31 mai 2009

En attendant le film #3 : Le temps n'est rien / The time traveler's wife

Peintre, romancière, enseignante en arts plastiques, Audrey Niffenegger est de ces touche à tout dont la polyvalence pourrait presque inquiéter et faire douter de l'existence d'un réel talent. Son premier roman, Le temps n'est rien (titre qui semblerait presque meilleur que The time traveler's wife), remet immédiatement les pendules à l'heure : c'est un très grand bouquin, qui pourrait donner un très grand film. Pas moins.
À la base, Le temps n'est rien ressemble à une énième aventure spatio-temporelle : c'est l'histoire d'Henry, un bibliothécaire atteint d'une curieuse anomalie génétique. Et pour cause : à tout moment, Henry peut se volatiliser et se retrouver non seulement à une autre époque, mais également à un autre lieu, tout nu et sans repères. Voyageur malgré lui, Henry tente pourtant de se construire une vie cohérente, dans une illusion de normalité. Le plus difficile dans tout ça n'est pas d'être parachuté n'importe ou et n'importe quand dans le plus simple appareil, mais de parvenir à entretenir sa relation avec Claire, la belle artiste dont il est tombé amoureux. Sachant que Claire vit quant à elle une existence tout à fait normale (temporellement parlant), pas évident de s'aimer, de construire quelque chose et de ne pas s'égarer en route. Henry et Claire ne feront que se perdre et se retrouver, se rencontrer à différentes étapes de leur vie, se redécouvrir encore et encore et se raconter leur futur commun.
Le temps n'est rien est une fabuleuse histoire d'amour, une épopée lyrique mêlant le picaresque au fantastique, une fresque familiale chaleureuse et bouleversante, et 516 pages de bonheur qu'il est bien difficile de lâcher, même pour aller faire pipi. Niffenegger a du style, de l'esprit et une inventivité sans limite, dépassant son fascinant postulat pour en tirer le meilleur. Plusieurs idées assez géniales lui permettent de trouver un ton singulier et séduisant. La première est de rapidement balayer du revers de la main les pesantes considérations spatio-temporelles qui caractérisent la plupart des oeuvres sur le voyage dans le temps : la question de savoir si révéler à quelqu'un des éléments de son avenir peut le modifier est traitée avec légèreté, et il est vite établi que le continuum espace-temps cher au fameux Doc Brown ne sera pas bouleversé si tel personnage apprend que sa couleur préférée sera le vert. Dans Le temps n'est rien, le facteur humain est toujours préféré à l'étude technique, Niffenegger ne prétendant jamais dépasser HG Wells.
L'autre idée intéressante, pas révolutionnaire mais absolument essentielle, c'est que la romancière ne fait pas de ses héros deux icônes romantiques, mais des êtres de chair et de sang avec leurs contradictions, leurs erreurs, leurs bassesses. Ainsi, on évoque à plusieurs reprises le fort penchant de Henry pour l'alcool, et sa propension à la violence envers les femmes. Et puis on passe des heures, attablé entre amis, à boire du pinard (ou autre) et à causer sexe. Comme dans la vraie vie, en somme, et pas comme dans Autant en emporte le vent. De ce fait, l'identification est facilitée et évite au livre de sombrer dans l'anticipation glacée.
Sur grand écran, Eric Bana joue Henry, Rachel McAdams est Claire, et c'est plutôt bien trouvé. La grande inconnue, c'est la présence derrière la caméra de Robert Schwentke, réalisateur d'un Flight plan techniquement irréprochable mais dépourvu de matière. Sachant que Gus van Sant était le premier réalisateur pressenti pour le projet, ce qui aurait tout de même eu bien plus de gueule, on peut cependant penser que le scénario est en béton (même s'il a dû être bien difficile de faire des coupes dans cette gigantesque toile d'araignée), et que le choix de son remplaçant par New Line Cinema ne s'est pas fait n'importe comment. C'est en tout cas un pari très difficile, mais qui s'il est réussi peut devenir l'un des gros coups de coeur de cette année cinéma.



Le livre : Le temps n'est rien d'Audrey Niffenegger. Disponible en poche chez J'ai lu. 516 pages. 8,90 euros.

Le film : The time traveler's wife de Robert Schwentke. Sortie le 14 août 2009 aux USA. Sortie française le 19 août 2009.

