Sayles aurait cette fois eu besoin d'un petit coup de main afin de resserrer son script et de le rendre ainsi plus passionnant. En l'état, Silver city n'est pas déshonorant mais se situe tout de même loin des plus grandes réussites d'un réalisateur souvent brillant.




Silver city de John Sayles. 2h09. Sortie : 22/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

Jean-Paul Roussillon (1931-2009)



« La souffrance est une toile peinte. »
dans Un conte de Noël, d'Arnaud Desplechin

Top 5 : Pixar

Oui, c'est vrai, Pixar n'est pas une personne, mais un groupe de gens, qui sortent cette semaine leur bébé annuel, Là-haut.



Top 5 des films Pixar

01. Monstres & cie (2002)
Le plus beau et le plus doux des Pixar part d'une idée brillante : inverser le cours de la terreur, à savoir rendre une petite fille totalement effrayante pour une bande de monstres spécialisés dans le cauchemar. Drôle de part en part grâce à une galerie de freaks juste démente, Monstres & cie est par essence LE Pixar dont on peut dire qu'il réunit petits et grands devant un même écran et un même rêve.


02. Wall-E (2008)
Si Kubrick et Tati avaient réalisé ensemble un film d'animation, il aurait sans doute eu la tronche de ce Wall-E qui démarre comme un Seul au monde façon SF et existentielle et se mue en une aventure spatiale forcément moins scotchante mais véritablement visionnaire. Rarement un tas de métal et de logiciels aura été si proche de nous.



03. Toy story 2 (1999)
Faisant partie des meubles depuis une poignée d'années, Woody, Buzz et leur bande effectuent un retour tonitruant. Plus beau, plus fun, plus rythmé que le premier volet, ce Toy story 2 est une aventure méchamment plaisante, qui contraint cette fois les jouets à explorer le monde extérieur et à braver des dangers inconnus. Vivement le 3.



04. Les indestructibles (2004)
L'auteur du joli Géant de fer réussit plutôt bien son baptême du feu avec ce qui est sans doute le Pixar le plus humain, et ce malgré les drôles de pouvoirs qui polluent - ou agrémentent - l'existence de la famille de héros. Joli hommage aux films de super-héros rétros, éloge de l'union qui fait la force et de l'imagination enfantine, Les indestructibles est aussi un suspense assez époustouflant malgré quelques petites longueurs.


05. Toy story (1996)
Ce n'est pas uniquement parce qu'il marque le passage du studio au format long que Toy story restera dans les annales ; cependant, il est vrai qu'une émotion bien singulière en jaillit, même pour les non pixaromanes. La technique ayant fait de nouveaux pas de géants depuis, on regarde ce fer de lance comme on le faisait avec les vieux Disney, alors que Toy story mérite pourtant d'être considéré autrement que comme un document d'époque. C'est également un divertissement décoiffant, bourré de personnages secondaires attachants et qui donne envie de ressortir ses vieux jouets.

30 juil. 2009

ADIEU GARY

Putain, 33 ans. Dans ce qui ressemble à un bien malheureux coup de pub, Yasmine Belmadi nous a quittés la semaine dernière après un stupide accident de scooter. Trop tard pour que le réalisateur Nassim Amaouche puisse lui dédier son film, mais sans nul doute le coeur y est.
Belmadi est parti après ce qui est sans doute le plus beau rôle de sa carrière, celui de Samir, gentil gars fraîchement sorti de prison, qui constate que les rares choses à avoir changé n'ont pas évolué dans le bon sens. Gravitent autour de lui des personnages un peu abimés, voire carrément usés, mais qui vivent ou survivent dans l'énergie du désespoir. Adieu Gary n'est pas vraiment une comédie, brasse des thèmes souvent graves, mais parvient néanmoins à le faire avec le sourire, montrant qu'on peut galérer sans pour autant tirer une tronche de six pieds de long. Positif à défaut d'être optimiste, c'est un concentré de joli cinéma qui porte des valeurs fort louables et ne se sent jamais obligé de virer au tragique.
Que le père de Samir (Bacri, magnifique) ne bosse que pour la beauté du geste, que sa voisine (Dominique Reymond, superbe comme toujours) serve de cobaye pour l'industrie pharmaceutique ou que le fils de cette dernière attende désespérément que son père (Gary Cooper, croit-il) ne sont en rien des facteurs de déprime pour le spectateur ou les autres personnages ; leurs conditions moyennement enviables sont au contraire vecteurs d'espoir et les poussent à faire avancer leurs envies de vivre ailleurs ou autrement. Résultat : souvent très drôle, Adieu Gary est un film qui va de l'avant, son décor façon western n'étant pas un cimetière mais au contraire le lieu d'un nouveau départ. L'humilité du film d'Amaouche fait chaud au coeur et constitue l'hommage idéal à l'acteur modeste qu'était Yasmine Belmadi, jeune pousse insuffisamment exploitée et qui, l'air de rien, manquera au cinéma français.




Adieu Gary de Nassim Amaouche. 1h15. Sortie : 22/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

29 juil. 2009

MIDNIGHT MEAT TRAIN

Honteusement expédié dans le flot des sorties estivales, Midnight meat train méritait pourtant un tout autre sort. Le premier film ricain du réalisateur fêlé de Versus est une immense réussite, et l'une des plus grandes adaptations du souvent maltraité Clive Barker. D'un argument de série B (ou Z), Ryuhei Kitamura tire un film éminemment effrayant certes, mais également une réflexion étourdissante sur l'art et une ode à la nuit. Rien de moins. Pour peu qu'on supporte un minimum l'hémoglobine, on peut rapidement devenir accro à Midnight meat train tant il parvient, vision après vision, à conserver un mystérieux magnétisme et à créer et recréer une attirance malsaine.
Le film est d'abord une histoire de rencontres plus ou moins heureuses. D'abord celle de Leon, photographe en mal de matière, avec le style qu'il cherchait depuis des années et qui pourrait lui valoir la reconnaissance de ses pairs. Patiemment, le film montre à quel point il est difficile d'obtenir le bon cliché, de capter l'éphémère et de figer un équilibre instable. Kitamura plonge le héros dans une nuit noire et fascinante, filmant ses errances nocturnes avec une maestria tétanisante. Pendant une heure et demie, la nuit nous appartient. On s'y noie même carrément lorsque Leon croise la route de cet étrange garçon boucher, au physique impressionnant et aux occupations un peu sanglantes. Là, un miracle a lieu, puisque le réalisme de la quête de Leon et la fantasmagorie liée à ce bourreau des métros se mêlent de façon très crédible en un cocktail de sueur et de sang, excitant et terrifiant.
Midnight meat train montre comment la dépendance peut prendre place dans le quotidien et bouleverser de fond en comble des personnalités apparemment stables. La descente aux enfers de Leon (Bradley Cooper, de plus en plus fort) est la nôtre, le calvaire du boucher (Vinnie Jones, monolithique donc génial) également. D'où une impression de transe qui emmène le film bien au-delà des limites du thriller. Et heureusement : il faut bien avouer que la fin, prise au premier degré, peut sembler totalement foireuse. Le film de Kitamura laissera plus d'une victime sur le bas-côté, mais ne manquera pas de rendre zinzin une partie de l'auditoire, perdu à jamais dans les méandres d'une ville racoleuse et labyrinthique. En tout cas, l'expérience est à tenter coûte que coûte.




