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LE DRÔLE DE NOËL DE SCROOGE

Pauvres jeunes. En cette fin d'année, les ados ont droit à Twilight 2, et les petits aux derniers Besson ou Zemeckis. Pauvres parents, aussi, souvent contraints de subir de longues files d'attente, des salles bruyantes et des enfants plaintifs, tout ça pour s'ennuyer autant que possible pendant près de deux heures. C'est la grande constante des blockbusters de cette fin d'année 2009 : chacun à sa manière est un sommet de platitude, de non rythme, de somnolence. Concernant ce conte de Noël, c'est totalement étonnant : on n'imaginait pas une seule seconde que Robert Zemeckis puisse adapter Charles Dickens de façon aussi fidèle et littéraire, avec notamment un flot de dialogues datés et lénifiants et une noirceur totalement cafardeuse, bien éloignée du fameux esprit de Noël dont les mioches comptaient s'abreuver en entrant dans la salle. Le drôle de Noël de Scrooge est un film absolument sombre, peu accessible, absolument pas rompu aux schémas narratifs traditionnels. Le héros y étale sa misanthropie et sa laideur sans le second degré nécessaire à une quelconque dédramatisation.
Après une (très) longue intro exposant donc la personnalité de ce sinistre Scrooge, ceux qui n'auront pas déjà sombré dans le sommeil découvriront sa rédemption progressive. Trimbalé par d'inquiétants esprits, le vieux grigou qui déteste Noël découvre les beaux moments qui se passèrent sans lui lors des réveillons précédents, ce qui se trame lors du Noël actuel, et ce qui devrait se dérouler dans le futur. L'occasion pour lui de réaliser enfin qu'il n'est qu'un vieux con. Ce qu'il y a de franchement déplaisant dans le film, c'est qu'il exploite à outrance les mécanismes de la culpabilité, comme les pires représentants des associations caritatives : ayant refusé de donner le moindre sou à une bonne oeuvre, Scrooge est contraint d'observer la détresse de ceux qu'il n'a pas aidé, et entre autres un petit garçon à l'article de la mort. La façon dont ce procédé est orchestré s'apparente à du pur populisme, une énième stigmatisation des vilains riches, ce qui se produit notamment à chaque Téléthon - Pierre Bergé a s'être exprimé très maladroitement, il n'a pas tout à fait tort sur ce mécanisme manipulateur consistant à faire pleurer dans les chaumières.
De toute façon, les gamins n'y comprendront rien, l'incroyable bizarrerie du film - son principal atout - et l'exaspérante logorrhée qui le ponctue risquent d'en laisser plus d'un à la porte. Tout comme l'aspect visuel du film, extrêmement travaillé mais pas tout à fait réussi : comme dans les précédentes tentatives de Zemeckis, les personnages ont cet aspect cadavérique et ces yeux parfaitement vides qui les rendent impossible à prendre en affection. Même si cette laideur graphique correspond en partie à l'intrigue - la plupart des protagonistes sont pauvres et affamés -, elle témoigne une nouvelle fois de l'inutilité de cette technique de performance capture, consistant à prendre de vrais acteurs pour les transformer en personnages d'animations afin de les faire ressembler à de vraies gens. Le serpent se mort la queue, le film semble morbide, et la probable performance des interprètes - dont Jim Carrey dans 8 rôles - passe totalement inaperçue, tant semble s'étaler devant nos yeux un simple défilé de mauvais procédés informatiques, sans âme ni passion, semblant n'être destiné ni aux petits ni à leurs pauvres accompagnants.




Le drôle de Noël de Scrooge (A Christmas carol) de Robert Zemeckis. 1h45. Sortie : 25/11/2009.

1 commentaire(s):

Kilucru (3/12/09 19:06) a dit…

perso j'ai été bluffé par le rendu en 3D ! J'en ai pris plein les mirettes !

 

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Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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