30 mai 2009

NE TE RETOURNE PAS

Après le vénéneux Dans ma peau, on attendait beaucoup du deuxième long de Marina de Van, au pitch étrange et captivant. Alors voilà : c'est l'histoire de Sophie Marceau qui se transforme en Monica Bellucci. Ou quand le cinéma français daigne enfin prendre des risques. Présenté à Cannes en séance spéciale, Ne te retourne pas a reçu un accueil comme seul le festival peut en distribuer - houleux, moqueur, irraisonné - et une volée de bois vert de la part de la quasi-totalité de la critique. C'est ce qui arrive quand un film va jusqu'au bout de ses audaces mais se perd en chemin. Car bien que méritant mieux que les sifflets et les ricanements, Ne te retourne pas est un film très bancal, pour ne pas dire raté.
Pourtant on reste longtemps scotché à son siège, pétrifié par une angoisse latente différente mais aussi forte que celle de Dans ma peau. Comme chez Cronenberg, référence inévitable, l'héroïne connaît une grave crise se traduisant par une lente et pénible mutation. Et pas seulement de son corps : chez Jeanne, tout change, de la perception de l'espace - les pièces de l'appartement semblent avoir leur propre vie - au visage de ses proches. C'est d'autant plus subjuguant que la réalisatrice utilise des effets visuels assez dérangeants, où les visages sont hybrides, comme dans une expérience de morphing qui aurait dégénéré. Par-dessus tout, c'est par la force de la mise en scène que Marina de Van parvient à faire exister la psychose qui étreint son personnage : découpage précis, image léchée mais pas trop, jeux d'ombres et de miroirs. Il ne manque pas grand chose à cette première partie pour être carrément brillante : peut-être une interprète impliquée de façon plus épidermique, Sophie Marceau livrant une prestation correcte mais pas plus là où d'autres auraient emporté le morceau.
Le problème de Ne te retourne pas, c'est qu'il se met à patiner une fois la mutation accomplie. Lorsque Jeanne se met en tête de découvrir pourquoi elle s'est ainsi transformée, on décroche irrémédiablement, sombrant sous un flot d'explications indignes de l'inventivité de Marina de Van, car aussi pataudes que déjà vues. Réduire une histoire si charnelle à un bête trauma d'enfance a tout de même quelque chose de rageant, d'autant que Dans ma peau évitait très bien l'écueil de l'explicatif. Malgré une Monica Bellucci convaincante (on peut penser que c'est son meilleur rôle), la quête italienne de Jeanne devient rapidement soporifique et agaçante, jusqu'à un enchaînement de fausses fins peinant visiblement à boucler la boucle.
Au final, on n'est pas sûr de bien comprendre où Marina de Van voulait en venir. Le film joue la carte du mystère avant de griller ses cartouches dans la longue deuxième partie, tout cela sans raison ou presque. Car au fond, que dit Ne te retourne pas ? Que les racines, c'est important. Et que la création n'est possible que si on est en paix avec soi-même et avec ses souvenirs. Idées à peine effleurées, mais amenées avec une lourdeur franchement décevante (le plan final donne le coup de grâce). Même si Cannes aurait sifflé tout pareil, il aurait sans doute été préférable de poursuivre jusqu'au bout dans le délire psychique et paranoïaque au lieu de tenter de dire des choses - et de mal les dire. Pour autant, le cas de Van est loin d'être désespéré : en peaufinant sa direction d'acteurs (les deux mâles du film sont archi nuls) et en favorisant le radicalisme du début à la soupe mélo de la fin, la réalisatrice a de quoi être l'un des fleurons d'un certain cinéma français, peut-être pas à la hauteur de ses illustres modèles mais pas si loin quand même.




Ne te retourne pas de Marina de Van. 1h51. Sortie : 03/06/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.

29 mai 2009

Top 5 : Ken Loach

Cette semaine, Ken Loach dribble la défense dans Looking for Eric.



Top 5 des films de Ken Loach

01. Le vent se lève (2006)
La preuve que Wong Kar-Waï n'a pas fait que des conneries, c'est qu'il a décerné la Palme d'Or au Vent se lève, le film le plus fort d'un Ken Loach plus révolté que jamais, mais aussi et surtout plus cinéaste. Ce film militant n'est pas bêtement revendicatif, explorant avec finesse la bestialité de l'espèce humaine. Insoutenable et bouleversant, on lui pardonne aisément la petite dose de manichéisme nécessaire à une certaine élévation tragique.


02. Raining stones (1993)
S'il y a bien un film pour résumer la carrière entière de Loach, c'est bien ce Raining stones drôle et sordide à la fois, récit du sacrifice d'un père prêt à tout pour offrir à sa fille une communion digne de ce nom. Et tant pis s'il faut énerver les créanciers, mentir à ses proches et entrer dans l'illégalité. La fin, dont l'immoralité peut faire flancher les grenouilles de bénitier, est d'une splendeur à toute épreuve. Seuls les frères Dardenne ont plus de talent pour trouver le suspense dans le social sans tomber dans le racolage.


03. Sweet sixteen (2002)
Chez Loach il n'y a pas que de vieux travailleurs burinés, mais aussi de petits jeunes au carrefour de leur vie, n'ayant qu'un mot à dire ou un geste à esquisser pour mal tourner et gâcher leur vie. Comme Raining stones, Sweet sixteen montre que l'argent est le nerf de la guerre pour cette Angleterre précocément dévastée par le chômage et la misère sociale. La rage qui anime le film donne envie d'en découdre.




04. Bread and roses (2000)
Le film américain de Ken Loach est aussi l'un des plus exaltants, restituant avec panache la beauté des plus belles manifs, symboles de la communion de tout un peuple prêt à se serrer les coudes pour ne pas se laisser dévorer par le système. Pas exempt d'un certain romantisme, le film doit beaucoup à son duo d'interprètes, notamment un certain Adrien Brody, l'un des rares acteurs connus (même si Le pianiste n'arriva qu'après) à avoir intégré l'univers loachien.


05. The navigators (2001)
L'un des plus méconnus et modestes films de Loach est aussi l'un des plus efficaces et mesurés, éliminant toute trace de manichéisme social dans sa description du bras de fer mené par des employés du rail contre la privatisation galopante de leur entreprise. Voir ces gens normaux s'affairer, voire se sacrifier, pour la grandeur de leur cause, a quelque chose d'admirable et donne envie d'explorer plus en détail les oeuvres moins médiatisées du réalisateur.

