4 sept. 2009

FrightFest : le compte-rendu que le monde attendait

Quatre journées et demie de festival, vingt-deux films vus, quatorze virgule sept litres de Diet Coke sirotés, trois Whopper et quatre Bacon Double Cheese engouffrés, dix-neuf Caramel Macchiato et treize muffins à la myrtille. Voilà le bilan chiffré de mon FrightFest 2009, qui s'est déroulé du jeudi 27 au lundi 31 août à l'Empire Cinema de Londres. Comme un gros flemmard un peu fatigué depuis qu'il est revenu à la vraie vie, je me contenterai de compiler ci-dessous les 4 comptes-rendus écrits à des heures fort tardives pour le compte du site Écran Large. Les photos, en revanche, sont une totale exclu du blog. Mais c'est peut-être parce qu'elles sont moches.

En revanche, et parce que les critiques, c'est mon dada, le mois à venir verra se succéder l'intégralité des critiques des films vus à l'occasion du festival, soit vingt-deux, plus un autre projeté lors du FrightFest mais vu en France avant mon départ. Soit vingt-trois avis sur de grandes découvertes horrifiques, de vrais nanars absolument inénarrables, et autres curiosités hyper dégueulasses, hyper drôles ou même les deux.

C'est parti pour le récit d'un FrightFest qui, je l'espère, en appellera d'autres.




Compte-rendu n°1 (jeudi 27 & vendredi 28)

Troupeaux de geeks, armées de freaks : qui débarque à Leicester Square peut difficilement ignorer la tenue du 10ème Film4 FrightFest de Londres, qui se déroule désormais au sein du gigantesque Empire Cinema. Le dress code y est sensiblement différent de celui de Cannes ou Venise, par exemple : t-shirts à l'effigie d'improbables slashers, gobelets de soda king size, objets promotionnels en poche... Le FrightFest est avant tout un festival fait par des fans du genre pour les fans du genre, est cela se voit. Même s'il est un peu frustrant pour les quelques journalistes présents de ne pas avoir d'accès privilégié aux artistes venus présenter leurs films, il faut bien avouer que le FrightFest, bien qu'ayant gagné en ampleur au fur et à mesure des années, a su rester un festival proche des gens et fait avant tout pour procurer le maximum de plaisir au plus grand nombre. « Merci d'éteindre vos tronçonneuses avant la projection », précise un panneau avant chaque film. Il faut donc s'exécuter et débrancher sa Husqvarna, avant d'apprécier les courts-métrages désopilants replaçant les deux organisateurs du festival dans l'univers du Loup-garou de Londres... puis de découvrir enfin les films tant attendus.

La journée de jeudi débute à 18h30 avec la projection en avant-première mondiale de Triangle, le troisième film de Christopher Smith (Creep, Severance). Une entrée en matière impeccable, puisqu'il s'agit de loin du meilleur film du réalisateur anglais, qui met idéalement en images un scénario aux petits oignons, truffé de rebondissements surprenants et d'idées de cinéma scotchantes. Débutant comme un thriller maritime, se muant subitement en slasher, Triangle va au final bien plus loin que tout cela en déployant un dispositif inattendu... et dont il vaut mieux ne rien savoir. Mené par une Melissa George à la fois badass et bouleversante, c'est typiquement le genre de film qu'on a immédiatement envie de revoir, non à cause d'un énième twist remettant tout en jeu à la dernière seconde, mais parce que sa construction ambitieuse nécessite à coup sûr une deuxième vision.





Parti sur les chapeaux de roue, le FrightFest allait-il n'être qu'une succession de grands films et de petites découvertes ? Le film suivant avait au moins le mérite d'apporter une réponse claire et franche : navet n'ayant même pas l'étoffe d'un nanar, The hills run red est une compilation maladroite et terriblement fade d'univers ayant marqué son auteur : tour à tour, on se croit débarqué dans un épisode de Vendredi 13, une scène de La maison des 1000 morts ou une séquence de La dernière maison sur la gauche. À ceci près que la mise en scène est assez catastrophique, que le scénario ressemble à une brochette d'invraisemblances en tous genres, et que l'interprétation est purement risible. Face à un trio de jeunes acteurs sans charisme, le réalisateur Dave Parker a heureusement choisi de placer Sophie Monk, bombe en travaux permanents mais bombe quand même, dont les atouts plastiques sont copieusement mis en valeur ici. C'est tout. Le pire, c'est de lire dans la note d'intention que Parker dit s'être inspiré de La conspiration des ténèbres, roman ébouriffant de Theodore Roszak, pour bâtir ce film ne ressemblant à rien...