Midnight meat train (The midnight meat train) de Ryuhei Kitamura. 1h25. Sortie : 29/07/2009.

28 juil. 2009

SIMON KONIANSKI : interview Micha Wald

Disponible et très bavard, Micha Wald nous parle à son tour de Simon Konianski, son deuxième long après Voleurs de chevaux, dont le rôle-titre est interprété par Jonathan Zaccaï.

Concernant le titre, tu n’as pas peur qu’il ne soit pas assez percutant ?
Le titre, c’est toujours un problème. J’ai souvent un titre de travail, que je mets sur toutes les versions en me disant que je finirai par trouver quelque chose de mieux. Et puis ça traine, le film se fait, et le titre du départ est tellement ancré dans toutes les têtes que ça devient très difficile de le changer. On est passé par tout un tas d’idées : Goy story, Les tribulations de Simon Konianski en Ukraine… toutes sortes de trucs plus ou moins judicieux, avec à chaque fois l’envie de revenir à ce titre de départ, qui a le mérite d’être simple. Depuis, j’essaie de faire des efforts : quand j’ai un nouveau projet, je cherche un titre qui sonne bien avant même de me lancer dans l’écriture.

Tu peux nous raconter la genèse du projet ?
Dans mon troisième court-métrage, Alice et moi, il y avait déjà le personnage de Simon, sa tante, et quelques autres éléments qu’on retrouve dans Simon Konianski. Mon gros problème, c’est que j’ai beaucoup de mal à me limiter à un petit nombre de pages quand j’écris. Le scénario débordait de tous les côtés, j’avais des versions de 35 pages, plein de notes à propos de sujets que j’aurais aimé y traiter. Ça m’a donné envie d’écrire une sorte de suite, avec d’autres histoires arrivant à ce personnage. C’était déjà le cas pour Voleurs de chevaux, mon premier long, qui est né de l’un de mes courts. Et comme Alice et moi a eu une carrière hallucinante, j’ai eu d’autant plus envie de faire Simon. J’ai d’abord réalisé Voleurs de chevaux parce que je n’aime pas me répéter, et j’y suis revenu ensuite.

Qu’est-ce que tu partages avec Simon ?
Simon et le film sont très proches de ma vie : tout ce qui est dit dans le film, je l’ai entendu, tous les lieux me sont familiers, et il y a plein de situations que j’ai vécues. L’appartement est quasiment celui de ma grand-mère, j’ai vécu une histoire assez traumatisante avec une danseuse, j’ai fait le voyage en Ukraine avec mon père et mes frères, on a réellement assisté à un désossage de voiture à la frontière…

Jonathan Zaccaï, c’était un choix évident ?
Peut-être même trop évident. Dès le début, tout le monde n’avait que son nom à la bouche… sauf que lui ne voulait pas, trouvant le personnage trop proche de lui. Sa réaction a longtemps été « ça ne m’intéresse pas de jouer un gars que j’ai été, avec la même famille que la mienne ». Il sortait d’Élève libre, ce n’était peut-être pas le bon moment pour lui. On a pensé à quelqu’un d’autre, puis on est revenu vers lui, on a lourdement insisté, et il a compris que j’irais jusqu’au bout de mes idées et de mes envies.



Comment ça s’est passé entre vous ?
Ce qui était bien avec Jonathan, c’est qu’on a tellement de points communs – nos familles, nos origines bruxelloises, nos influences artistiques – qu’on s’est extrêmement bien entendus dès le départ. On rit des mêmes choses, donc quand je le poussais à faire plus de conneries face caméra, il était partant, j’en redemandais, il proposait de nouvelles idées, je surenchérissais, c’était sans fin. C’était assez jubilatoire et ça m’a vraiment donné envie de retravailler avec lui, de refaire un film sur le personnage de Simon. Préquelle, suite, je ne sais pas encore, avec l’objectif de faire un film vraiment très con, où on pourra se lâcher totalement parce qu’il n’y aura plus le fond sérieux qu’il y a dans Simon Konianski. Un truc presque pipi-caca, à la Borat, ou à la Apatow. Supergrave, c’est hilarant, ça y va à fond, ces mecs n’ont peur de rien… Là, mon film parle quand même de la tragédie du judaïsme contemporain, on ne pouvait pas tout s’autoriser.

Justement, l’écriture a dû être difficile. Le dosage entre la comédie et les sujets plus graves a dû être difficile à trouver…
Ça ne m’a pas semblé si compliqué. L’humour juif, comme beaucoup d’autres types d’humour, est fait d’autodérision, et comme l’histoire juive est bourrée de choses tragiques, on en rit. Chaplin, Woody Allen, Art Spiegelmann : tous ont ri de nos malheurs, de nos travers… Pour moi, ça allait de soi : c’est le genre d’humour dans lequel je baigne depuis tout petit, donc ça s’est fait assez naturellement. Quant aux gags très visuels, ils étaient assez peu écrits mais sont venus pendant le découpage. On a essayé plein de choses, et j’ai coupé quelques scènes tordantes à contrecœur, dont une où Simon essaie tant bien que mal de faire entrer le corps de son père dans un frigo.

On pense beaucoup à Wes Anderson sur plein d’aspects.
J’avais deux références en tête lorsque j’ai fait le film : La famille Tenenbaum et The big Lebowski. Les frères Coen pour la mise en scène et les personnages, et Wes Anderson pour l’exubérance, l’esthétique des costumes et des décors. À une différence près : ici, j’avais une histoire forte, avec des thèmes importants comme les camps de la mort ou le conflit israélo-palestinien, ce qui n’est pas souvent le cas chez Anderson où les formes, les couleurs, le mode de vie sont quasiment les sujets principaux. Je ne sais pas quoi penser de ce mec : ses films m’horripilent, et pourtant ils ne me quittent pas. Ils sont pleins d’idées fulgurantes de mises en scènes, de trucs incroyables, mais la précision et la symétrie des cadres à tendance à tuer l’histoire. C’est un style avant une histoire, et je voulais éviter ce que je considère comme un écueil.

Par certains aspects, le film ressemble aussi à Tout est illuminé, le roman de Jonathan Safran Foer, dont Liev Schreiber a tiré un film il y a quelques années…
Mon père me l’a offert après avoir lu mon scénario parce qu’il trouvait lui aussi qu’il y avait de vrais points communs. J’avoue que je ne l’ai pas fini…

Arrive Jonathan Zaccaï, que j’ai interviewé deux jours plus tôt. Il me salue, et tous deux prennent quelques minutes pour discuter. Le matin même, Micha a reçu une volée de bois vert alors qu’il était invité par une radio juive : on ne peut pas rire de tout, on ne peut pas tourner dans les camps, on ne peut pas tout dire sur Gaza… Invité à prendre position sur le conflit israélo-palestinien, Micha a refusé de répondre.

