30 avr. 2009

LA FEMME SANS TÊTE

Ainsi donc, le vingt-et-unième siècle serait celui du cinéma argentin ou ne serait pas. C'est tout du moins ce qu'on a voulu nous faire croire il y a presque dix ans, avec l'avènement des Lucia Puenzo, Fabian Bielinsky (paix à son âme) et autres Pablo Trapero. Si l'Argentine accouche certes régulièrement de petites merveilles, celle qu'on désignait alors comme son fer de lance semble avoir du mal à assumer ce statut. Lucrecia Martel, car c'est elle qu'il s'agit, avait brillé avec La cienaga et fait douter avec La nina santa. La femme sans tête ne redresse pas franchement la barre : si tous les ingrédients sont réunis pour en faire un film d'auteur racé et exigeant, la sauce ne prend définitivement pas, l'ensemble semblant se recroqueviller sur lui-même en permanence.
Il y avait pourtant matière à livrer une approche sociale singulière, un portrait original de cette fameuse femme sans tête. Sans tête car elle n'existe pas ou plus aux yeux de ceux qui l'entourent, et ne semble plus être reconnue par cette société qui l'ignore. Comme si elle avait peu à peu perdu son identité. C'est aussi difficile à formuler que difficile à filmer pour la réalisatrice, qui cherche des lignes de fuite, des gros plans, des mouvements de caméra destinés à montrer l'effacement de l'héroïne. Or on saisit totalement ses intentions, mais ce qui est montré ne va guère plus loin et manque de profondeur. Pire : à jouer la carte de l'opacité scénaristique, à se prendre pour une héritière d'Antonioni, Martel creuse un fossé entre son film et le spectateur, qui se lasse vite de toute cette prétention affichée.
C'est bien dommage, car certaines scènes montrent ce qu'aurait pu être La femme sans tête si Lucrecia Martel y avait rassemblé tout le talent qu'on lui prête. L'angoisse de Veronica lorsqu'elle heurte quelque chose - ou quelqu'un - au volant de sa voiture est palpable. Tout comme sa perte progressive de repères dans des décors lui étant pourtant familiers. Mais quand Martel parvient à trouver le ton juste, c'est pour mieux nous redonner ensuite un bon coup derrière la tête, un flot de scènes pas vraiment absconses mais juste pas assez intenses pour qu'on ait envie d'y creuser un peu. L'actrice Maria Onetto a beau être merveilleuse, elle ne peut pas éviter ce dérapage artistique d'une cinéaste trop vite érigée en sainte, et à laquelle on ferait mieux de foutre la paix de façon à ce qu'elle retrouve rapidement la pleine mesure de son talent.




La femme sans tête (La mujer sin cabeza) de Lucrecia Martel. 1h27. Sortie : 29/04/2009.

29 avr. 2009

INCOGNITO

Ce n'était pas gagné d'avance : le réalisateur de Poltergay qui dirige Franck Dubosc (en acteur ringard) et Bénabar (en chanteur), ça faisait un peu peur. D'où l'énorme surprise que constitue cet Incognito, comédie populaire imaginative et hilarante, qui propulse Éric Lavaine comme le possible héritier numéro 1 de Francis Veber (celui des films avec Pierre Richard et du Dîner de cons, pas celui de Tais-toi ! et des expériences ratées aux États-Unis). Pourtant, voir Dubosc faire le mime ou se promener quéquette à l'air n'a a priori rien de vraiment novateur ; la différence, c'est que Lavaine possède le sens du tempo et de la mise en valeur, et qu'il n'hésite pas à prolonger un même gag assez longtemps pour que celui-ci ne soit plus juste amusant, mais carrément tordant. Le moule-bite de Camping et le justaucorps de Disco ne faisaient pas le même effet : la différence, c'est qu'il y a là un vrai metteur en scène, qui pense ses effets sur le long terme au lieu d'aligner bêtement les gags.
Au centre de l'intrigue, un quiproquo, évidemment énorme, mais que Lavaine assume comme tel. Il crée alors un jeu de dupes permettant à l'humoriste de laisser libre cours à sa loufoquerie (son côté pique-assiettes cradingue fait penser au personnage de Rhys Ifans dans Notting Hill), sans pour autant reléguer les autres acteurs au second plan. Forcément un poil en retrait du fait de son rôle, Jocelyn Quivrin contribue pourtant à augmenter le capital sympathie de l'ensemble. Et Bénabar est une vraie révélation, pas un Hugh Grant français mais pas loin, capable d'être à la fois crédible dans le romantisme et dans le comique débridé. Impossible de se lasser ou de décrocher tant Lavaine parvient à donner du souffle et de l'éclat à des situations pas toujours neuves ; mieux, il parvient à faire régulièrement rebondir le fil scénaristique pour ne pas jouer la même gamme pendant une heure et demie.
Tout est donc réuni pour que l'on rie, et on rit : parce que les dialogues sont affûtés comme autant de punchlines décapantes ; parce que les acteurs s'en donnent à coeur joie (seule Virginie Hocq, qui n'est là que pour faire la grenouille, est un peu casse-bonbons) ; parce que ça tourne fréquemment au délire total (ah, le coupage de bois) avant de retomber savamment sur ses pattes ; et parce que ça prouve que certains français peuvent être aussi doués que leurs homologues britanniques ou américains lorsqu'il s'agit de faire dans la gaudriole de qualité. Vraiment étonnant.




Incognito d'Éric Lavaine. 1h34. Sortie : 29/04/2009.
Autre critique sur CineManiaC.

28 avr. 2009

X-MEN ORIGINS : WOLVERINE

La campagne de promotion de Wolverine avait quelque chose de pas net. D'abord tout ce foin à propos du million de personnes ayant téléchargé illégalement le film après la mise à disposition d'une copie pirate (et même pas terminée) sur Internet. Puis cette fanfaronnade sur le thème « malgré la piraterie, nous ferons 80 millions de dollars en un week-end parce que tout le monde veut voir notre film ». Et enfin l'annonce, quelques jours avant la sortie internationale du film, de l'existence de 3 fins alternatives (d'une minute environ) réparties de façon aléatoire dans les salles. Bref, du flan, du flan et encore du flan, soit tout pour faire oublier qu'au centre de tout ça se cache un film, donc une oeuvre d'art, le fruit du travail passionné et réfléchi d'une armée de gens compétents et ravis d'être là.
Car X-men origins : Wolverine est sans doute l'un des pires spin-off jamais vus, rivalisant sans mal avec un Elektra déjà pas brillant. Si tous les blockbusters sont plus ou moins des planches à billets, Wolverine n'est que ça : une machine à fric, peu soucieuse des exigences des fanboys ou d'une quelconque dignité artistique. C'est se moquer du monde que d'offrir à la planète entière un film si pauvre en misant absolument tout sur l'immense capital sympathie emmagasiné par son héros en trois films et un énorme tas de comics. L'un des responsables se nomme Gavin Hood, qui risque de surfer encore longtemps sur la vague du scandaleux Oscar du film étranger reçu par Mon nom est Tsotsi. Sa courte filmographie - où figure également le douteux Détention secrète - est révélatrice du manque de cervelle du bonhomme, qui se cachait jusqu'ici derrière des sujets "sérieux" pour masquer sa condition de tacheron sans âme. En parfaite adéquation avec ses films précédents, Wolverine confirme qu'il est de ces réalisateurs n'ayant aucun esprit critique vis-à-vis des scénarii qu'on leur confie, bouffeurs de pellicule sans recul ni ambition. D'une platitude affligeante avec son côté mauvaise série B des années 70, la mise en scène ne fait que surligner chaque défaut d'écriture - et ils sont fort nombreux.
Le script de David Benioff (24 heures avant la nuit, puis plus rien) et Skip Woods (Hitman, ah oui quand même) est caractérisé par sa volonté d'injecter beaucoup de matière dans un long-métrage de moins de deux heures. Résultat : la grande majorité des personnages de cette belle galerie - Deadpool (Ryan Reynolds) ou le Blob - n'existe quasiment jamais à l'écran. C'est un film Panini : les héros et les situations ressemblent à des vignettes collées dans l'ordre dans le seul but d'obtenir un album plus complet que le voisin. Ce remplissage empressé laisse l'impression d'un travail bâclé, où les enjeux proposés sont multiples - l'intro sur la jeunesse de Serval / Wolverine est ce qu'il y a de plus intéressant dans le film - mais où rien n'est traité. Dans ces conditions, on aurait préféré un gros blockbuster bien bourrin, avec Jackman jouant des griffes de bout en bout pour faire la nique aux méchants. Sauf que Wolverine n'assume jamais son statut de pur actioner et préfère laisser ses personnages débiter des kilomètres de dialogues absolument sans intérêt. On a un peu de peine pour ce Wolverine qu'on a tant aimé, et pour les quelques acteurs qui tentent de surnager mais s'ennuient autant que nous, de Hugh Jackman - sur lequel tout semble glisser - à un Liev Schreiber intense et pas loin d'être inquiétant.
2/10