Infestation concluait en beauté cette première demi-journée, faisant le bonheur d'un public très sonore et n'hésitant pas à démontrer son enthousiasme à grands coups de cris et de rires parfois forcés. Sur les traces d'Arac Attack, cette comédie-avec-des-insectes-géants-dedans provoque régulièrement (et volontairement) l'hilarité, d'une part grâce à des effets visuels cheap et assumés comme tels, d'autre part grâce à l'abattage de Chris Marquette. Le héros de Fanboys nous régale en effet dans la peau de cet anti-héros complètement potache, qui ne pense qu'à se farcir l'une de ses deux compagnes de route et à remporter haut la main les jeux les plus débiles qui soient. Visiblement fauché, Infestation peut éventuellement frustrer les vrais fans de bébêtes géantes, parfois absentes pendant dix minutes afin de privilégier le côté comédie et de ne pas faire enfler le budget. Mais tout le monde finit par y trouver son compte et apprécier comme il se doit cet imparable drive-in movie.





Vidéo du premier jour, disponible sur le site officiel sur FrightFest :











Quelques heures de sommeil et c'est reparti pour une longue journée de souffrances et de sang. Comme la veille, la journée commence extrêmement bien grâce à la projection de The horseman, premier film américain s'inscrivant dans la plus pure tradition du vigilante movie. Le héros est en effet un père de famille brisé après la mort de sa fille adorée, celle-ci ayant apparemment été contrainte de tourner une vidéo pornographique avant de décéder par étouffement (un concours de gorge profonde qui aurait mal tourné ?). S'ensuit une série de règlements de comptes et de séquences de tortures, notre personnage démarrant en bas de la chaîne (distributeurs de la vidéo) pour mieux la remonter au gré d'indices fournis par ses victimes, et trouver ainsi les responsables directs du drame. Bien qu'un peu linéaire dans sa trame et encombré par un personnage faisant office de fille de substitution pour le héros, The horseman est une réussite, notamment pour l'inventivité mise au service de la vengeance. Pompe à vélo, pince à thé, hameçons : tout y passe pour provoquer la douleur, filmé de façon parfois rigolarde par Steven Kastrissios, lequel semble davantage fasciné par les préliminaires que par l'exécution elle-même. Douloureux mais savoureux.





Place ensuite à un après-midi en forme d'hommage à John Landis, présent sur les lieux (mais difficilement accessible en raison de l'armada de fans accrochés à ses basques du début à la fin de la journée). Avec tout d'abord la projection du documentaire Beware the moon, disponible fin septembre en DVD et Blu-ray, making-of du Loup-garou de Londres réalisé 25 ans après la sortie du film lycanthropique. Sur une construction totalement linéaire (on part de l'origine du projet pour arriver à la sortie du film, le tout dans l'ordre chronologique des évènements), le doc de Paul Davis décortique avec passion les coulisses d'un tournage forcément compliqué, mais sans cesse animé par une envie de faire du bon boulot et de se dépasser sans cesse. Voilà un making-of pas langue de bois, qui met en valeur le travail minutieux de chaque membre de l'équipe sans pour autant passer la brosse à reluire. Ponctué par les interventions souvent drôles de Landis, Beware the moon constitue non seulement une mine d'informations mais aussi un hors d'oeuvre alléchant en vue de la séance suivante.





Car la suite se nomme... Le loup-garou de Londres, projeté dans une version remasterisée en vue d'une sortie Blu-ray à venir. Le spectacle était autant à l'écran que dans la salle, les Landis-maniaques étant visiblement venus en groupe afin de savourer une énième fois un film qu'ils connaissent visiblement par coeur. Un bien beau moment, suivi d'une masterclass du réalisateur, hilarante et émouvante, en présence d'une dizaine de membres de l'équipe d'origine. De quoi faire ressortir si besoin la totale authenticité de ce festival proche des gens et sans calcul aucun.