… en fait, j’ai eu peur d’être parasité par le livre au moment du tournage. Maintenant que le film est bouclé, je pense que je pourrais reprendre le bouquin et l’apprécier davantage.



Jonathan évoquait la difficulté de tourner avec ses partenaires de road-movie, notamment l’interprète du vieil oncle…
Il est vrai que c’était assez compliqué. On était à deux doigts de faire Lost in La Mancha. On était en Ukraine avec toute l’équipe, et on attendait Abraham et Irène [l’oncle et la tante, 170 ans à eux deux, NDLR] pour tourner le lendemain. Sauf qu’à l’aéroport de Bruxelles, ils ont loupé le contact qui les attendait, donc ils ont raté leur avion. Alors ils ont fait Bruxelles-Varsovie en avion, puis ils ont fait 16 heures de route pour arriver à Lviv en Ukraine. Irène ne peut pas rester assis longtemps à cause de ses problèmes de dos et de genou, Abraham a oublié ses médicaments et nous a fait très peur. À l’hôtel, pas de réservation. On leur trouve deux chambres au 4ème étage sans ascenseur… Ça a été une succession de galères absolues. Si on ajoute qu’Irène n’a plus de mémoire et qu’Abraham est complètement sourd, ça donne une bonne idée des conditions de tournage. Tout était réuni pour nous empêcher de donner du rythme à la comédie. On a donc beaucoup tourné et beaucoup coupé.

Même si tu estimes que le film aurait pu aller beaucoup plus loin, il y a quand même un lot de scènes casse-gueule et sans doute compliquées à tourner. Outre celles qui traitent de sujets tabou, il y a par exemple cette scène hallucinante où Simon imagine son ex-femme refaisant le Kama sutra avec son nouvel amant…
La seule vraie difficulté avec cette scène, c’est qu’on a eu très peu de temps pour la tourner. Les deux acteurs ont été très conciliants, ça les amusait beaucoup. Il fallait juste faire attention à une chose : l’interprète de Carl m’avait prévenu que dans le feu de l’action, il n’était pas sûr de savoir s’arrêter, et que ça pouvait aller très loin. Mais ça c’est très bien passé, d’autant qu’on avait bien préparé et que c’était plus technique qu’autre chose.

Ton prochain projet ?
Une comédie noire sur fond de ruée vers l’or, avec des trappeurs du Yukon. C’est en cours d’écriture. Et on verra d’ici quelques années pour renouer éventuellement avec Simon et quelques personnages secondaires qu’on voit très peu dans le film, comme le responsable des pompes funèbres. Jonathan m’a parlé d’une idée qu’il avait, ça s’est greffé aux miennes… Dommage que la vie soit si courte.











Simon Konianski de Micha Wald. 1h40. Sortie : 29/07/2009.
Lire la critique et l'interview de Jonathan Zaccaï.

LA FEMME INVISIBLE (D'APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE)

Il se passe de drôles de choses dans le film d'Agathe Teyssier : une fille sans envergure découvre qu'elle devient invisible par intermittence, ce qui a légèrement tendance à la faire déprimer. S'ensuit alors une sorte de longue thérapie, Lili comprendre l'origine de ce problème et savoir comment en faire un atout. La mention (d'après une histoire vraie) qui complète le titre donne le ton : il s'agit plutôt d'une comédie, d'un film léger et assez frais sur la quête d'identité d'une héroïne des temps modernes.
La femme invisible, c'est un peu la rencontre improbable entre Alan Moore et Marcel Aymé, la balance penchant très nettement du côté de l'écrivain français. Passe-murailles ou n'existant qu'un jour sur deux (voir à ce propos l'excellent Les jours où je n'existe pas, de Jean-Charles Fitoussi), les héros d'Aymé doivent eux aussi composer avec un don qui n'en est pas un et chercher à se former à travers lui. Agathe Teyssier se situe exactement dans cette veine, multipliant les anecdotes rigolardes et les digressions décoiffantes pour mieux réussir le portrait de son personnage.
On devine l'immense modestie du budget, et on apprécie d'autant plus l'énergie déployée par la réalisatrice au service de cet univers bien singulier : tant sur la forme que sur le fond, Teyssier tente des choses, y arrive souvent et se rate parfois, pour mieux tester d'autres idées ensuite. Elle a choisi pour cela l'interprète idéale : comme dans la vraie vie, Julie Depardieu s'y montre à la fois fantaisiste et discrète, gênée mais sans limite, bref, une petite bombe imprévisible et toujours charmante. Elle semble s'être beaucoup amusée à tourner dans ce qui ressemble parfois à un documentaire sur la vision qu'elle a d'elle-même. Tout comme Charlotte Rampling, Jeanne Balibar et quelques autres, visiblement grisées par la folie douce dans laquelle baigne ce film si particulier, pas toujours facile à suivre mais auquel il sera beaucoup pardonné tant il est bourré de charme.




La femme invisible (d'après une histoire vraie) d'Agathe Teyssier. 1h30. Sortie : 22/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Tadah ! Blog.

27 juil. 2009

SIMON KONIANSKI : interview Jonathan Zaccaï

Il vient de finir un tournage, a les yeux complètement explosés, doit boire son dixième café de la journée, mais est toujours aussi sympathique et accessible. Dans un charmant hôtel du VIème arrondissement, Jonathan Zaccaï me parle avec ardeur de Simon Konianski, l'excellent deuxième film du belge Micha Wald (Voleurs de chevaux), dont il est le héros.

Autant le dire d’entrée, Simon Konianski est un film formidable, à propos du duquel il y a peu de réserves à émettre. La seule concernerait peut-être le titre, pas assez accrocheur…
Je m’étais posé la question à propos de ce titre. Mais Micha Wald [le réalisateur, NDLR] y tenait dès le départ, et malgré quelques autres propositions c’est ce titre qui est resté. J’espère que les gens arriveront à le garder en tête.

Comment t’es-tu retrouvé sur ce projet ?
Ça faisait très longtemps que je voulais faire de la comédie, qui est un genre que j’ai assez peu abordé. Comme le producteur de Simon Konianski est aussi celui d’Élève libre, mon précédent film et pas vraiment une comédie, il a parlé de moi à Micha. Comme je faisais beaucoup le con sur le tournage, il s’est dit que je ferais un très bon Simon. Il m’a fait lire le scénario, mais j’avais quelques réticences. J’avais tellement envie de faire de la comédie que je m’étais fixé un niveau d’exigence assez élevé pour ne pas me planter, donc j’ai pas mal hésité ; et puis je me suis découvert pas mal de points communs avec Simon et sa famille, ce qui ne m’enchantait qu’à moitié. C’est comme si on me proposait de faire un film avec ma famille, de partir en Ukraine avec eux… Ça peut-être l’horreur. Finalement j’ai craqué, et j’ai bien fait.

