28 févr. 2009

WATCHMEN - LES GARDIENS

Une fois n'est pas coutume : pour apprécier pleinement Watchmen, mieux vaut avoir lu - récemment si possible - le pavé d'Alan Moore et Dave Gibbons, oeuvre-somme sur une bande de super-héros vieillissants à qui on veut manifestement du mal. Qui n'a jamais mis le nez dans le comic aura sans doute bien du mal à se repérer dans ce film foisonnant, complexe, qui refuse la facilité afin de se conformer au mieux au matériau de base. C'est la grande qualité du film de Zack Snyder : son extrême fidélité. Le travail d'adaptation semble s'être résumé à un dégraissage conséquent destiné à faire entrer quatre cents pages sacrément denses dans un film de moins de trois heures. À l'arrivée, Watchmen le film est littéralement une mise en image de la BD, respectant tout la ligne narrative, n'oubliant aucun rebondissement, ne cherchant jamais le raccourci destiné à raccrocher le spectateur un peu paumé. À une fin près (la même, mais en différent), c'est une copie conforme et très fidèle. Trop peut-être : s'il n'est pas clairement indiqué, on sent le poids du chapitrage, notamment parce que l'on passe parfois dix minutes avec le même personnage avant de revenir aux autres. Cela provoque un léger déséquilibre, plus criant à l'écran qu'à l'écrit, mais n'affecte en rien le rythme et la personnalité de l'ensemble.
Le rythme, parlons-en : contrairement à une grande majorité de films de super-héros, Watchmen ne raconte pas un combat mené contre un gros vilain armé de mauvaises intentions. C'est la quête, parfois introspective, de quelques êtres à bout de souffle qui cherchent pourquoi on leur veut du mal. Le tout agrémenté de flashbacks, de monologues intérieurs, de digressions, comme un journal intime collectif. De l'action ? Il y en a, et sanglante en plus ; mais que personne n'espère se gaver de morceaux de bravoure, de poursuites en Watchmen-mobile et de duels ultimes avec le(s) méchant(s). De ce fait, qui n'est pas happé par l'univers risque de trouver le temps sacrément long : il faut faire l'effort de s'attacher à ces personnages bien sombres et de plonger dans cette ville poisseuse et sordide. Ce qui n'empêche pas l'humour : pour dédramatiser l'importance suprême de l'adaptation d'une oeuvre si vénérée, Snyder se permet d'en injecter pas mal, de façon parfois incongrue, comme une série de petites irrévérences destinées à rappeler que tout cela n'est que du cinéma. Cela n'a pas du plaire à Alan Moore, qui doit s'arracher la barbe devant des scènes comme celle où le Spectre Soyeux et le Hibou lutinent sur le Hallelujah de Leonard Cohen. De quoi faire s'évanouir un ou deux fans intégristes.
Globalement, donc, c'est un sans-faute : comme The dark knight l'été dernier, Watchmen est un film noir et politique, la différence étant qu'ici le contexte est on ne peut plus réel. Le film se déroule en effet sur fond de guerre froide et de menace nucléaire, l'ensemble étant très intimement lié à la destinée des Watchmen. Si dégraissage il y a eu (on passe un peu vite sur les opinions politiques douteuses de certains des prétendus héros), il a heureusement été pratiqué avec parcimonie, et l'ensemble a une résonance très actuelle (remplaçons le bloc soviétique par l'Iran, et le tour est joué). On aboutit parfois à une sorte de réalisme cru, dû à la haute qualité technique et artistique du film, qui rend tout extrêmement crédible.
Car Watchmen est aussi une réussite plastique, Snyder ayant su dilapider intelligemment son confortable budget. Mise en scène très carrée (ça manque tout de même d'un peu de génie), effets visuels irréprochables, costumes et décors idem. Et un casting qui, malingre sur le papier, révèle son vrai potentiel. Parmi les plus performants (ils le sont tous), Jackie Earle Haley est un fabuleux Rorschach et Malin Akerman un Spectre félin et explosif. Quant à Billy Crudup, bien relayé par les effets spéciaux, il campe un Dr. Manhattan totalement convaincant alors que ce n'était pas gagné : pensez donc, un type tout bleu, qui se balade souvent tout nu (oui, VRAIMENT tout nu) et peut changer de taille comme il l'entend... On y croit presque tout le temps, sauf peut-être lorsqu'il part désintégrer du Viêt-cong au son de la Chevauchée des Walkyries. Un petit côté too much qui est également l'une des marques de fabrique du film.
Sauf que le too much, le kitsch et le rococo étaient des éléments essentiels pour réussir une bonne adaptation d'un comic se déroulant principalement dans les années 70-80, et se caractérisant par des couleurs criardes et très souvent hideuses... Alors oui, à plus d'un endroit, l'imagerie du film peut sembler totalement ringarde, mais ce parti pris devient rapidement très agréable à condition de l'accepter dès le départ. D'une façon générale, il faut produire un certain effort pour aimer ce Watchmen, mais celui-ci vous le rendra au centuple. Profond, intense, multiple, attachant : voilà un film tout sauf fade, qui ne laissera personne indifférent, mais auquel manque il est vrai ce gros supplément d'âme et de tragique qui fait les chefs d'oeuvre. Étant donné les innombrables risques engendrés par ce projet ô combien casse-gueule, on se contentera allègrement de cet enthousiasmant concentré de pop culture.
8/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

Watchmen : dernières vidéos

Dernières vidéos en provenance des Watchmen : avec tout d'abord une vidéo à conseiller à qui ne connaît pas du tout (ou pas bien) ces héros. C'est une brève présentation qui permettra d'entrer plus facilement dans un film qui nécessite d'avoir des repères. La suite, c'est trois extraits du film, choisis de façon à ne rien révéler. Watchmen le film, c'est le 4 mars dans les salles ; Watchmen la critique, c'est ici même dans quelques heures.







27 févr. 2009

César™ 2009 : mes lauréats

Antoine de Caunes sera-t-il drôle cette année ? La cérémonie aura-t-elle un centième du chic du show des Oscar™ ? Telles sont les questions existentielles que soulève cette cérémonie des César™, dont la seule nouveauté est l'augmentation du nombre de nominations dans les catégories films. Une fois n'est pas coutume, la compétition est plutôt relevée, même s'il demeure quelques oublis inexplicables dans les catégories acteurs (la meilleure actrice sera un choix par défaut).
Voici donc mon palmarès perso, commandé comme celui des Oscar™ par Ecran Large (dont le palmarès se trouve ici).
Pour retrouver l'ensemble des nominations, direction In the mood for cinema...



Meilleur film
Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin
en vrai : Séraphine de Martin Provost

Meilleur réalisateur
Laurent Cantet (Entre les murs)
en vrai : Jean-François Richet (Mesrine : L'instinct de mort & L'ennemi public numéro 1)

Meilleur acteur
Jacques Gamblin (Le premier jour du reste de ta vie)
en vrai : Vincent Cassel (Mesrine : L'instinct de mort & L'ennemi public numéro 1)

Meilleure actrice
Sylvie Testud (Sagan)
en vrai : Yolande Moreau (Séraphine)

Meilleur acteur dans un second rôle
Benjamin Biolay (Stella)
en vrai :Jean-Paul Roussillon (Un conte de Noël)

Meilleure actrice dans un second rôle
Édith Scob (L'heure d'été)
en vrai :Elsa Zylberstein (Il y a longtemps que je t'aime)

Meilleur espoir masculin
Marc-André Grondin (Le premier jour du reste de ta vie)
en vrai : idem

Meilleur espoir féminin
Louise Bourgoin (La fille de Monaco)
en vrai : Déborah François (Le premier jour du reste de ta vie)

Meilleur scénario original
Emmanuel Bourdieu & Arnaud Desplechin (Un conte de Noël)
en vrai : Martin Provost (Séraphine)

Meilleure adaptation
François Bégaudeau, Robin Campillo & Laurent Cantet (Entre les murs)
en vrai : idem

Meilleure première oeuvre
Versailles de Pierre Schoeller
en vrai :Il y a longtemps que je t'aime de philippe Claudel

Meilleure musique
Sinclair (Le premier jour du reste de ta vie)
en vrai : Michael Galasso (Séraphine)

Meilleure photographie
Éric Gautier (Un conte de Noël)
en vrai : Laurent Brunet (Séraphine)

Meilleurs décors
Les enfants de Timpelbach
en vrai : Séraphine

Meilleurs costumes
Mesrine : L'instinct de mort & L'ennemi public numéro 1
en vrai : Séraphine

Meilleur son
Entre les murs
en vrai : Mesrine

Meilleur montage
Le premier jour du reste de ta vie
en vrai : idem

Meilleur film documentaire
Elle s'appelle Sabine de Sandrine Bonnaire
en vrai : Les plages d'Agnès d'Agnès Varda

Meilleur film étranger
Gomorra de Matteo Garrone
en vrai : Valse avec Bachir d'Ari Folman

Top 5 : Jacques Gamblin

Cette semaine, Jacques Gamblin s'appelle Noël Gentil, Émile Leullet et Denis Leprince dans Bellamy. Et ce soir, il concourt pour les César™. On croise les doigts pour lui.