Retour aux exclusivités avec l'étrange (et raté) Shadow, deuxième réalisation du rockeur italien Federico Zampaglione, avec notamment Karina Testa dans l'un des rôles principaux. Démarrant comme Eden lake, se poursuivant comme Saw, finissant en un plaidoyer anti-guerre bien maladroit, cette curiosité n'est pas exempte d'un certain savoir-faire technique, mais révèle assez rapidement des défauts d'écriture insurmontables. Situations mal mises en place, parallèles peu judicieux, révélations bancales : Zampaglione a encore du progrès à faire, même s'il propose une série d'exactions tout à fait intéressantes. Par exemple une pierrade humaine, le morceau de viande posé sur la pierre étant évidemment en vie au début de sa cuisson ; ou encore un découpage de paupière très seyant, qui permet de relativiser le calvaire bien éphémère du héros d'Orange mécanique.





Puis arrive le moment dont les rares spectateurs français rêvaient depuis le début du festival : la projection de La Horde, film de Yannick Dahan et Benjamin Rocher, dans une version pas encore définitive mais sans doute très proche du résultat final. Peut-être en attendait-on trop, imaginant le cinéma de genre français tiré par le haut grâce à ce film de zombies, mais La Horde déçoit en partie, pour tout un tas de raisons. L'intrigue un rien pataude mène les personnages en haut d'un immeuble cerné par des zombies façon XXIème siècle (peu de maquillage, une vitesse de déplacement saisissante). On se frotte alors les mains à l'idée d'assister à un croisement entre Nid de guêpes (pour le côté film de gangsters forts en gueule) et [Rec] : sauf que le film est plus bavard qu'efficace, alignant des dialogues ultra fleuris voire même too much au service d'un humour certes assez efficace mais pas forcément justifié. On compte les vrais morceaux de bravoure sur les doigts d'une main, et ceux-ci sont généralement expédiés avec un manque d'inventivité criant. Buter du zombie à l'arme à feu, ça va bien 2 minutes, mais qui est rompu au genre attend forcément plus d'imagination ou au moins des gunfights bien gratinés. Mais, porté par un casting impérial et par une photographie plutôt bien léchée, La Horde remplit tout de même son rôle de divertissement. Gentiment.





Pour terminer ce vendredi, un bon gros massacre à l'indonésienne avec un Macabre classique mais d'une efficacité sans borne. Si le thème est apparemment classique (une bande de jeunes adultes est accueillie un soir de pluie par une étrange famille), l'originalité vient du fait que les hôtes en question sont aux antipodes de la redneck attitude : physique (trop) irréprochable, sens inné de l'accueil, politesse jusqu'à l'excès... Tout cela pour mieux détruire un à un les membres du petit groupe dans le but de ravir le bébé encore logé dans le ventre de l'une des jeunes femmes invitées... Ce huis clos jouissif et enlevé a provoqué beaucoup de réactions dans la salle, notamment en raison des quantités industrielles d'hémoglobine déployées ici, et de l'insubmersibilité totale de la méchante en chef, une maîtresse de maison sur qui aucune arme n'a visiblement d'emprise. Après dix heures de projection dans la journée, ça secoue forcément.





Côté courts-métrages, signalons le triomphe réservé à Paris by night of the living dead, épopée touristico-zombiesque réalisée par Grégory Morin, qui reçut un tonnerre d'applaudissements bien que l'horaire fixé (minuit, soit juste avant Macabre) ait privé bien des spectateurs couche-tôt de cet excellent court. Enfin, pour ce qui est des exclusivités, la projection de La horde a été précédée d'une featurette mettant en scène Vincenzo Natali, qui présentait en exclusivité mondiale une scène complète de son étrange Splice. Ce thriller à base de manipulations génétiques mettant en scène Sarah Polley et Adrien Brody a des allures de chef d'oeuvre potentiel, tant tout semble être réuni pour cela : direction artistique éblouissante, acteurs à fleur de peau et effets spéciaux saisissants. Le freak que tentent de faire survivre les deux scientifiques joués par Polley et Brody semble plus vrai que nature, et aussi mignon que terrifiant...Vivement février.





Vidéo du deuxième jour :







Compte-rendu n°2 (samedi 29)

Un taux déraisonnable de caféine dans le sang, la panse remplie de burgers et autres cochonneries, c'est dans une forme olympique que les participants du Film4 FrightFest ont vécu une troisième journée charnière, le festival basculant lentement mais sûrement vers un dénouement prévu lundi soir. Week-end oblige, la grande salle de l'Empire n'a jamais été aussi bondée et collante, les seaux de pop corn et le soda renversé ayant fait leur petit effet malgré le travail considérable d'une troupe de bénévoles fort méritants.