27 avr. 2009

17 ANS ENCORE

Le point positif de 17 ans encore, c'est qu'il permet de passer 10 minutes avec Matthew Perry. Et puis hop, d'un coup d'un seul, le revoici qui retombe en enfance, et se retrouve avec la tête et le corps qu'il avait à 17 balais : ça, c'est Zac Efron, 22 ans en vérité, mais prêt à jouer éternellement les puceaux imberbes pour peu que ça fasse vendre des tickets, des calendriers et des pin's parlants chez les troupeaux de fans féminines qui s'accrochent à ses yeux vaguement bleutés. Rarement les adolescentes auront eu une idole aussi fadasse. Mais bref : comme Tom Hanks dans Big et un demi-milliard d'acteurs dans un demi-milliard d'autres films, voici donc l'adulte redevenu ado, l'occasion pour lui de changer quelques petites choses dans sa vie.
Réécrire son destin ? Se faire enfin une place au soleil ? Que nenni : si Mike O'Donnell profite bel et bien de cette régression inopinée, c'est uniquement pour tenter de remettre ses enfants dans le droit chemin. Son fils est un raté, sa fille sort (et couche ?) avec un futur beauf, et Mike va utiliser sa "nouvelle" apparence pour copiner avec eux et essayer de trouver un moyen de les remettre dans ce qu'il pense être le droit chemin. Soit une très mauvaise idée de scénario qui fait le film le plus pudibond et moraliste jamais tourné sur le sujet. On comprend la motivation du scénariste : que pour une fois l'adulte ne se serve pas de sa tronche d'ado uniquement pour rattraper sa jeunesse perdue. Malheureusement, la quête de ce père de famille ne crée aucune étincelle, et le fait qu'un jeune type mignonnet ait le mode de pensée d'un vieux con réac ne crée quasiment jamais de vraie situation comique. On attendait autre chose de Burr Steers, qui avec Igby proposait une vision autrement plus singulière de l'adolescence.
17 ans encore n'est donc qu'un simple véhicule pour prolonger encore un peu l'efronite aiguë qui s'est emparée de la planète. Trop kiffant, Zac qui joue au basket, kikoo, lol. Trop mortel, Zac qui drague de la MILF (car Mike essaie aussi de reconquérir sa femme), on peut même emmener sa mère si elle n'est pas trop futée. Pendant ce temps, Matthew Perry est relégué sur le banc de touche, et on attend désespérément son retour. Pas la peine de rester jusqu'au bout : il réapparaît une grosse minute, le temps pour le film de se terminer dans une avalanche de bons sentiments encore plus niais que tout ce qui précède.
2/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

26 avr. 2009

DRAGONBALL EVOLUTION

Doté d'un budget de 45 millions d'euros, Dragonball evolution (évolution ?) en a rapporté moins de 10 aux États-Unis, et peine à atteindre les 200.000 entrées en France. Cela méritait donc de se pencher sur ce problème épineux : mais pourquoi diable le film de James Wong est-il un tel bide ? L'oeuvre d'Akira Toriyama s'est toujours vendue comme des petits pains, la génération club Dorothée est en âge d'aller au cinéma sans ses parents, le réalisateur a montré son savoir-faire technique sur Destination finale 1 & 3... Mais, grands dieux, pourquoi tant d'indifférence ?
La réponse est on ne peut plus claire. Dragonball evolution est un film absolument nul, un ratage complet, un machin bâclé comme on pensait n'en voir qu'en France (à ce propos, avez-vous vu Humains ?). Et une hérésie totale si l'on en croit les fans de cette épopée mangaesque. Seulement voilà : le film de James Wong est tellement dépourvu d'âme qu'il est même difficile de s'en amuser, de se taper sur les cuisses en savourant son potentiel nanardesque. Dragonball evolution, c'est la platitude même, l'ennui permanent, la fadeur incarnée, même pas assez ridicule pour devenir un bon gros plaisir coupable. Il fallait le faire.
D'une durée de 70 minutes générique exclu, l'ensemble ressemble à un long chemin de croix au cours duquel rien ne retient l'attention plus de deux secondes (si ce n'est le décolleté de Jamie "Chi Chi" Chung, bientôt chez Zack Snyder). Les effets spéciaux sont consternants mais pas tout à fait assez ratés pour devenir délectables. Les scènes de combat sont filmées avec les pieds, mais si courtes qu'il est difficile d'entrer dans l'ambiance et de s'en amuser. Les acteurs sont translucides, à commencer par un Justin Chatwin pitoyable et un James Marsters ni effrayant ni grand guignolesque en Piccolo (qui ressemble au djinn de Wishmaster). Seul Chow Yun-fat fait le spectacle, et quel spectacle : il noue la joue façon de Funès et parviendrait presque à nous sortir de notre torpeur.
Voilà donc le problème : contrairement à d'autres navets du même type, Dragonball evolution ne figurera jamais dans la liste de ces nanars absolus qu'il convient de louer entre amis pour se taper une bonne crise de rire. Il risque plutôt de créer une franche déprime, voire un assoupissement collectif. C'est dire la faillite de James Wong, qui nous ferait presque regretter un type comme Uwe Boll, dont le traitement nettement plus outrancier et foireux aurait constitué l'assurance d'un bon moment.
1/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Une dernière séance ?)

LE SECRET DE LILY OWENS

Dans son premier quart d'heure, Le secret de Lily Owens (The secret life of bees en VO) fait naître un certain espoir. Après un prégénérique traumatisant montrant comment, à 4 ans, Lily Owens tua sa mère d'un coup de revolver, on plonge quelques années en avant pour la retrouver en phase de pré-adolescence, vivant seule avec un père violent et un rien sadique (de quoi détester le gruau de maïs à jamais) et une nourrice noire qui l'aide à s'en sortir tout en tentant de sauver sa propre peau. Il faut dire que ce sont les années 60, et que la Caroline du Sud n'est pas l'endroit le plus accueillant qui soit pour les gens de couleur... On se prend alors à rêver à un grand drame sur le racisme et l'enfance brisée, psychologiquement éprouvant mais finalement salvateur.
Ce film-là n'existera que dans nos rêves : très vite, Lily et sa nounou fuient la ville et se réfugient dans une sorte de maison du bonheur, pleine de gentils noirs avec le coeur sur la main. Lily y apprendra la vie, l'amour, l'apiculture. Quant au film, il plongera tête la première dans le manichéisme et le pathos. Le miel dont parle si souvent le personnage de Queen Latifah (remarquable) caractérise chaque plan, collant et sucré. La réalisatrice Gina Prince-Bythewood l'étale en long en large et en travers, le film s'étirant en longueur sans raison apparente. D'autant qu'il a perdu depuis longtemps sa dimension sociopolitique, la cause noire pouvant difficilement être défendue par un film aussi angélique et binaire.
Heureusement que les interprètes s'acquittent de leur tache avec une chaleur réconfortante : la pop idol Jennifer Hudson confirme son talent d'actrice, tout comme une Alicia Keys convaincante. Dakota Fanning est elle aussi idéale en petit poussin brisé par le monde des adultes. Moins chaleureux, Paul Bettany est extrêmement inquiétant en père indigne ; mais, comme les autres personnages "négatifs", il est longtemps tenu à l'écart de l'intrigue afin de ne pas abimer le gentil mélo en train de se construire. La résolution finale des problèmes de la jeune Lily confirme la tendance du film à plonger dans un optimisme béat qui colle mal au sujet.
4/10
(également publié sur Écran Large)

25 avr. 2009

LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE

En 1972, un petit malin du nom de Wes Craven sortait La dernière maison sur la gauche, son premier long-métrage. Le revoir aujourd'hui grâce à l'excellente édition de chez Wild Side est un plaisir sans cesse renouvelé : on y voit comment, en une heure vingt, Craven est devenu le père de toute une génération de cinéastes ô combien différents, de Rob Zombie à Michael Haneke. Sa Dernière maison était en effet une sorte de tragi-comédie gore aux accents réalistes dans lequel quatre personnes un peu frappadingues (dont une madame) séquestraient deux jeunes filles, avant de les violer, de les tuer et d'aller dormir (coïncidence) chez les parents de l'une d'entre elles. S'il n'y avait ce sujet, le film aurait pu passer pour un manifeste hippie, avec son éloge de la nature, sa musique guillerette et sa façon de mépriser les parents et de railler les forces de l'ordre. Un vrai délice.
Alors, quand un réalisateur grec est engagé sur la base de son premier (et certes très bon) film titré Hardcore pour réaliser le remake du film de Craven, il y a de quoi grincer les dents, le ton employé il y a une trentaine d'années ne collant décidément plus à notre époque. Mais Dennis Iliadis l'a bien compris : reprenant simplement la base de départ, La dernière maison sur la gauche se réapproprie totalement cette histoire, la racontant comme un fait divers totalement réaliste, avec son lot de détails et son obsession de la crédibilité. On est cette fois plus proche de Haneke que de Zombie, mais dans un aspect plus hollywoodien (sans le sens péjoratif : c'est juste qu'il s'agit tout de même d'un divertissement, ce que n'était pas Funny games). Le résultat est bigrement réussi : du haut de sa mise en scène ample et ne cherchant jamais l'effet horrifique (ce n'est pas un slasher), Iliadis transcende la glauquerie de la situation de départ et livre un film inconfortable et parfaitement crédible, qui ne subit aucune baisse de régime et maintient la tension jusqu'au générique final.
Le film pose très vite (dès l'introduction, en fait) une règle essentielle : il n'y aura pas de règles, ni de concessions. N'importe quel personnage peut être rudoyé, violenté ou pire, et ce de la façon la plus dégueulasse qui soit. Le prégénérique est totalement renversant car il nous montre que les vilains de cette histoire n'ont aucune morale et se régalent de faire le mal pour le mal. Aucune négociation ou intimidation n'est donc possible : seule la mort pourra éventuellement les arrêter. D'où une impression de danger permanent et d'insécurité totale. De façon assez miraculeuse, le film évite lieux communs et clichés pour nous plonger toujours plus profondément dans ce qui est avant tout un drame humain. Seule la dernière scène pourra éventuellement faire tiquer ; en tout cas, tout ce qui précède est irréprochable et terrifiant, en partie grâce à des acteurs passionnants. À commencer par les interprètes des parents, Monica Potter et Tony Goldwyn (vous savez, le méchant bellâtre de Ghost), qui créent une identification immédiate chez le spectateur. On n'est pas sûr d'avoir envie de revoir ça tout de suite, mais La dernière maison sur la gauche s'impose en tout cas comme l'un des remakes les plus essentiels qui soient, et sans doute comme un futur grand classique qui marque l'avènement d'un jeune prodige.
8/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