28 mai 2009

JUSQU'EN ENFER

Après avoir passé huit ans de sa vie sur la trilogie (qui n'en est pas une) Spider-man, Sam Raimi semblait avoir besoin de changer d'air. Et nous avec. Écrit comme souvent avec son frère Ivan, Drag me to hell a en effet des allures de grosse récréation ou de retour aux sources d'un genre qu'il connaît bien : le film horrifico-comique, qui tente de créer l'effroi et de provoquer le rire dans la même seconde. L'excellente nouvelle, c'est que cette grande récré n'a rien de bâclé : Jusqu'en enfer est un divertissement épatant, avare en temps morts mais riche en scènes délectables.
À part un peu de sexe (seul le t-shirt mouillé de l'héroïne en fin de film peut provoquer un frisson érotique), le film de Raimi n'oublie aucun élément faisant un bon drive-in movie. D'abord une mise en scène inventive et complètement foldingue, qui vire parfois au n'importe quoi mais ne perd jamais sa bonne humeur. Ensuite et surtout, des effets visuels d'une redoutable efficacité et d'une variété folle : certains sont hyper mal fichus pour titiller le zygomatique, d'autres frappent de plein fouet et soulèveraient quasiment le coeur. Tous ont en commun une certaine dégueulasserie et traduisent l'obsession des frangins Raimi pour les substances visqueuses en tous genres (sauf la semence, no sex oblige). On s'offusque, on rit fort, on sursaute : bref, à n'importe quelle séance, on se croirait un samedi vers 23 heures 30, un gobelet de soda qui se matérialise dans la main gauche, une petite poulette (ou un beau poulbot) qui vous écrase l'autre main pour contenir sa terreur. Un pur régal.
Et puis il y a Alison Lohman, dont les grands yeux tristes font ici des merveilles. Confirmant sa prédisposition à jouer les femmes-enfants, elle fait totalement oublier Ellen Page, à qui le rôle était destiné. Sexy et attendrissante à la fois, elle est le moteur d'un film qui enclenche malgré sa fantaisie poussée un vrai processus d'identification et d'attachement. On a envie de la protéger comme une petite soeur, mais on jubile de la voir ainsi malmenée par un vilain esprit maléfique, avant d'être saisi de pensées impures lors d'une scène de fist-fucking guttural (ou de gorge profonde manuelle, faites votre choix). On aime cette Bruce Campbell de poche, tout comme on aime ce film mineur mais survolté, qui n'hésite pas à aligner quelques passages obligés et à nous offrir un dénouement prévisible et précipité, mais qui se révèle parfait pour se défouler, seul ou en groupe, pendant une centaine de minutes.




Jusqu'en enfer (Drag me to hell) de Sam Raimi. 1h39. Sortie : 27/05/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.

27 mai 2009

THE OTHER MAN

Auteur de l'intéressant Chronique d'un scandale, Richard Eyre choisit avec The other man de décrire l'adultère et ses conséquences... à travers le regard du mari trompé. Lorsque celui-ci découvre son infortune, il s'envole pour Milan afin de retrouver l'homme qui lui a pris sa femme, et de tenter de comprendre. Ou d'agir. Au début, on croit brièvement à la détresse de ce héros blessé, dépossédé de celle qu'il aime. Une impression très éphémère, puisque Richard Eyre choisit rapidement de ne plus rien raconter, de rester à la surface, d'enquiller les plans comme une série de cartes postales...
Vide de contenu et de sens, The other man doit cette impression de néant à une très mauvaise idée de scénario, un gros leurre dont on ne découvrira la nature qu'à la fin, et qui contraint le réalisateur à n'aborder certains sujets qu'en diagonale, un traitement frontal risquant de rendre trop évidente cette révélation finale. En résulte un film sans incarnation, où les acteurs semblent aussi perdus que nous. Pas aidé par un rôle indéfendable, Antonio Banderas ne trouve jamais le moyen de s'en sortir ; pire, Liam Neeson est juste fantomatique, cherchant en vain sa place dans le film. Il faut sans doute remonter très loin dans sa filmographie pour le voir aussi peu à l'aise.
The other man aurait éventuellement pu être un beau drame, ou au moins offrir une belle confrontation entre deux hommes prêts à tout pour une même femme. L'affrontement se résume hélas à quelques parties d'échecs (ouah, la métaphore), entrecoupées de flashbacks difficilement justifiables sur la relation adultérine unissant les personnages de Laura Linney (pas mal, sans plus) et Banderas. Terriblement longuet, le film s'achève sur une scène de banquet passablement ridicule, qui condamne définitivement ce ratage à l'oubli.




The other man de Richard Eyre. 1h30. Sortie : 27/05/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

Jeu-concours LES BEAUX GOSSES

Le 10 juin prochain sortira Les beaux gosses, premier film du bédéaste Riad Sattouf, présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2009 et grand chouchou du public. Dès aujourd'hui et jusqu'à la sortie du film, un concours organisé en ces lieux va vous permettre de remporter des cadeaux.

À gagner : 10 invitations pour 2 personnes pour aller voir le film en salles, ainsi que 5 disques de la bande originale, composée par monsieur Sattouf himself.

Il vous suffit pour cela de répondre aux questions ci-dessous, à envoyer à rob.raison@gmail.com. Clôture du concours mercredi 10 juin à 10 heures.








Question 1
Quel est le nom de famille de Pascal, l'un des héros récurrents de Riad Sattouf ?
A- Brutal
B- Rascal
C- Fatal

Question 2
Quel est le nom de la série dessinée par Sattouf pour Charlie hebdo ?
A- La vie rêvée des boeufs
B- La vie privée des cons
C- La vie secrète des jeunes

Question 3
Quelle actrice ne figure pas dans Les beaux gosses ?
A- Irène Jacob
B- Noémie Lvovsky
C- Isild Le Besco





26 mai 2009

Jeu-concours LOOKING FOR ERIC : les résultats

Ça y est ! Looking for Eric (critique ici) sort ce mercredi 27 mai, et notre concours s'achève.

Les 3 gagnants de 2 places, qui les recevront au plus vite, sont :
David (Lyon)
Nathalie (Dijon)
Julie (Lille)

Les 2 gagnants d'un DVD d'un film de Ken Loach (lequel ? surprise !) sont :
Anne Lise (Paris)
Stéphanie (Conflans Ste Honorine)




Tous les participants ayant fourni les 5 bonnes réponses ont une chance supplémentaire de remporter un lot, puisqu'ils sont automatiquement inscrits au grand tirage au sort destiné à leur faire gagner (ou pas) un coffret DVD Ken Loach. Ils seront tenus au courant si la chance leur sourit.


Merci aux très nombreux participants, à Loute pour sa main innocente, à Jérôme de Cinefriends ainsi qu'à Florian de FilmGeek pour avoir été à l'initiative de ce concours.