Sur bien des aspects, le scénario ressemble à une pente savonneuse. C’est quand même un film souvent très drôle mais qui finit par nous emmener du côté des camps de la mort… C’est pas un peu effrayant quand on lit une chose pareille ?
Le mélange des genres avait de quoi faire peur, c’est vrai. C’est très compliqué à faire, les gens sont souvent déroutés. Mais Micha était très clair là-dessus, il savait exactement ce qu’il voulait faire, et j’ai vite été emporté dans l’originalité de son projet, sans trop me poser de questions. Le risque en valait la peine. Mais ça nous a donné envie à Micha et moi de tourner ensemble une autre comédie qui soit débarrassée de ce genre de problème. Un film bien con, sans sujet grave derrière.

Comment vit-on le fait de se retrouver dans les camps pour tourner un film ?
Je n’ai jamais été marqué par la symbolique des lieux, j’ai donc facilement pris du recul et j’ai vécu tout ça de manière assez détachée. Il y avait évidemment beaucoup de respect, je n’allais pas proposer de faire un foot à l’intérieur du camp… Mais disons que ça ne m’a jamais empêché de me consacrer à mon rôle.



Comment est-ce qu’on pourrait résumer le film en quelques mots ? Ça semble assez difficile…
Même si c’est quand même prétentieux, je décrirais bien Simon Konianski comme le Little miss sunshine belge. Ou du Wes Anderson belge. Ça a l’air improbable mais je crois que c’est ce qui colle le mieux. Concernant le pitch du film, j’ai tendance à raconter que c’est l’histoire d’un type qui part en voiture avec deux petits vieux qui vont lui prendre la tête tout le voyage, un gamin hyperactif, et le corps de son père dans le coffre. Là, en général, les gens ouvrent des yeux ronds comme des billes et me disent : « T’es sûr que c’est une comédie ? ». Et là, c’est dur de s’en sortir.

Même s’il est très ancré dans le judaïsme et les thèmes qui s’en rapprochent, c’est un film qui semble pouvoir parler autant aux juifs qu’aux non-juifs. Vous avez beaucoup travaillé pour éviter un quelconque sectarisme ?
Quand Spike Lee fait un film sur les blacks, on ne se pose pas ce genre de questions. On a juste envie de voir son film, de découvrir une histoire et des personnages. Là, c’est exactement la même chose. Micha parle d’un folklore qu’il connaît, mais après tout le héros est juste un type en conflit permanent avec sa famille, qui se prend pas mal la tête avec ses proches… C’est aussi un film sur les liens entre les différentes générations, la difficulté qu’elles ont à communiquer. Autant de thèmes qui peuvent parler à n’importe quel spectateur.

Au début du film, il y a des scènes de pur comique visuel, notamment une ou Simon se débat comme un beau diable avec un vieux fauteuil cassé. C’était écrit ?
Très sommairement. Ensuite j’en ai fait des caisses, parce que ça me faisait plaisir et que Micha m’encourageait dans ce sens. Il m’a laissé faire tout ce dont je n’avais jamais eu l’occasion : cligner des yeux, gesticuler dans tous les sens… Je suis quelqu’un de très mobile, mais je n’avais jamais vraiment pu exprimer ça. Comme il était très client pour tous mes trucs foireux, j’ai presque dû me freiner moi-même histoire de ne pas en faire trop.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à tourner ?
Bizarrement, ce n’est pas la partie dans les camps, mais tout ce qui se situe avant, avec le road movie en Ukraine. Je vais balancer un peu, mais je n’ai pas eu les partenaires les plus faciles à vivre de ma carrière. Comme Abraham, qui joue l’oncle Maurice, est presque sourd, il a fallu inventer des systèmes pour qu’il sache quand dire sa réplique. Dès le début du tournage, il avait une corde accrochée à la cheville, et un technicien tirait dessus au moment où c’était à lui. Sa mémoire étant également défaillante, il plaçait des antisèches un peu partout donc le cadreur devait faire attention. Ensuite les ingénieurs du son ont installé un système avec une lumière rouge qui s’allumait lorsqu’il devait parler. Irène, qui joue ma tante, débutait dans le cinéma à l’âge de 87 ans, et était incapable de retenir les dialogues. En fait, il n’y a pas une scène qui se soit jouée en continu. Lorsqu’il y a des gros plans sur moi dans la voiture, il faut savoir que je suis tout seul et que je parle à des morceaux de scotch, avec Micha qui me donne la réplique sur le siège passager. À un moment, j’ai cru que j’allais devenir fou. Mais on a tourné cette partie en premier, donc tout ce qui a suivi était un bonheur total.



Tu l’as déjà évoqué, mais le film fait vraiment penser à ceux de Wes Anderson, par la mélancolie de son héros comme par l’importance accordée aux accessoires…
Micha est très influencé par Wes Anderson même s’il n’aime pas tout dans son cinéma. Au moment du choix des accessoires, notamment les grosses lunettes de Simon, on avait quelques appréhensions. On craignait notamment que ça n’écrase un peu le personnage, que ça manque de sobriété. Du coup, par esprit de contradiction, on lui a ajouté une minerve. J’avais réalisé un court-métrage avec mon oncle où il portait une minerve alors qu’il n’avait jamais mal au cou. Micha l’avait vu, ça l’avait beaucoup amusé, et il a voulu reprendre cette idée.

Par certains aspects et traits d’humour, on songe aussi à Woody Allen.
Je suis un fan absolu. J’ai presque envie de m’inventer des névroses pour parvenir à me rapprocher de lui. Je me sens très proche de ce cinéma-là ; il n’a pas forcément fait que des chefs d’œuvres, mais c’est un cinéaste de référence, le meilleur pour décrire la comédie de la vie, l’apprentissage… J’ai envie de réaliser des films et c’est exactement de ce côté que j’ai envie d’aller. J’aimerais donner ce type de plaisir-là au spectateur, ou en tout cas m’en rapprocher.

Les petits vieux ressemblent notamment à celui de La haine, qui raconte ses anecdotes sur la déportation.
Tout à fait. Et ce qui est amusant, c’est que non seulement les personnages rabâchent sans arrêt les mêmes histoires, mais que j’y ai aussi eu droit hors tournage. Abraham, qui est sourd comme un pot et donc n’écoute rien de ce qu’on lui dit, m’a répété à peu près mille fois chaque petite histoire, avec l’énergie d’un garçon de 12 ans. « Le secret de la longévité, c’est le ressort » : c’est son leitmotiv, auquel j’ai eu droit chaque jour, et je crois que je m’en souviendrai longtemps.







Simon Konianski de Micha Wald. 1h40. Sortie : 29/07/2009.
Lire la critique et l'interview de Micha Wald.

Avignon ! Avignon !

D'Arles (pour un festival de la photo à tomber par terre) à Avignon, ce fut une sacrée semaine.