24 avr. 2009

STILL WALKING

En 2004, Hirokazu Kore-Eda nous faisait doucement chialer avec un Nobody knows aussi pudique que touchant, récompensé à cannes pour l'interprétation de son héros haut comme quatre pommes. Cinq ans plus tard (et après une épopée historique inédite dans nos salles), le revoici avec un drame intimiste au sujet éminemment classique (le sempiternel week-end en famille sur lequel plane un deuil), mais où le traitement fait toute la différence. Le cinéaste japonais fait preuve d'une telle délicatesse dans le trait que Still walking apparaît immédiatement comme un petit torrent d'émotionet de sincérité. Il tire grand bénéfice d'une galerie de personnages plus complexes qu'il n'y paraît, révélant leur véritable nature de façon progressive, par le biais de séquences presque anodines d'abord mais qui finissent par prendre sens et par montrer qu'il y a des plaies béantes derrière les sourires de façade.
Le grand-père (le seul à ne pas feindre d'être heureux) est muet comme une carpe, mais a sans doute beaucoup à dire à force d'emmagasiner ce qu'il a sur le coeur. La mamie s'agit dans tous les sens, comme bien d'autres grand-mères, et masque évidemment son chagrin derrière la nourriture et les anecdotes. Et tout le monde ou presque fait un effort pour tenter de passer de bons moments en famille, autour de repas démesurés et délicieux (Kore-Eda filme la bouffe, la façon de la préparer et la façon de la manger comme à peu près personne). Tel est le miracle de Still walking : nous faire passer deux heures à table mais sans avoir le droit de manger, entourés par des personnages pas forcément bavards ou n'échangeant rien de plus que quelques banalités.
Mais les apparences sont trompeuses : si l'on connaît dès le début la nature du deuil (la mort d'un frère par noyade, il y a tout de même quinze ans), une ombre semble planer sur la famille, comme une chape de plomb. Non, pas de révélation croustillante ou désarçonnante en perspective. Juste une modification patiente et chirurgicale du regard porté sur les membres de la famille, qui en quelques dialogues changeraient presque de visage. Ce film pratiquant la politesse du désespoir atteint alors quelques sommets de cruauté, même si l'ensemble ne vire jamais au jeu de massacre. C'est beau, c'est fort, et ça serait sans doute un grand film si Kore-Eda se lâchait un peu plus, s'il oubliait rien qu'une seconde son statut de cinéaste de la dignité, et qu'il daignait pleurer avec ses personnages ce frère trop tôt disparu. S'il n'atteint pas le niveau d'émotion de Nobody knows, Still walking est tout de même une oeuvre forte et vraiment pleine de style.
7/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

Top 5 : Benoît Poelvoorde

Cette semaine, Benoît Poelvoorde court après Coco dans Coco avant Chanel.



Top 5 des films avec Benoît Poelvoorde

01. Les portes de la gloire (2001)
Rares sont les acteurs capables d'incarner la médiocrité avec autant de naturel. Le rôle de Régis Demanet, fan absolu du Pont de la rivière Kwaï et petit chef pète-sec d'une bande de VRP en imper, affublé qui plus est d'un appendice sexuel à faire rougir Rocco, est une somme. Hilarant dans la moindre de ses réactions, jubilatoire dans chacun de ses travers, Demanet est aussi terriblement inquiétant lorsqu'il a les idées noires. Complexe et brillante, une comédie populaire très très très haut de gamme.


02. C'est arrivé près de chez vous (1992)
C'est là que tout a commencé, par ce faux doc sur un tueur impitoyable et bavard, adepte des poèmes sur les oiseaux, des cocktails improbables et des journées moules-frites. Intarissable sur son métier, imbuvable en tant qu'être humain, ce Ben-là est un personnage mémorable, dont l'humour noir glace le sang à chaque seconde. Délicieux et angoissant à la fois.


03. Selon Charlie (2006)
Le grand film malade de Nicole Garcia a permis de montrer que non seulement Poelvoorde avait toutes les capacités pour être un grand acteur dramatique, mais aussi qu'il sait se fondre dans la masse et ne pas tirer toute la couverture à lui lorsque c'est nécessaire. Au milieu d'une belle brochette d'acteurs plus rodés que lui, il est absolument touchant de toute cette galerie d'hommes, car sans doute le plus gauche.


04. Le vélo de Ghislain Lambert (2001)
Lorsqu'il est en forme, Philippe Harel livre des divertissements solides faisant preuve d'une inspiration inespérée. Le vélo de Ghislain Lambert est sa plus grande réussite, puisqu'il parvient à faire naître une vraie nostalgie... même chez ceux qui n'ont pas connu l'époque qu'il décrit. C'est aussi un cri d'amour, malgré le dopage et les magouilles, à un sport étonnamment populaire en France et aux alentours : le cyclisme, ses chutes, ses anecdotes, son anonymat. Réconfortant et addictif.


05. Cowboy (2007)
Daniel Piron, héros du Cowboy de Benoît Mariage, est le lien idéal entre les deux thématiques de la filmographie poelvoordienne : médiocrité et nostalgie. Mais, sans doute influencé par la dépression naissante de son interprète, celui-ci semble plus grave, plus désespéré, et finalement plus mûr que les précédents. Les gags et les répliques ont beau être toujours aussi percutants (ah, le bouillon cube), il se dégage de ce film une vraie poésie ainsi qu'une tristesse palpable, avec la mer du Nord pour dernier terrain vague.

23 avr. 2009

COCO AVANT CHANEL

S'écartant de son univers habituel (chabrolien et sensuel), Anne Fontaine est aux commandes de ce film... de commande, qui s'intéresse à l'époque où Coco Chanel s'appelait encore Gabrielle, orpheline multipliant les petits boulots tout en rêvant du grand monde. Coco n'aime pas spécialement les hommes, et le crie haut et fort : « ce que je préfère dans l'amour, c'est faire l'amour ; dommage qu'il faille un homme pour ça ». Visiblement Coco ignore l'existence d'autres variantes, mais c'est une autre histoire. Coco Chanel raconte donc comment cette future figure phare du monde de la mode s'est forgé ce caractère bien trempé et s'est mis en tête de révolutionner le quotidien de la femme en lui offrant liberté, oxygène, ampleur.
Problème : en un quart d'heure, tout est joué. On a parfaitement compris que les hommes sont des pourris doublés d'obsédés et que seul le travail importe ; que cette pauvre petite fille n'accepte d'être hébergée et lutinée par un riche compiégnois que pour en tirer un bénéfice social ; qu'elle ne va pas tarder à rencontrer l'amûûûûr, le vrai, celui qui fait fondre les coeurs les plus rocailleux. Cela se produira en effet un peu plus tard avec l'apparition d'un Alessandro Nivola à côté de ses baskets, si concentré sur son français assez impeccable qu'il en oublie un peu de jouer (c'est pourtant un acteur très intéressant). Fontaine étire alors qu près de deux heures une sorte de triangle amoureux joué d'avance, où le personnage de Benoît Poelvoorde (excellent) est le dindon de la farce, mais où les deux autres ne sont pas certains non plus de trouver leur compte.
Il y avait là tant de thèmes à exploiter, un manifeste féministe en puissance, une symphonie de tissus et de textures ne demandant qu'à être filmés, un drame passionnel au classicisme délicieusement suranné... Pourtant, comme tétanisée par le poids de la commande (et pressée par les producteurs afin de sortir le film avant celui de Jan Kounen, consacré à Coco pendant Chanel), Anne Fontaine n'en fait rien, cédant aux sirènes d'un biopic lisse, peu engageant, au filmage sans ampleur et au scénario sans idée. On en vient à se moquer de cette histoire et à rêver du film de Kounen, avec Anna Mouglalis et Mads Mikkelsen en Igor Stravinsky, qui sera irrémédiablement moins plat et plus profond que ce film ressemblant à une mise en images (et pas mise en scène) d'une double page de Point de vue - Images du monde. Vivement le retour d'Anne Fontaine à un style plus tortueux.
3/10

(autre critique sur In the mood for the cinema)

22 avr. 2009

ILS MOURRONT TOUS SAUF MOI !

