"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

Top 5 du moment :

A serious man Crazy heart Eastern plays I love you Phillip Morris Shutter island

concours Red riding trilogy

L'ENFER D'HENRI-GEORGES CLOUZOT

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot est un bon film qui aurait pu être formidable. Exhumant les stupéfiantes images d'une oeuvre inachevée et racontant les conditions de cet échec, il semble en fait victime... de la bonne volonté de son auteur. Celui-ci - Serge Bromberg - s'émeut et rêve L'Enfer comme un film achevé, virtuose, inscrit au panthéon des plus belles oeuvres de l'Histoire. De ce fait, il expose sa passion cinéphile à la lumière d'un premier degré dont la béatitude le conduit à passer en partie à côté de son sujet. Deux partis pris extrêmement contestables viennent souligner cette perception erronée. Tout d'abord, le choix d'un commentaire excessivement pédagogique, où la voix fluette et un peu mièvre de Bromberg vient appuyer l'image de façon redondante et intempestive. Comme si les rushes du film de Clouzot n'offraient pas assez de renseignements sur la splendeur esthétique du film et sur son destin funeste... Or, comme un Frédéric Mitterrand de bas-étage, Bromberg n'a de cesse d'en rajouter encore et encore sur la magnificence de l'oeuvre maudite qui se crée et se détruit sous nos yeux.
Deuxième écueil, beaucoup moins pardonnable : comme dans un but d'exhaustivité, Bromberg et sa collaboratrice Ruxandra Medrea ont demandé à Bérénice Béjo et Jacques Gamblin - irréprochables, au passage - de jouer quelques scènes jamais tournées par Clouzot. C'est d'abord oublier que le scénario de L'enfer fut repris en 1993 par Chabrol, qui en tira un film simple et glaçant avec Emmanuelle Béart et François Cluzet - film qui, étrangement, n'est absolument jamais cité. Et c'est montrer son apparente incompréhension du fait que l'intérêt de L'enfer de Clouzot est justement qu'il demeurera à jamais incomplet. C'est même là qu'en est toute la beauté, plus encore que dans les plans innovants et hypnotiques tournés à l'époque par le réalisateur... Mais non : L'enfer d'Henri-Georges Clouzot s'obstine à en combler les trous, supprimant du même coup toute une partie du mystère. Un acte coupable qui empêche ce beau devoir d'écolier de passer à côté d'un chef d'oeuvre sur le cinéma-fantasme, le même dont parlent des films comme Lost in la mancha. Sauf que ce film-ci disposait d'un atout supplémentaire : l'impossibilité de construire un making-of en bonne et due forme avec caméraman omniprésent sur le plateau. Ce qu'il démolit en partie en nous empêchant de faire appel à notre imagination.
À ceci près, L'Enfer d'henri-Georges Clouzot aurait pu être un monument absolu. Parce que l'ambition artistique de Clouzot laissait entrevoir un grand moment de jouissance esthétique - couleurs semblant inédites, lumières tournoyantes, plans faramineux, cadrages étourdissants - et éventuellement scénaristique. Et parce que la façon dont le tournage, peu à peu, semble partir à vau-l'eau, attire une curiosité malsaine et compassée à la fois. C'est la fébrilité d'un Clouzot qui semble prendre volontairement du retard sur le planning ; c'est l'attitude contestataire d'un Reggiani indomptable ; c'est l'exaspération de techniciens n'ayant jamais autant attendu à rien faire de toute leur vie ; c'est un infarctus apparaissant étrangement comme un soulagement... On aurait aimé que Medrea et Bromberg développent davantage l'aspect suicidaire du tournage en lui-même, même s'ils ont eu le bon goût de ne pas délayer les quelques informations mises à disposition dans un long rabâchage en règle. Cet Enfer-là agace autant qu'il séduit, moins par le travail - d'historien, pas de cinéaste - effectué par deux auteurs à l'énergie incontestable mais au talent plus discutable.




L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg & Ruxandra Medrea. 1h34. Sortie : 14/11/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

6 commentaire(s):

Cactus homme lézard (14/11/09 14:07) a dit…

Highway to HELL !
Sissi !

Pascale (15/11/09 10:41) a dit…

Je n'ai pas trop apprécié les interventions de Gamblin et Béjo. Et puis si Gamblin est vraiment bien, je trouve que Bérénice est trop pleine de santé et de fraîcheur... qu'elle manque d'ambiguité pour être cette femme.

Sinon, on peut douter que l'Enfer aurait été un grand film car est-ce que Clouzot n'en aurait pas fait qu'un laboratoire expérimental ?

Bromberg est indispensable au cinéma. Il faut des gens comme lui pour exhumer ce genre de "choses".

Et pis toi, tu t'es un peu emmêlé les crayons :
"qui empêche de beau devoir" (Simone ???)

"qui semble volontairement du retard" (ou charrette ?)

Rob Gordon (15/11/09 11:56) a dit…

Un jour je ferai une critique sans faute.

Mélissa (15/11/09 14:05) a dit…

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi, du fait aussi que j'ai pu rencontré Serge Bromberg lors de l'avant-première. Pour lui, le Chabrol dénature totalement ce que cherchait à faire Clouzot du fait que le premier donne une fin à son film. Alors que Clouzot voulait que ce soit une sorte de cercle sans fin. Et puis, ne connaissant à ce moment là pas l'oeuvre de Chabrol (bouuuh !), j'ai été assez contente d'avoir un résumé :p

Mais, je te l'accorde, je trouve qu'il n'y a pas assez d'images et trop d'interventions. Les images parlent d'elles-mêmes !

Rob Gordon (15/11/09 14:12) a dit…

Le Chabrol n'a pas vraiment de fin, c'est même extrêmement clair...
Je ne peux malheureusement pas en dire plus, pas envie de gâcher la conclusion du film à ceux qui ne l'ont pas vu...

Yuko (17/11/09 14:28) a dit…

Voici un film que j'ai vraiment hate de voir...On en avait beaucoup parlé à Cannes et j'attends vraiment de voir ce que ça va donner... Je te redirais !!

 

Guide Cinéma Paris

View blog authority

Blog TV - Cinéma

Add to Technorati FavoritesAnnuaire cinemareferencement gratuit Critiques

annuaire de blogsGuides Blog cinéma over-blog.com Découvre de bons blogs Real Time Web Analytics

Clicky

Informations & Mentions légales


Présentation
Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

Rob Gordon
Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

Partenariats
À l'heure du web 2.0, les blogueurs sont de plus en plus sollicités pour toutes sortes d'évènements et de partenariats. N'hésitez pas à me contacter à cette adresse : rob@toujoursraison.com. En gardant cependant une chose à l'esprit : ce blog n'a aucune aspiration commerciale, et aucune activité à but lucratif ne saurait être mise en valeur ici. Ce qui ne concerne pas les jeux-concours, qui font certes un peu de promotion pour le film en question, mais sont là avant tout pour récompenser mes visiteurs.

Mentions légales
Le site Rob Gordon a toujours raison et l'ensemble de son contenu, y compris les textes, images, bases de données, programmes sont protégés par le droit d'auteur.
L'utilisateur a un droit d'usage privé, non collectif et non exclusif, sur les contenus du site.
Toute rediffusion, reproduction, résumé, quelle qu'en soit la forme, sont explicitement interdits si un accord n'a pas été obtenu. Cela inclut tout texte, image, information ou titre publiés sur toujoursraison.com.
Pour toute question concernant les droits de reproduction ou d'utilisation de toujoursraison.com, vous pouvez écrire à rob@toujoursraison.com.

Rob Gordon a toujours raison d'après © 2009 FreshBrown par Simran