Côté spectacle, voici 3 coups de coeur qui se dégagent de ce flot de très belles choses.

Novecento d'Alessandro Baricco, mise en scène Jean-Michel Boch & Didier Lagana.
Éblouissante entrée en matière dans le festival, c'est d'abord une rencontre avec un texte que je ne connaissais pas, mais également avec un interprète fort en gueule mais d'une finesse folle, Fred Tournaire. Un vrai voyage d'une heure, chavirant et bouleversant, autour d'un pianiste de génie qui passa sa vie sur un paquebot.


Youm de Mehdi Dumondel, mise en scène Mehdi Dumondel.
Après un temps d'adaptation, on entre dans Youm pour ne plus jamais en sortir. Jamais. On pense parfois à Édouard Baer ou Alexandre Astier, mais la pièce de Mehdi Dumondel ne ressemble qu'à elle-même, tour à tour hilarante (on a cru mourir) et bouleversante, parfois même les deux en même temps. La lune, des chasseurs de dragons, une pierre et quelques autres personnages improbables sont à l'origine de cette réussite chaleureuse et emballante, bien plus mémorable qu'une simple petite comédie mythologique. Un petit tour sur le site internet ?


Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo, mise en scène Christophe Honoré.
Cette pièce méconnue de Hugo, tragédie sur l'amour, la mort et la puissance, trouve dans la mise en scène moderne du maître Honoré une résonance particulière. Ce sont d'abord les mille secrets du décor, complexe et contemporain, qui vous happent. Honoré pose un regard de cinéaste sur cette oeuvre, composant certaines scènes comme de véritables plans. Classique et baroque se mêlent dans ce tourbillon de sentiments purs et d'actions médiocres, de coups de folie et d'attaques en règle. Le trio formé par Clotilde Hesme, Emmanuelle Devos et Marcial di Fonzo Bo y est juste beau à pleurer. Pur chef d'oeuvre.


Il y en eut évidemment d'autres, dont Grand'Peur et Misères de Bertolt Brecht par la Compagnie Théâtre du midi, Baba la France de Caroline Girard et Rachid Akbal, et La nuit des rois de William Shakespeare par les 14 comédiens de l'Académie Internationale des Arts et du Spectacle.


Il y eut aussi du moins bon, voire même de l'archi-nul, en particulier le non coup de coeur collectif de la semaine, dont nous ne citerons ni le titre ni l'«auteur» pour ne pas faire de pubilicité. Mais globalement, ce type qui est à la fois auteur - metteur en scène - interprète se prend pour l'héritier de Rimbaud (dont il ânonne les poèmes en se permettant d'en écrire la suite), pour une rock star (avec des reprises diarrhéiques des Doors ou des Beatles) et pour un brillant artiste, acteur génial et écrivain inspiré du légendaire Sonnet du trou du cul. Ah oui, j'oubliais, le type joue comme Franck Dubosc lorsqu'il fait des sketches. Il lui ressemble d'ailleurs un peu, tout comme à Alain Barrière et Dick Rivers. Chapeau l'artiste.


Quelques photos avant de reprendre une activité normale :







SOMERS TOWN

Les précédentes oeuvres de Shane Meadows étaient, disons-le, assez peu guillerettes. This is England livrait un bilan totalement dépressif de l'état de la jeunesse britannique. Avant cela, le brillant 24 heures sur 24 détruisait, en noir et blanc, les espoirs du manager d'une salle de boxe. On voyait donc arriver gros comme une maison un Somers town de nouveau en noir et blanc, de nouveau avec Thomas Turgoose (le héros de This is England) : encore un film bien plombant qui fera de l'Angleterre le théâtre d'une énième tragédie sociale. C'est l'histoire de la rencontre entre deux ados : l'un fraîchement sorti de son foyer d'accueil et propulsé seul et sans abri dans un Londres redoutable, l'autre fils d'un immigré polonais alcoolo qui ne trouve refuge que dans la photo. Attention, révélation stupéfiante : Somers town est un film léger, en partie optimiste, loin en tout cas de semer la sinistrose autour de lui. Le film est en fait une simple promenade dans les rues de Londres, et fonctionne selon un schéma inverse par rapport aux précédents films de Meadows et à la majorité des films sociaux.
Tout commence en effet par la même grisaille que d'habitude : Tommo se fait battre comme plâtre, Marek souffre du penchant de son père pour la boisson. Pendant une petite heure, le film tâchera tant bien que mal de faire naître un véritable espoir, ou de trouver en tout cas un refuge de choix dans une amitié en devenir. Tombés l'un sur l'autre par hasard, Marek et Tommo ne vont plus se quitter, vivant une relation de pure amitié qui ne s'encombre pas de jugements ou de complications inutiles. On jubile de voir Meadows traiter en mode comédie des thèmes et situations qui ont donné tant de drames poisseux : ni l'amour partagé par les deux héros pour une jolie serveuse, ni la totale beuverie qu'ils s'offrent un soir de blues ne finiront mal. Le film n'est pas exempt d'une certaine mélancolie, accentuée par l'utilisation magnifique du noir et blanc, mais c'est une mélancolie qui réchauffe le coeur et l'esprit.
Par petites touches, le scénario approfondit peu à peu les personnages de Marek et Tommo, riant d'eux et riant avec eux. Leurs quelques mésaventures - dont un vol de fringues assez mal ciblé - font d'eux des pieds nickelés particulièrement attachants, d'autant que les interprètes sont absolument magnifiques. De film en film, Thomas Turgoose et sa gueule de sale gosse ne cessent d'épater ; quand à Ireneusz Czop, il est une révélation discrète mais poignante, idéal dans la peau du grand dadais mal dans ses baskets. Pour soigner son petit moral, Marek fait de la photographie, saisit quelques instants au hasard et s'accroche à cet art pour lequel il semble plutôt doué ; impossible de ne pas y voir le double d'un cinéaste qui casse sa routine de cinéma-déprime et livre une bal(l)ade surprenante et délicieuse, qui s'ancrera pour longtemps en chacun de nous.




Somers town de Shane Meadows. 1h11. Sortie : 29/07/2009.