Ils mourront tous sauf moi ! est une chronique sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte. Une de plus ? Pas du tout. Car les souvenirs de la jeune réalisatrice sont encore frais, et qu'elle parvient à atteindre une sorte de vérité absolue avec un minimum de moyens. Valeria Gaï Guermanika est une incroyable révélation, parvenant à redorer le blason d'un genre qu'on croyait usé jusqu'à la corde. Elle a l'intelligence de se limiter à un point de vue qu'elle connaît, celui des jeunes filles, les garçons n'étant que des personnages secondaires - mais indispensables à l'épanouissement de ces demoiselles.
Alcool, sexe, profs barbants, parents chiants : Ils mourront tous sauf moi ! ne prétend pas aborder des thèmes forcément neufs. C'est juste que le traitement est à la fois extrêmement drôle (pied de nez aux teen movies français, souvent aussi gras que sinistres) et d'une cruauté sans nom. Les ados, et particulièrement les filles puisque c'est à elles qu'on s'intéresse, sont des monuments de méchanceté, absolument ravis dès qu'ils ont la possibilité d'humilier un(e) camarade qui les indiffère ou les exaspère. Par les mots ou par les gestes (une scène de baston féminine juste tétanisante), et par l'entremise d'un filmage cru et réaliste, Guermanika saisit l'essence même d'un âge charnière où chacun peut devenir le roi de la basse-cour ou une sous-merde méprisable.
Même s'il ménage quelques moments de répit, notamment dans sa description de l'amitié des trois héroïnes (qui connaîtra cependant des hauts et des bas), le film est généralement impitoyable dans sa peinture de la société actuelle, montrant que les parents ne valent pas mieux que leur progéniture souvent livrée à elle-même. Alcool, plats peu ragoûtants et world music bruyante achèvent d'ancrer les situations dans un climat typiquement russe, stéréotypé sur le papier mais criant de vérité au final. À 23 ans, la réalisatrice fait preuve d'une absence d'illusions plombante, mais toujours nuancé par la vigueur de la mise en scène. Ça s'appelle la maturité.
8/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Tadah ! Blog)

Jeu-concours COMMIS D'OFFICE

À l'occasion de la sortie du film Commis d'office le 6 mai prochain, BAC Films me permet de faire gagner à 10 lecteurs de ce blog 2 places pour voir le film en salles. Pour cela, il vous faudra répondre à 3 questions sur l'acteur principal du film, Roschdy Zem, et prier ensuite pour qu'une main raide et froide comme la justice vienne choisir votre nom.
Envoyez donc vos 3 réponses, ainsi que votre adresse postale, à rob.raison@gmail.com. Clôture du concours mardi 5 mai à 22h.
À vous de jouer...







Question 1
Dans quel film d'André Téchiné son personnage se nomme-t-il Saïd ?

Question 2
Dans quel film joue-t-il un garde du corps ?

Question 3
Citer une actrice interprétant sa soeur dans Mauvaise foi.





Découvrez aussi le site officiel du film en cliquant ici.

21 avr. 2009

CELLE QUE J'AIME

Finalement, quand Élie Chouraqui écrivait des spectacles musicaux brise-tympans, c'était peut-être pas si mal. En mettant de côté Qu'est-ce qui fait courir David ?, son premier long, il n'a cessé d'enchaîner les oeuvres molles, consensuelles, ennuyeuses ; mais il semble s'être surpassé avec ce Celle que j'aime totalement désarmant. C'est qu'aucune comparaison n'est assez forte pour exprimer la nullité cosmique de l'ensemble, qui ferait passer n'importe quelle pub Groupama pour un chef d'oeuvre d'humour et de tendresse. Élie s'est juste surpassé, livrant un navet d'autant plus désespérant qu'il ne profite même pas du capital sympathie de son trio d'acteurs. Ceux-ci ont rarement été aussi mauvais, mais passeraient presque inaperçus tant le spectateur est occupé à compter le nombre d'invraisemblances, de raccourcis pourris, de rebonds scénaristiques ineptes et de blagues foirées qui jonchent le script comme autant de détritus.
Les trois personnes en France qui ont vu Si c'était lui... (avec déjà Marc Lavoine) comprendront la souffrance que cela représente : Celle que j'aime, c'est la même chose, en mille fois pire. Le jeune héros affirme avoir été frappé par le nouveau jules de sa mère afin de se débarrasser de lui ? C'est tellement rigolo qu'il est immédiatement pardonné. Le même jules est accusé d'infidélités suite à la découverte de préservatifs à la fraise dans sa boîte à gants ? Il prouvera son innocence en croquant une vraie fraise, fruit qui provoque chez lui un oedème de Quincke susceptible de le faire crever (et ça fera marrer tout le monde)... Deux ressorts dramatiques parmi tant d'autres, exécutés avec le premier degré d'un collégien attardé par un Chouraqui persuadé d'être le nouveau Francis Veber (même celui de La doublure est trop fort pour lui).
Le pire, c'est que chaque navrante étape de ce navrant scénario est soulignée, surlignée, encadrée mille fois afin de mettre le spectateur dans sa poche. Résultat : une leçon de tout ce qu'il ne faut pas faire question mise en scène, Chouraqui mêlant sans discernement des plans-séquences inutiles, des gros plans signifiants, des passages caméra à l'épaule (et vas-y que je zoome comme un ouf et que je dézoome encore plus vite)... une bonne grosse macédoine comme on en a rarement vu. Seul Humains, qui sort ce même mercredi, peut rivaliser pour le trophée de la pire réalisation de l'année.
Fort heureusement, le film dispose d'un atout de taille, qui le rendrait presque indispensable (notez le presque) pour une partie de la population : Barbara Schulz y passe son temps complètement nue, se baladant dans son appartement en tenue d'Ève qu'elle soit en compagnie de son fiston (Anton Balekdjian, pas si nul) ou de son amant. Nue, nue et re-nue, Barbara est la seule et unique bouffée de fraîcheur de ce film d'une lourdeur indescriptible, qui parvient à aller de plus en plus loin dans le pire, comme l'atteste un dernier plan juste génial. Il est beau, le cinéma français.
1/10

20 avr. 2009

L'IDIOT

Par manque de moyens et aussi par choix, Pierre Léon filme un petit morceau de l'oeuvre de Dostoievski : la fin de la première partie. À ce stade, il convient de rappeler que L'idiot est un roman, ce qui n'est absolument pas évident au vu du film : celui-ci ressemble en effet à une expérience de théâtre filmé. Avec la drôle d'impression de sentir où est la caméra, c'est-à-dire en plein milieu de la scène, pivotant régulièrement pour saisir les expressions des uns et des autres. Un peu gênant : on se sent en effet très à l'étroit dans ce petit salon, avec cette huitaine de personnages et toute cette technique entre eux. Tourné en vidéo et avec trois francs six sous, le film est bien moins beau que ne le laissaient penser les photos d'exploitation : le grain est laid, le rendu de l'image rudimentaire.
La technique ? Mais qui s'en soucie ? On comprend très vite que L'idiot, avec sa courte durée (1h01) et son drôle de non-rythme, n'est pas un film conventionnel. C'est une expérience, voulue comme telle, une quête de l'esprit dostoievskien, un marivaudage volontairement léthargique où les comédiens ont des gueules pas possibles. D'improbables barbus, de beaux mâles sortis de la cuisse de Jean-Pierre Léaud, et cette grande perche peu ordinaire qu'est Jeanne Balibar. Tout ce petit monde s'amuse à jouer à côté de la plaque, pas tout à fait comme au théâtre, pas tout à fait comme au cinéma. C'est un spectacle intemporel, d'abord truffé de monologues grandioses sur des choses banales, puis se concentrant sur les choses de l'amour, le tout tournant autour de la divine (?) Nastassia Philippovna, qui fait languir les hommes et joue un jeu cruel avec eux.
On pourra s'exalter ou s'emmerder copieusement, être réjoui ou affligé par le ton et la mise en scène (ou par son absence), trouver compréhensible ou non l'idée d'avoir adapté un pan de bouquin. Mais finalement peu importe : L'idiot est véritablement une expérience, un truc qu'on est content d'avoir vu comme on est content d'avoir fait telle ou telle attraction de la fête foraine. On ne peut nier sa totale désuétude ou le profond vide qu'il laisse derrière lui. Mais c'est presque ce qui fait le charme de cette oeuvre, qui fera peut-être fondre les connaisseurs de Dostoievski, dont le texte est paraît-il respecté à la virgule près. Tant mieux pour lui.
5/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Stardust memories)

RACHEL SE MARIE

Avec son titre façon comédie romantique, Rachel se marie a de quoi surprendre. C'est un vrai drame, tragi-comique sur les bords, dont l'héroïne ne s'appelle même pas Rachel. C'est d'ailleurs là tout le problème de cette famille ayant pourtant tout pour être heureuse : l'une des filles s'apprête à épouser un beau musicien, mais le principal sujet de conversation tourne pourtant autour de Kym, sa soeur, fraîchement sortie de rehab. Cette dernière, consciemment ou non, tire la couverture à elle en explicitant ses souffrances et en présentant ses excuses à la famille. Plane au-dessus de tout ce petit monde un trauma bien glauque qui ne tardera pas à être révélé au spectateur. Chacun tente de faire face, de trouver sa place dans la famille, de faire bonne figure au cours de ce week-end de fête.
Après une période difficile, Jonathan Demme nous revient en plutôt bonne forme, mettant toute son énergie au service d'une mise en scène presque trop dynamique. Sa caméra sauteuse a du charme mais finit par fatiguer à force de tourner autour des personnages, comme pour nous bien insister sur le fait qu'il s'agit d'un film indépendant (et donc caméra à l'épaule). Il dirige plutôt bien un casting forcément foisonnant, mené par une Anne Hathaway surprenante en ex (?) toxicomane. Bien loin de ses rôles habituellement lisses, elle livre une prestation intense, entre trash attitude et émotion brute (on l'avait quand même vue tester ce registre dans le moyen Jeux de gangs). Elle en fait même un peu trop, comme toutes ces actrices trop conscientes d'interpréter le rôle de leur vie. Il n'empêche que Rachel se marie lui doit beaucoup.
Car pour le reste, le film de Jonathan Demme peine à transformer ses intentions de montrer la famille sous un autre oeil, et se révèle finalement moins intense que des oeuvres pourtant moins ambitieuses comme Coup de foudre à Rhode island. Rachel se marie atteint épisodiquement des sommets d'intensité, mais c'est pour mieux replonger aussitôt dans un pathos maîtrisé mais un rien ennuyeux. Le film fait soit dans l'énergie, soit dans l'émotion, et ne rassemble que trop rarement ces deux registres. Il aurait fallu que ces cent dix minutes soient aussi intenses que la scène du concours de rangement de lave-vaisselle (oui oui), d'abord très drôle et ensuite très triste, pour qu'il devienne autre chose qu'un gentil petit drame façon Sundance.
6/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