LA NUIT AU MUSÉE 2

Ben Stiller, Alain Chabat, Owen Wilson, Ricky Gervais, Christopher Guest, Steve Coogan, Hank Azaria, Jonah Hill... Tous ces grands acteurs comiques dans un même film, ça ne pouvait que faire des étincelles, donner un grand spectacle explosif, ébouriffant et hilarant. Autant dire que La nuit au musée 2 promettait d'être bien plus percutant qu'un premier volet gentillet mais déconseillé aux plus de 12 ans. À l'arrivée, le film de Shawn Levy est une vraie déception, indifférant encore plus que le précédent car ne bénéficiant même pas d'un quelconque effet de surprise. Si le postulat était plutôt bien vu (le déménagement des pensionnaires du muséum d'histoire naturelle vers le gigantesque Smithsonian, propice à de nouvelles rencontres), il n'est exploité qu'à travers la logique du "toujours plus". Toujours plus de personnages, toujours plus d'hystérie... et toujours moins d'espace pour chacun. Si Ben Stiller joue les chefs d'orchestre avec une certaine délectation (mais avec toujours autant de retenue) et est donc présent à l'écran la majeure partie du temps, les autres disposent en moyenne de cinq minutes d'exposition et n'ont absolument pas le temps de s'épanouir et de laisser libre cours à leur folie comique.
Seul Hank Azaria, dans le rôle du méchant pharaon persuadé d'être terrifiant, parvient en fait à se lâcher comme il se doit et à nous titiller les zygomatiques. Pour les autres, peau de chagrin, à tel point qu'on a de la peine pour un Alain Chabat qu'on a connu plus expansif ou pour un Steve Coogan carrément sacrifié. Comme bien des suites, La nuit au musée 2 est touchée par cette obsession de la surenchère selon laquelle faire mieux, c'est faire plus. Les scénaristes Thomas Lennon et Robert Ben Garant (Reno 911) auraient plutôt dû s'atteler à bâtir une intrigue digne de ce nom, le film avançant en roue libre et reprenant maladroitement la malédiction du premier film. Ce ne serait pas bien grave si l'ensemble était réellement drôle : ce n'est malheureusement pas le cas, sans doute à cause du label "film tous publics" qui bride l'énergie de chacun, toute blague risquant de sortir des clous étant immédiatement contenue, maîtrisée et placée en isolation.
Il faut donc se contenter d'un banal recyclage des gags de La nuit au musée, et pas forcément des meilleurs : des singes qui fichent des claques et j'en passe. Les nouveaux personnages n'apportent pas grand chose, si ce n'est qu'ils permettent d'étaler l'impressionnant savoir-faire technique mis au service du film : les mafieux en noir et blanc sont sacrément bien fichus, tout comme les mini Einstein certes inutiles et agaçants. Moins agaçants cependant qu'Amy Adams, qui semble vouée à incarner toute sa vie des cruchasses absolument tête-à-claques. Dans Il était une fois ou Miss Pettigrew, le personnage voulait ça ; ici, elle joue l'aviatrice Amelia Earhart, et c'est tout de suite plus embêtant. Du coup, on regrette Carla Gugino, la seule à avoir décliné l'invitation pour ce n°2, sans doute parce qu'elle était occupée ailleurs, mais peut-être aussi parce qu'elle avait pressenti que ce film n'apporterait absolument rien de plus que le premier.




La nuit au musée 2 (Night at the museum 2 : battle of the Smithsonian) de Shawn Levy. 1h45. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur BJ & Mat Cineshow.

25 mai 2009

LE SECRET DE MOONACRE

Un Csupo et au lit ? Après l'étonnant Secret de Terabithia, film pour enfants à la fois très beau et pas idiot, on était en droit d'attendre beaucoup de sa nouvelle incursion dans le merveilleux, qu'on voyait comme une occasion pour le hongrois de confirmer sa capacité à donner du corps à des genres souvent pétris de niaiserie. C'est malheureusement tout le contraire qui se produit : Le secret de Moonacre sombre dans tous les travers qu'évitait Terabithia, et se révèle être un petit calvaire aussi fade que longuet.
C'est donc une énième histoire de grimoire magique et de malédiction, sans originalité aucune, et traitée avec une totale platitude. Mise en scène pataude et couleurs ternes empêchent de bout en bout le merveilleux de se développer et de prendre de l'envergure. Tout est petit, resserré, moche. Même le casting sent le gaz : choisir le translucide Ioan Gruffudd pour incarner un personnage inquiétant ou embaucher le ringard Tim Curry a tout d'un suicide artistique. L'éclatante beauté de Natascha McElhone (qui irradiait déjà The Truman show et Californication) n'y peut rien, tout comme la prestation pas trop agaçante de la jeune Dakota Blue Richards : Le secret de Moonacre est d'un ennui profond et donne simplement envie de revoir des films bien mieux taillés et plus innovants tels que le Stardust de Matthew Vaughn.
Pas la peine de s'attarder davantage sur ce tout petit truc insignifiant qui fait craindre que Csupo ne soit que l'homme d'un seul film, voire même que la réussite du précédent soit quasiment involontaire. Allez, abusons des bonnes choses et terminons en répétant le formidable bon mot du début : un Csupo et au lit.




Le secret de Moonacre (The secret of Moonacre) de Gabor Csupo. 1h43. Sortie : 13/05/2009.

24 mai 2009

Cannes 2009 : le palmarès

L'an dernier, en pariant sur Entre les murs face à un pur inconscient, j'avais gagné une bonne bouteille de rouge. Bis repetita cette année, puisque j'avais mis une pièce sur le film de Michael Haneke, mon adversaire d'un soir ayant misé quant à lui sur Alain Resnais.














Et donc, le palmarès, moins scandaleux que prévu mais tout de même assez austère dans l'ensemble :


Une Palme pour Le ruban blanc.
















Un Grand Prix pour Un prophète.
















Un Prix du jury pour Fish tank...
















...et un autre pour Thirst...
















Un Prix de la mise en scène pour Brillante Mendoza (Kinatay).
















Un prix du scénario pour Lou Ye (Nuit d'ivresse printanière).
















