Qu'on me permette, exceptionnellement, d'écrire cette critique à la première personne, ce qu'habituellement je me refuse à faire par principe. Il se trouve que j'ai vu Avatar ce vendredi, à l'occasion d'une sortie scolaire organisée pour les élèves du collège où j'enseigne. Une centaine d'élèves et une dizaine d'adultes ont vaillamment défié la neige pour se rendre à pied dans le cinéma le plus proche, qui proposait une projection matinale du film de James Cameron. En VF (gloups). Et en 2D (re-gloups). Soit les conditions idéales pour passer à côté de cette oeuvre extrêmement attendue par beaucoup et portée par une campagne promotionnelle pas loin d'être inédite. Aux élèves qui me demandaient, à la sortie de la salle, si j'avais aimé Avatar, ma réponse fut : « moui ». Pas étonnant de ma part, diront les médisants personnages qui me connaissent trop bien. Oui, mais voici qu'arrive la question suivante : le film m'aurait-il transcendé davantage si je l'avais vu dans des conditions plus optimales, c'est-à-dire avec de bonnes lunettes 3D sur le nez et une version originale sous-titrée ? Franchement ?Non. Ou alors à peine. Dans la mesure où Avatar est avant tout un gigantesque défi technique que James Cameron relève haut la main, il semble assez évident qu'une projection 3D est plus qu'essentielle pour apprécier toute la saveur d'un tel rendez-vous en terre inconnue. Voir le film en 2D est d'ailleurs une expérience rare, puisqu'on ne cesse d'imaginer par quels aspects cette technique décidément très en vogue doit enrichir la mise en scène. C'est vrai qu'Avatar a tout d'un tour de force technique : pas un plan sans effet visuel, des textures jamais vues ou si peu, des personnages imaginaires - les Na'vi - d'un réalisme saisissant... Il y a certes de quoi baver, même en deux dimensions, devant l'univers créé par le réalisateur de Terminator et les moyens mis en oeuvre pour ne jamais le dénaturer. Dans la salle, ces gamins souvent agités ne mouftent pas pendant les deux heures quarante que dure le film : même en deux dimensions, c'est un festival d'images sensationnelles qui se joue sous nos yeux.
Mais voilà : est-ce que tout cet attirail suffit pour autant à créer une révolution et à donner un chef d'oeuvre ? Absolument pas. Si Avatar était une attraction du Futuroscope, on s'en contenterait bien volontiers et on applaudirait à tout rompre. Mais non : c'est bien de cinéma qu'il s'agit, et raconter une histoire n'est généralement pas accessoire. Or, le scénario d'Avatar fait preuve d'une linéarité pour le moins étonnante. Comment peut-on mettre en place un dispositif visuel aussi ambitieux et oublier à ce point la profondeur du récit ? Jusque là, le réalisateur avait toujours su concilier ces deux aspects, régalant l'oeil mais stimulant également l'esprit. Mais le script écrit en Solo par James Cameron ressemble à un sympathique mix entre Le nouveau monde - plutôt que Pocahontas -, Abyss, Matrix et quelques autres références du cinéma de ces trente dernières années. Bien que traversée par de douloureuses scènes de destruction perpétrée par des salopards de ricains en quête de nouvelles ressources - parabole d'une non-finesse assez décoiffante -, la planète Pandora sert avant tout de cadre à une histoire d'amour contrariée mais fleur bleue entre deux êtres - justement - bleutés ne disposant pas du centième du potentiel romantique des héros de Titanic. Le reste n'est qu'écologie béate, communion des corps façon secte et dramaturgie plus que prévisible. Tout ceci aurait-il été différent projeté en 3D ? Non : en revanche, l'écran de fumée aurait été plus épais et aurait peut-être permis de passer davantage l'éponge sur le caractère excessivement routinier de ce script bien décevant, qui permet de passer un moment agréable - on ne voit effectivement pas le temps passer - mais ne comble absolument pas nos envies de grand cinéma.

Avatar de James Cameron. 2h41. Sortie : 16/12/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?.




















23 commentaires sur “AVATAR”
La question qui suit et la suivante ??? Mais la question qui précède alors, c'est quoi ???
Si on peut plus se moquer des moquables ? Que va t'il me rester ? Oui je parle de moi à la "on", c'est un principe et je n'en manque pas.
Ah oui, le film !
Euh,
quel film ?
Je suis d'accord en grande partie et le gros plouf patapouf que j'ai vu ne me donne pas envie de le revoir avec des lunettes grossissantes !
DEBRANCHEZ LEUR LA QUEUE, qu'on en parle plus !
Ce film est malheureusement en train d'avoir le même effet, quoiqu'un peu diminué, que la saga Twilight sur les ados pré-pubères en collège, alors que Max et les Maximonstres passera totalement inaperçu. Non, décidément, Dieu n'existe pas...