Top 5 des films avec Jacques Gamblin

01. Le premier jour du reste de ta vie (2008)
Le petit miracle de 2008, comédie dramatique populaire ayant su trouver son public et le toucher au coeur. Dans le rôle du chef de famille, chauffeur de taxi clopeur, Gamblin trouve le juste milieu entre son côté lunaire et la surprenante gravité dont il peut faire preuve. Si ça n'était pas déjà pris, on l'appellerait bien le grand Jacques.


02. Mademoiselle (2001)
Une merveille de délicatesse, récit ciselé de la rencontre éphémère de deux êtres de passage (un improvisateur en tournée et une visiteuse médicale). Que ce soit avant ou après, jamais le sympathique Philippe Lioret n'aura atteint ce niveau de grâce. Un petit moment de flottement et d'allégresse, comme un voyage sur un nuage. Et un Gamblin forcément magique.


03. Kanzo senseï (1998)
Gamblin chez Shohei Imamura : une rencontre assez improbable pour un second rôle savoureux, celui d'un prisonnier hollandais se liant d'amitié avec le Docteur foie (traduction du titre) et menant de drôles d'expériences avec un microscope. On y retrouve une fois encore la marque de fabrique de l'acteur : douceur, légèreté, le tout dans une enveloppe de virilité. Chouette film.


04. Laissez-passer (2002)
Pourquoi s'agit-il du meilleur film de Bertrand Tavernier ? C'est parce que, pour une fois, son casting n'est pas outrageusement dominé par un cabotin ou une bête de somme (ces deux notions convergeant assez souvent). Embauché en dernière minute, Gamblin fait des merveilles dans le rôle d'un résistant apprenti cinéaste, formant avec Denis Podalydès un duo impeccable.


05. Au petit Marguery (1995)
Sans doute pas un chef d'oeuvre, mais l'un des premiers films ayant permis de découvrir Gamblin à sa juste valeur. Une oeuvre chorale inégale mais attachante, dans laquelle un restaurateur vieillissant (bouleversant Michel Aumont) reçoit toute sa famille pour célébrer la fermeture de son enseigne. À découvrir...

26 févr. 2009

DONNE-MOI LA MAIN

C'est l'histoire de de frères jumeaux qui marchent vers l'Espagne. Voilà. Donne-moi la main est un vrai road-movie, de ceux qui empruntent les chemins de traverse quitte à perdre un peu de temps en route. Pour son premier long, Pascal-Alex Vincent s'inspire du cinéma contemplatif japonais, faisant les choses avec simplicité mais non sans inventivité, bien aidé par une excellente bande originale. C'est malheureusement tout ce que l'on peut retenir d'un film qui ne manque de rien sauf de matière.
Malgré les bonnes intentions de l'auteur, Donne-moi la main ne fonctionne pas, et ce de bout en bout. Quand les deux héros ne marchent pas en silence, ils échangent des banalités, se battent comme des chiffonniers ou baisent avec les premières venues (ou les premiers venus). On a déjà vu programme aussi simple aboutir à des oeuvres puissamment belles ; manque ici l'étincelle qui permettrait que quelque chose se produise. Responsables numéro un (et deux) : les frères Carril, dont le jeu bien maladroit vient gâcher plus d'un moment potentiellement magnifique. Même lorsqu'ils observent le paysage en silence, on n'y croit pas.
Et puis on ne voit pas bien où le cinéaste veut en venir : les non-dits, l'implicite, c'est très bien, mais encore faut-il que le spectateur aie quelque chose à essayer d'interpréter, un minimum de grain à moudre ou de questions à se poser... Là, non. Définitivement, Donne-moi la main est l'histoire de deux types qui marchent vers l'Espagne, un point c'est tout. Heureusement, Pascal-Alex Vincent n'est pas le dernier pour filmer l'embrasement des corps (fort bien fichus avouons-le) des deux jeunes hommes. Du corps, justement, son film en manque, mais quelques années de maturation lui permettront peut-être de solidifier ce style encore bien fragile.
4/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

BELLAMY

Quinze ans que Claude Chabrol déçoit encore et encore, échouant à se renouveler et montrant des signes de vieillissement accéléré. Si Bellamy n'est pas le plus mauvais de ses derniers films, il accentue cette terrible impression d'essoufflement d'un cinéaste qui semble non seulement être resté bloqué dans les années 80, mais qui de plus a fait le tour de ses sujets de prédilection. De sa traditionielle peinture de la bourgeoisie, il ne reste plus que des miettes, tout ayant déjà été dit ailleurs - et en mieux. L'intrigue policière ayant elle aussi du plomb dans l'aile, Bellamy ne vaut que pour ses comédiens, qui s'en donnent à coeur joie malgré une façade un peu morose.
Pour son premier film avec un Chabrol qui a écrit le rôle pour lui, Gérard Depardieu est assez savoureux de bonhommie pantouflarde, commissaire casanier qui sort enfin de sa routine pour une dernière enquête. Le couple qu'il forme avec la douce Marie Bunel est l'un des vrais points forts d'un film sachant se faire tendrement vache. Quant à Jacques Gamblin, dans un rôle multiple pas franchement évident, il n'est visiblement pas aussi à l'aise que d'habitude mais joue habilement de son regard perçant. Cornillac fait du Cornillac, mais il le fait plutôt bien ici. Dommage que tous les efforts mis en oeuvre soient au service de cette toute petite intrigue dont on comprend difficilement qu'elle donne lieu à un film d'une heure cinquante.
Car on connaît quasiment les tenants et les aboutissants de l'enquête policière en à peine trois quarts d'heure, le reste n'étant que rabâchage et coupage de cheveux en quatre. Quant aux rapports conflictuels entre Bellamy et son frère, ils sont plus intéressants mais ne trouvent pas vraiment leur place dans l'ensemble. Heureusement que Bellamy est un Chabrol plutôt rigolard, tranchant avec le relatif sérieux de ses derniers films : cela permet de faire passer le temps plus vite, d'apprécier les échanges entre des acteurs ravis d'être là, et de dédramatiser le relatif échec du film à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. « Il y a toujours une autre histoire, il y a plus que ce que l'oeil peut saisir », nous dit le film en guise de conclusion. Seulement voilà : la seconde lecture envisagée par cette citation de W.H. Auden (poète et critique britannique, merci Wikipedia) semble bien difficile vu la maigreur du matériau de base.
4/10

(autre critique sur Tadah ! Blog)

25 févr. 2009

BOY A

En 1993, deux gamins de Liverpool kidnappaient et tuaient un garçon de 2 ans. Placés en prison et libérés en 2001, ils purent changer d'identité et de domicile afin de pouvoir vivre tranquilles. C'était sans compter sans une Angleterre vengeresse, bien décidée à traquer ces assassins sans relâche pour les massacrer comme elle l'entend. Pourchassés en permanence, les deux jeunes hommes ont fini par demander à retourner en prison pour y finir leur jour. Une requête rejetée par les autorités anglaises, mais qui aide à imaginer l'enfer quotidien que constitue leur tentative de réinsertion.
Si le héros de Boy A, rebaptisé Jack Burridge, n'envisage pas de retourner derrière les barreaux, ses antécédents sont semblables. Le film de John Crowley décrit la tentative de Jack de devenir un homme neuf, lavé de ses péchés, et à même de retrouver une existence presque normale. Presque : car à 24 ans, il découvre la vie avec une dizaine d'années de retard, complètement déconnecté de la société qui l'entoure. D'où des premiers pas difficiles avec la société en général et les filles en particulier - même si l'une d'entre elles semble vouloir le prendre sous son aile. Incarné par un Andrew Garfield prodigieux, Jack est un personnage blessé et touchant. On peut simplement regretter la complaisance d'une poignée de scènes qui en font un martyr alors que ce n'est pas le propos.
Épaulé par un tuteur protecteur et à l'écoute (fabuleux Peter Mullan), Jack finira pourtant par être rattrapé par son passé, victime d'un acharnement médiatique forcément dommageable. De ces séquences naît une vraie tension ainsi qu'une certaine désorientation transmise par le personnage principal, pour lequel la Terre entière ressemble à une zone de chasse où il serait le seul gibier. Dans ces conditions, même la fuite paraît bien vaine. Sans misérabilisme, à l'aide d'une mise en scène cotonneuse et délicate, John Crowley décrit cette vie terminée avant d'avoir commencé, cette parfaite impasse qui interpelle et émeut à la fois.
7/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Une dernière séance ?)