Un prix d'interprétation pour Christoph Waltz (Inglourious basterds).
















Et un autre pour Charlotte Gainsbourg (Antichrist).















Un prix exceptionnel à monsieur Alain Resnais.


































Une Caméra d'Or pour Warwick Thornton (Samson et Delilah)...
















...et une mention spéciale pour Scandar Copti & Yaron Shani (Ajami).















Pour les palmarès des autres sélections, cliquez donc ici.

Cannes '08 : mon palmarès

Douzième jour au non-festival de Cannes, et douzième étape du palmarès selon Rob Gordon...
Autres palmarès : '97 // '98 // '99 // '00 // '01 // '02 // '03 // '04 // '05 // '06 // '07 //.



2008 : Compétition officielle / Un certain regard / Palmarès

Palme d'or
Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin

Grand prix
Gomorra de Matteo Garrone

Prix du jury
Entre les murs de Laurent Cantet

Prix de la mise en scène
Two lovers de James Gray

Prix du scénario
Adoration d'Atom Egoyan

Prix d'interprétation masculine
Joaquin Phoenix (Two lovers)

Prix d'interprétation féminine
Arsinée Khanjian (Adoration)

Prix Un certain regard
Tulpan de Sergei Dvortsevoy

Caméra d'Or
Tulpan de Sergei Dvortsevoy (UCR)

Cannes 2009 : revue de blogs #5

Certains sont déjà rentrés et dorment depuis une vingtaine d'heures, d'autres bouclent leur valise... Cannes 2009 c'est (presque) fini, mais les blogueurs n'ont pas fini d'en parler.


Une femme-sandwich sur la Croisette


L. nous parle des open bars et du reste, critiquant Demain dès l'aube..., Les lascars et I love you Philip Morris.

Vierasouto évoque Le temps qu'il reste, ainsi que Le ruban blanc et le début d'À l'origine.

Dernière salve de critiques pour Benoît de Laterna Magica, qui fait à nouveau très fort avec La terre de la folie, Le ruban blanc, Jusqu'en enfer, À l'origine, Panique au village, Mon voisin, mon tueur, L'imaginarium du docteur Parnassus, Le temps qu'il reste, Cendres et sang, Carte des sons de Tokyo, Visage. Et livre un bilan détaillé ainsi que son palmarès.

Écumant les sélections parallèles (mais n'oubliant pas d'aller explorer le Zanzibar), Voisin Blogueur a vu Sombras, Perpetuum mobile, Karaoke, Navidad et Mourir comme un homme. Il nous raconte également ses derniers jours cannois.

Melissa nous raconte les polémiques, la glandouille, les rencontres improbables. Et critique Looking for Eric, Antichrist, I love you Philip Morris, Les herbes folles et Jusqu'en enfer (qu'elle fait critiquer par sa copine Justine, qui contrairement à elle ne s'est pas endormie sur son siège).

Sandra nous parle du Grand Journal de Canal+ et de sa soirée, de la leçon de cinéma des frères Dardenne et de son coup de coeur pour Inglourious basterds.

Bonne récupération et/ou bon retour à eux, qui nous ont fait vivre le festival 2009 par procuration. Il n'y a plus qu'à attendre le palmarès du jury d'Isabelle Huppert (ou d'Isabelle Huppert toute seule, selon les on-dit). À la prochaine.

23 mai 2009

Cannes 2009 : palmarès des sélections parallèles



En attendant la remise de la Palme d'Or ce dimanche, d'autres jurys ont livré leur verdict ce samedi. Plein de prix... et un magnifique anti-prix.


Semaine de la Critique
C'est le film français Adieu Gary de Nassim Amaouche, avec notamment Jean-Pierre Bacri, qui a reçu le prix de la Semaine de la Critique.
Le film Lost persons area de la belge Caroline Strubbe a reçu le prix SACD de la Semaine de la Critique, et Whisper in the wind de l'irakien Shahram Alidile Prix de la Toute Jeune Critique et le Soutien ACID / CCAS.
Pour mieux comprendre à quoi correspondent ces prix et ce qu'ils rapportent à leurs auteurs, c'est ici.





Quinzaine des Réalisateurs
Gros carton pour le canadien Xavier Dolan, déjà lauréat de 3 prix pour J'ai tué ma mère : l'Art cinema award, le prix Regards Jeunes et le prix SACD de la Quinzaine des Réalisateurs. Ça va faire plaisir à un certain Voisin Blogueur, qui ne tarit pas d'éloges sur le film et son réalisateur (voir notamment ici).
Plus de détails et de récompenses ici.





Jury oecuménique
Looking for Eric a reçu le prix du jury oecuménique présidé par Radu Mihaileanu.
Le ruban blanc de Michael Haneke a obtenu une mention spéciale.
Mais le plus drôle, c'est qu'Antichrist de Lars von Trier s'est distingué en recevant un « anti-prix » de la part des 6 membres du jury, « à titre individuel et solidaire ». Radu Mihaileanu précise que cet anti-prix avait été attribué « en dehors du rôle stricto sensu du jury oecuménique ». Réaction immédiate du délégué général Thierry Frémaux, qui s'insurge contre cette « décision ridicule qui frise l'appel à la censure, scandaleuse de la part d'un jury oecuménique présidé qui plus est par un cinéaste ».
Mihaileanu justifie sa décision et celle de ses jurés en évoquant leur « devoir d'honorer le film le plus misogyne du "plus grand cinéaste du monde" », qui « suggère finement que la femme doit être brûlée sur le bûcher pour sauver le monde et pour que l'homme puisse enfin se mettre debout ». Ça donne sacrément envie de voir le film.





Un Certain Regard
L'alléchant Canine, du grec Yorgos Lanthimos, a remporté le prix Un Certain Regard, dont le jury était présidé par Paolo Sorrentino.
Prix du jury pour Policier, adjectif du savoureux romain Corneliu Porumboiu.
Last but not least, un double prix spécial a été décerné à On ne sait rien des chats persans de Bahman Ghobadi (Iran) et au Père de mes enfants de Mia Hansen-Løve (et ça, c'est chouette).

