17 oct. 2009

MADEMOISELLE CHAMBON

Après quatre longs-métrages, il semble désormais clair que Stéphane Brizé ne sera jamais un grand cinéaste. Tout au plus un gentil metteur en images, capable d'émouvoir seulement par instants, manquant de corps et de style. Avec son sujet et ses acteurs en or, Mademoiselle Chambon en est l'exemple vivant, tant ce film apparemment inratable a finalement beaucoup de plomb dans l'aile.
Les retrouvailles du duo et ancien couple Kiberlain - Lindon sont la principale attraction du film, et elles ne déçoivent guère. Elle fait preuve d'une sensibilité à fleur de peau, offrant sa charmante nuque au regard du tout-venant ; lui semble tout aussi fragile, malgré ses gros bras de maçon et ses allures un peu rustaudes. Ils sont beaux à voir évoluer, se cherchant et se fuyant, s'attirant mais gardant leurs distances. Tout ceci étant, avouons-le, transcendé par la curiosité malsaine de voir d'anciens amoureux de la vraie vie (une dizaine d'années ensemble et une petite fille à la clé) renouer à l'écran, s'embrasser et s'étreindre comme les inconnus qu'ils ne sont pas l'un pour l'autre. Brizé n'en fait malheureusement pas grand chose : quitte à choisir un ancien "vrai" couple, il aurait fallu pousser les interprètes dans leurs retranchements pour davantage de cruauté ou de relief.
À l'écran, ils sont très souvent seuls, ou juste à deux, et c'est parfois assez joli, notamment lors de cette scène (presque) finale où l'avenir de ces deux-là se joue dans une gare ferroviaire. Dès que d'autres apparaissent, le fil est largement rompu : Aure Atika s'acquitte grossièrement du rôle-clé de la femme trompée et de plus en plus consciente de son statut ; quand à Jean-Marc Thibault, il fait ce qu'il peut dans le rôle ingrat d'un père vieillissant qui rappelle, en à peine mieux, le personnage ultra schématique incarné par George Wilson dans Je ne suis pas là pour être aimé. Si Kiberlain et Lindon n'ont nul besoin d'un grand directeur d'acteurs pour les accompagner, ce n'est visiblement pas le cas de tout le monde.
Entre deux moments touchants, le film est caractérisé par une gaucherie assez ennuyeuse, la marque de fabrique d'un réalisateur pas très finaud. L'utilisation de la musique, des morceaux de violon jusqu'à la chanson de Barbara qui clôt le film, est très révélatrice de cette quête obsessionnelle d'émotion à tout prix, qui se fait au détriment d'une réelle sensibilité. La dimension sociale est on ne peut plus démonstrative, Brizé filmant régulièrement le personnage de Lindon dans son métier d'ouvrier en bâtiment, apparemment dans le seul et unique objectif de pouvoir dire « hé, tout le monde, regardez comme mon film est ancré dans la France d'en bas, avec ses gens aux mains sales ». Le film manque même de ne jamais se relever d'une scène d'introduction éminemment ratée, décrivant l'unité familiale à la manière d'une publicité en version longue qui fait passer les personnages pour des cons alors qu'elle devrait les rendre attachants. Un autre en aurait certainement tiré un classique ; Stéphane Brizé, encore une fois, ne livre qu'un petit film irrégulier qui ne serait véritablement rien du tout sans ses acteurs.




Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé. 1h41. Sortie : 14/10/2009.

3 commentaires sur “MADEMOISELLE CHAMBON”

Sandra.M a dit…

Pas d'accord du tout du tout avec la deuxième partie de ta critique, ça partait pourtant bien:-). D'abord, concernant Aure Atika, je l'ai rarement vue d'une telle justesse (en réalité, je ne l'ai même jamais trouvée juste avant ce film) et je pense qu'il faut un sacré directeur d'acteurs pour parvenir à ce résultat, sobre et juste. Ensuite, je trouve au contraire Stéphane Brizé extrêmement "finaud" et sensible. La musique est là pour cristalliser les sentiments des personnages mais au contraire jamais pour forcer ou même susciter notre émotion. Elle est toujours là pour dire quelque chose (de même avec la chanson de Barbara). C'est tout sauf "une quête obsessionnelle d'émotion à tout prix." L'émotion vient au contraire des silences filmés avec beaucoup de pudeur, la caméra se rapprochant juste un peu des visages, parfois, de manière presque imperceptible. Et je suis encore moins d'accord concernant "la dimension sociale démonstrative". Je trouve qu'il filme au contraire avec beaucoup de tendresse et de respect cette province que je connais bien pour être originaire de la même région. Quant à la profession de Lindon, elle n'est pas choisie pour la regarder avec condescendance mais parce qu'elle inscrit le personnage dans la terre, l'ancre dans une réalité "terrienne". La première scène ne le ridiculise jamais, mais montre qu'il ne sait pas manier les mots au contraire de Mademoiselle Chambon dont c'est le métier. Je pense que l'unique but de cette séquence est de montrer ce qui les différencie mais ce n'est surtout pas le signe d'un quelconque mépris ou une quelconque envie de "montrer la France d'en bas".

Rob Gordon a dit…

J'ai de toute façon un problème certain avec le style de Stéphane Brizé. Le bleu des villes et Je ne suis pas là pour être aimé m'avaient déjà stupéfait par une maladresse permanente et des intentions trop visibles. Et Entre adultes m'a consterné sur tous les plans.
Pour reprendre ce que disaient François Bégaudeau et d'autres dans "Le cercle" hier, l'objectif est le même de bout en bout : ménager de longues plages de silence pour faire dans l'émotion retenue, d'où un effet que je trouve très répétitif et intéressant pendant juste une poignée de scènes.
J'aime ces deux acteurs, je n'ai rien contre cette histoire, mais, rien à faire, je ne digère pas ce film.

Pascale a dit…

Bien d'accord Robinou. On a beau nous jouer du violon dans ce film, la corde sensible ne vibre pas.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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