Étrange : alors que ses deux premiers films - La route et The proposition, qui date de 2007 - sont sortis en France à quinze jours d'intervalle, voilà de nombreux mois que l'on entend parler de John Hillcoat comme d'une référence absolue en matière de cinéma indépendant, sans concession et à hauteur d'homme. Tout cela sans même avoir vu le moindre petit morceau de son travail. Maintenant que les deux sont sortis, il conviendrait de remettre les choses à plat : non, John Hillcoat n'est pas manchot ; non, il n'est pas non plus un cinéaste génial. Bien que tout à fait honorable, The proposition n'a absolument rien du grand western crépusculaire et introspectif annoncé. Voilà, c'est dit.Le problème du scénario écrit par Nick Cave, c'est que ses intentions semblent gravées dans le marbre dès les dix premières minutes. Pas compliqué de deviner que les vilains vont finir par montrer une facette beaucoup plus positive tandis que les beaux héros vont révéler leur part de ténèbres, tout cela au service d'une conclusion sur le mode "tous pourris, tous humains". Génial. Et puis, disons-le enfin, cette manie de prendre le genre western pour le transformer en alibi existentialiste commence à être tellement systématique qu'elle en devient franchement agaçante. Les premiers cinéastes qui ont eu l'idée de transformer un potentiel western en oeuvre contemplative imaginaient-ils qu'ils seraient ensuite copiés indéfiniment par des petits malins pensant avoir trouvé la recette pour séduire une certaine partie du public et l'ensemble de la critique ?
Reste que The proposition, rien que pour son casting proprement magistral, vaut tout à fait le détour. Les Danny Huston, Guy Pearce, Ray Winstone et autres effectuent de véritables propositions - justement - artistiques qui emmènent effectivement le film vers autre chose. C'est en partie grâce à eux que le lyrisme et la gravité du film finissent par prendre le dessus sur un certain ennui poli. The proposition est un film qu'il est branché d'aimer mais qu'il est difficile de véritablement apprécier, notamment parce qu'entrer dans l'intrigue et dans l'ambiance est relativement difficile. Du minimalisme au toc, il n'y a qu'un pas : Hillcoat slalome longtemps entre les deux avant de montrer en effet de quoi il est capable. Sa façon de traiter notamment les aborigènes montrent qu'il est capable de courage et de délicatesse. Ne reste plus qu'à confirmer cela sur un film entier, et pas sur quelques pans très recommandables mais bien insuffisants.

The proposition de John Hillcoat. 1h33. Sortie : 16/12/2009.



















1 commentaire(s):
Heureusement que y'en a des qui sont là pour remettre les choses à plat !!! sinon comment on se ferait une idée ?
Bon je ne l'ai pas encore vu celui-là mais je m'y précipiterai parce que le western c'est ma madeleine qu'il vienne d'ici ou d'ailleurs d'ailleurs !
Je considère que j'ai une chance inouïe de ne rien lire avant de voir un film (sauf ta prose de grand manitou qui me fait bien rire quand même parfois le matin de potronminet du ptit déj... je dois te le dire !).
Et le GrAvatar, tu trouves ça chébran, révolutionnaire ou t'es qu'un pauv' réac comme moi qui fait rien qu'à pas croire à la révolution des lunettes !
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