24 févr. 2009

NORD PARADIS

On a déjà vu sujet plus exotique : avec Nord paradis, Christophe Lamotte dresse le portrait d'une entreprise familiale (une casse située à Boulogne-sur-mer) et de ceux qui la font. Et s'attache un peu plus à une certaine Marie-Rose, chef de famille et chef d'entreprise, qui du haut de sa soixantaine fait vivre quatre générations. Nord Paradis, c'est la version urbaine des Profils paysans de Raymond Depardon : le travail y est une religion, se transmet le plus souvent des parents aux enfants, et constitue le seul et unique facteur de réussite sociale.
S'il s'agit bien d'un documentaire, le film de Lamotte présente tout de même une originalité : deux acteurs se sont glissés dans le casting. L'un, Jean-Michel Fête, joue le rôle de Christophe Lamotte, lui-même petit neveu de Marie-Rose, et peu enclin à se montrer face caméra. L'autre, Aurélia Petit (vue entre autres en collègue de Chabat et Bernal dans La science des rêves), incarne Aurélia, étudiante en sociologie venue préparer son mémoire. C'est donc elle qui remplit la fonction d'intervieweuse, même si le plus souvent il lui suffit de se montrer à l'écoute pour que ses interlocuteurs se mettent à lui raconter leur vie en long et en large. Le parti pris du réalisateur se révèle vite gênant, parce qu'on en vient à douter de l'authenticité des scènes ou apparaît l'un des deux comédiens (très bons au demeurant).
À condition d'accepter ce drôle de choix, Nord paradis est un doc assez saisissant sur cette dynastie pas-de-calaisienne. La première heure est la meilleure, chacun des membres de la boîte contribuant à faire le portrait de Marie-Rose sans que jamais elle n'apparaisse à l'écran ; la seconde est un peu moins passionnante, la matérialisation de la dame lui faisant soudain perdre une part de mystère. Mais le décor du film, une sorte de gigantesque cimetière des éléphants, est si plein de ressources qu'il est finalement impossible de s'y ennuyer. Ce Christophe Lamotte a du talent.
7/10
(également publié sur Écran Large)

Bande-annonce :

EDEN À L'OUEST

Cinéaste surcoté (ses films sont souvent chiants comme la mort et/ou complètement manichéens), Costa-Gavras nous revient avec un Eden à l'ouest heureusement meilleur que son précédent long, l'infâme Couperet. « Tous les films sont politiques », aime à répéter Gavras ; bizarrement, on ressent l'exacte impression inverse devant ce film cruellement dépourvu de profondeur politique. S'il fonctionne par endroits, c'est uniquement par son aspect film à suspense que le film parvient à convaincre. Servi par la prestation de Riccardo Scamarcio, impeccable en bête traquée, Eden à l'ouest débute en effet par la description de l'arrivée impromptue du héros dans un club de vacances, échoué là après avoir sauté d'un navire clandestin. C'est par une série de ruses et de coups du sort qu'il parviendra à se tirer des griffes de la police et à quitter ce lieu faisant office d'eden pour les autres mais d'enfer pour lui.
S'ensuit un voyage vers Paris, où notre héros pense pouvoir trouver du taf auprès d'un vague magicien qui lui a laissé sa carte. Là, le film perd son côté thriller, et du même coup tout son intérêt. Car Paris selon Gavras a tout d'un gigantesque cliché bien réac, tout comme sa description de la misère sociale du pauvre Elias. Quant au dénouement, il est à la fois prévisible et raté, le dernier plan surchargé de sens confirmant l'absence de finesse d'un réalisateur bien balourd.
Dommage : dans la première partie, outre son utilisation du club comme prison involontaire du héros, Eden à l'ouest montre également comment un physique peut tout changer. Elias est beau, et son allure fait craquer ces dames, dont certaines n'hésitent pas à l'aider plus que de raison pour s'attirer ses charmes. C'est dégueulasse, mais c'est probablement comme ça que ça se passe ; en tout cas, dans ces instants-là, le film convainc. En revanche, il ne dit absolument rien sur les immigrés clandestins, n'offrant ni constat ni interrogation. Le propos politique du film se résume en fait au second plan de certaines scènes : on y voit très régulièrement des équipes de journalistes, venues chercher çà et là du matériau pour leurs journaux, mais ne faisant absolument pas attention au drame humain se jouant devant elles. Idée acceptable, mais traitée une nouvelle fois d'une façon si pataude qu'on a à nouveau envie de dire à ce cher Costa d'arrêter une fois pour toutes de jouer les cinéastes à message.
5/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

23 févr. 2009

PUSH

Annoncé comme un nouveau Jumper, réalisé par le tacheron Paul McGuigan, massacré à sa sortie par le distributeur... Autant dire que Push partait avec plus d'un désavantage. Mais si le film n'a rien de bien révolutionnaire, il vaut pourtant bien mieux que cela, d'abord grâce à un scénario inventif et plutôt habile. La mise en place a de quoi surprendre : après un court flashback en ouverture, on entre de plein fouet dans l'action, confronté à différents types de surdoués (watchers, sniffers, etc.) sans rien connaître ni de leur passé, ni de la mythologie de leur "espèce". C'est un peu comme commencer à regarder Heroes en plein milieu de la première saison : il y a plein de personnages, plein de références, on ne comprend pas tout, et il y a de quoi se perdre.
Sauf que dans Push, égarer le spectateur est un sacerdoce, et le film parvient à faire naître un certain mystère de ses personnages, dont on ignore suffisamment de choses pour qu'ils conservent une vraie aura jusqu'au bout. D'autant que les dons des héros, principalement mentaux, n'imposent pas un grand nombre d'effets spéciaux, ce qui change assez agréablement des habitudes pyrotechniques de ce genre de film. On s'arrête là pour les compliments : car McGuigan reste un affreux yes man à la mise en scène malpropre et impersonnelle et à la direction d'acteurs approximative. Il faut dire que son casting de seconde zone (Camilla Belle, Djimon Hounsou, Dakota Fanning) n'avait pas vraiment de quoi faire des merveilles... Quoi qu'il en soit, Push reste un divertissement pas idiot, en tout cas moins que la moyenne des pop corn movies qui envahissent nos écrans à longueur d'année.
5/10

LE CODE A CHANGÉ

Pour ce qui est sans doute son moins mauvais film, Danièle Thompson opte une nouvelle fois pour une oeuvre collective, regroupant dix personnes autour d'un dîner (la onzième roue du carrosse étant reclue dans la chambre voisine). Encore un film choral ? Oui, certes, mais Danièle et Christopher, son co-auteur de fifils, ont opté pour une construction relativement élaborée qui donnent tout son attrait au Code a changé. Si ce fameux dîner constitue la charnière du film, on en verra non seulement les préparatifs, mais également, grâce à quelques flashforwards, la situation des personnages un an après. Un concept assez malin, propice à des sommets de perversité.
Sauf que les Thompson seront toujours les Thompson, et que Le code a changé pâtit comme leurs précédents films de la platitude des personnages croqués, du schématisme des situations et de la faiblesse d'une partie des dialogues. Si le film se fait moins agaçant que les autres, c'est parce qu'il bénéficie de l'abattage d'un certain nombre d'acteurs plutôt en forme, à commencer par l'épatant duo Patrick Chesnais - Pierre Arditi dans les trois meilleures scènes du film. Le reste, c'est principalement des répliques toutes faites (les "meilleures" sont dans la bande-annonce), des situations archi rebattues (amant dans le placard et polichinelle dans le tiroir), et une sorte de faux rythme un peu lénifiant.
Au final, Thompson & Thompson s'imposent de nouveau comme le pendant foireux du duo Jaoui-Bacri : le même côté donneur de leçons, mais la profondeur et le talent en moins. Coup de grâce : il y a dans l'ensemble un côté petit-bourgeois relativement insupportable, puisque le film voudrait nous faire pleurer sur le sort des médecins, des avocats et des entrepreneurs, qui appartiennent certes aux catégories les plus à plaindre par les temps qui courent. On oubliera ce message un peu puant pour ne retenir du film que les Chesnais, Arditi, Boon, Hands et Seigner qui l'empêchent d'être totalement antipathique.
3/10

22 févr. 2009

Oscar™ 2009 : mes lauréats

Soyons francs : on se fiche pas mal des Oscar™ officiels, qui seront remis dans le courant de la nuit. Qui a déjà regardé (comme moi) la cérémonie de bout en bout sait qu'à part quelques vignettes humoristiques toujours très réussies (prends-en de la graine, Antoine de Caunes), c'est long et chiant comme la pluie.
Non, ce qu'il y a de vraiment intéressant, c'est de créer son propre palmarès, de pester tout seul devant l'oubli scandaleux de telle ou telle nomination, ou d'être consterné par l'omniprésence de tel ou tel Benjamin Button film surcoté.
Alors voilà, modestement, mon palmarès, qui à l'origine m'a été demandé par le site Ecran Large afin d'accoucher du palmarès que voilà.
(profitez-en pour cliquer la jolie affiche détournée par les vilains gens de The dark knight)
Pour retrouver les nominations en détails, direction In the mood for cinema ; pour un résumé de la soirée, c'est chez CineManiaC que ça se passe.
[mise à jour : voir Harvey Milk a tout changé]

