26 déc. 2009

PLEIN SUD

Ça commence relativement bien : après une courte scène d'échographie - l'héroïne est enceinte même si ça ne sert à rien dans le récit -, Léa Seydoux entame une danse lascive en bikini. Le générique sonne pop, le spectateur bave, mais au contraire du personnage de Yannick Rénier, désespérément indifférent. Elle finira à califourchon sur lui pour une dernière tentative d'allumage, puis abandonnera sans comprendre pourquoi elle, la bombe sexuelle, ne crée aucune excitation chez ce garçon. Il faudra pas loin d'une heure pour qu'arrive une réponse que tout le monde, sauf apparemment les personnages, semblait avoir deviné dès le début. Ce n'est qu'une toute petite idée de l'affligeant degré de non-écriture de ce Plein sud qui carbure aux clichés et aux dialogues moisis. Mieux vaut prendre le parti d'en rire, sans quoi le voyage semblera interminable.
Nos quatre héros filent donc vers le sud dans une vieille Ford, histoire de changer d'air et, pour l'un d'entre eux, de gagner l'Espagne pour régler ses comptes avec sa pourriture de génitrice. On nous expliquera son trauma au gré de flashbacks d'abord très respectables - la scène de la voiture, plutôt impressionnante - puis si bourrés de pathos que ça en devient juste risible. Tout cela étant censé constituer une montée en épingle jusqu'à l'instant inévitable des retrouvailles, au cours desquelles il ne se passera... rien. C'est en partie cela, Plein sud : des promesses mal formulées - road-movie à l'américaine, tragédie familiale - et tellement pas tenus qu'on a régulièrement envie de saisir son manteau et de quitter la salle. Mais un gant manque à l'appel, obligeant le pauvre spectateur à attendre que la lumière se rallume pour pouvoir partir.
Mais rester dans la salle n'est pas qu'une histoire de gant : on peut effectivement trouver tout un tas de mauvaises raisons pour tenter de prendre un minimum de plaisir devant cet affligeant condensé de téléfilm M6 et de sitcom AB Productions. D'abord cet enchaînement insensé de répliques foireuses, énoncées de façon très premier degré par des comédiens peu inspirés - Yannick Rénier étant de loin le moins mauvais du lot. Rarement on aura autant entendu des personnages dire une chose et son contraire à deux secondes d'intervalle, et c'est délicieux. Et puis, last but not least, Plein sud a le mérite d'aller jusqu'au bout dans au moins un domaine : celui de la nudité. Tôt ou tard, ces quatre-là finiront à poil, une fois ou plusieurs, s'exposant intégralement sans aucune autre justification que de montrer culs, seins et queues face caméra. Le spectacle est certes un peu déséquilibré, puisque face à la seule Léa Seydoux se dressent (hum) trois jeunes mâles imberbes et pas franchement pudiques ; mais tout le monde y trouvera son compte, c'est certain. On peut donc conseiller le film aux vieux pervers, à ceux qui se sentent seuls pendant les fêtes, à tous ceux qui ne se sont pas remis de la poitrine de Léa Seydoux dans La belle personne. En revanche, les amateurs de cinéma feraient mieux de prendre leurs jambes à leur cou.




Plein sud de Sébastien Lifshitz. 1h30. Sortie : 30/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

7 commentaires sur “PLEIN SUD”

Pascale a dit…

Et ton gant tu l'as retrouvé ?

Alors pourquoi il bande pas le jeunot ? Dis le moi j'irai pas le voir !!!
C'est une fille ?
Il est impuissant ?
Il a été violé par sa mère ?

déjà que je ne connais pas la fin du Minimonstre, ça devient insoutenable là !

Donne moi un exemple de dialogue pourrave (j'aime rire moi !).

Et puis bien fait pour Léa Seydoux. La plus consternante découverte surestimée de ces 60 dernières années. La fadeur incarnée. Même ses seins sont transparents. Et tant mieux si elle sait pas lire un scénario. Qu'elle continue à faire des films pour ados queutards jusqu'à ce qu'on l'oublie. Et gloire à Pauline Etienne (par exemple, il y en a d'autres).

Ouf, ça soulage.

Rob Gordon a dit…

Y a un truc du genre :

Elle - Tu crois que t'es amoureux ?
Lui - Je sais pas trop...

(silence d'au moins une demie-seconde)

Elle - T'es amoureux ?
Lui - Oh que oui...

Pascale a dit…

Encore.

Merci.

Rob Gordon a dit…

Y a aussi un mec qui dit, le plus sérieusement du monde :

- Je vais te présenter ma copine. Elle est pas terrible mais elle est sympa.

Pascale a dit…

Ben c'est mieux que :

- Je vais te présenter ma copine. Elle est pas terrible mais elle est con.


Faut toujours voir le verre à moitié plein.

Voisin Blogueur a dit…

Alors...
-"Elle finira à califourchon sur lui pour une dernière tentative d'allumage, puis abandonnera sans comprendre pourquoi elle, la bombe sexuelle, ne crée aucune excitation chez ce garçon. Il faudra pas loin d'une heure pour qu'arrive une réponse que tout le monde, sauf apparemment les personnages, semblait avoir deviné dès le début."

Dès le départ le spectateur comme les personnages savent bien ce qu'il se passent. Yann n'assume pas sa sexualité et d'ailleurs tout mode d'expression possible d'un amour quelconque. Quand elle se frotte à lui c'est plus par provoc, presque pour rire, elle sait bien que ce n'est pas son truc et d'ailleurs elle lui dit quelque chose comme "toujours pas ?". Elle ne prend pas mal le fait que ca ne l'excite pas. Et tu devais être fatigué pour trouver qu'il y a une heure avant qu'on se doute qu'il soit gay car au bout de 15 minutes il se laisse embrasser par le mec (!)

-"l'affligeant degré de non-écriture de ce Plein sud qui carbure aux clichés et aux dialogues moisis" : le film a des dialogues épurés, très simples il est vrai mais je trouve que c'est assez réaliste, ca sonne vrai, juste et je trouve qu'il y a parfois du piquant dans ces dialogues, un certain second degré, les personnages se cherchent les uns les autres, s'entrechoquent. Moi je trouve ca beau.

"affligeant condensé de téléfilm M6 et de sitcom AB Productions" : on a définitivement pas vu le même film. C'est superbement réalisé, sensoriel, au plus près des personnages. C'est ca une sitcom AB ?

"On peut donc conseiller le film aux vieux pervers, à ceux qui se sentent seuls pendant les fêtes" : Il y a une seule scène de nudité masculine dans tout le film !!! Le reste c'est quelques passages où ils sont torses nus (ils sont à la plage, ca te choque ?).

Et alors quand même : "Elle - Tu crois que t'es amoureux ?
Lui - Je sais pas trop...

(silence d'au moins une demie-seconde)

Elle - T'es amoureux ?
Lui - Oh que oui..."

Ce passage n'existe tout simplement pas dans le film !! Tu as fumé avant de le voir ? Je me pose franchement la question car pour passer comme ca à côté et inventer des scènes qui n'existent pas...

Ahlala ta critique m'énerve !! lol
tu auras compris que j'ai aimé ;)

MG a dit…

Désole Jonathan mais Rob Gordon a vraiment toujours raison ! Moi j'ai beaucoup aimé le très subtil "tu veux que je te branle?!" de la sœur adoptive ! C'est fin ça se mange sans faim !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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