Cannes '07 : mon palmarès

Onzième jour au non-festival de Cannes, et onzième étape du palmarès selon Rob Gordon...
Autres palmarès : '97 // '98 // '99 // '00 // '01 // '02 // '03 // '04 // '05 // '06.



2007 : Compétition officielle / Un certain regard / Palmarès

Palme d'or
No country for old men de Joel & Ethan Coen

Grand prix
Zodiac de David Fincher

Prix du jury
La nuit nous appartient de James Gray

Prix de la mise en scène
Paranoid park de Gus van Sant

Prix du scénario
Lumière silencieuse de Carlos Reygadas

Prix d'interprétation masculine
Robert Downey Jr. (Zodiac)

Prix d'interprétation féminine
Elizabeth Fehr (Lumière silencieuse)

Prix Un certain regard
Nous, les vivants de Roy Andersson

Caméra d'Or
Tout est pardonné de Mia Hansen-Løve (QdR)

ÉTREINTES BRISÉES

En ce début de siècle, c'est devenu une tradition: le dernier Almodóvar sort fin mai, en plein milieu du festival de Cannes, créant l'émotion (quasi) générale et faisant naître un scandale en forme de feu de paille chez les fans hardcore (« Quelle honte, il n'a pas eu la Palme, z'ont pas de coeur »). L'autre tradition, qui date quant à elle du siècle dernier, c'est que le dernier Almodóvar ressemble au précédent, par les thèmes, l'ambiance et le casting. Et Étreintes brisées n'échappe pas à la règle : zéro dépaysement pour qui connaît la mécanique si bien rodée de ce père tranquille du cinéma ibérique. Il est difficile de reprocher quoi que ce soit à un film toujours aussi bien écrit, et qui plus est tendu que Volver. Mais ce petit rythme pépère est en train de se transformer en une routine certes pas désagréable mais un rien ronronnante. Films politiques, films historiques, et d'autres encore : Almodóvar nous avait promis des projets différents, et l'on se retrouve finalement avec toujours la même soupe.
Reste que cette soupe n'est pas ragoûtante, Almodóvar ayant toujours cette faculté à puiser chez les auteurs policiers pour bâtir des films en noir et rose, aussi romantiques (ou érotiques) que sombres dans leurs thématiques. Fort bien construit, Étreintes brisées est une valse lente sur l'amour passion, l'amour destructeur, le poids de la création. Le souci, une fois encore, c'est qu'on aurait pu dire cela de ses cinq (ou dix) films précédents. Et que certaines des oeuvres précédentes, tout aussi bien écrites, semblaient plus émouvantes ou plus profondes. La petite différence de ce film-ci, c'est que malgré la dureté de certains sujets abordés, il semble comme enveloppé de douceur, quasiment débarrassé des penchants racolo-vulgaires du cinéaste. Et grâce à qui ? Grâce à une Penélope Cruz juste merveilleuse, qui dépasse son simple statut d'icône almodóvarienne en devenant celle qui permet au réalisateur de se canaliser, comme doucement envoûté par sa beauté non feinte, celle d'une femme capable de se montrer sans maquillage, de proposer un visage imparfait et de s'en contrefoutre. Lorsqu'elle est à l'écran, plus rien d'autre n'existe.
Même si plus en retrait, son partenaire Lluis Homar est également très convaincant et assez touchant dans ce rôle d'artiste devenu aveugle et ayant plutôt bien surmonté ce handicap malgré un passé chargé en pathos. Lorsqu'il daigne enfin raconter à son jeune co-auteur les évènements qui l'ont mené à sa perte quinze années plus tôt, se crée une atmosphère délicate et plutôt pudique, qui contraste avec le caractère excessif de certains rebondissements. Même s'il risque de finir par s'épuiser (ou nous épuiser) côté thématiques, Almodóvar est encore et toujours un merveilleurs directeur d'acteurs, et un amoureux passionné des êtres humains et du cinéma. Le voir rendre hommage à l'un de ses propres films (Femmes au bord de la crise de nerfs, pour ne pas le citer) par le biais d'une longue scène de film dans le film aurait ressemblé, chez d'autres, à une exaspérante crise de nombrilisme. À l'écran ne transparaît que sa nostalgie et son amour pour une oeuvre dont il commence à avoir fait le tour mais qui crée avec habilité et ardeur une émotion toujours renouvelée.




Étreintes brisées (Los abrazos rotos) de Pedro Almodóvar. 2h09. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

22 mai 2009

Cannes '06 : mon palmarès

Dixième jour au non-festival de Cannes, et dixième étape du palmarès selon Rob Gordon...
Autres palmarès : '97 // '98 // '99 // '00 // '01 // '02 // '03 // '04 // '05.



2006 : Compétition officielle / Un certain regard / Palmarès

Palme d'or
Les climats de Nuri Bilge Ceylan

Grand prix
Quand j'étais chanteur de Xavier Giannoli

Prix du jury
Flandres de Bruno Dumont

Prix de la mise en scène
Red road d'Andrea Arnold

Prix du scénario
Selon Charlie de Nicole Garcia

Prix d'interprétation masculine
Nuri Bilge Ceylan (Les climats)

Prix d'interprétation féminine
Adelaïde Leroux (Flandres)

Prix Un certain regard
Le metteur en scène de mariages de Marco Bellochio

Caméra d'Or
12h08 à l'est de Bucarest de Corneliu Porumboiu (QdR)