26 juil. 2009

SIMON KONIANSKI

Ainsi donc, on peut faire rire avec le judaïsme, la bande de Gaza et les camps d'extermination. Le deuxième long du belge Micha Wald réussit cet exploit de main de maître, et de façon assez imparable. Simon Konianski est une petite merveille de finesse et de drôlerie, qui démarre comme une comédie juive réussie et embraye sur un road movie tendre, tordant et finalement émouvant. Il faut le prendre comme un compliment : on se croirait dans un film américain indépendant, la liberté de ton et de mise en scène étant deux des grandes forces de l'oeuvre. On nage entre Wes Anderson, Noah Baumbach et Jonathan Safran Foer, références plus ou moins conscientes qui n'empêchent jamais le film d'être lui-même et d'échapper à toutes les étiquettes.
Simon Konianski évacue très rapidement l'appréhension d'assister à une nouvelle Vérité si je mens ! avec répliques conçues pour devenir cultes et hystérie à tous les étages. Wald opte pour une approche éminemment modeste mais pas dépourvue d'ambitions, menant de front la description de la crise vécue par son héros et la peinture amusée d'une religion juive vécue différemment selon les générations. Ce n'était pas gagné, mais il se moque avec brio de l'obsession totale des rescapés des camps pour le martyr qu'ils ont vécu soixante-dix ans plus tôt. Si cela fonctionne, c'est parce qu'il témoigne d'un grand respect à l'égard de ses glorieux aînés, qui ont besoin aujourd'hui encore d'évacuer leurs traumatismes en ressassant encore et encore les mêmes anecdotes. Simon Konianski et Micha Wald ne sont qu'une seule et même personne, et leur affection teintée d'agacement a de quoi réjouir amplement.
La deuxième partie, qui nous transporte du côté de l'Europe de l'Est, reste toujours aussi drôle, mais avec un supplément d'âme : le film rebondit bien et accentue sa tonalité douce-amère, si bien mise en valeur par une mise en scène ample et inventive. Caché derrière une paire de lunettes trop grande pour lui, Jonathan Zaccaï trouve ici un rôle à sa mesure, le personnage étant tellement à fleur de peau qu'on le sent prêt à basculer à tout moment dans l'hilarité ou le désespoir. Les autres, du petit garçon aux petits vieux, sont à l'avenant, caricaturaux quand la comédie l'exige mais pas en représentation perpétuelle. Il était bien difficile de croire qu'un film se terminant non loin des camps de la mort puisse provoquer une telle euphorie. C'est pourtant ce qui se produit avec cet étonnant Simon Konianski, qui a le potentiel pour séduire tous les publics, y compris les réfractaires de La vie est belle et Train de vie.




Simon Konianski de Micha Wald. 1h40. Sortie : 29/07/2009.
Publié sur Écran Large.
À suivre : les interviews de Jonathan Zaccaï et Micha Wald.

25 juil. 2009

NO PASARAN

Annoncé dans le dossier de presse comme un « sud-ouestern avec des héros dopés à la graisse de canard » et son affiche colorée, No pasaran pouvait faire sacrément envie. Jeu de massacre ou délire loufoque, toutes les pistes étaient envisageables pour le premier long d'ric Martin et Emmanuel Caussé. Avec sa voix off décalée - on ignore encore à quel point - et sa façon de transformer sans en rajouter un village du sud-ouest en décor de western, le premier plan donne d'ailleurs envie de se frotter les mains. Beaucoup d'espoirs pour au final pas grand chose, voire rien du tout : ne tenant jamais la moindre de ses promesses, No pasaran passe totalement à côté de son sujet, de ses envies et des nôtres.
Du genre western, les deux réalisateurs n'ont apparemment retenu que les phases d'attente au cours desquelles les protagonistes se jaugent en silence. Dans ces moments-là, si l'adrénaline monte, c'est parce qu'on sait que le premier coup peut partir à tout moment. Dans No pasaran, il ne partira jamais, nous laissant dans une désespérante position d'attente jusqu'au générique de fin ou presque. À la place du spectacle espéré, quelques maigres gesticulations autour d'un tronçon d'autoroute amené à défigurer le paysage et à passer dans le salon du héros, un brave éleveur de cochons vivant seul avec sa vieille tante. La révolte contre les élus aurait pu faire du dégât si elle ne se jouait pas à coups de vidéos amateur et de fausses signatures. Voilà où se situe le niveau du film : il nous annonçait du terroir, de l'authentique et du décalé, mais use finalement des mêmes ficelles que tout mauvais téléfilm.
Seuls quelques acteurs parviennent à apporter un peu d'énergie et de bonne humeur dans ce sommet d'ennui. Il est assez rigolo, au début en tout cas, de voir Bernard Blancan prend l'accent du sud-ouest. Tout comme on s'amuse en écoutant Élodie Navarre jouer les américaines... L'actrice prend un plaisir communicatif à jouer cette femme fatale sortant de l'ordinaire et faisant fantasmer les villageois de tous âges. On sera plus nuancé sur la prestation de Rossy de Palma, qui semble comme souvent se reposer uniquement sur son physique hors du commun. Affublée d'une perruque ridicule, elle bouge dans tous les sens pour se donner une contenance mais ne fait que rendre un peu plus navrant un film pas totalement antipathique, mais en tout cas généreusement raté.




No pasaran d'Emmanuel Caussé & Éric Martin. 1h28. Sortie : 15/07/2009 (Grand Sud-Ouest), 02/09/2009 (France).

24 juil. 2009

MISS MARS

Et c'est reparti pour un énième road trip endiablé avec deux djeunz bien différents mais réunis par une seule et unique quête qui les mènera sur le chemin du grand n'importe quoi. Comme Harold & Kumar avant eux, Eugene - l'éternel puceau - et Tucker - le queutard à tout prix - vont traverser les States et vivre quelques aventures assez folles. Le point de départ de Miss mars est d'ailleurs assez prometteur : tombé dans le coma après une chute idiote qui l'a empêché de connaître sa première nuit d'amour, Eugene se réveille quatre années plus tard et découvre que celle qu'il aimait tant a fortement compensé pendant son sommeil prolongé, jusqu'à devenir... playmate. S'ensuit alors une longue virée pour tenter de rattraper - et de comprendre - celle que tout le monde connaît comme Miss Mars. Amusant.
Miss mars est d'ailleurs empli de petites scènes assez sympathiques, la malchance des deux héros étant assez prodigieuse. On retiendra principalement une virée en camping car avec un rappeur hardcore et ses biatches, étonnamment propice aux confessions intimes et aux accidents de préliminaires. Le niveau est donné : tout cela vole bas, très bas, mais le public est prévenu. Tout comme il doit également être prévenu d'autre chose : l'énorme différence avec le diptyque Harold & kumar, c'est que dans Miss mars... il n'y a ni Harold ni Kumar.
Une précision importante puisqu'à la place des excellents Kal Penn et John Cho se dressent les inconnus Zach Cregger et Trevor Moore, le premier étant la plupart du temps transparent quand le second multiplie les grimaces insupportables pour montrer qu'il est le comique de la bande. Leur présence et l'échec de leur alliance est à l'origine du ratage notable de quelques gags qui auraient nécessité la présence d'interprètes hors pair. Mais qui a bien pu engager ces deux types ? La réponse arrive comme une évidence : Cregger et Moore sont à la fois les réalisateurs, les scénaristes et les acteurs principaux de ce que l'on peut donc considérer comme leur bébé. Il faudra apprendre à déléguer et à se consacrer à un nombre réduit de domaines afin d'être plus percutants à l'avenir. Étant donné le tout petit niveau de la réalisation et la fausseté de leur jeu, on leur conseille assez largement de choisir l'écriture, pour laquelle ils montrent ici un certain potentiel qu'il conviendra de développer et d'encadrer.




