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RAPT

Dans la filmographie de Lucas Belvaux, les films se suivent et se répondent, pour former un grand tout relativement cohérent. Rapt apparaît ainsi comme le complément de son précédent long, La raison du plus faible : à un polar chez les chômeurs répond cette description, autant ancrée dans le social, de la détresse des riches face à ce qu'ils ne peuvent acheter. Rapt remet les choses à plat, transformant ce grand patron plein de fric et de suffisance en un homme ordinaire, avec ses failles, ses faiblesses et ses instants de désespoir. S'inspirant de l'histoire vraie du baron Empain, le scénario décrit alternativement les conditions de détention de ce PDG kidnappé et la lutte qui s'orchestre au dehors pour tenter de le libérer tout en ménageant la chèvre et le chou. En fin de course, Rapt décrira également la désillusion de l'après libération, le prétendu héros tombant bien vite de son piédestal.
À ce fait divers d'un réalisme glaçant répond l'étrange traitement voulu par Belvaux, dont les dialogues résonnent plus que jamais comme des répliques théâtrales, ânonnées sans conviction par des acteurs inégalement investis. C'est ainsi que la partie "conseil d'administration", où des cols blancs évoquent le paiement éventuel d'une rançon et la façon de réunir une telle somme d'argent, sonne épouvantablement faux. On retombe brusquement dans un cinéma des années 80, celui que prodiguaient des gens comme Yves Boisset, au style lourd et didactique. Bizarrement dialogué et assez mal interprété, le film a tout d'une démonstration lourdement emphatique.
Le choix de Belvaux de passer autant de temps avec son héros qu'avec ceux qui tentent plus ou moins de le sauver provoque de plus un déséquilibre ô combien fâcheux : Yvan Attal s'acquitte avec brio d'un rôle très ardu, mais ses efforts sont souvent réduits à néant par le passage incessant d'un univers à l'autre. On voudrait se sentir enfermé, étouffé, prisonnier comme lui d'une situation inextricable, mais les remontées à la surface sont trop fréquentes et inintéressantes pour nous maintenir la tête dans l'eau. C'est pourtant là que semblait se trouver l'élan principal de Rapt : montrer la détresse de ce grand patron, qui perd toute dignité et s'époumone dans le vide, persuadé à raison qu'une rançon aussi élevée est impossible à payer.
Le film n'est jamais aussi passionnant que lorsqu'il s'intéresse, mais un peu tard, à ce qui se produit une fois la libération acquise. S'attendant à être célébré, glorifié, chouchouté, Stanislas Graff connaît la pire désillusion de son existence, vivant des instants aussi violents que ceux de sa séquestration. On songe à une certaine Ingrid Bétancourt, béatifiée de son vivant lors de ses années de captivité, puis accumulant dès son retour les ennuis personnels, les règlements de comptes dans les médias, le retour rapide à un anonymat reposant mais un rien frustrant. D'une certaine façon, le film se termine là où il aurait dû commencer, par la description de cette nouvelle vie qui démarre pour un homme qui aurait voulu reprendre son existence d'avant, comme si de rien n'était. C'est extrêmement dommageable.




Rapt de Lucas Belvaux. 2h05. Sortie : 18/11/2009.

5 commentaire(s):

Mélissa (17/11/09 12:25) a dit…

MERCI ! Je me sens tellement moi seule. Par contre, ta critique dis mot pour mot ce que j'avais l'intention d'écrire, voir de dire à la radio demain soir. Hmmm, il va falloir que j'engage quelqu'un pour te zigouiller si ça continue :)

Rom_J (17/11/09 12:59) a dit…

Pareil que Mélissa, c'est exactement ce que j'ai ressenti dans le film. D'ailleurs Attal, qui était à la projection, pensait également que la libération était la partie de loin la plus intéressante et qu'il était dommage que cela soit si peu intégré au film.

Dis donc, c'est rare qu'on soit d'accord sur un film quand même.

Jordane (17/11/09 14:40) a dit…

pareil, totalement d'accord, surtout sur le manque de conviction des comédiens... on y croit pas une seconde.

nelsHD (17/11/09 19:33) a dit…

Rien que pour la performance d'Yvan Attal, je serais partant pour voir ce film !

Pascale (18/11/09 10:17) a dit…

Moi j'ai beaucoup aimé.
et j'ai trouvé ça plutôt subtil.

Et Yvan Attal : GRAND !

Pas assez "claustrophobique" j'en conviens, mais le manque de "stars" et la piètre performance des acteurs en présence à ces moments (dans le conseil d'administration) rendent le film encore plus réaliste je trouve.

T'façon Lucas Belvaux, comment dire...
je l'aime d'amour !

 

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