19 avr. 2009

HUMAINS

On ne peut pas blâmer Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thevenin pour leurs patronymes (seuls les parents sont à incriminer). En revanche, ils sont les seuls et uniques responsables de ce splendide cadeau qu'est Humains, ultime crucifixion du film de genre made in France, nanar absolu créant une hilarité communicative chez chacun de ses spectateurs. Ce n'est pas joli joli de tirer sur une ambulance, mais c'est presque un devoir, pour le bien du cinéma français et pour la santé mentale de ses deux réalisateurs, que de chanter une bonne fois pour toutes la nullité absolue de ce film où rien, absolument rien n'est à sauver - allez, on préservera la petite Manon Tournier, qui échappe à peu près à l'épidémie de ridicule frappant le reste du casting.
Humains est malheureusement le genre de film dont on devine la destinée dès le premier plan : droit dans le mur. Sauf qu'on n'imagine pas encore à quel point. La première moitié du film est en effet sacrément mauvaise pour tout un tas de raisons, mais c'est la révélation médiane et tout ce qui suivra qui en scelleront définitivement le destin. Il est malheureusement impossible de trop en dire, sous peine de dévoiler ce rebondissement grandiose qui fait d'Humains ce qu'il est, soit un monument de plaisir coupable et de rires sous cape. Disons juste que rarement des sommets de grotesque auront été atteints de façon aussi éhontée. Plus le film avance et plus il ressemble à une parodie, alors qu'il se prend au contraire de plus en plus au sérieux, abandonnant progressivement les traits d'humour nazes mais régénérants qui le ponctuaient jusqu'alors.
Même sans ce coup de génie scénaristique, Humains aurait de toute façon connu le même sort. JOM & POT viennent des effets spéciaux, ce qui n'en fait ni des techniciens ni des artistes. La mise en scène est purement calamiteuse, avec ses plans approximatifs, son montage poussif et ses dizaines de fautes de raccord. Comme si le manque de moyens excusait l'absence d'un semblant de découpage des séquences. Résultat : les scènes d'action (l'inénarrable accident de voiture, la traversée d'un torrent tout miteux à l'aide d'une corde, ou les courses-poursuites de fin de film) ressemblent à un condensé de ce qu'il convient de ne pas faire lorsqu'on est un réalisateur qui se respecte. Simpliste, le scénario atomise les quelques belles idées qui ont dû motiver son écriture, la construction du film se résumant au final à une première partie mortellement ennuyeuse et d'une seconde moitié ahurissante de n'importe quoi.
Les acteurs semblent se demander ce qu'ils font là, n'étant jamais aussi convaincants que lorsque leurs personnages ont à exprimer leur lassitude et leur fatigue. Ils sont tous archi mauvais, à commencer par Lorànt Deutsch en Indiana Jones frenchie et surtout Sara Forestier en apprentie anthropologue (ouais, et moi je suis Michel Ciment). Possiblement excellent quand il est dompté, Dominique Pinon exprime par son cabotinage incessant la situation de totale roue libre vécue par des acteurs complètement paumés, mais qui s'escriment visiblement à mériter leur cachet. On ne peut pas continuer à critiquer Humains très longtemps sans en dire plus qu'il n'en faut ; il faut simplement savoir que c'est un film à voir à plusieurs, pour vivre un moment de rare communion et alimenter des heures et des heures de conversation sur ce spectacle en toc, ahurissant de bêtise, aussi pathétique que mal foutu, qui ménage son lot de scènes hilarantes. Le film d'aventure français (mais en est-ce vraiment un ?) n'en sort en tout cas pas grandi.
0/10

18 avr. 2009

SOIS SAGE

Il faut le dire, le redire, le reredire : Anaïs Demoustier est une actrice formidable, de celles qui à même pas 22 balais sont capables de porter un film entier sur leurs épaules. Dans Sois sage, elle est souvent seule à l'image, que son personnage sillonne la campagne en camionnette pour livrer aux villageois leur pain quotidien ou qu'il épie discrètement les faits et gestes d'un homme du coin. C'est en partie grâce à son magnétisme que l'on reste accroché de part en part à cette intrigue énigmatique, bien menée mais pas exempte de lieux communs, qui commence comme une comédie dramatique et continue comme un thriller potentiel.
Un genre auquel Juliette Garcias ne s'abandonne jamais vraiment, trop soucieuse de garder la mainmise sur des personnages complexes et maîtrisés. À commencer par cette fascinante Ève, minois de biche et idées noires, qui s'invente des vies amoureuses pour mieux cacher la vérité. Car Sois sage accouchera évidemment d'un trauma, un vrai, si sombre qu'il aurait pu faire basculer le film dans le n'importe quoi psychanalytique ou le jeu de massacre émotionnel. Il n'en est (quasiment) rien : le scénario fait preuve d'une jolie retenue qui est sans nul doute salvatrice.
Direction d'acteurs impeccable et script assez maîtrisé : la réalisatrice est décidément pleine de promesses. D'autant que la mise en scène, élégante et subtile, est également un sérieux atout. Garcias multiplie les tentatives, trébuche parfois, se relève toujours. Elle parvient à restituer des textures et sensations rares (la pâte qu'on pétrit, les escargots qu'on empoigne), crée la gène par de longues séquences silencieuses, bref, ne nous laisse jamais sans matière. Belle révélation à confirmer.
7/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Les irréductibles)

17 avr. 2009

NE ME LIBÉREZ PAS, JE M'EN CHARGE

Réalisatrice de fictions pesantes, très ancrées socialement, Fabienne Godet se tourne cette fois vers la case doc avec ce portrait de Michel Vaujour, petit gangster et surtout roi de l'évasion, qui s'est fait la belle cinq fois en 27 ans d'emprisonnement. L'ensemble est d'une extrême simplicité : assis dans sa salle à manger, filmé en très gros plan, Vaujour résume les grandes étapes de sa vie, respectant scrupuleusement la chronologie et ne s'autorisant que quelques digressions. Aussi passionnant soit son parcours, Ne me libérez pas, je m'en charge pâtit pourtant de cette absence caractérisée de style, de partis pris. Le cinéma est censé être un art, or il n'y a rien d'artistique là-dedans. Juste deux ou trois paysages pour faire joli ou marquer les transitions.
Très en retrait, Fabienne Godet semble peu directive et laisse Vaujour faire son propre film, tirer les fils de sa vie à la vitesse où il l'entend. On sent que ces dizaines d'années d'ascèse (17 ans en cellule d'isolement !) pèsent sur cet homme, véritable moulin à paroles qui pense à mille choses à la fois, ressasse des formules de son cru comme des mantras, nous sert une philosophie qui l'a sans doute aidé à survivre mais qui a également un côté indéniablement foireux. C'est à la fois la force et la limite du film : montrer que ce prétendu héros n'en est pas un, que c'est un homme archi ordinaire, détruit non seulement par la prison mais aussi et surtout par son mode de pensée tordu et parfois primaire.
Souvent agaçant, parfois émouvant, Vaujour n'est jamais aussi convaincant que quand il explique les circonstances de ses évasions, la minutie de la préparation, l'adrénaline du moment. Un rien admirative, Fabienne Godet laisse alors ses yeux briller, oubliant un temps la souffrance et le malheur que ce type a pu causer autour de lui tout au long de sa vie. Michel Vaujour ne sort pas grandi de ce film, mais il n'en sort pas non plus démoli, et c'est sans doute ce qui sauve cette oeuvre désorientée, qui aurait bien eu besoin d'un vrai cinéaste pour la porter.
5/10
(également publié sur Écran Large)

Top 5 : Tommy Lee Jones

Cette semaine, Tommy Lee Jones s'enfonce dans le bayou dans Dans la brume électrique.



Top 5 des films avec Tommy Lee Jones

01. No country for old men (2007)
Le génial roman de Cormac McCarthy (lisez aussi La route et L'obscurité du dehors) a trouvé ses hommes : les frères Coen, qui prouvent qu'une adaptation peut être à la fois ultra fidèle et extrêmement originale. Idéal dans son rôle de shérif renfrogné (il a toujours eu une gueule de shérif et a toujours été renfrogné), Jones est l'un des piliers d'un casting ahurissant, concourant à la réussite éclatante de cet éblouissant polar.


02. JFK (1991)
Comme souvent chez Oliver Stone, Jones ne fait que passer et repasser, broyé dans l'infernale machine stonienne, qui compresse, monte et remonte les images jusquà la nausée. Il n'empêche que JFK est l'une des plus grandes réussites de son réalisateur, qui trouve là l'équilibre idéal entre reconstitution sobre et théorie du complot. Paranoïaque, noir, déchirant, la splendide peinture d'une Amérique immortelle.