Au passage, pôvre Rob qui est allé bosser même un jour de neige! Enfin, bosser, quand on t'offre une séance de ciné, ça va, ça compense!
C'est sûr que le contraste avec Max et les Maximonstres, sorti le même jour, est saisissant sur bien des aspects. Néanmoins, je ne vois pas en quoi les deux pourraient cohabiter...
Avatar m'a littéralement emporté avec son univers. Je trouve que l'on voit rarement un univers totalement imaginaire aussi dense sur un seul film. Et finalement, que le scénario soit attendu m'a semblé secondaire. Je pense que Cameron ne cherche pas l'originalité, au contraire même : après tout, le scénario de Titanic n'était pas moins attendu, par exemple.
Merci pour cette critique, je n'ai pas encore vu le film donc je ne me permettrais pas de le juger mais je suis content que tu lui ai mit une note plus mitigé que la plupart des critiques actuels. Je trouve que tous le monde en fait trop sur ce film et son réalisateur, le film est certainement bon, mais de là à dire que c'est le plus grand film de la décennie, c'est juste abusé. De même, Cameron, bien que bon réalisateur, ne me paraît pas aussi incroyable que tous le monde l'entend ; Aliens est une pâle suite par rapport à son prédécesseur (je le considère personnelement comme le plus mauvais Alien, sans conter les vs prédators bien entendu), la série Terminator est certes excellente mais ça reste du cinéma "bourrin", du bloc-buster quoi, Titanic est techniquement impressionnant mais c'est aussi particulièrement chiant. En réalité je trouve que le vrai chef-d'œuvre du monsieur est Abysse. Bon après ce n'est que mon humble avis mais tous ce tapage médiatique est agaçant et ça fait du bien de trouver une critique moins enflammée.
Yop ;
Le truc, c'est que ce film prend réellement une autre dimension avec des "lunettes grossissantes". Elles grossissent le plaisir si je puis dire. C'est pour cela, cette avancée technologique - entre autres bien sûr - que la majeure partie des critiques se sont "enflammées".
En dehors de cela, j'ai personnellement trouvé en Avatar un très grand film d'aventure à l'univers assez cohérent et aux thèmes assez larges et universels pour toucher les bambins comme les grands gosses comme moi. Le métrage n'a pas d'autres prétentions que l'entertainment, c'est un gros blockbuster des familles, on le sait. - @Anonyme -Tout comme le fait que Terminator soit un film adressé aux amateurs du genre (même s'il est relativement accessible tout de même).
Par contre comparer Avatar à Twilight... Il faut m'expliquer. Je précise que je ne suis plus un ado,, que la puberté est malheureusement finie pour moi (j'adorais les boutons) et que je ne vais plus au collège. Ce qui est dommage : je me serai bien entendu avec quelques mecs aux cheveux gras attirés par les films qui font voyager. Que ce soit sur Pandora comme dans le monde mélancolique de Carol et Ira.
La vraie question pour moi est "vais je vomir mon petit dej, si je vais voir un film en 3D ?". Veux pas faire ma fiotte mais ça donne mal à la tête ces conneries non ? ;)
Sinon j'ai plus le temps d'aller au cinéma et quand j'ai le temps j'ai plus le temps d'en parler ;)
Pour Noël j'ai demandé du temps d'ailleurs mais je sais d'avance que ma chaussette sera vide...
"Absence de scénario", quelle caricature, quel manque de subtilité.
Cameron ne pouvait pas toucher la perfection dans toutes les sphères du film, il a préféré se concentrer sur l'esthétisme, et le monde qu'il invente. Aussi, le mélange des univers, des références fait pour moi toute la beauté du film.
Mais bon, il faut sans doute être une espèce de "critique de cinéma" pour aprécier ce qui est bon ou mauvais.
C'est tout simplement simpliste.
Depuis quand c'est scandaleux qu'un spectateur puisse attendre qu'un film aussi ambitieux raconte quelque chose de passionnant et inattendu, et dépasse son postulat intéressant à un moment ou à un autre ?
J'ai bien compris que Cameron avait privilégié la forme (que je trouve réussie) au fond. Et c'est justement ce que je déplore...
Je suis d'accord, ce film souffre du "syndrome pub Coca", on est content, c'est joli, fun, coloré, cohérent, mais ... niais. N'en déplaise à anonyme n° 2, il y a un scénario, mais il n'est pas bien plus épais qu'un pitch de publicité! Et c'est dommage car il y avait matière à foutre un coup de pied dans la fourmilière comme l'a fait District 9! Moi, je suis un peu déçue au final!
