7 sept. 2009

TU N'AIMERAS POINT

Tu n'aimeras point n'est pas vraiment le premier film à décrire le tumulte créé par la soudaine tentation éprouvée par un homme marié envers un autre homme. Mais le film de Haim Tabakman se place dans un contexte jamais vu : le père de famille troublé par ces sentiments nouveaux est membre d'une communauté juive ultra-orthodoxe, porte longue barbe et chapeau, et passe son temps libre à pratiquer une religion aux allures bien austères. C'est tout le sel de ce film israélien, qui montre le grand écart entre une existence exigeante et rigoureuse et une tentation qui fait soudain éclater en morceaux cet équilibre trop parfait.
Si la communauté finira par découvrir et condamner l'existence de cette liaison considérée comme contre nature entre ce boucher et son employé, le principal sujet de Tu n'aimeras point n'est pas là : tout se passe avant tout dans la tête et dans le coeur du héros, qui donne en permanence l'impression de se condamner lui-même, d'éprouver du mépris à sa propre encontre alors qu'il sait au fond de lui qu'il n'y a là aucun péché, sauf évidemment celui de l'adultère. Zohar Strauss livre une prestation formidable, prêtant ses yeux secs à un Aaron semblant porter tout le malheur du monde sur ses épaules. Même dans les moments où il succombe aux charmes du jeune Ezri, c'est la peine qui semble l'emporter.
La mise en scène et l'écriture de Tu n'aimeras point collent au plus près à la personnalité des protagonistes : froides, rigoureuses, elles écartent presque intégralement tout le côté charnel qui fait les passions amoureuses. C'est peut-être là qu'est aussi la limite du film, jamais ennuyeux mais un rien hermétique. Tabakman ne fait jamais l'effort d'aller chercher le spectateur, qui doit lui-même faire tout le travail pour entrer dans la tête d'Aaron et tenter de comprendre les sentiments contradictoires qui l'animent. Le procédé a tout de même ses limites. Mais la conclusion est si belle qu'on en oublie bien vite ces petits reproches empêchant tout de même Tu n'aimeras point d'entrer dans la catégorie des grands films sur le sujet.




Tu n'aimeras point (Einaym Pkuhot) de Haim Tabakman. 1h30. Sortie : 02/09/2009.
Autre critique sur Le blog de Dasola.

5 commentaires sur “TU N'AIMERAS POINT”

FredMJG a dit…

Tout juste auguste ! c'est à nous de faire l'effort (mais bon, pour les cholis z'yeux d'Aaron et Ezri que ne ferait pas la brave spectatrice compatissante ? hein ?) mais ça vaut bien l'coup !

FredMJG a dit…

Sans compter que c'est sûr que c'est pas dans ce genre de contrées religieuses que les dames (les messieurs on les oublie, de l'avis de Tabakman même pas on en parle dans le Talmud de ce genre d'horreur... ça fait toujours plaisir d'être considéré...) elles voient des machins turgescents...
Quelle misère !

Val' a dit…

Ca à l'air bien !
Un sujet tabou mais une question, le film est sorti dans une communauté juive ?

Carla a dit…

La fin est si belle. ??? Pourrais-je avoir une explication ? Il y a, certes, matière à discussion sur les dernières images. Mais de la beauté ?

Anonyme a dit…

La fin n'est pas "belle" du tout, ah! évidemment le clair de lune, les lumières de la ville au loin... l'amant choisit de retourner au lac (où il s'était baigné avec son ami) et de le rejoindre par-delà la mort : il se suicide (il ne remonte pas à la surface). Voilà le résultat de la terreur exercée sur leur amour, soit 2000 ans d'abrutissement. (Ilian)

 
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