18 sept. 2009

SIN NOMBRE

Cary Fukunaga peut envisager l'avenir sereinement : le jeune réalisateur mexicain est devenu le petit protégé de Gael Garcia Bernal et Amy Kaufman, producteurs de son premier long-métrage et apparemment pas décidés à laisser filer ce petit prodige. On les comprend : s'il manque un peu d'ampleur pour être totalement ébouriffant, Sin nombre constitue un premier pas plus qu'honorable pour le metteur en scène. On pouvait légitimement ne pas être très rassuré à l'idée de passer un nouveau film au milieu d'une Amérique centrale miséreuse et semblant n'être peuplée que de clandestins de passage ; mais le scénario affiche clairement ses ambitions et rassure assez rapidement sur ce point.
S'il est bien difficile, voire carrément impossible, d'occulter toute forme d'arrière-plan social lorsqu'on situe une intrigue dans de tels décors, Sin nombre est bien plus un polar qu'un film social, road movie en forme de chasse à l'homme qui adopte alternativement le point de vue de la proie et celui des chasseurs. Car ceux-ci sont plusieurs, et même assez nombreux : des types tatoués, avec des armes mais sans âme, membres de la terrifiante Mara (gang majeur d'Amérique centrale)... mais aussi un gamin d'une douzaine d'années, bien décidé à abattre lui-même sa cible pour se faire accepter par le groupe. Fukunaga filme cela sans misérabilisme ou racolage - façon films brésiliens de ces dernières années - et terrifie à plus d'une reprise par la froideur fort crédible de ses protagonistes. La violence est finalement assez dispersée dans ce qui n'est pas un film choc, mais ses rares apparitions suffisent à glacer. La caméra est un peu hésitante çà et là, signe de la pudeur et de la mesure d'un auteur dont l'objectif est de toucher au coeur plutôt que de viser les tripes.
Et puis, derrière le film noir (très noir), il y a cette magnifique idée de construire un road movie ferroviaire. Seulement, on est loin du Darjeeling limited : de ce train-là, on ne connaît que le toit et ses voyages à la belle étoile, jamais très rassurants mais dont la beauté peut foudroyer à tout instant. Bien que souvent haletant, le film arrive comme par miracle à se ménager des moments de calme, quand le convoi est en branle et qu'il n'y a qu'à se laisser porter. Ces rares instants de quiétude ne dureront pas jusqu'au bout, et la conclusion sèche et sombre viendra rappeler que dans "rêve américain", il y a "rêve". Qu'un jeune réal soit capable d'autant de discernement laisse pantois.




Sin nombre de Cary Fukunaga. 1h36. Sortie : 21/10/2009.
Autre critique sur Tadah ! Blog.

2 commentaires sur “SIN NOMBRE”

Jérôme a dit…

heureux de te voir remis et toujours aussi percutant !
ton article est visible sur le site du film :-)

Pascale a dit…

T'es comment quand t'es pan toi ?

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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