Meilleur film
Harvey Milk de Gus van Sant
en vrai : Slumdog millionaire

Meilleur réalisateur
Gus Van Sant (Harvey Milk)
en vrai : Danny Boyle (Slumdog millionaire)

Meilleur acteur
Sean Penn (Milk)
en vrai : idem

Meilleure actrice
Kate Winslet (Le liseur)
en vrai : idem

Meilleur acteur dans un second rôle
Heath Ledger (The dark knight)
en vrai : idem

Meilleure actrice dans un second rôle
Marisa Tomei (The wrestler)
en vrai : Penélope Cruz (Vicky Cristina Barcelona)

Meilleur scénario original
Lance Dustin Black (Milk)
en vrai : idem

Meilleur scénario adapté
David Hare (Le liseur)
en vrai : Simon Beaufoy (Slumdog millionaire)

Meilleure photographie
Wally Pfister (The dark knight)
en vrai : Anthony Dod Mantle (Slumdog millionaire)

Meilleur film d'animation
Wall-E
en vrai : idem

Meilleur film documentaire
Le funambule de James Marsh (bon, c'est le seul que j'ai vu, mais c'est excellent)
en vrai : idem

Meilleur film étranger
Entre les murs de Laurent Cantet
en vrai : Okuribito (Departures) de Yojiro Takita

Meilleurs décors, meilleurs costumes
Les noces rebelles
en vrai : L'étrange histoire de Benjamin Button / The duchess

Meilleurs maquillages
Hellboy II - les légions d'or maudites
en vrai : L'étrange histoire de Benjamin Button

Meilleur son, meilleur montage sonore, meilleure chanson, meilleure musique
Wall-E
en vrai : Slumdog millionaire / The dark knight / Slumdog millionaire / Slumdog millionaire

Meilleurs effets visuels
The dark knight
en vrai : L'étrange histoire de Benjamin Button

Meilleur court-métrage d'animation
Presto
en vrai : La maison en petits cubes

LA PANTHÈRE ROSE 2

Parti tourner une autre suite (La nuit au musée 2), Shawn Levy a laissé à Harald Zwart (Divine mais dangereuse) le soin de réaliser cette nouvelle Panthère rose, nouvelle occasion pour Peter Sellers et Blake Edwards de se retourner dans leurs tombes respectives. Le premier volet était déjà extrêmement navrant, mais celui bat tous les records, arrivant a être encore moins drôle et plus consternant.
Heureux soit Kevin Kline, qui a laissé le rôle de Dreyfus au pauvre John Cleese : il ne fait pas partie de cette longue liste d'acteurs venus se ridiculiser ici. Steve Martin continue à faire oublier qu'il fut l'un des types les plus drôles du monde ; Jean Reno poursuit une carrière sans fausse note (allez Jean, c'est bon, t'as de quoi payer tes impôts jusqu'à ta mort, maintenant trouve-toi de vrais films) ; Aishwarya Ray est encore plus nulle et tête-à-claques qu'à Bollywood ; Andy Garcia est aussi sinistre que dans les Ocean's... Seule la très mimi Emily Mortimer parvient à de très rares endroits à attendrir le spectateur.
Car sinon, c'est le zéro pointé : difficile de déterminer ce qui est le plus agaçant, de l'accent français de Clouseau (qui fait peut-être rire ailleurs, mais pas chez nous) ou de l'extrême prévisibilité de chaque gag (l'inspecteur dit un truc très sérieusement, l'exact contraire se produit, la plupart du temps en arrière-plan). À moins que ce ne soit l'inertie totale de la caméra de Zwart, qui fait passer son prédécesseur pour Billy Wilder. Il n'y a aucune raison de s'affliger ce spectacle tristement poussif, si ce n'est pour le plaisir de voir notre Johnny national sombrer encore un peu plus dans le ridicule en une poignée de scènes. Lui qui fut si séduisant dans L'homme du train, recevant même le prix Jean Gabin, fait désormais dans le fond de tiroir, multipliant les pubs indigentes et les apparitions calamiteuses. Si le personnage de Clouseau est destiné à railler la France, c'est bel et bien Johnny qui nous fait passer pour des moins que rien...
2/10

21 févr. 2009

35 RHUMS

Voilà une chronique, une vraie. Après une série de films élaborés et tortueux, le dernier Claire Denis pourrait presque être décrit comme un film où il ne se passe rien. Sauf que le « rien » en question s'appelle la vie, celle que Dutronc nomme madame l'existence. L'air de rien, par très petites touches, la cinéaste dresse un portrait collectif touchant et réaliste, qui réchauffe et remplit comme les 35 rhums du titre. Plus que jamais, elle se fait l'ambassadrice d'un cinéma de l'implicite, où le spectateur est invité à compléter lui-même sa vision de chaque personnage. On apprend peu de ces quatre-là, mais on devine tout un tas de choses sur eux, la complexité de leurs relations, le trouble de leur passé. Outre l'immeuble francilien dans lequel ils vivent, le point commun des personnages est qu'ils sont tous de passage, au sens propre comme au figuré. Pas étonnant si l'un des héros (oui, c'est le mot) est conducteur de RER et si une autre est chauffeur de taxi : du début à la fin, 35 rhums parle de transport, amoureux ou autre.
Et comment parler de transport sans montrer également le surplace, social ou affectif, qui les touche à un moment ou à un autre. Denis montre des personnages résignés mais pas désespérés, qui décident de ne pas subir la stagnation de leurs existences, mais au contraire d'en profiter. Par le biais de nombreuses scènes de bar, elle évoque la force de l'union, du métissage, sans pour autant faire de son film l'édifiante étude sociologique amorcée dans le premier quart d'heure (notamment par le biais d'un cours d'anthropologie). Là n'est pas la question : 35 rhums n'est pas une leçon de morale, mais un film sur ce qui fut appelé avec dédain la France d'en bas, ceux qui la font, ceux qui la vivent, avec parfois des bleus à l'âme mais en s'appuyant toujours sur du positif.
Portée par des interprètes juste exceptionnels (Venise aurait dû leur accorder une récompense collective), voilà une oeuvre qui prouve, si besoin était, que Claire Denis est l'un des rares piliers du cinéma hexagonal, capable de basculer dans la noirceur déconstruite au détour d'un film avant de s'ouvrir au monde dans le suivant. Avec toujours l'ambition d'un cinéma de qualité, porté l'air de rien par une écriture ciselée et une image étourdissante (ah, Agnès Godard). juste une très grande artiste, dont on devrait reparler d'ici peu, puisqu'un autre de ses films (tourné avant celui-ci) devrait sortir dans l'année.
8/10

(autre critique sur Tadah ! Blog)

20 févr. 2009

JOY DIVISION

Réalisateur du brillant Meeting people is easy, documentaire consacré à la tournée OK Computer menée par un Radiohead au triomphe morose, Grant Gee connaît donc la musique et récidive avec ce Joy division dont le titre est à la fois faussement évident et très significatif : Joy division est plus qu'un groupe, c'est une sorte d'entité, comme l'annonce la voix off ouvrant le film. Une entité entretenant une liaison quasi chimique avec la ville de Manchester, ses quartiers industriels et ses murs de briques. Sans jamais sombrer dans le coupage de cheveux en quatre ou l'analyse sociologique à deux balles, Gee offre un doc dont le décalage permanent est admirable de discrétion. On ne tombe jamais dans le simple "il était une fois", même si le dispositif est tout entier basé sur des images d'archives et des interviews menées en studio. Tout cela n'est qu'une base pour mieux expérimenter, raconter autrement, aller fouiller là où peu de cinéastes se seraient aventurés, tout en n'oubliant jamais de raconter Joy division.
Joy division et surtout Ian Curtis : car quels qu'aient été les efforts du réalisateur pour mettre tous les membres du groupe sur un même plan, le chanteur et donc (?) leader est évidemment sur le devant de la scène, tant par le génie dont il fit preuve que par le calvaire que fut son existence, tout cela étant forcément lié. Curtis raconté par les autres : voilà qui constitue le complément idéal du très beau Control, qui adoptait le plus souvent son point de vue. Même s'il ne perd jamais le fil de son récit (chronologique et exhaustif), Grant Gee semble parfois être entraîné par son propre film, ou plutôt par l'aura particulière de Ian Curtis, qui semble justement prendre le contrôle des opérations. Il se passe alors de drôles de choses à l'image, le réalisateur tentant toutes sortes de petites gimmicks visuels qui n'ont l'air de rien mais confèrent une vraie bizarrerie à l'ensemble.
Mais avant tout, Joy division est un vrai doc, qui en dit pas mal sur la courte existence de ce groupe mémorable. Jamais le film ne tombe dans l'éloge pure et simple des mancuniens, dont certains ne sont pas forcément dépeints de façon flatteuse ; et même lorsqu'il s'arrête sur des détails "techniques" comme la choix d'une pochette, le film le fait avec grâce, levant d'ailleurs le voile sur le mystère de la pochette d'Unknown pleasures reproduite sur l'affiche. De quoi donner envie d'écouter encore et encore ce groupe à l'existence presque éphémère, mais dont la musique résonne encore depuis le fin fond des rues de Manchester.
8/10

Top 5 : Marisa Tomei

Cette semaine, Marisa Tomei fait battre le coeur d'un catcheur cardiaque (et de spectateurs impressionnables) dans The wrestler.