UNITED RED ARMY

Merci Jim O'Rourke. Sans ses compagnons de Sonic Youth, le musicien a composé la bande originale de ce United red army, ses riffs de guitare imprimant un vrai rythme et une énergie certaine à une oeuvre a priori austère voire un peu morne. En plus de trois heures, le réalisateur Kôji Watamatsu (Quand l'embryon part braconner) raconte la création, l'existence et la fin tragique d'un groupuscule d'extrême gauche né d'un mouvement étudiant et se poursuivant dans un grand vent d'intégrisme idiot (pléonasme ?) avant de se viander au terme d'une prise d'otage foireuse et désespérée. Le terme passe-partout de "docu-fiction" colle plutôt bien à ce qui ressemble à une gigantesque reconstitution des faits s'étant déroulés il y a une trentaine d'années : les acteurs "jouent" mais pas trop, et l'image semble un rien négligée, saisissant sur le vif les états d'âme et erreurs de raisonnement de ces jeunes cons.
La première partie, la plus documentaire, utilise un certain nombre d'images d'archives pour décortiquer la création de ce qui sera finalement appelé l'United red army, faction issue de la fusion de plusieurs groupes d'étudiants et devenant peu à peu un groupe terroriste à part entière. Wakamatsu ne nous épargne aucun nom, aucun chiffre, aucune date, et cette première heure menée tambour battant fait néanmoins craindre que la suite ne soit qu'un long pensum d'autant plus incompréhensible qu'on n'a pas retenu le quart des informations délivrées. Il n'en est rien : la suite est absolument passionnante bien qu'étant menée à un rythme bien moins soutenu (mais agrémenté de la fabuleuse musique de mister O'Rourke). Dans son deuxième tiers, United red army glace le sang et en dit long, montrant comment une poignée d'hommes et de femmes reclus peuvent être amenés à s'auto-détruire au nom de principes prétendument moraux. Pratiquant l'auto-critique et s'investissant sans relâche, les camarades finissent par se mettre sur la gueule, celle des autres ou la leur (stupéfiante scène d'auto-cassage de tronche), la surenchère en menant plus d'un à la mort, souvent pour une broutille.
Long et sans concession, ce noyau central est la partie la plus forte du film, d'autant que Wakamatsu ne s'autorise aucun lyrisme et se contente de relater, rien que les faits, toujours les faits. Compassion ? Connais pas. La suite, récit de la prise d'otage fortuitement menée par cinq rescapés, a de fait moins de force, les protagonistes sachant dès le départ qu'ils courent à leur perte. Le désespoir leur fait énoncer quelques vérités d'un fatalisme poignant, mais les contraint aussi à se retrancher dans une sorte de mutisme un peu mou, compréhensible mais pas franchement cinégénique. On glisse dans une sorte de torpeur forcément moins exaltante mais révélatrice de la perte d'illusions de ces jeunes voués à un brillant avenir politique mais l'ayant savamment piétiné en pratiquant l'idéologie d'extrême gauche au premier degré. Édifiant et intelligent, United red army tire un certain profit de sa longue durée, n'évitant pas tout à fait l'ennui mais prenant le temps de disséquer le fonctionnement de cette armée au destin brisé.




United red army (Jitsuroku rengô sekigun: Asama sansô e no michi) de Kôji Wakamatsu. 3h10. Sortie : 06/05/2009.

Top 5 : Penélope Cruz

Cette semaine, Penélope Cruz joue (encore) les héroïnes almodóvariennes dans Étreintes brisées.



Top 5 des films avec Penélope Cruz

01. En chair et en os (1997)
Un accouchement dans un bus, et c'est à la fois un film et une collaboration qui se mettent en branle. La première rencontre Cruz / Almodóvar a lieu dans la scène d'ouverture d'En chair et en os, le meilleur film de son auteur. Un polar sombre, charnel, romantique et pour une fois pas excessif. Avec un Javier Bardem du tonnerre.


02. Ouvre les yeux (2000)
Après un Tesis bien flippant, Alejandro Amenábar s'envole littéralement avec ce film noir proposant des situations inédites et intrigantes, un peu frustrant dans sa résolution, mais d'un magnétisme indéniable. Dans le rôle de la gentille Noriega-girl (par opposition avec la méchante Najwa Nimri), miss Cruz est le bonbon qui adoucit cette atmosphère si amère.


03. Vanilla sky (2002)
Quand Cameron Crowe prend les rênes du remake d'Ouvre les yeux, lui viennent deux idées assez géniales : proposer une relecture plus pop et délibérément moins sombre, et engager Penélope Cruz pour rejouer le même personnage que deux ans auparavant. Une petite bizarrerie qui donne un peu de relief à ce divertissement efficace et coloré.


04. Volaverunt (2000)
Parmi les cinéastes qui ont compté pour l'actrice, il y a aussi Bigas Luna. Le réalisateur s'essaie ici au polar historique avec un vrai brio, maniant le baroque et l'érotique à parts égales. Si Penélope Cruz est évidemment radieuse dans le rôle de la bien nommée Pepita, la vraie star se nomme Aitana Sanchez Gijon, interprète dans le film d'une duchesse considérée comme la femme la plus désirable du monde. Dans le film, ce n'est pas loin d'être vrai.


05. Jambon jambon (1993)
Avant Volaverunt, Luna s'était régalé du machisme de ses compatriotes, se plaisant à faire dans le mauvais goût et dans l'érotisme cradingue. Dans Jambon jambon, on baise par calcul, on trouve que les seins ont un goût de tortilla, on met des slips avec poutre apparente, et les taureaux publicitaires menacent de perdre leurs corones. C'est torride, c'est drôle, et c'est finalement tragique.

21 mai 2009

Cannes '05 : mon palmarès

Neuvième jour au non-festival de Cannes, et neuvième étape du palmarès selon Rob Gordon... Avec une pensée émue pour cette année 2005, unique édition à laquelle j'ai participé.
Autres palmarès : '97 // '98 // '99 // '00 // '01 // '02 // '03 // '04.