03. Men in black (1997)
Bien loin de sa pathétique suite, MiB est un divertissement de grande classe, aussi distingué et hilarant que ses deux héros. Ce buddy movie SF bénéficie en effet de l'une des meilleures idées de duo qui soit : opposer Will Smith, plus connu alors pour le rap et le Prince de Bel-air que pour le cinéma, et un Jones encore plus taciturne qu'à l'accoutumée. Dix ans après, les revoir une énième fois fait toujours aussi chaud au coeur.


04. Le fugitif (1993)
Quand un acteur parvient à décrocher l'Oscar pour un blockbuster aapparemment aussi commun que Le fugitif, c'est que 1) sa prestation est exceptionnelle ; 2) le film n'est pas si anodin. Et en effet : Le fugitif est non seulement un policier bien taillé, mais également un beau drame et un hommage vibrant à la série du même nom ; et il est de plus servi par un Harrison Ford habité et surtout un TLJ donnant tout son sens au mot tenacité. On devrait détester ce flic collant et désagréable, il se révèle étrangement attachant. ALors on applaudit.


05. Trois enterrements (2005)
Tommy Lee Jones + Guillermo Arriaga = un film dur, bougon et déconstruit, mêlant les personnalités des deux hommes dans un maelström d'influences, de sensations et d'émotions. Le duo formé par Jones et Barry Pepper est juste bouleversant, tout comme cette histoire qui ne gagne pas forcément à être morcelée.

16 avr. 2009

DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE

Réalisateur souvent acclamé, Bertrand Tavernier n'a pourtant rien produit d'exceptionnel depuis le début des années 80, fin de la période L'horloger de Saint-Paul / Le juge et l'assassin / Coup de torchon. Il s'est depuis enfermé dans une platitude que beaucoup ont pris pour du classicisme, traitant avec bien-pensance et démagogie un certain nombre de marronniers (c'est dur d'être un instit, c'est pénible d'être un flic, c'est chaud d'adopter un enfant). Autant dire que le voir s'enfuir aux États-Unis pour adapter un polar avec Tommy Lee Jones avait tout d'une excellente nouvelle, le projet ressemblant à une tentative de casser cette filmographie léthargique. S'il ne livre pas le film du siècle, Tavernier prouve cependant qu'il a de forts beaux restes et qu'il n'est jamais aussi bon que quand il est porté par une intrigue plutôt que par des intentions.
Et pourtant, avec Dans la brume électrique, c'est l'atmosphère qui prime, la brume des bayous de New Iberia étant le décor rêvé (et curieusement inexploité jusque là) pour un film noir. Tavernier la filme simplement, sans réel parti pris mais avec une certaine efficacité. Cependant, ses limites ne tardent à apparaître lorsqu'il s'agit de basculer dans l'onirisme, le héros voyant régulièrement apparaître devant lui un personnage mort depuis bien longtemps. Ce serait presque ridicule s'il n'y avait les yeux de Tommy Lee Jones, capables de vous faire croire à n'importe quoi. Du haut de sa présence exceptionnelle, l'acteur confirme qu'il prend de l'ampleur en prenant de l'âge. De Trois enterrements en Vallée d'Elah, il n'a jamais été aussi passionnant. Autour de lui, John Goodman, Peter Sarsgaard et Kelly Macdonald sont également convaincants.
Sur le fond, Dans la brume électrique ressemble un peu à The pledge, le fabuleux anti-polar de Sean Penn, où une séquence de course-poursuite pouvait très bien être encadrée par deux parties de pêche (tiens, ce sont les mêmes scénaristes). Ici aussi le film prend son temps, le flic vieillissant ayant besoin de boire un verre (sans alcool, attention) avec ceux qu'ils rencontre afin de mieux les cerner. Ce qui fonctionnait à plein tube chez Penn est ici un peu plus laborieux par endroits, même si les face-à-face Jones / Goodman sont juste délicieux, cruels et teintés de mauvais esprit. L'intrigue est suffisamment costaude pour nous promener pendant pas loin de deux heures, et la résolution pas idiote. Ce qui gène en fait, outre l'absence de rythme, c'est ce besoin vendu comme essentiel de plonger ce petit monde dans la Louisiane de l'après Katrina, comme si le passage de l'ouragan allait déterminer l'un ou l'autre des comportements des protagonistes. C'est aussi idiot que dans L'étrange histoire de Benjamin Button ou le dernier tube sans rime de Bénabar. La lourdeur est décidément le maître-mot de la carrière de Tavernier, dont il faut néanmoins souhaiter qu'il réitère ce genre d'expérience.
6/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

15 avr. 2009

ERREUR DE LA BANQUE EN VOTRE FAVEUR

Ils sont sympa, Munz et Bitton : ils font des comédies sympa, avec des sujets sympa et des acteurs sympa. Sympa, quoi. Sauf que, comme le démontre le début de cette critique, trop de sympa tue le sympa, rien ne pouvant faire oublier le caractère indigeste d'un scénario ou l'odeur de pourri de dialogues ayant dépassé la limite de péremption depuis un quart de siècle. La semi-foirade d'Erreur de la banque en votre faveur (joli titre) tient en partie au fait que le duo de réalisateurs avait déjà commis une comédie sur l'argent avec le très sympa (tiens donc) Ah! si j'étais riche. On y voyait déjà Jean-Pierre Darroussin sortir de sa vie ordinaire pour découvrir les joies du pognon tout en devant taire sa soudaine richesse. C'était un rien beauf, mais complètement charmant, et pas seulement grâce à la présence de Helena Noguerra en call-girl.
Ayant donc épuisé la plupart des ressorts d'un tel sujet, Munz et Bitton tombent rapidement dans la redite, et tombent alors dans plusieurs des pires travers de la comédie populaire française. D'une part, des digressions inutiles avec les histoires d'amour complètement factices des deux héros : la love affair cheveu-sur-la-soupe de JP Darroussin avec une mineure, et l'idylle plus sérieuse mais aussi mal traitée de Gégé Lanvin et de la mimi Barbara Schulz (qu'il vaut mieux aller voir dans le nullissime Celle que j'aime d'Élie Chouraqui car elle y passe son temps en tenue d'Ève). D'autre part, des dialogues usées jusqu'à l'os, du genre « - Y a de quoi se jeter par la fenêtre - Ouais mais t'habites au rez-de-chaussée », ou alors horriblement vulgos (on croirait que Jean-Claude Convenant a servi de script doctor). Au milieu, le spectateur est un peu gêné, et surtout fort ennuyé.
Car on s'emmerde sévèrement dans ce film aussi long que son titre, qui ne commence à enchaîner véritablement les rebondissements que dans une dernière demi-heure plus dynamique mais guère plus attrayante. Les personnages du film étant soigneusement étiquetés (les gentils, les méchants, et personne au milieu), on sait bien qui sortira vainqueur de cette bataille se menant à coups de virements bancaires. Au moins, dans Ah! si j'étais riche, il y avait un semblant de suspense. Finalement, on se contentera de la prestation façon minimum syndical mais certes pas désagréable du Lanvin - Darroussin, ainsi que celle du trop méconnu (mais bigrement sympa) Scali Delpeyrat. Puis on se détournera sans mal d'un film aussi exaltant qu'une partie de Monopoly.
3/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

14 avr. 2009

ADORATION

Très fraîchement accueilli lors du dernier festival de Cannes, le dernier Atom Egoyan constitue un retour au style et aux thèmes de ses premières oeuvres, quelque part entre Family viewing et Next of kin. À une notable différence près : l'avènement de l'internet, cette gigantesque toile rapidement devenue incontrôlable. Si son objectif premier reste la facilitation des échanges de ressources et d'informations, le web est aussi et surtout devenu une machine à fabriquer des monstres, petits Frankenstein pervers profitant de la frontière de l'écran ou du pseudo pour s'adonner à toutes sortes de jeux destructeurs. Une mine d'or pour le cinéaste canadien, qui sous couvert d'un film modeste parvient à en dire beaucoup sur le sujet.
Terrorisme, internet et création : au gré d'un scénario pas aussi simpliste que le laisserait penser n'importe quel résumé, Adoration crée un malaise immédiat et durable, qui va bien au-delà de la petite charge provoc anti nouvelles technologies. Imaginant un logiciel de discussion vidéo dans lequel le nombre d'interlocuteurs apparaissant à l'écran est quasi infini, Egoyan fait naître devant nos yeux un split screen tout bonnement effrayant, qui montre à quel point un simple mensonge peut en venir à ronger des milliers de crânes, a fortiori lorsqu'il est transcendé par le phénomène de groupe. Le jeune héros, Simon, offre un point de vue idéal sur l'ensemble car il est à la fois l'instigateur et la victime de ce qui se produit, à la fois dépassé par les évènements et parfaitement conscient d'être celui qui continue à alimenter le monstre.
L'ensemble est d'autant plus fascinant qu'à la vision de Simon s'ajoute celle de Sabine (Arsinée Khanjian, fabuleuse comme toujours), le professeur qui l'a plus ou moins poussé à se créer un passé fait d'un père terroriste et d'une mère kamikaze et enceinte. Le film interroge la responsabilité morale de l'artiste et décrit plusieurs niveaux de culpabilité avec une froideur constante mais absolument pas rebutante, d'autant que se noue dans la seconde partie un imbroglio énigmatique qui donne à reconsidérer l'ensemble. Si ce le grand metteur en scène qu'est Egoyan a certes déjà fait mieux par le passé, livrant régulièrement des films aussi complexes mais plus limpides, son Adoration mérite clairement que l'on s'y attarde, quitte à rejeter en bloc son aspect éminemment sélectif.
8/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