Top 5 des films avec Marisa Tomei

01. Factotum (2005)
Quand un cinéaste norvégien (de qualité, certes) décide d'adapter Bukowski et engage Matt Dillon, il y a de quoi émettre quelques doutes. À l'écran, le résultat est juste ébouriffant, Bent Hamer ayant pleinement saisi le style bukowskien mais l'ayant dégraissé de la pointe de vulgarité too much qui pollue parfois l'oeuvre de ce grand bonhomme. Marisa Tomei y est, de loin, la Chinaski-girl la plus convaincante et la plus désirable.


02. 7h58 ce samedi-là (2007)
Cette toute petite gonzesse est capable d'être une immense femme fatale. L'ouverture de 7h58 ce samedi-là (Before the devil knows you're dead, c'est plus classe en VO) a de quoi donner des palpitations, et annonce clairement la couleur : c'est pour elle autant que pour l'argent que les frangins Hanson (Ethan Hawke & Philip Seymour Hoffman) vont se déchirer et franchir la ligne jaune.


03. In the bedroom (2002)
Là aussi, elle est l'initiatrice (involontaire ?) des évènements qui vont mettre à sac la famille Fowler. Dans ce drame tiré à quatre épingles, elle n'a qu'un second rôle, mais irradie une nouvelle fois l'écran. Quant à Sissy Spacek et Tom Wilkinson, ils trouvent vraisemblablement leurs meilleurs rôles ici.


04. Happy accidents (2001)
Il faut voir les films de Brad Anderson, souvent massacrés par les distributeurs mais toujours empreints d'une certaine marginalité teintée de fantastique. Happy accidents, par exemple, est une sorte de comédie romantique, mais légère différence : le héros masculin (Vincent d'Onofrio) y est complètement zarb. Bah oui, il se prend pour un extra-terrestre. À moins qu'il n'en soit vraiment un. Sautillante, frémissante, charmante et émouvante, cette oeuvre méconnue ne vaut donc pas que pour les merveilleux yeux mouillés d'une Marisa très touchante.


05. Mon cousin Vinny (1992)
Obtenir un Oscar pour un rôle dans une comédie avec Joe Pesci et Ralph Macchio ressemble à une sorte de défi improbable, voire même d'insulte à l'Académie. C'est pourtant la réalité, et le signe d'une prestation renversante (et, il est vrai, d'une concurrence assez modeste niveau nominations). Dans le rôle de Lisa, la petite amie forte en gueule (et carément canon, faut-il le préciser) de Vinny, la Tomei explose, participant très largement au succès surprise d'un film ne payant pas de mine.

19 févr. 2009

Z32

Attention : ceci n'est pas un doc de plus. C'est une fascinante réflexion sur la création, l'oeuvre documentaire et la mise en scène de la réalité. Z32 naît à la base de l'envie d'Avi Mograbi d'interroger un jeune israélien ayant participé à un crime de guerre. Mais le héros du film n'est pas le jeune homme : c'est le film lui-même, la façon dont il se fait, les questions qu'amènent les méthodes employées. Tout au long de Z32 (titre faisant référence au numéro du dossier du soldat), Mograbi n'a de cesse d'intervenir pour commenter les circonstances du tournage, ses intentions, ses doutes, les remarques de sa femme. Drôle de procédé ? Oui. Surtout si l'on ajoute que le réalisateur se filme régulièrement en train de chanter ses réflexions dans son salon, accompagné d'un orchestre.
Ce projet pouvant sembler aberrant sur le papier accouche pourtant d'une merveille de cohérence, une étude éthique de la condition de cinéaste documentaire. Quelles limites se fixer ? Laisser faire les choses et les gens, ou mettre en scène ? La fantaisie du réalisateur ne l'empêche pas de répondre à ces questions en profondeur, le sujet de base s'y prêtant parfaitement. Ne voulant pas risquer d'être reconnus, le jeune homme et sa fiancée sont d'abord floutés, puis dissimulés derrière des masques en 3D, ajoutés après le tournage. Procédé singulier pour assurer l'anonymat des sujets sans mettre au rebut toute ambition esthétique. Et bizarrerie supplémentaire à mettre au crédit du film : lorsque les personnages portent la main à leur visage, celle-ci passe étrangement "sous" celui-ci de par une imperfection technique dont on peut imaginer qu'elle est volontaire.
La petite limite de l'ensemble, c'est que le procédé est si fascinant qu'on en vient à se désintéresser du sujet premier du film. Celui-ci offre pourtant de belles interrogations, notamment dans les scènes mettant face-à-face le soldat et sa fiancée, celle-ci offrant un contrepoint moral déroutant pour celui qui avoue avoir pris plaisir à tuer. Malgré les masques, leurs regards ne trompent pas : ces deux-là s'aiment, mais peinent à retrouver leur harmonie d'antan, les évènements ayant creusé un fossé entre eux. Quand ils estiment en avoir assez fait pour Mograbi, ils décident d'éteindre la caméra, se faisant à la fois acteurs et moteurs d'un objet passionnant du début à la fin.
8/10
(également publié sur Écran Large)

18 févr. 2009

THE WRESTLER

Certes, Darren Aronofsky a délaissé les dispositifs élaborés de ses trois premiers longs. Mais The wrestler n’en demeure pas moins, à sa façon, un film bien étrange. Étrange et surtout improbable : comment parvenir à émouvoir avec un catcheur grotesque et boursouflé, un monstre de foire ? Laissant dubitatif sur le papier, le résultat ne cède guère de place au doute : voilà une belle et grande réussite, qui subjugue d’autant plus qu’on peine décidément à en comprendre l’alchimie.
La force du film, outré son apparente simplicité, c’est le double regard que porte Aronofsky sur son héros, Randy “The Ram” Robinson. Il y a la fois une tendre compassion pour ce type complètement paumé et un prodigieux dédain, jamais désagréable, pour cette guignolade mal déguisée en sport. Il y a de quoi être consterné par l’excès (réaliste) des combats dans lesquels Randy s’abime un peu plus à chaque fois, de coupures volontaires en plantage d’agrafes à même le corps. Sauf que c’est exactement dans ces moments que the Ram semble revivre, ou plutôt vivre, comme s’il avait besoin de passer par de telles extrémités pour se sentir exister. C’est à la fois terriblement désespérant et follement exaltant, le côté un peu factice de ces combats de catch n’en occultant pas les vrais dangers.
Des dangers qui se matérialiseront en cours de film avec l’attaque dont est victime Randy, et qui va le pousser – un temps en tout cas – à se ranger. Inexplicablement encore une fois, la partie concernant la retraite forcée du héros est aussi passionnante et intense que ce qui précède. Que Randy aille confier sa détresse à une strip-teaseuse qui l’a pris sous son aile (parce qu’elle sait l’écouter et parce qu’elle est quasiment la seule personne qu’il connaisse) ou qu’il tente de recoller les morceaux avec une fille trop longtemps délaissée, il est proprement pathétique, mais dans le sens le plus noble du terme. On a déjà vu ces personnages féminins ailleurs, mais ils semblent ici à la fois plus profonds et plus humains que jamais. Et les deux interprètes, Marisa Tomei et Evan Rachel Wood, sont juste parfaites.
C’est aussi le cas de Mickey Rourke, dont on n’en finit plus de dire que c’est le rôle de sa vie. Peut-être, peut-être pas ; en tout cas, il est bien difficile d’imaginer un autre que lui dans la peau de Randy Robinson, tant il semble porter en lui – physique cabossé, carrière au plus haut puis au plus bas – l’essence même du personnage. Son visage figé par le temps ne ressemble à aucun autre, même si l’émotion qui s’en dégage peut faire penser au meilleur de Takeshi Kitano, dont la paralysie partielle a curieusement affiné le jeu. Sous leur crinière blond crasseux, l’acteur et le catcheur ne font plus qu’un, et l’ultime baroud d’honneur de Randy vient nous cisailler le cœur, tant on s’est attaché à cet incroyable loser, digne et cabot à la fois. La fin, qui slalome savamment entre tous les écueils, est le véritable climax de ce très grand film définitivement empreint de mystère, qui confirme une fois pour toutes que le talent de Darren Aronofsky est celui d’un pur magicien.
9/10