Désolé de revenir à la charge mais... Nymphette, faut-il que le scénario soit subversif pour ne pas être niais ? Il est ni l'un ni l'autre, c'est une aventure, pas un District 9 (qui, avouons-le, n'a quand même aucun rapport avec Avatar). On se doute que Cameron n'a pas fait un métrage polémique.
Un pitch de publicité? Bien dense, le pitch, quand même. Si la pub est de ce niveau, je rallume tout de suite la télé.
Je suis un geek.
J'aime Transformers 2, Twilight 2, Le père de mes enfants, Max et les Maximonstres et Hadewijch.
J'attendais Avatar comme le Messie.
Je l'ai vu trois fois.
Une fois en 3D & VO au MK2 Bibliothèque, en avant-première, une seconde fois en 2D & VO, le lendemain matin à l'UGC de Châtelet-les-Halles, et ce week-end, en Imax 3D & VF, au Gaumont Disney Village.
Et vous savez quoi ?
J'ai adoré.
Pendant 2h40, j'ai eu l'impression d'être un gamin, découvrant Star Wars, Le Seigneur des anneaux et autres Mondes fantastiques époustouflants.
On se fout littéralement que Cameron nous râbache une histoire mille fois vue ailleurs. Les propos, les thématiques, n'en sont que plus poignants.
On y brasse un nombre de thèmes incroyable, et l'on n'oublie jamais que l'on est face à un divertissement de masse.
Certes, on est loin d'un flim aussi universel que Titanic, qui était voué à rassembler les foules. Ici, on est dans un univers de science-fiction pure, qui pourra rebuter certains spectateurs, et on n'avait pas vu d'univers aussi travaillé, crédible, réaliste, depuis 1977 en gros (je ne compte pas la trilo de Jackson, car l'univers préexistait chez Tolkien).
On peut faire la fine bouche devant une histoire cousue de fils blancs, mais pas devant un spectacle grandiose, qui ne joue pas dans la démesure, en restant à échelle humaine (4000 combattants pour la bataille finale, c'est relativement peu en comparaison avec les flims de Jackson), qui en met plein les mirettes.
Cameron ne révolutionne rien, sinon nos cœurs de gamins, et nos yeux ébahis devant des prouesses techniques et émotionnelles, grâce à quelques plans d'une rare beauté, un storytelling maîtrisé, et des personnages remarquablement écrits.
Neytiri, je t'aime. <3
Badounet,
crois bien que je suis ravi que tu laisses des commentaires longs comme le bras sur ce blog (j'espère d'ailleurs que tu continueras), mais ça me fait penser qu'il y a bien un mois que je ne t'ai pas dit MAIS OUVRE TON BLOG, BORDEL ! (et ne me fais pas le coup de "je ne sais pas finir mes critiques")
Je suis désolé si j'ai pu comparer ce film à Pocahontas et non pas au Nouveau Monde, car je n'ai pas vu ce dernier. Les petits cinéphiles dont je fais partie se sentent faibles face à toi Rob. Tu es mon Dieu.
Bah oui mais le problème, c'est que je ne sais pas finir mes cr...
Ha mince. :-|
Ok je l'ai vu. 2/10. J'étais loin de m'attendre à truc aussi moralisateur à deux balles.
Toute ta critique ne tient pas debout. Un "critique" s'il se présente comme tel devrait au moins regarder le film dans le format pour lequel il a été pensé. Vous l'avez vu en 2D... Sachant que Cameron l'a entièrement tourné pour la 3D et plus encore l'IMAX (en témoigne la durée du film qui correspond parfaitement à ce que peut endurer un pauvre projecteur imax 2h40 et des brouettes. Dès lors on comprend mieux que tu ne te sois focalisé que sur le scénario. Quel est alors la validité de ton analyse? C'est un peu comme si tu regardais un Sergio Leone sur ton écran d'Ipod...
Je préfère pas m'engager dans une analyse longue et casse couille auquel la publication de commentaire ne se prête pas mais en cas de réponse je veux bien discuter.
Dernier point destiné au commentaire du visiteur Clément, ne confonds pas cinéphile et cinéphage. Nous sommes cinéphage. Au passage Pocahontas est la meilleure critique qu'on puisse faire au film, oui Cameron est "Dysneyen", c'est déroutant mais réussi.
Signé l'Indio
J'ai justement précisé que je l'avais vu en 2D dans un souci d'honnêteté absolue (oui, je suis honnête, pur et innocent).
Ma vision du film est donc biaisée, certes ; mais elle m'a permis de cerner encore plus clairement que certains autres spectateurs la platitude du script. Un script plat en 2D restera plat en 3D ; sauf que ça se verra moins grâce à l'efficacité de la mise en scène.