2005 : Compétition officielle / Un certain regard / Palmarès

Palme d'or
Last days de Gus van Sant

Grand prix
Batalla en el cielo de Carlos Reygadas

Prix du jury
A history of violence de David Cronenberg

Prix de la mise en scène
Free zone d'Amos Gitai

Prix du scénario
La vérité nue d'Atom Egoyan

Prix d'interprétation masculine
Michael Pitt (Last days)

Prix d'interprétation féminine
Shu Qi (Three times)

Prix Un certain regard
Bahia, ville basse de Sergio Machado

Caméra d'Or
Moi, toi et tous les autres de Miranda July (SdC)

Cannes 2009 : revue de blogs #4

Déjà 8 jours de festival... Ma revue de blogs, elle, en est à sa quatrième édition, l'occasion de constater que les rythmes diffèrent de plus en plus mais que les films projetés sont toujours aussi intéressants.


Les festivaliers sur les rotules (ou plutôt sur les fesses)


Toujours aussi magique, la lanterne : Benoît a vu Agora, Canine, Étreintes brisées, Amreeka, Le murmure du vent, Vincere et Inglourious basterds.

Toujours aussi remontée contre les absurdités de certaines attitudes cannoises, Vierasouto a vu (en partie) Antichrist. À défaut d'avoir pu voir le dernier Tarantino, elle s'est rabttue sur l'excellent Pen-ek Ratanaruang et son Nymph, ainsi que sur Vincere.

Enfin redescendue sur terre, Sandra nous raconte son début de festival, critiquant au passage Bright star, Un prophète et Vengeance.

La fatigue et l'effet Xavier Dolan ont eu raison de l'endurance du Voisin Blogueur, qui a volontairement levé le pied. Pour mieux repartir ensuite ? Bien entendu : même s'il a sommeil, il a tout de même pu voir I love you Philip Morris, Here, Eyes wide open et Nymph. Et tente de tenir le rythme en se faisant plaisir. Il a bien raison.

Melissa, qui l'accompagne régulièrement dans ses journées de fou, nous raconte à nouveau la valse des accréditations et les déambulations croisettières (j'invente des mots si je veux). Et critique (c'est le mot) Polytechnique et Ne te retourne pas. Un petit mot gentil pour finir, à l'attention de Go get some rosemary.

On a longtemps cru avoir perdu L., mais elle vient de donner un signe de vie en nous racontant notamment comment elle a trouvé le moyen de se re-bousiller les pieds. Et même si cela ne figure pas (encore) sur le blog, précisons qu'elle a a-do-ré le Demain dès l'aube de Denis Dercourt. Elle vous en parlera prochainement, sans aucun doute.

Pas de jour férié pour nos blogueurs, qui aujourd'hui encore errent le cheveux hirsute et l'oeil injecté de sang à la recherche de précieuses accréditations et de découvertes artistiques. Bonne dernière ligne droite à eux. À la prochaine.

VENGEANCE

Quand le réalisateur d'Exilé et tant d'autres engage l'acteur de Terminus et de la pub Optic 2000 (et de L'homme du train, soyons sport), il y a de quoi se demander « où vas-tu Johnnie ? » (autre oeuvre mémorable starring Jean-Phi Smet). Mais voilà : monsieur To sait très bien où il va. Ayant engagé Johnny sans connaître sa condition de rockeur de tous les français (© Fabrice Luchini dans Jean-Philippe), il a pourtant eu le nez creux, le taiseux qu'est Francis Costello étant le genre de rôle idéal pour celui qui n'est pas le chanteur le plus intello du monde. Pas extrêmement à l'aise avec ses quelques dialogues (surtout lorsqu'ils sont en français), monsieur Hallyday est juste parfait le reste du temps, sa tronche de vieux lion triste collant idéalement à ce personnage de vengeur solitaire à la mémoire défaillante. Cocorico général pour ce festival de Cannes où les stars françaises des films étrangers (Charlotte Gainsbourg, Mélanie Laurent, Canto et Jojo) montrent qu'elles ne sont pas que des coups médiatiques.
À part la présence de Johnny (et de Sylvie Testud dans une poignée de scènes), ce Johnnie To est caractéristique de son auteur, qui s'est fait une spécialité des westerns urbains de plus en plus dépouillés et franchit une nouvelle étape dans sa quête d'épure. Il met en place son intrigue en une demi-douzaine de plans. Trouve le moyen, en filmant de petites choses anodines, d'exprimer plus que d'autres avec un tas de répliques. Vengeance est le genre de film qui remet les idées en place et rappelle ce qu'est une mise en scène, une vraie, qui fait sens et vous emporte. Dans ses instants poétiques comme dans les séquences les plus noires, le film s'impose comme une vraie évidence. Que ceux qui, par le passé, se sont parfois ennuyés chez To reviennent ici se faire une idée : bien que basé sur une intrigue ténue, Vengeance est peut-être son oeuvre la plus dense, et ses cent dix minutes passent à la vitesse d'un cheval au galop.
Si le scénario n'est sans doute pas le plus abouti de Wai Ka-Fai (fidèle acolyte du cinéaste), il fait pourtant preuve d'une belle inventivité et offre une variation originale sur le thème du justicier solitaire. Contrairement à ce que laisserait supposer l'affiche, le héros joué par Hallyday n'est que rarement seul en scène, épaulé par un trio de tueurs bouleversants de loyauté, et menés par le légendaire Anthony Wong. Un partage des taches qui procure un vrai souffle à l'intrigue. Ces quatre mercenaires ont de la gueule. Leur parcours commun ne durera qu'un moment, le temps pour Costello de trouver les ressources pour aller finir le travail lui-même, à savoir buter le vilain qui a fait tuer sa famille. Il devra notamment passer outre ses problèmes de mémoire, dont l'évolution au cours du film manque légèrement de crédibilité, mais qui sont exploités avec une grande intelligence, notamment en fin de film, où l'oubli devient un moteur du tragique. Que le méchant soit un guignol même pas effrayant n'a que peu d'importance : cette vengeance-là est uniquement l'affaire de ceux qui la fomentent, la beauté vénéneuse de l'ensemble se situant dans les yeux mouillés de Johnny Hallyday et non dans la personnalité de l'ennemi.




Vengeance de Johnnie To. 1h48. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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