(autre critique sur CineManiaC)

17 févr. 2009

LE SÉMINAIRE - CAMÉRA CAFÉ

Espace détente, premier film adapté du supra-attachant format court Caméra café, avait déçu. Trop de personnages à traiter en une heure et demie, au détriment du rythme et de l'élan comique. Quelques années après les adieux de la série (dont la petite soeur, La boîte du dessus, arrive très bientôt sur M6), pour le baroud d'honneur de leurs deux anti-héros, Bolloc'h et Solo semblaient avoir retenu la leçon, laissant à d'autres le soin d'écrire et réaliser ce Séminaire ne conservant que six (allez, sept) des personnages initiaux.
Ce dégraissage d'effectif est malheureusement la seule bonne idée d'une comédie proprement affligeante, qui ne renoue avec la bonhommie de Caméra café qu'à de très rares instants. Bien que donnant à voir plus d'une méthode farfelue (mais véridique, assurent les auteurs), les scènes de séminaire n'ont aucune force satirique, massacrées par un montage calamiteux. Si bien que tout finit toujours de la même façon : par une crise d'hystérie collective, qui n'a visiblement pas le même impact humoristique qu'en plan fixe et en format court. Même chose pour les séquences Paris by night, cruellement dépourvues d'inspiration.
Tout ici sent le produit bâclé et l'exploitation bassement mercantile, ce qui semble un rien surprenant de la part de types aussi sympathiques que les interprètes des cultissimes Dumont et Convenant. Zéro rythme, très peu de gags, et sans doute la réalisation la plus craspec de l'année, par un Charles Nemes qui n'a jamais été un foudre de guerre mais qui se surpasse ici. Tout juste peut-on se consoler avec quelques répliques convenantesques en diable (mais déjà entendues dans la série pour la plupart) ou avec l'enthousiasme corporate du toujours excellent Scali Delpeyrat. Le potentiel des autres est réduit à peau de chagrin, un sentiment qui étreindra les fans d'une série dont chaque épisode était à lui seul bien plus drôle que ce bien médiocre Séminaire.
2/10
(également publié sur Écran Large)

16 févr. 2009

LA LÉGENDE DE DESPEREAUX

S'il est adapté un best-seller jeunesse datant de 2003, La légende de Despereaux pâtit d'un énorme défaut : arriver après Souris city et surtout Ratatouille. On ne pourra s'empêcher de comparer ce film et celui de Brad Bird, d'autant qu'il y est non seulement question de rongeurs, mais aussi de cuisine. Une sombre histoire de soupe est en effet à l'origine du déferlement d'ennuis qui guette ce gentil petit royaume.
Évidemment, Despereaux n'atteint jamais les sommets pixariens, que ce soit techniquement ou narrativement. Mais, à l'image de son héros (une souris vraiment petite, même à l'échelle des souris), c'est une aventure mignonne et bigrement sympathique, qui véhicule des sentiments louables sans en faire des caisses (même si on peut finir par faire une overdose de voix off). Avec ses grandes oreilles tombantes et son inflexible témérité malgré sa petite taille, Despereaux est un personnage assez sensationnel, un vrai héros dont le goût de l'aventure est assez communicatif. On sent d'ailleurs toute l'admiration qui lui est portée par l'équipe, certains personnages secondaires semblant avoir été un peu négligés au bénéfice du héros.
Une précision s'impose tout de même : le film ne fait jamais dans la franche gaudriole, la malédiction qui frappe le royaume semblant avoir répandu une sinistrose ambiante. Si l'imperturbable sérieux de Despereaux est tout à fait charmant, la relative noirceur de l'ensemble - qui plus est mal relayée par une esthétique trop classique et lumineuse - a de quoi donner le cafard aux pauvres petits spectateurs venus absorber leur dose régulière de dessin animé. Sans être outrageusement déprimant, La légende de Despereaux a donc un petit côté tristoune, l'avantage étant que cela évite aux personnages de pousser la chansonnette toutes les deux secondes pour montrer leur allégresse.
6/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur L. aime le cinéma)

15 févr. 2009

GRAN TORINO

Les fans de Clint peuvent se frotter les mains : Gran Torino est le deuxième Eastwood à débarquer chez nous en à peine trois mois, par la magie des sorties différées. Frottage de mains supplémentaires : le revoici qui fait l'acteur, lui qu'on n'avait pas vu devant la caméra depuis Million dollar baby. Mais si c'est toujours un immense plaisir que de voir évoluer ce gigantesque acteur, il faut bien se rendre à l'évidence : Clint Eastwood vieillit, lentement mais sûrement, perdant peu à peu son punch d'antan. Gran Torino est en effet l'oeuvre d'un papy commençant à perdre la boule, et radotant sans arrêt les mêmes histoires, les mêmes lubies, le même cinéma. Comme le baroud d'honneur superflu d'un Dirty Harry refusant d'admettre qu'il est mûr pour l'hospice.
L'histoire est d'une simplicité enfantine : un veuf raciste et dur à cuire se retrouve contraint de protéger ses voisins asiatiques de la vilaine bande qui leur veut du mal. Auto-défense et tolérance mielleuse sont donc au menu de ce drame beaucoup trop schématique qui peine à masquer son manichéisme total. Ce Walt Kowalski a beau être méchant avec ses enfants, cracher de gros glaviots de cowboy et balancer des blagues racistes, il finira par se faire amadouer par ses gentils voisins et payer de sa personne pour les défendre. Rien de plus. On dirait un spot pour la campagne de John McCain : « on n'aime pas trop les étrangers, mais on est prêts à sortir nos fusils popur les défendre si d'autres étrangers les attaquent ». Si quelqu'un avait encore un doute sur les opinions politiques du monsieur, c'est désormais plus clair que clair : il est républicain tendance réac.
Plus agaçant encore, Gran Torino fait apparaître une faille dans une bonne partie de la filmographie (très recommandable au demeurant) du bonhomme : une fascination carrément débordante pour les martyrs en tous genres, ces héros perturbés par des armées de gens médiocres, et dont le destin est si tragique qu'on ne pourra que les plaindre jusqu'à leur dernier souffle. Une complaisance qui saute d'autant plus aux yeux lorsque le scénario est un peu faiblard. On se rappelle la dernière partie de Million dollar baby, pure hagiographie mêlant la famille consanguine de la boxeuse comateuse, la rage mal contenue du coach, et une séance d'euthanasie faussement digne. Sans atteindre de telles extrémités, Gran Torino reproduit ce schéma, les personnages secondaires et les situations ne semblent avoir été écrits que pour glorifier ce mec aux défauts finalement minimes - c'est vrai quoi, il est raciste et méprise l'humanité entière, mais comme il le fait avec humour, ça passe. En dépit de quelques scènes volontairement drôles (Clint renvoyant ses gosses à leur médiocrité avec un minimum de mots), Gran Torino apparaît comme un sérieux dérapage dans la carrière du réalisateur, même si on est évidemment ravi de voir que l'acteur n'est pas mort. Son jeu n'a en effet pas pris une ride, et comble plutôt bien l'ennui créé par ce film sans rythme ni attrait.
4/10
(sortie le 25 février)

(autre critique sur 100% cinéma)

14 févr. 2009

Watchmen : la vidéo du 'Keene act'

En 1977, la police se mit en grève pour protester contre l'omniprésence des Watchmen. L'assemblée vota alors le 'Keene act', demandant aux Gardiens de se faire recenser, façon de leur interdire d'exercer.
Comment ça je suis obsédé par les Watchmen ? Oui, un peu, certes.
Pour en savoir plus sur le 'Keene act', c'est en-dessous que ça se passe.
Allez, plus que 17 jours.
Gasp.