Trêve de bons sentiments, entrons dans le vif du sujet avec le récit de cette journée riche en émotions et en hémoglobine. Les programmateurs étant visiblement des gens raisonnables, la première séance de la matinée est agréable et 100% bon esprit afin de ne pas filer la nausée d'entrée à des spectateurs en manque de sommeil et de repas équilibrés. Réalisé par Lee Demabre, Smash cut est une pure comédie aux scènes horrifiques toujours hilarantes, bien loin de ce qu'on pouvait éventuellement attendre à la vue de l'affiche mettant en scène Sasha Grey en infirmière. Petite déception partagée par une partie du public : à aucun moment la belle ne se dévêt, ne nous rappelant la nature de son principal gagne-pain qu'à l'occasion d'une scène où un fluide corporel vient inonder sa jolie frimousse. Qu'on se rassure, il ne s'agit que de sang. À part ça, Smash cut est un excellent divertissement dans lequel un très mauvais réalisateur d'horreur (interprété par l'un des héros de La dernière maison sur la gauche de Wes Craven) tente de sortir de la médiocrité en utilisant de véritables cadavres au lieu d'avoir recours à des pantins trop factices. Et pourquoi ne pas en profiter pour dézinguer dans la bonne humeur quelques emmerdeurs notoires, comme une critique revêche ou un scénariste tatillon ? Avec Hershell Gordon Lewis en guest star, le film de Demabre a inondé ce samedi de sa bonne humeur perpétuelle.





La suite était moins guillerette, l'après-midi s'ouvrant avec le Hierro de l'espagnol Gabe Ibanez. Déjà présenté en sélection parallèle à Cannes, le film s'inscrit dans la plus pure tradition du cinéma fantastique espagnol, avec des enfants disparus, des apparitions, des disparitions, et des mères éplorées. Pas original ? Certes, sauf que la surprise vient de l'économie d'effets choisie par le réalisateur, qui à aucun moment ne tente l'effroi pur, préférant installer une atmosphère légèrement angoissée et surtout terriblement dépressive. Si l'héroïne, dont le fiston s'est évaporé pendant une traversée en ferry, cherche sa progéniture avec obstination et sans jamais envisager le pire, c'est d'abord parce que cette quête va lui apprendre des choses sur elle-même et lui permettre d'aider d'autres personnes en détresse. La présence de ce drame doublé d'un beau portrait de femmes a presque de quoi surprendre tant son potentiel horrifique est nul ; mais un peu de sobriété n'a jamais fait de mal à personne.





Presque aussi étonnante, la présence au programme du premier volet de la trilogie Millénium, sorti chez nous il y a plusieurs mois mais encore inédit outre Manche, fut l'occasion pour moi d'aller jeter un oeil du côté de la deuxième salle réservée au festival. D'une taille extrêmement réduite (moins de 100 places), celle-ci est consacrée à des découvertes et autres films mineurs. Indigence générale de cette programmation parallèle ou mauvais choix de ma part ? En tout cas, l'australien Fragment d'Andrew Miles fut une perte de temps bien rageante à une heure où une sieste dans le gazon de Leicester square n'aura pas été déplaisante. Il s'agit de l'histoire, filmée façon téléfilm, d'un photographe de guerre se sachant condamné après avoir reçu des fragments d'uranium dans le crâne au cours d'un accident. À moins que cela ne raconte ses déboires avec une caméra tueuse mais pouvant aussi ressusciter ses victimes. Ou peut-être est-ce tout simplement le récit d'une enquête dans l'univers des snuff movies... Bref, un gloubiboulga d'intrigues mal ficelées, inconciliables et filmées avec un indéniable manque d'adresse et de talent.





Le pire film de la journée ? Non : il fallait compter sur Dario Argento pour assurer le spectacle et provoquer l'hilarité générale d'un public pourtant assez respectueux de la plupart des films proposés. Consternant de part en part, Giallo est un nanar de la plus pure espèce, un bidule surdialogué où chaque réplique sonne culte pour de mauvaises raisons. De l'avis de ceux qui ont suivi le réalisateur italien jusque dans ses errements récents, c'est de loin ce qu'il a pu commettre de plus indigent. Extrêmement pauvre en effets horrifiques, le film se résume à deux types de scène : d'un côté, Elsa Pataky est séquestrée de façon terriblement passive par un vilain tueur surnommé Yellow (devenu psychopathe à la suite d'une jaunisse chronique) ; de l'autre, Emmanuelle Seigner et Adrien Brody se livrent à un concours d'inepties et de déductions foireuses afin de tenter de débusquer le tueur. Le duel au sommet entre le flic et le méchant n'aura même pas lieu : Giallo, c'est du vide à l'état pur, mais du vide ridicule de fond en comble, faisant douter de la santé mentale du réalisateur de Suspiria et autres (mais rares) merveilles. John Landis, présent pour les séances du soir, en rit encore. Nous aussi.