Mais je connais de vrais détracteurs du film, qui l'ont vu en 3D qui plus est, et dont les analyses se rapprochent de la mienne (en vachement plus approfondies, en en plus). Exemple ici : http://www.playlistsociety.fr/2009/12/avatar-de-james-cameron-3510.html
J'ai vu Star Wars à sa sortie, sans doute avec des yeux d'enfants... là c'est bien différent, je n'ai pas du tout été touché, émerveillé par ces fameuses prouesses techniques... Je préfère de loin les images que je me crée en lisant K Dick ou Ballard... Et ou est l'innovation tant attendue ? il y a plus de 20 ans j'avais revu aux Ursulines à Paris, Dial M for murder d'un petit réalisateur rondouillard qui avait tourné une version de son film en 3D sauf qu'il y avait un scénario en béton, pas un Home en stéroides post Copenhague de 2h40
Sinon une question me turlupine, cher collègue, quelles justifications pédagogiques pour aller voir ce film ? déjà que l'on est submergé (démarché ?) de pubs pour aller voir des films qui peut être éveilleraient des consciences (cette année vu en cie des têtes blondes l'armée du crime, les bureaux de dieu, , Valse avec Bachir et Lady Chatterley), comment avez-vous bossé sur ce film ? ;-)
Zéro justif. C'était la sortie de pré-vacances de Noël. L'an dernier c'était Les enfants de Timpelbach...
Sans rire, vous faites des sorties de pré-vacances de noel ? et post ? ;-) Qui paie ? et après on s'étonne que ce "machin" fasse un carton ;-) ;-) ;-)Tu ne pouvais pas imposer Max ? ;-)
Le cinéma du coin nous fait des prix, on fait gratuit pour les adhérents FSE.
On n'a pas le choix du film, c'est le cinéma qui impose... Et j'ai peur que Max aurait eu beaucoup moins de succès auprès de ces jeunes turbulents qu'Avatar, qui les a laissés silencieux pendant deux heures et demie...
Oui tu es honnête,oui ta vision est biaisée, pourquoi alors te permettre une critique du film? Je ne disais rien de plus. Le moindre des respects envers un créateur est d'au moins voir l'oeuvre dans les conditions pour lesquelles il a été pensé.
La 2D t'as poussé à l'obsession du scénario type "grand cinéma" (?). Certes il est conventionnel mais n'en est pas moins maitrisée, le rythme est ficelé sans trainer en répétition... (en témoigne l'intelligente ellipse du saut du héros sur l'oiseau géant rouge dont j'ai oublié le nom). En fait tu es passé à côté de la volonté de Cameron qui n'a été rien d'autre que de créer une esthétique, de d'abord faire "saliver" l'oeil, s'adresser d'abord aux tripes tout en ne vendant pas son âme à la facilité. C'est là la suspension de d'incrédulité, le scénario est conventionnel, oui, mais en vivant le film, béatement, le spectateur est pris.
Évidemment la suspension d'œil critique est difficile pour le spectateur averti que tu es Rob Gordon.
Je reviens sur quelques points, écologie béate bien sure mais tempère merde. Le film a été fait il y a 15 ans, c'est à replacer dans un contexte. Et ne prêtons pas à Cameron sur ce film dysnéen des intentions trop moralisatrice.
Tu dis "secte". Toutes ton incompréhension du film est bien là. Le merveilleux d'Avatar, la beauté de l'univers est l'acceptation du magique comme réalité scientifique, tout le personnage de Weaver est construit sur ce choix de Cameron. Le spectateur est alors pris au milieu d'un Eden (l'image est facile), qu'on entrevoit pas par une petite porte cachée mais vécu, admis comme rationnel et bougrement délicieux à vivre et regarder. Tu balayes d'un revers de la main (ou de ton oeil critique exercé) ce travail profond autour de la place du sacré au sein d'une société humaine, si bien que Cameron se rapproche souvent du travail ethnologique. Renvoyer cela en quelques mots, qui c'est sure marque l'esprit mais sont au final d'une vacuité analytique redoutable.
Nous ne tomberons pas d'accord, ce film est grand.
"l'intelligente ellipse du saut du héros sur l'oiseau géant rouge"
Même si anonyme ne sera certainement plus là pour lire ma réaction, je ne pouvais pas dignement laisser passer ça!
Cette idée est un raccourci énorme, une facilité scénaristique démesurée, et un gigantesque foutage de gueule.
En gros, le perso principal a trahi tous les Navi qui lui en veulent à mort. Comment va-t-il faire pour se faire pardonner? Va-t-on assister à un chef d'oeuvre de bravoure, ou de rhétorique?
Non, Cameron a pensé à tout et avait déjà introduit la solution quelques scènes plus tôt avec un oiseau de légende.
Trahis un peuple, c'est pas grave, si t'arrive à monter son oiseau légendaire, ils te pardonneront tout et tu deviendras un héros...........AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHH
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