Miss Mars (Miss March) de Zach Cregger & Trevor Moore. 1h30. Sortie : 22/07/2009.

Top 5 : Julie Depardieu

Cette semaine, Julie Depardieu se fait discrète dans La femme invisible.



Top 5 des films avec Julie Depardieu

01. La petite Lili (2003)
Quand Claude Miller adapte Tchekov, on peut s'attendre à un grand moment de solitude. Erreur fatale : c'est sans doute l'un des films les plus réussis de son auteur, fantaisiste sans être ridicule (donc pas comme Le sourire), tragique sans être pathos (donc pas comme La chambre des magiciennes). Côté acteurs, une drôle d'alchimie se produit. Sagnier, Stévenin, Marielle, Depardieu (qui obtint 2 Césars d'un seul coup) : tous sont absolument prodigieux dans cette peinture désabusée d'une famille d'artistes en lutte.


02. Les témoins (2007)
Sujet grave mais traitement mesuré : dans Les témoins, l'une de ses plus belles oeuvres, André Téchiné prend le SIDA à bras le corps et décrit la façon dont il est vécu par une poignée de personnages ayant eu la malchance de vivre leurs années d'adulte au moment de la prolifération d'un virus encore mal connu. Là encore, le casting est formidable en tous points, à commencer par Johan Libéreau et Michel Blanc.


03. Cowboy (2007)
Comme dans Podium, Julie Depardieu joue l'épouse un peu désespérée d'un Benoît Poelvoorde soucieux uniquement de ses propres rêves. Brillamment grinçant, le film de Benoît Mariage est notamment le portrait brillant de ce journaliste de seconde zone, prêt à toutes les mises en scène pour mettre en boîte le reportage du siècle, mais qui ne fera qu'enchaîner les fiascos dans un tourbillon pathétique.


04. Le bal des actrices (2008)
La narcissique Maïwenn Le Besco s'ouvre enfin aux autres et filme avec avidité - et finalement pas mal d'égocentrisme - une corporation qui la fascine : celles des actrices d'aujourd'hui, qu'elles soient célébrées ou dépassées. Un film au concept fort, terriblement drôle, qui va bien au-delà de son postulat contrairement à son pseudo équivalent masculin, Les acteurs de Bertrand Blier.



05. La faute à Fidel ! (2006)
On attend impatiemment des nouvelles de Julie Gavras, qui à l'approche souvent plombante de son paternel a préféré un ton libre et doucement comique pour décrire la vie d'une famille dont les parents sont militants communistes. Vus à travers des yeux d'enfant, les évènements prennent une autre dimension, plus naïve donc plus frontale et plus drôle. Cette comédie (mais pas que) est un vrai petit régal, et le couple Depardieu - Accorsi fonctionne à plein tube.

23 juil. 2009

L'ATTAQUE DU MÉTRO 123

Déjà vu. Tel était le titre du dernier Tony Scott, et telle est l'impression qui domine à la sortie de celui-ci. L'attaque du métro 123 est un remake parfaitement inutile des savoureux Pirates du métro, film qui sur le même postulat était à la fois plus excitant, plus intelligent et beaucoup plus drôle. Mais qui dit métro dit apparemment service minimum, chacun semblant s'économiser pour toucher son chèque sans risquer de se froisser un muscle.
Étonnamment, alors qu'il a souvent eu tendance à livrer des oeuvres excessives jusqu'à en être gerbantes, Scott a l'air d'être sur la réserve, ne s'acquittant même pas des scènes d'action explosives que l'on était en droit d'attendre. Le film est basé avant tout sur les dialogues, et après tout pourquoi pas ; sauf que sous la plume d'un Brian Helgeland peu inspiré, les échanges entre le vilain preneur d'otage et le gentil aiguilleur sont aussi téléphonés que téléphoniques. Religion, famille, argent : tous les marronniers y passent, sans que la moindre réplique innovante vienne briser le train-train qui s'est installé dès le départ. Résultat : on s'ennuie ferme, regrettant presque le Tony Scott pyrotechnique d'antan.
Le film piétine tout du long, ne traitant même pas cette intrigante question consistant à savoir comment les pirates vont parvenir à sortir du sous-sol où ils semblent piégés comme des rats ; comme le reste, le problème est traité par dessus la jambe et sa résolution constitue l'une des mille et une invraisemblances de l'ensemble. Il y en a d'autres : un rat qui entre dans le pantalon d'un sniper au moment le plus inopportun, un otage muni d'un ordi portable avec webcam et qui parvient à dialoguer avec l'extérieur sans que les nombreux preneurs d'otage ne s'en aperçoivent... Bref, la totale. Le spectateur en est réduit à compter le nombre d'aberrations scénaristiques pour patienter en attendant l'inévitable climax. Inévitable ? Pas ici. Jusqu'au bout, le film contrarie les attentes et livre une conclusion totalement molle et sans passion. Un comble.
En fait, on peut tout juste parler de film d'action tant L'attaque du métro 123 se complait dans la passivité. C'est plutôt un film d'inaction, qui décevra autant les amateurs d'intrigues complexes que les fans de blockbusters bourrins façon Tony Scott. Les acteurs ne sauvent même pas le film. Denzel Washington y prouve comme souvent qu'il est un acteur très pro mais également très lisse lorsqu'il n'est pas dirigé ; John Travolta s'est trompé de film et nous joue un bad guy excessivement cool et pas du tout inquiétant, qui semble prêt à tout moment à piquer un petit roupillon. Seul James Gandolfini s'en sort correctement, dans un rôle hélas réduit à peau de chagrin. Une hypothèse pour finir : sachant que son prochain film, Unstoppable, est un nouveau thriller sur voie ferrée avec un train lancé à toute allure, Tony Scott a-t-il vu ce film-ci comme l'occasion de prendre ses marques sur les rails avant de passer aux choses sérieuses ? On l'espère pour lui, sans quoi la retraite est proche.




L'attaque du métro 123 (The taking of Pelham 1 2 3) de Tony Scott. 1h45. Sortie : 29/07/2009.