Après cette avalanche de fous rires en chaîne qui restera à coup sûr comme l'un des grands moments du FrightFest, la soirée s'achève avec Trick 'r treat, premier long de Michael Dougherty (scénariste de X-men 2 et Superman returns), injustement resté dans les cartons de la Warner depuis sa finalisation il y a deux ans. Injustement car le film est un pur régal, oeuvre chorale et déconstruite mêlant serial killers très singuliers, loups-garous inattendus et enfants poussant leurs farces jusqu'à des limites bien extrêmes. Drôle à en mourir, macabre à souhait, c'est Halloween revisité par John Landis (encore lui) et Todd Solondz, un divertissement du samedi soir possédant toutes les qualités requises pour devenir totalement culte. À condition d'en faire encore et encore la promotion afin de sortir le film d'un anonymat immérité. À ce titre, Dougherty a enjoint une assemblée conquise à faire connaître Trick 'r treat par tous les moyens, par exemple en inondant les réseaux sociaux de critiques reflétant l'enthousiasme général. Brian Cox n'en pensait pas moins, lui qui s'est contenté de faire acte de présence en raison d'une grippe tenace qui aurait fait flipper Roselyne Bachelot à coup sûr.





La surprise du jour a eu lieu avant la projection de Hierro : comme Vincenzo Natali la veille, George Romero a présenté par vidéo interposée une scène de Survival of the dead, son nouveau film de zombies. Un cadeau sympathique mais frustrant, la scène proposée étant si courte et si peu révélatrice de la tonalité du film qu'il était bien difficile de se faire une opinion.





Vidéo du troisième jour :







Compte-rendu n°3 (dimanche 30)

Le temps s'est couvert sur Londres, faisant de ce dimanche une journée moyennement engageante pour les touristes en goguette. Le programme dominical du FrightFest était à cette image, ni éblouissant ni catastrophique. Le facteur fatigue y est sans doute pour quelque chose, les plus affamés des festivaliers ayant gobé une vingtaine de films depuis jeudi soir ; mais l'absence de très grands noms et la tiédeur générale du programme est un fait.

Pour autant, pas question de jouer la fine bouche tant les oeuvres présentées pour ce quatrième jour étaient à la fois variées et de facture correcte. Dans la salle principale, les festivités débutent en fin de matinée avec la projection du film norvégien Dead snow, dont la deuxième partie (une lutte délirante et enneigée entre un groupe de skieurs et une horde de zombies nazis) compense largement une première moitié un peu plate. Ayant déjà vu le film de Tommy Wirkola, je retente ma chance dans la deuxième salle, celle consacrée aux découvertes et aux films fauchés (enfin, encore plus fauchés que les autres). Salvage, du british Lawrence Gough, n'a rien d'un chef d'oeuvre mais épate par sa capacité à créer l'effroi avec zéro moyen. Situé dans une résidence pavillonnaire subitement placée en quarantaine sous le contrôle de l'armée, ce quasi huis clos met du temps à dévoiler la véritable nature de la menace qui rôde, mais réussit à se rendre intéressant grâce à des dialogues d'une grande qualité. La dernière demi-heure, violente à souhait, parvient à faire oublier tant bien que mal le budget minuscule du film, le réalisateur privilégiant la qualité des scènes horrifiques plutôt que la quantité.