DOUTE

Le problème avec les adaptations de pièce de théâtre, c'est qu'elles ont très vite tendance à être dévorées par deux types d'excès. Soit le réalisateur en fait des caisses pour rendre l'ensemble moins statique, soit il s'enferme dans un total dénuement qui peut rendre l'ensemble austère et ennuyeux. Portant sa propre pièce à l'écran (il signe le scénario et la réalisation), John Patrick Shanley parvient à éviter ces deux écueils, trouvant dès le début le juste milieu. Doute est une oeuvre idéalement équilibrée, un vrai film de cinéma au sujet pour le moins passionnant. L'argument est placé sous le signe de l'ambiguïté, celle-ci caractérisant non seulement le prêtre incarné par Philip Seymour Hoffman, mais également les autres personnages, dont le positionnement par rapport aux évènements est parfois trouble.
L'une des nombreuses bonnes idées du film, c'est d'utiliser les pratiques religieuses de ses protagonistes comme un moyen pour eux de se détourner de la vérité, notamment grâce au secret de la confession. Pour autant, Shanley ne signe pas un réquisitoire à charge contre l'Église, qui aurait été beaucoup trop facile et surtout hors de propos. Mis à part ce pour quoi il est suspecté, le père Flynn est même plutôt sympathique (et c'est d'ailleurs là l'origine de ses ennuis). À l'inverse, si l'on met de côté sa détermination à découvrir la vérité, la soeur Aloysius (Meryl Streep) est un personnage tout sauf attachant, qui confond parfois rigueur et terreur. Des personnages assez fascinants, tout comme la troisième roue du carrosse, la jeune soeur James (Amy Adams) qui s'immisce dans le duel psychologique qui s'installe entre les deux héros, rendant le tout encore plus sinueux.
Porté par des dialogues en or, Doute avance sans temps mort jusqu'à une conclusion très satisfaisante, qui permet au film d'exister bien après le générique de fin. Si la construction fait penser aux pièces de David Mamet, Shanley s'en distingue par son refus de toute perversité superflue, ne jouant jamais au plus malin avec le spectateur, mais lui laissant le soin de juger et de tirer les conclusions qui s'imposent. Un seul défaut vient finalement émailler ce drame assez impeccable : mille excuses, mais Meryl Streep en fait un peu trop dans la peau de cette soeur Aloysius si rigide et austère qu'elle finit par ressembler à Cruella. On n'y croit jamais tout à fait, pas plus qu'au léger revirement final de son personnage. Contrairement à elle, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams sont pile dans le ton. Même les plus grandes actrices ont parfois des faiblesses...
7/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

13 févr. 2009

RICKY

Une campagne de promotion un peu étrange a fait passer le dernier François Ozon du statut de "film-avec-un-bébé-inquiétant" à "film-avec-un-bébé-qui-****" (ne dévoilons pas le principal ressort du scénario à ceux qui l'ignoreraient encore). C'est à la fois fort compréhensible et un peu regrettable, puisque cela montre que Ricky ne se résume pas à la singularité de son personnage principal tout en réduisant en miettes un début de film qui aurait dû être mystérieux. Autant dire que le film ne part pas du meilleur pied, ce qui se confirme dès les premières images. Adepte du mélange des genres, Ozon commence en effet son film comme un drame social sous-dardennien, avec son héroïne boutonneuse qui bosse à la chaîne pour un salaire de misère. Le prolétariat selon Ozon a quelque chose de complaisamment pathétique, et Ricky parvient à se rendre désagréable avant même d'entrer dans le vif de son sujet.
Après l'arrivée du bébé et une phase d'interrogation sur sa singularité, Ozon glisse comme annoncé vers la fable. Un genre souvent naïf, et même un peu schématique par la force des choses. Mais le scénario tend à décupler ces caractéristiques et à les rendre outrageantes, rappelant que l'auteur n'est jamais aussi mauvais que quand il se montre excessif. Conséquence : Alexandra Lamy a beau écarquiller les yeux de toutes ses forces, on n'est ni attendri ni bousculé par les évènements peu ordinaires qui se déroulent sous nos yeux.
Pire : en quelques scènes, le récit de Ricky bascule vers une métaphore quasi-christique, avec bain dans le fleuve en tenue blanche et regards bienveillants vers le ciel. S'il y a là-dedans un message, il est relativement incompréhensible (mais c'est peut-être mieux comme ça). Au final, si personne n'attendait d'Ozon qu'il livre un film prémâché incluant sa propre note d'intention, Ricky échoue à justifier son existence, et se résume à une unique idée de scénario. Celle-ci n'étant plus un mystère depuis quelques semaines, cela en réduit l'intérêt à néant ou presque...
3/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Les critiques clunysiennes)

Top 5 : Philip Seymour Hoffman

Cette semaine, Philip Seymour Hoffman sème le Doute : est-il oui ou non nu sous sa soutane ?



Top 5 des films avec Philip Seymour Hoffman

01. Punch-drunk love (2002)
Difficile d'oublier la colère mémorable poussée par ce vendeur de matelas un peu escroc sur les bords, dont les échanges téléphoniques avec un Adam Sandler cyclothymique vont rapidement tourner au pugilat verbal sous le signe du décibel. L'un des moments les plus hilarants de ce très grand petit film, comédie romantique absolue et incongrue.


02. Boogie nights (1997)
Paul Thomas Anderson squatte le haut du classement avec cette fresque moins scorsesienne qu'annoncé sur la naissance et le devenir d'une porno star fort membrée. Dirk Diggler (Mark Wahlberg) fait des émules, y compris parmi les hommes, puisqu'il est également la cible des fantasmes de Scotty J., pornophile mal dans sa peau auquel Hoffman donne idéalement corps.


03. Truman Capote (2005)
Alors, l'Oscar, mérité ou pas ? Oui, mille fois oui : s'il offre une version très Actor's studio de l'auteur de De sang-froid, l'acteur est si convaincant qu'il parvient non seulement à rendre tolérable la voix si particulière de Capote, mais également à en faire un personnage à l'hallucinant potentiel tragique, capable d'arracher des larmes et de motiver bien des réflexions.


04. Happiness (1998)
Ce rôle aurait pu lui coller à la peau jusqu'à la fin de sa vie et l'empêcher de multiplier les projets différents : Philip Seymour Hoffman a pourtant su se débarrasser d'Allen, obsédé sexuel fasciné par sa voisine incarnée par Lara Flynn Boyle. Soit l'un des personnages les plus réussis de cette géniale galerie d'êtres complexés et dégueulasses, de loin le meilleur film d'un Todd Solondz qui se mit ensuite à tourner à vide.


05. 7h58 ce samedi-là (2007)
Son personnage de pourri total est finalement assez semblable au bad guy de M:I-3 ; mais s'il est plus réussi, c'est non seulement parce qu'il est plus crédible (registre oblige) et plus dangereux pour les siens (braquer sa mère pour se faire la belle, faut quand même le faire). Rendu fou par une femme plus que fatale (Maria Tomei), Philip pète un plomb dans cet impeccable polar signant le retour en grâce de Sidney Lumet, gentil papy de 83 balais.

12 févr. 2009

MEILLEURES ENNEMIES

L'affiche promettait un combat de pelles à tarte, une guerre impitoyable entre deux mariées bien décidées à ce que LE grand jour soit le leur, et uniquement le leur. Mais disséquons un peu l'heure et demie que dure Bride wars.
Première demi-heure. Présentation des deux héroïnes, meilleures amies à la vie à la mort, plus obsédées par l'idée de se marier que par l'identité de l'époux en question (les hommes du film sont d'ailleurs sacrément transparents). Une robe parfaite, une cérémonie au Plaza, les petits fours idéaux, de quoi claquer dix ans d'économies pour un week-end. Mais c'est pas grave, parce qu'une alliance, c'est trop beau, quoi. Puis machin n°1 demande l'une en mariage, avant que machin n°2 ne le fasse également. La vie est belle, jusqu'à ce que l'organisatrice des deux mariages ne révèle son erreur : elle a placé les deux mariages le même jour, et ce de façon irréversible. Bilan de la première demi-heure : ennui mortel, à peine troublé par l'envie de lapider ces deux gonzesses hystériques.
Deuxième demi-heure. Comme, rappelons-le, rien n'est plus important que le mariage, les demoiselles se livrent à un échange de coups bas destinés à convaincre l'autre d'annuler ou déplacer sa cérémonie. Elles rivalisent d'inventivité : et vas-y que je te fais des cheveux bleus, et vas-y que je te donne un autobronzant surpuissant... Hilarant (d'autant que tout ce ci est dans la bande-annonce). Mais, au fait, l'amitié et l'amour, ça ne serait pas plus important que tout ? Ah si.
Dernière demi-heure. On tente de se réconcilier mais ça traine un peu, on termine les préparatifs, on pleurniche un peu sur sa meilleure-amie-qui-me-manque... Puis on se marie, finalement en même temps, après un dernier crêpage de chignon pour le spectacle. L'amour et l'amitié ont triomphé.
On vous épargnera le prologue, au moins aussi vide et stupide que ce qui précède : il n'est pas nécessaire pour comprendre que Meilleures ennemies est la comédie la plus balisée et avare en gags qui soit, son scénario ressemblant à une première mouture jetée vite fait bien fait sur une nappe en papier un soir de désoeuvrement. Pas drôle, ennuyeux, hystérique, le film fait passer les héroïnes de Sex and the city pour des emblèmes du féminisme absolument pas superficielles. N'importe qui a forcément mieux à faire que de perdre son temps avec ce genre de connerie qu'on ne qualifiera même pas de "film pour filles" tant ce serait là une insulte à toute la gent féminine.
1/10