13 avr. 2009

UN ÉTÉ ITALIEN

Toujours là où on ne l'attend pas, Michael Winterbottom livre avec Un été italien ce qui est sans doute son film le plus beau et singulier qui soit, si limpide et réfléchi qu'on a du mal à croire que c'est le dix-septième film de son auteur en à peine quinze ans. Voici l'exemple même du film qui risque d'être desservi par son résumé le faisant ressembler au tout venant : travaillant avant tout sur la sensation, la perception et la déambulation, Winterbottom nous offre en fait un giallo version mélo, comme un remake du Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg sans le fantastique. Un spectacle magnétique et impressionnant, et sans doute la meilleure mise en scène du britannique.
S'ouvrant sur une scène de trauma d'autant plus soufflante qu'elle était casse-gueule, le film se dirige rapidement du côté de Gênes, où aura lieu le travail de deuil du héros et de ses deux filles. Celui-ci se déroule de façon bien particulière : sous le regard d'un père forcément inquiet, l'aînée découvre les garçons et se perd progressivement dans les méandres de la ville, tandis que la cadette s'égare elle aussi en suivant le fantôme fantasmé de sa mère disparue. La ville joue un rôle essentiel dans le développement des personnages, cette attirante station balnéaire se mouvant de façon intangible en un vecteur d'angoisses multiples, un piège qui ne dit pas son nom, avec ses ruelles sombres et ses innombrables recoins.
Sans jamais quitter son enveloppe de drame digne et émouvant, Un été italien entraine une légère accélération du rythme cardiaque, faisant naître une sorte d'intuition collective à propos de ce qui risque d'arriver aux personnages. Comme si la perte d'une mère ne pouvait qu'amener vers d'autres drames. Curieuse oeuvre sur le deuil, la mémoire et l'oubli, le film de Winterbottom est la preuve si nécessaire qu'il est possible aujourd'hui encore de faire du neuf avec du très vieux, à condition d'avoir un ton.
8/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Une dernière séance ?)

12 avr. 2009

PONYO SUR LA FALAISE

Comme Pixar, Ghibli est un studio d'animation dont il est impossible de dire du mal sous peine de s'attirer les foudres de hordes de fans assoiffés de jolies petites histoires et de jolis petits dessins bien coloriés. On ne présente plus Hayao Miyazaki, vache sacrée parmi les vaches sacrées, dont Ponyo sur la falaise est le dernier né. Après une série de prétendus chefs d'oeuvre (des aventures sympatoches et gentiment poétiques, tout au plus), le cinéaste japonais semble boucler la boucle avec ce film étonnamment modeste qui lui permet, semble-t-il, de retomber en enfance. Ponyo est peut-être son oeuvre la plus simple, sans doute aussi la plus sincère, débarrassé de l'esthétisme précieux et du blabla écolo (façon Yann Arthus-Bertrand) qui constiuent habituellement sa marque de fabrique.
Pour schématiser, Ponyo sur la falaise retrace l'étrange parcours d'une poissonne rouge (avec une tronche un peu humaine tout de même) qui se lie d'amitié avec un jeune garçon et se meut soudainement en petite fille après l'avoir pompé jusqu'au sang. Une sorte de Petite sirène version platonique (?), en somme, pour un résultat moins tarte que chez Disney, car se privant volontairement de la traditionnelle brochette de sidekicks rigolos. Ponyo réjouit par son minimalisme, se focalisant le plus souvent sur la splendide relation qui unit Ponyo et Sosuke. Parfaitement soulignée par la musique de Joe Hisashi (excellent compositeur dont c'est peut-être le travail le plus abouti), cette idylle risque de faire chavirer le coeur de tout un chacun, confirmant le fait que les plus belles histoires d'amour sont souvent les plus simples.
Moins sombre qu'à l'accoutumée, même dans ses aspects les plus dramatiques, Ponyo rejoint Mon voisin totoro au rang des films de Miyazaki destinés à absolument tous les publics. Les plus insensibles succomberont comme tout le monde au charme de Ponyo, la petite fille la plus mignonne du monde, dont chaque assoupissement est un moment de grâce. La beauté sans détour de cette petite héroïne parvient à faire oublier la laideur cosmique de certains passages, les couleurs façon gerbe et finalement la relative banalité du propos. Tout magicien soit-il, Miyazaki se fait vieux, et semble déconnecté du monde contemporain, de ses attentes et de ses émerveillements. Si son cinéma bénéficie d'une totale absence de calcul, il possède également quelque chose de passablement démodé, qui continuera néanmoins de charmer les plus bassement nostalgiques d'entre nous (et ils sont nombreux).
7/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

11 avr. 2009

En attendant le film #2 : Auprès de moi toujours / Never let me go

Auprès de moi toujours, c'est le titre d'une chanson qu'écoute en boucle Kath, une jeune fille vivant dans un pensionnat anglais. En apparence, elle et ses copains sont comme les autres : ils ont des amis, des hantises, des besoins matériels auxquels succèderont des besoins physiques... Seulement, Kath, Ruth, Tommy et les autres ne sont pas des ados ordinaires. Racontée des années plus tard par Kath, l'histoire met en lumière leur méconnaissance de l'extérieur, leur absence de famille, leur préparation à des rôles dont on ne sait rien d'autre que l'appellation (donneurs et accompagnants). L'idée de Kazuo Ishiguro (écrivain britannique auteur, entre autres, des Vestiges du jour), bien qu'on baigne dans le mystère, n'est pas de faire un livre en forme de point d'interrogation. On comprend rapidement Auprès de moi toujours s'affranchit de tout suspense, et qu'il n'existe que pour livrer une réflexion sur la condition de l'être vivant.
Le style est simple, tout comme les problématiques abordées dans les deux premiers tiers du roman : des histoires de cassette audio, de trousse, de garçons, d'art. S'il ne livre des informations qu'avec parcimonie, Ishiguro lève bien vite le voile sur la singularité de ses héros. Même s'il n'entrera jamais dans les détails, on comprend bien de quoi il retourne, et ce qu'implique leur condition. Difficile d'en dire davantage, si ce n'est que le roman est d'une lenteur assez exquise, d'une opacité étrangement attirante, et qu'il a tout pour donner un grand film - ou une oeuvre d'un ennui mortel.
Pour réussir ce pari, on peut compter sur Alex Garland, lui même romancier et auteur de scénarios comme La plage ou Sunshine. Cette fois, ce n'est pas Danny Boyle qui s'y colle, mais Mark Romanek, clippeur très estimé dont ce sera le deuxième long après Photo obsession. Subitement libre après avoir laissé The wolf man à Joe Johnston quelques jours avant le tournage, il a rapidement accepté de mettre en scène cette histoire belle, étrange et un peu inquiétante, pas évidente à mettre en images. Il faudra d'abord donner du rythme sous peine de livrer un film somnifère, mais l'essentiel n'est pas là : le roman laissant une grande place à l'indicible, l'immontrable, le film devra sans doute être plus frontal sans pour autant déflorer ces jolis mystères. Un défi fort complexe pour le réalisateur, Ishiguro étant très avare en détails.
Côté casting, Keira Nightley s'est engagée pour incarner Kath adulte, et pourra exploiter à loisir sa pâleur maigrichonne. Face à elle, Andrew Garfield (révélation de Boy A) et Carey Mulligan (Orgueil et préjugés) seront ses amis Tommy et Ruth. Le tournage débute en avril.
Pour finir, une précision et un ordre. La précision, c'est que la chanson Auprès de moi toujours (Never let me go en V.O.) n'existe que dans l'imaginaire de Kazuo Ishiguro, tout comme son interprète Judy Bridgewater. L'ordre, c'est de ne pas aller lire les résumés et articles sur le film à venir avant d'avoir lu le roman. Ça risquerait de gâcher le plaisir des cent premières pages.

Le livre : Auprès de moi toujours de Kazuo Ishigiro. Disponible en poche chez Folio. 441 pages. 7,60 euros.

Le film : Never let me go de Mark Romanek. Tournage en avril. Sortie non fixée.

10 avr. 2009

CHÉRI

On sait Stephen Frears fasciné par les films d'époque, le britannique ayant brillé dans ce domaine par le passé. Cette adaptation de Colette, avec en tête d'affiche une Michelle Pfeiffer sortie d'une mauvaise passe, avait donc quelque chose d'alléchant. Problème : en dépit du sérieux de son sujet, Chéri ressemble davantage à Madame Henderson présente qu'aux Liaisons dangereuses, confirmant l'inconstance d'un cinéaste trop touche à tout pour être cohérent. Retrouvant Christopher Hampton, scénariste des Liaisons, il accouche d'un tout petit drame, léché mais empesé, qui peine à transcender l'emprise de la passion qui étreint les deux héros.
Avec sa voix off faussement authentique et les gloussements perpétuels de ses personnages féminins, Chéri ressemble dès le début à une farce, alors que l'objectif est pourtant de décrire un amour tragique et déchirant. L'explication est toute simple : bien que de facture classique, le film semble étouffer sous les désirs de modernité de son réalisateur, qui aimerait parler à la fois aux lectrices de Colette et aux ados peu rompus à ce genre de cinéma. La construction du film et les raccourcis employés en sont une autre preuve. Après avoir bruyamment (et brièvement) mis en scène la naissance et l'idylle de ceux qui se surnomment Nounoune (en français dans le texte) et Chéri, Frears nous plonge dans des abîmes de perplexité lorsqu'il filme l'après rupture. Bon nombre de comédies romantiques, juste avant les retrouvailles finales et heureuses, montrent les deux amants, chacun de son côté, séparés par un malentendu ou un désaccord, la plupart dans un montage parallèle et musical. C'est exactement ce que fait Frears, mais sur une durée de trois quarts d'heure. De quoi donner envie de s'arracher les cheveux.
Quand ont finalement lieu les retrouvailles, c'est pour nous abreuver d'un dialogue assez pompeux sur le désir, le mérite et l'âge, provoquant un très mince regain d'intérêt pour une histoire extrêmement prévisible. L'ensemble se veut grave et cruel, mais seules les intentions apparaissent à l'écran. Fort heureusement, Michelle Pfeiffer est excellente dans la peau de l'ex courtisane vieillissante, son visage remodelé constituant un étrange atout pour le rôle. Face à elle, Rupert Friend est une petite révélation en dandy fantomatique, comme une sorte d'orlando Bloom avec du charisme. C'est pour eux, et uniquement pour eux, que l'on peut se frotter à ce Chéri bien pataud, où l'on peine à retrouver celui qui nous offrit jadis My beautiful laundrette ou High fidelity.
4/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Nightswimming)

Top 5 : Stephen Frears

Cette semaine, Stephen Frears se plante avec Chéri.