22 juil. 2009

VICTORIA : LES JEUNES ANNÉES D'UNE REINE

Les films historiques ont une fâcheuse tendance à se ressembler comme deux gouttes d'eau, tant et si bien que les gros nuls en histoire - dont je suis - ne peuvent même pas s'appuyer sur leur bagage cinématographique pour faire des progrès. C'est le cas de ce Victoria : les jeunes années d'une reine, que son classicisme absolu condamne à un oubli rapide et certain. C'était pourtant l'occasion idéale pour le réalisateur Jean-Marc Vallee de prouver qu'il n'est pas l'homme d'un seul film et que le succès surprise de C.R.A.Z.Y. en 2006 ne devait rien au hasard. Ici, il se contente de faire preuve d'un joli savoir-faire technique, la mise en scène du film (et surtout sa photographie claire et lumineuse) étant l'un de ses principaux atouts.
Le scénario effectue un choix intéressant : celui de ne pas basculer dans le biopic exhaustif et surchargé, mais de s'intéresser uniquement aux premières années de Victoria, avant et surtout après son couronnement. On évite ainsi à une énième conclusion tragique sur le lit de mort de la souveraine ou sous les lames de la guillotine. La jeunesse de Victoria est propice aux envies de manipulation de la part de quelques rusés conspirateurs qui lui tournent autour dans l'espoir de pouvoir diriger à sa place. Vallee réussit plutôt bien la description de cette valse des hypocrites, véritable jeu d'échecs destiné à prendre le pouvoir sans porter préjudice au pays.
Pour autant, le film n'est jamais vraiment passionnant, conservant de part en part un certain côté hagiographique provoquant un certain ennui. C'est lorsqu'on est dans l'intimité de Victoria qu'il se produit enfin quelque chose, la jeune femme ayant les mêmes aspirations que nombre de ses semblables - la peinture en particulier. Seule ou presque à l'écran, elle révèle le véritable visage de l'être humain caché sous l'imposante couronne. Emily Blunt rend grâce au personnage, livrant une prestation à la fois douce et déterminée, qui montre que Victoria aurait sans doute préféré être un peu moins exposée mais qu'elle assume pleinement le statut qui lui a été transmis. Absolument charmante, toujours crédible, l'actrice confirme à nouveau les espoirs placés en elle dès 2004 et My summer of love.




Victoria : les jeunes années d'une reine (The young Victoria) de Jean-Marc Vallée. 1h44. Sortie : 22/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

21 juil. 2009

RIO LIGNE 174

Ces dernières années, tous les films brésiliens semblent ne devoir parler que d'une seule et unique chose : la misère des favelas et les enfants qui tournent mal de façon prématurée. Il suffit de se pencher sur leurs génériques pour mieux comprendre de quoi il retourne : La cité de Dieu, Tropa de elite, Une famille brésilienne et Rio ligne 174, pour ne citer qu'eux, portent tous la marque d'un même auteur travaillant souvent en solo. Bráulio Mantovani, c'est son nom, semble avoir fait des bidonvilles brésiliens une marque de fabrique, pour ne pas dire un fond de commerce. Si ce fait est passé assez inaperçu jusqu'alors, c'est parce qu'il a globalement su se renouveler et parce que les réalisateurs avec lesquels il a travaillé ont des styles extrêmement différents. Malheureusement pour Bruno Barreto, qui revient au pays après une expérience américaine douloureuse (qui se souvient d'Hôtesse à tout prix avec Gwyneth Paltrow ?), l'obsession du scénariste commence à se voir et à sembler sacrément répétitive.
Rio ligne 174 mêle en fait les styles et les thématiques des 3 films cités plus haut, atteignant parfois des sommets de violence mais aussi de complaisance. On semble avoir réellement fait le tour du sujet, et le côté documentaire du film n'apporte guère d'eau à un moulin bien usé. Heureusement qu'il ne se limite pas à cela et propose une véritable intrigue avec enjeux dramatiques et nouvelles pistes de réflexion, sans quoi l'expérience tournerait court. Le scénario met en effet en parallèle les trajectoires d'un fils ayant perdu sa mère et d'une mère à la recherche de son fils. Cette complémentarité presque trop évidente donnera pourtant lieu à quelques beaux moments d'émotion.
Le film se termine par ce qu'annonce son titre : l'évocation de la prise d'otage d'un bus carioca en juin 2000, histoire vraie savamment mêlée à l'intrigue et pas parachutée de manière gratuite. Tendu, intense, le dernier quart d'heure est extrêmement réussi parce qu'il démultiplie tous les enjeux posés précédemment. Pour une fois, on tremble tout autant pour les otages que pour celui qui les détient, d'où l'ambiguïté totale de la situation. Barreto met ce drame en scène avec précision et sans effet inutile, bouclant avec une grande maîtrise ce nouveau couteau dans la plaie d'un Brésil ayant visiblement perdu toutes ses illusions. On a bien compris le message ; que les cinéastes locaux se tournent désormais vers d'autres versants d'un pays dont on peine à croire qu'il se limite aux favelas et aux enfants mercenaires.




Rio ligne 174 (Última parada 174) de Bruno Barreto. 1h48. Sortie : 22/07/2009.

20 juil. 2009

DIVORCE À L'ITALIENNE [reprise]

Certains affirment que Divorce à l'italienne est le film qui a donné naissance à l'appellation « comédie à l'italienne ». Sachant qu'il date de 1961 et que le genre avait commencé à se développer dix ans plus tôt, cela semble assez douteux, d'autant que l'expression n'a rien de franchement innovant. Le film de Pietro Germi, en revanche, est un parfait représentant de ce que pouvait être la commedia all'italiana à ses débuts : excessive, bruyante, machiste et parfois bien lourde. Une quarantaine d'années plus tard, il faut tout de même une certaine tolérance pour parvenir à apprécier une telle comédie, et beaucoup de bonne volonté pour parvenir à en rire. Nul doute que s'ils sortaient aujourd'hui, de tels films seraient unanimement conspués pour leur lourdeur et leur absence totale de finesse.
Il faut donc prendre Divorce à l'italienne comme un intéressant document d'époque, ou simplement se régaler de la prestation de Marcello Mastroianni : tout juste sorti d'une série de films sérieux (avec Fellini, Malle ou Antonioni), il prend un plaisir communicatif à jouer le macho italien de base, pleutre et manipulateur, prêt à tout pour pouvoir se taper sa jeune cousine sans avoir sa femme dans les pattes. Cette dernière n'est pas épargnée par Germi : stupide, insupportable et affublée d'un charmant duvet noir au-dessus de la lèvre, elle donne une image assez peu attirante de la femme italienne de l'époque. Les meilleures scènes du film sont celles qui se déroulent au sein de la chambre du couple, rongé par la routine et l'absence de désir. La valse pathétique de cette auberge des culs tournés fait penser à celle duo duo Arthur - Guenièvre dans la formidable série Kaamelott : on pourrait passer des heures entières à traîner au lit avec ces deux-là, surtout s'il continue à ne rien s'y passer.
Le mécanisme scénaristique archi classique alourdit en revanche le film : la façon dont le héros orchestre une machination pour se débarrasser de son épouse a quelque chose de terriblement lourd et daté, chacune des étapes étant relativement prévisible, jusqu'à une conclusion évidente dès le début. Heureusement, Mastroianni s'éclate de bout en bout, notamment lorsque son personnage se perd dans des rêveries vachardes et impitoyables. Le voir imaginer sa femme un couteau dans le dos ou en orbite autour de la Terre est sacrément jubilatoire, et offre de très jolis moments à ce qui ne constitue pas un sommet de la comédie à l'italienne mais reste une façon intéressante d'aborder le genre.




Divorce à l'italienne (Divorzio all'Italiana) de Pietro Germi. 1h44. Première sortie : 22/05/1962. Ressortie : 08/07/2009.
 
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