11 févr. 2009

VENDREDI 13

Ni remake ni reboot, Vendredi 13 version 2009 est une suite en bonne et due forme, qui rappelle les antécédents des Voorhees mère et fils grâce à un court flashback avant de revenir dans le présent, soit 29 ans plus tard. Laissé à l'abandon en raison d'un passé trop chargé, le camp de Crystal Lake est de nouveau le théâtre des exaction de Jason, l'insubmersible psychopathe qui tue pour faire plaisir à sa défunte mère.
Auteur en 2003 d'un Massacre à la tronçonneuse fort en goût, Marcus Nispel semble emprunter la même voie royale, envoyant du lourd au gré d'un prégénérique extrêmement meurtrier. Le ton est donné : pas d'expectative, mais de la violence en veux-tu en voilà, beaucoup de viande froide, mais également des nanas topless - l'air de Crystal Lake est visiblement aphrodisiaque. Mais, après cette entrée en matière riche en hémoglobine, Vendredi 13 lève volontiers le pied histoire que Jason ait de quoi s'amuser jusqu'à la dernière bobine. Nispel déroule alors une série de scènes extrêmement balisées, mais traitées avec une indéniable efficacité.
Pas de quoi cependant s'agripper à son fauteuil plus que de raison : ce Jason-là manque un peu de personnalité (perversité ou redneck attitude) pour parvenir à susciter un malaise durable. Si le film maîtrise assez bien l'art de faire sursauter le spectateur, il échoue à installer une sensation d'effroi continu. Impression confirmée par l'emploi de la musique : trois notes aigues pour souligner chaque effet, puis plus rien entretemps. Décevant de la part d'un Nispel que l'on sait capable d'aller bien plus loin.
Mais peut-être le réalisateur allemand avait-il besoin de se racheter auprès des producteurs après l'échec de Pathfinder ? Si tel était l'objectif, c'est réussi : Vendredi 13 est un pur produit de consommation, de bonne facture mais cruellement dépourvu d'ambition esthétique ou horrifique. Pas sûr qu'il trouve sa place au panthéon des slashers des années 200, quelque part entre Massacre à la tronçonneuse et le Halloween de Rob Zombie...
5/10
(également publié sur Écran Large)

Sites à visiter : www.jasontue.com et www.voyagezavecnous.tv

LA PETITE FILLE DE LA TERRE NOIRE

Il conviendrait de parler de film mineur, mais cela ressemblerait à un vilain jeu de mots. On qualifiera plutôt La petite fille de la terre noire d'oeuvre modeste, pas tant par les moyens dont elle dispose que par le profil bas dont elle fait preuve à chaque image. Le coréen Jeon Soo-il a beau décrire la descente aux enfers d'une famille partant déjà de bien bas, il parvient à éviter tout misérabilisme, filmant l'ensemble avec une infinie délicatesse. Ce n'était pourtant pas évident avec des personnages pareils. Un père mineur contraint de stopper le travail en raison de problèmes de poumon et qui sombre peu à peu dans l'alcool. Son fils, né onze ans plutôt mais aux facultés proches de celle d'un enfant de trois ans. Et la soeur de ce dernier, la fameuse petite fille du film, héroïne de 9 ans qui tente de maintenir sa famille à flot. De quoi craindre un propos moraliste et misérabiliste, alors qu'il n'en est rien.
Car comme Jacques Doillon le fit dans Ponette (la Ponette en question étant encore bien plus jeune), le réalisateur épouse le regard de son héroïne, qui a à la fois conscience du drame qui se produit mais qui n'en saisit pas tout à fait la gravité, trop jeune pour réaliser que tout cela n'est pas vraiment normal. C'est ce décalage avec notre vision d'adulte qui produit ce petit miracle : malgré le sordide de certaines situations, c'est presque une impression de légèreté qui se dégage du film. Un temps en tout cas : car La petite fille de la terre noire a tout de même une vraie dimension sociale, montrant notamment que la perte d'un emploi peut conduire très rapidement à la rupture du lien social. Rongé par une santé précaire, abattu par le manque de moyens, le père perd pied, laissant sa progéniture livrée à elle-même. Jeon filme avec une simplicité très émouvante la détresse de cet homme perdu, qui transmet son manque d'illusions à des enfants sans grand espoir. Même s'il manque un peu d'élan dramatique, malgré un dénouement un peu trop évident, voilà un film extrêmement touchant, qui n'a sans doute pas volé son prix au festival de Deauville en 2008.
7/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Une dernière séance ?)

10 févr. 2009

CE QUE PENSENT LES HOMMES

Si Lelouch n'était pas passé par là, Ce que pensent les hommes aurait pu s'appeler Hommes femmes : mode d'emploi, puisque il ne s'agit pas uniquement d'explorer la cervelle des mecs. Ce guide de survie en milieu hostile est en fait adressé aux deux sexes, montrant d'une part que garçons et filles sont aussi tordus les uns que les autres, et d'autre part qu'il n'y a finalement aucune règle 100% fiable permettant de décrypter le comportement de la personne que l'on convoite.
Le film de Ken Kwapis met plus de deux heures pour arriver à cette conclusion pas franchement révolutionnaire. Mais peu importe, puisque la démonstration est drôle, fraîche et riche en exemples de toutes sortes. Voilà enfin un sujet qui méritait qu'on en fasse un film choral : c'est par la diversité des relations étudiées que Ce que pensent les hommes atteint une sorte d'universalité. Don Juan ou sainte nitouche, tout le monde s'y retrouvera.
Il faut évidemment accepter le caractère hollywoodien d'un film méga glamour, dans lequel tous les personnages sont beaux, bien habillés et propriétaires d'appartements décorés avec soin ; ceci fait, Ce que pensent les hommes est un divertissement assez délectable qui énonce plus d'une vérité sur le couple, notamment à travers le très mimi duo Ginnifer Goodwin - Justin Long, qui effectuent une jouissive approche comportementaliste du "il va me rappeler / il va pas me rappeler". Si toutes les histoires ne sont pas à la hauteur, si le film s'étend un peu trop sur certains faits (il y a un petit quart d'heure en trop), le ton est juste et les acteurs tous bons (oui, absolument tous).
Et puis, il faut bien l'avouer, le film déclenche un processus d'identification pour le moins grisant et permet d'assouvir quelques fantasmes par procuration. Comme celui de tromper Jennifer Connelly avec Scarlett Johansson, ou même de folâtrer avec l'une sous les yeux de l'autre... Assez soft côté sexe, Ce que pensent les hommes a pourtant ce petit côté aphrodisiaque qui en fait la comédie idéale à aller voir en charmante compagnie.
7/10
(également publié sur Écran Large)

9 févr. 2009

L'AUTRE

Pleine de promesses, cette histoire d'une femme grignotée par la jalousie, obsédée jour et nuit par la nouvelle compagne de celui auquel elle a pourtant rendu sa liberté... L'autre entend montrer ce glissement fascinant car presque imperceptible entre la normalité et une sorte de folie. C'est d'ailleurs ce que fait le début du film de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic, auteurs d'un Dancing pour le moins singulier. Les deux hommes filment avec grâce et inventivité les lumières urbaines enveloppant l'héroïne comme un cocon, et se refermant peu à peu sur elle comme un tombeau. Exigence formelle, finesse du trait, tension palpable : ça ressemble à du très bon cinéma d'auteur.
Problème : quand Anne-Marie se met à décrocher de la réalité, le film lui colle tellement aux basques qu'il finit par faire de même. Plus le temps tourne, et plus L'autre entre dans une frénésie psychique pouvant très facilement créer le rejet. Car l'autre en question, c'est non seulement cette femme qui la hante, mais également Anne-Marie elle-même, qui finit par se dédoubler à l'image. Résultat : tout finit comme annoncé dans l'introduction, avec papier journal sur les miroirs et coup de marteau sur la tempe. On aurait pu adhérer davantage si les réalisateurs avaient un temps délaissé un certain côté arty pour créer un minimum de compassion ou d'identification ; mais on reste désespérément à l'extérieur de cette spirale, un peu groggy devant la tournure pathétique prise par le film.
À Venise, Dominique Blanc avait reçu une coupe Volpi pour ce film. Un choix fort de la part du jury de Wim Wenders, qui a couronné une prestation fort risquée. Mais une décision contestable, tant l'actrice semble parfois plus ridicule que son personnage. Il y a une sorte de décalage assez flagrant (et assez inopportun) entre le physique de cette femme (une tête de poussin malade avec des yeux de chien battu) et sa voix trainante, qui voudrait être suave et excitante mais ne ressemble finalement qu'à celle d'Élise Lucet (la présentatrice du 13 heures qui s'attarde une minute sur chaque voyelle). Résultat : non seulement il est difficile (et de plus en plus) de croire au personnage, mais il devient juste impossible de ne pas se focaliser sur certaines répliques franchement mal jouées. Un défaut rédhibitoire pour un film déjà pas évident à apprivoiser.
4/10

(autre critique sur Tadah ! Blog)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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