Dans la vie, Steve Suissa est sans doute un gentil garçon. D'ailleurs il fait de gentils films. Quatre longs-métrages, quatre oeuvres inoffensives, touchantes de maladresse, aussi dures à aimer qu'à détester. Après dix ans de carrière en tant que réalisateur, Suissa continuer à aligner tous les défauts de certains premiers films, sans jamais gagner en maturité. Ce ne sont pas les bonnes intentions qui manquent ; le talent, en revanche, semble faire défaut à ce jeune type qu'on n'a pas vraiment envie d'accabler. L'échec de Mensch est pourtant édifiant : quand une jolie photo et des acteurs intéressants ne produisent rien qu'un ennui un rien moqueur, c'est qu'il y a vraiment un problème.Ambitieux, Suissa voulait visiblement profiter de Mensch pour devenir le James Gray français. Comme lui, il traite des lourds secrets familiaux qui touchent une poignée de personnages hésitant toujours entre le bien et le mal. La comparaison s'arrête malheureusement là, le réalisateur ne parvenant jamais à installer une quelconque ambiance ou à donner du corps à ses héros. Et si l'image est plutôt intéressante, le montage extrêmement scolaire donne au final une impression de téléfilm étrangement léché. La direction d'acteurs n'est pas meilleure : Nicolas Cazalé semble bien pataud dans un rôle trop grand pour lui, Sami Frey cabotine à mort, et Michaël Abiteboul - un acteur souvent bon, dont on connaît plus le visage que le nom - est absolument ridicule en petit mafieux camé jusqu'aux yeux, comme s'il jouait ses scènes en gardant un oeil sur le DVD des Affranchis.
Rien, absolument rien ne tourne rond dans cet univers, et certainement pas le scénario du film. L'histoire de ce mec qui pense à devenir un mensch - un type bien, en somme - mais est attiré par le côté obscur semble usée jusqu'à la corde. Tentera-t-il un dernier coup ? Forcément. Celui-ci fonctionnera-t-il ? Non. Y aura-t-il de la casse parmi ses proches ? Évidemment. Chaque scène est plus prévisible que la précédente, sauf peut-être celle dans laquelle Suissa révèle enfin l'incroyable secret de famille qui stupéfie soudain le héros. On ne s'y attendait pas tout à fait, mais surtout, on s'en moque complètement. Et voir Cazalé et Frey émus aux larmes par une histoire qui nous indiffère finit de sceller le sort d'un film aux intentions bien visibles, bien criardes, mais au degré d'émotion et d'implication proche du zéro. Et cela commence à être de plus en plus difficile d'accepter cela de la part de quelqu'un qui enchaîne les bides artistiques et commerciaux depuis le début de sa carrière, sans se remettre suffisamment en question.

Mensch de Steve Suissa. 1h27. Sortie : 09/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
Autre critique sur Tadah ! Blog.




















2 commentaires sur “MENSCH”
AaaaaaaaaaahBiteboul avait effectivement laissé sa finesse au placard. Quel rôle merdique avec l'interprétation assortie.
Avec le recul du temps qui passe... effectivement il ne reste pas grand chose,
sauf,
Anthony Delon.
Et oui...
Tout à fait d'accord, mais alors comment expliquer que Steve Suissa arrive à monter un film ? Où trouve t-il les sous ? Il couche ? :)
laurence
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