Top 5 des films de Stephen Frears

01. High fidelity (2000)
Condensé de pop culture, éloge de la mauvaise foi masculine, du pinaillage en règle, du snobisme du connaisseur. Prodigieuse description du célibat contemporain. Et, sans doute plus que tout, déclaration d'amour à la femme, aux femmes, masquant sous sa misogynie un message simple et bouleversant : sans vous, nous ne sommes rien. À voir, encore et encore, et encore, et encore.


02. My beautiful laundrette (1986)
À ses débuts, Frears fut aussi un grand cinéaste gay, comme en témoigne ce drame social sur deux hommes reprenant une laverie et tombant amoureux de l'un de l'autre. Par dessus tout, il est intéressé par la mixité, l'un des deux protagonistes étant d'origine pakistanaise. Beau, intense et violent, le film a révélé un certain Daniel Day-Lewis.


03. The hit (1984)
Tim Roth n'a pas attendu Pulp fiction pour se révéler : dix ans avant, il explosait déjà dans le trop méconnu The hit, brillant polar sous influence de Jim Thompson et autres grands noms du roman noir. Une vraie leçon de cinéma, sans doute le sommet de la mise en scène de Frears, et un final absolument inoubliable.


04. Les liaisons dangereuses (1989)
Autrefois, Frears savait manier la perversité, l'érotisme et les conventions avec autrement plus de style qu'aujourd'hui. Illuminé par un casting génial (Close, Malkovich, Pfeiffer, mais aussi Thurman et Reeves), l'adaptation du grand roman épistolaire est un régal de tous les instants, et le complément idéal du non moins excellent Valmont de Milos Forman, sorti un peu plus tard la même année.


05. Prick up your ears (1987)
Pour faire dans le raccourci un rien grossier, Prick up your ears est l'autre grand film homo de Stephen Frears, curieux mélange de marivaudage, de biopic (de l'auteur dramatique Joe Orton) et de drame passionnel (sa fin tragique étant annoncée dès le départ). Gary Oldman et Alfred Molina sont tout bonnement prodigieux, et donnent la profondeur nécessaire à ces deux amants maudits, qui firent du tumulte un art de vivre.

9 avr. 2009

VILLA AMALIA

Vingt ans que Benoît Jacquot travaille encore et encore le même personnage, celui d'une femme qui choisit délibérément de s'abandonner. À un lieu, une personne, une croyance. Pas étonnant qu'il ait choisi d'adapter le roman de Pascal Quignard, dont l'héroïne présente exactement le même profil. Musicienne renommée, en couple avec un type ordinaire qui la trompe, elle décide de lâcher prise et de se volatiliser, se séparant de tous ses biens et coupant tout contact avec ses connaissances. Toutes sauf une : Georges, ami d'enfance récemment retrouvé, qu'elle choisit comme garant de son projet, confiant à lui et lui seul les tenants et les aboutissants sa vie d'après. On a déjà vu des personnages tout plaquer pour changer de vie, et/ou quitter la matérialité du monde moderne pour aller vers le dénuement et donc la richesse intérieure. Ann n'a rien à voir avec eux : elle laisse tout derrière elle par lassitude, son seul projet étant, pour résumer trivialement, qu'on lui foute la paix. Elle finira par trouver un havre de paix (la villa Amalia du titre) où réaliser son idée.
Après une période d'errance stylistique, Jacquot a visiblement retrouvé du grain à moudre et met parfaitement en scène le drôle d'état dans lequel se trouve Ann, prise dans une lente phase de transition entre deux existences. À la vision angoissante d'un appartement blanc et vide comme l'enfer succèdera celle d'une mer bleue et calme, aux mouvement imperceptibles et hypnotiques. Pour autant, cette vision n'a rien de binaire : Villa Amalia ne nous fait jamais le coup du "c'est mieux ailleurs" et du dépliant touristique, montrant à travers le personnage de Jean-Hugues Anglade que malgré le changement, l'angoisse est toujours là. Isabelle Huppert est l'évidence même (presque trop) pour ce rôle de femme antipathique mais magnétique, renforçant le caractère inconfortable de ce curieux film qui réussit à poser une atmosphère par très petites touches. Certaines séquences sont bouclées en l'espace de trois plans, et bien bouclées. Preuve que derrière la caméra se trouve un excellent metteur en scène.
8/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Tadah ! Blog)

8 avr. 2009

WENDY & LUCY

En 2007, le Old joy de Kelly Reichardt nous cueillait par son ultra simplicité et par l'étrange flottement qu'il parvenait à créer de façon immédiate et pendant une heure quinze. Un objet déconcertant, singulier, irriguant l'audience de sa curieuse aura. Wendy & Lucy en est le prolongement évident, même si son utilité reste à prouver. Reichardt poursuit dans la même veine, c'est-à-dire deux personnages (ici, une fille et son chien) en balade, une voiture qu'on laisse sur le bas-côté et un voyage qui prend vite sens. L'argument central est toujours aussi fin : ici, le moteur principal du drame est la disparition soudaine du chien de Wendy, la mettant dans une détresse folle et la forçant à faire des pieds et des mains pour retrouver sa fidèle compagne.
Bien qu'extrêmement ténu, ce fil conducteur est sans doute ce qui empêche Wendy & Lucy de nous transporter qutant qu'Old joy, qui brillait par son absence de but, simple quête d'une existence dépouillée et rassérénante. Reichardt reprend peu ou prou les mêmes thèmes, dresse un éloge convaincant de l'immobilité, mais ne renoue jamais vraiment avec la magie passée. La prestation de Michelle Williams est à l'unisson : elle est assez irréprochable, mais exprime presque trop de sentiments pour un tel film. Un voyage intérieur n'a que faire d'un personnage de femme courage usée par la vie. Qu'elle se retrouve au commissariat, ou acculée par un garagiste arnaqueur, on a envie de la plaindre, sauf qu'on n'était pas venu pour ça.
Il ne faut cependant pas être trop dur avec ce Wendy & Lucy plein de qualités, dont la mise en scène épurée est un délice permanent, et qui dépeint l'Amérique d'en bas avec une modestie confondante. Qui n'a pas vu Old joy peut même s'y ruer, le film constituant une introduction épatante à son frère aîné, qui lui est définitivement supérieur et continuera longtemps à lui faire de l'ombre.
6/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Tadah ! Blog)

7 avr. 2009

MONSTRES CONTRE ALIENS

Chez DreamWorks, on continue à penser que de l'animation en 3D remplira toujours les salles étant donné que le spectateur n'est qu'un plouc bouffeur de pop-corn. Pendant ce temps, Pixar continue à marquer des points en sortant à intervalles réguliers des films dont la qualité technique n'a d'égale que l'imagination (pour un résumé en caricatures de la différence criante entre les deux studios, c'est ici). Conçu pour être projeté en 3D, Monstres contre aliens confirme cette tendance : pour le pauvre quidam venu voir le film dans des conditions classiques (c'est-à-dire sans lunettes rouges et vertes sur le nez), c'est un petit machin pas ennuyeux mais pas franchement transcendant.
Quelque part entre Les 4 fantastiques et Les irréductibles, Monstres contre aliens est cependant bien plus proche du premier que du deuxième. Le film se contente d'exploiter à des fins comiques les particularités physiques de ses personnages. À commencer par Bob, excellent blob tout bleu, aussi polymorphe que crétin. Ses diverses mésaventures et transformations ont de quoi amuser, tout comme celles de ses acolytes. C'est tout : l'ennuyeuse héroïne (rappelant la Femme de 50 pieds) est sacrifiée sur l'autel du récit, mille fois trop sérieuse et coincée pour un film de ce type. Quant à l'intrigue, elle est aussi simpliste et binaire que le titre l'indique, avec une mince bataille entre les gentils monstres et les méchants aliens. De quoi (presque) regretter Aliens vs. Predator.
Heureusement une fois encore que Bob est là pour faire marrer l'assemblée : son idylle avec un Jell-O est là pour nous maintenir éveillés. Pour le reste, c'est encéphalogramme plat, sourires épisodiques, exaltation zéro. Il paraîtrait que la séance en 3 dimensions rendrait le film beaucoup plus fun de bout en bout. Sans doute ; mais la version 2D est en tout cas bien décevante, indigne de la vaste campagne de promotion opérée un peu partout. En des temps où de petits bijoux simples façon Komaneko viennent fleurir nos salles, nul doute que les vrais fans d'animation auront mieux à faire.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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