9 oct. 2009

MUNYURANGABO

Peut-on critiquer un film d'étudiants comme on le ferait d'un autre film sortant en salles ? Doit-on avoir le même niveau d'exigence envers lui qu'envers le fruit du travail de professionnels ayant disposé de davantage de temps, de budget, d'expérience ? C'est l'interrogation bien gênante que pose Munyurangabo, premier film de l'américain Lee Isaac Chung, et également premier long-métrage tourné en langue kinyarwanda (la langue rwandaise, à la fois sèche et mélodieuse). Voilà une oeuvre pétrie de bonnes intentions, fruit du travail de 15 étudiants rwandais, qui frôle l'amateurisme sur certains points - ou qui, en tout cas, n'arrive pas à faire oublier son absence de moyens. Il est bien difficile de passer outre, tant les conditions rudimentaires de tournage se ressentent à chaque plan.
Munyurangabo est l'histoire d'une amitié contrariée, celle d'un Tutsi et d'un Hutu qui font la route ensemble et sont accueillis par les parents de l'un, qui leur font comprendre très clairement qu'ils doivent cesser d'être amis. On a compris le message : il faut apprendre à voir au-delà des étiquettes, considérer l'humain et pas ses origines, cesser cette opposition binaire et haineuse dont on ne sait plus trop comment elle a commencé. Tout cela est fort louable, mais défendu avec un tel didactisme qu'il est quasiment impossible d'y voir autre chose qu'une gentille dissertation bien lisse. Les rebondissements vont tous dans ce sens et jamais l'imprévu ne se mêle à l'affaire.
On passera sur la mise en scène, très approximative et pauvre en idées, qui peine très souvent à trouver la bonne distance vis-à-vis de ses personnages. En revanche, l'interprétation est assez catastrophique, et la direction d'acteurs quasi nulle. Plus d'une fois, notamment dans les moments-clés où pourrait naître l'émotion, les actions les plus simples semblent factices. C'est Sangwa qui serre sa mère dans ses bras, ému de la retrouver après si longtemps. C'est Munyurangabo et Sangwa qui se battent, rendus fous par les tensions qui s'accumulent autour d'eux. On ne croit pas une seconde à ces moments maladroitement chorégraphiés, ou peut-être totalement improvisés, qui cassent instantanément la magie du cinéma. Là encore les intentions sont visibles, et le résultat guère palpable.
Il y a cependant une scène à sauver, minimaliste dans son exécution mais ne nécessitant aucun effet supplémentaire. Elle survient en fin de film, lorsqu'un jeune poète rwandais s'installe face caméra et déclame, les yeux dans ceux du spectateur, un poème de sa composition, qui parle notamment du Rwanda et de la liberté. Est-ce la magie de cette langue inconnue, ou simplement la conviction de l'artiste, mais il se produit alors quelque chose d'assez joli, les mots sonnant avec rage comme dans un slam énergique et sans calcul. Quelques minutes trop éphémères mais qui justifient à elles seules la sortie de ce film qu'il est bien difficile de défendre outre mesure.




Munyurangabo de Lee Isaac Chung. 1h33. Sortie : 07/10/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

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