Se pose alors une question fondamentale : vaut-il mieux avoir le ventre vide ou plein avant d'assister à la projection de The human centipede (First sequence), film anglo-hollandais dont le synopsis a de quoi intriguer les fans de déviances et les curieux en tous genres ? Le héros du film de Tom Six est un chirurgien allemand qui s'adonne dans son sous-sol à des expériences peu orthodoxes, puisque son projet est de créer un mille-pattes humain. Comment ? En capturant (sans les tuer) trois jeunes gens puis en cousant l'anus de l'un avec la bouche du suivant, créant ainsi un animal bizarroïde et mouvant. Avec un tel sujet, Six ne pouvait que livrer un film à la fois drôle et dégueulasse (devinez ce qui se passe quand l'une des victimes ne peut plus retenir son sphincter), et réussit globalement son entreprise en assumant totalement ces deux facettes. Reste qu'une fois passée l'étrangeté de ce mille-pattes humain, l'impression qui domine est celle d'avoir assisté à un spectacle un peu vain, qui peine à aller au-delà de son étrange idée de départ. Petite précision : le First sequence du titre s'explique par le fait que Tom Six compte mettre en scène une suite intitulée Final sequence, dans laquelle le mille-pattes sera composé d'une quinzaine de personnes, le tout sous la forme d'un slasher. Cet homme-là a le sens du buzz, c'est certain.





À peine le temps de faire des provisions de café et voilà Coffin rock, de l'australien Rupert Glasson. Annoncé plus qu'un peu vite comme un nouveau Wolf creek, le film ne partage en fait que deux éléments avec le film de Greg McLean : son producteur et son pays d'origine. Dans ce thriller d'une violence sourde, un couple tente désespérément d'avoir un enfant, jusqu'à ce que la femme couche avec le premier venu un soir d'ivresse. Forcément, la voilà enceinte ; forcément, il ne s'agit pas du premier venu mais d'un psychopathe de première, persuadé d'avoir rencontré l'amour de sa vie et souhaitant à tout prix fonder un foyer et élever l'enfant à venir. Les éléments se mettent lentement en place, mais la tension monte petit à petit jusqu'à une escalade de violence pour le moins efficace, qui ne parvient cependant pas à gommer une certaine impression de déjà-vu.





Tout le monde se détend ensuite, comme en témoigne l'atroce odeur de pop corn qui monte subitement dans la salle, pour voir le très léger Night of the demons d'Adam Gierasch. Ce remake du Demon house datant de 1988 est présenté par son réalisateur comme une histoire de démons qui poursuivent des filles à gros seins. Le ton est donné : plein de bombasses (menées par une Shannon Elizabeth un peu trop couverte) et de vilains monstres, c'est un saturday night movie souvent agréable et d'une vulgarité assumée, mais qui entre deux moments extrêmement délirants souffre de temps morts assez dommageables. S'il devait y avoir un prix des effets visuels pour ce Festival, Night of the demons le mériterait sans doute, tant ses bestioles en tous genres sont d'une crédibilité absolue. En revanche, les responsables maquillage ont visiblement oublié de faire quelque chose pour Edward Furlong, qui joue ici un dealer de coke (tiens tiens), et qu'on a du mal à reconnaître tant il est bouffi et plein de gras. Mais le physique, on s'en fout : contrairement à Brad Renfro, Furlong est vivant, et s'acquitte qui plus est de son rôle avec une drôlerie insoupçonnée.





Avant la projection de Black, étonnamment projeté dans le cadre du FrightFest, les derniers frissons de la soirée étaient dus à Clive Barker's Dread, adaptation de l'une des nouvelles contenues dans les fameux Livres de sang de l'auteur. Trois jeunes gens y réalisent un documentaire sur la peur en interviewant des membres de leur campus, jusqu'à ce que l'un d'entre eux décide de pousser l'expérience jusqu'au point de non-retour. Sans doute le meilleur film de la journée, Anthony DiBlasi ayant réussi à capter l'atmosphère barkerienne et à monter un suspense efficace, souvent glaçant, et empreint de grands moments de violence psychologique. Une grosse réserve cependant : la prestation de Shaun Evans, bien loin de convaincre dans le rôle du sociopathe de service, manquant de folie dans le regard et d'intensité dans l'action. Mais DiBlasi a de l'avenir, c'est un fait, d'autant qu'il a visiblement les faveurs de Barker (producteur du film), qui a donné son feu vert pour qu'il adapte une autre de ses nouvelles.





Après Natali vendredi et Romero samedi, on attendait la surprise du jour avec une certaine excitation, et la déception fut à la hauteur. Mais on pardonnera volontiers à Adam Green, l'un des deux programmateurs et chouchous du publics, d'avoir souhaité partager le trailer de son nouveau long, Frozen, qui semble éminemment foireux, puisqu'il met en scène un trio de skieurs bloqués sur un téléphérique pendant la semaine de fermeture d'une station de haute montagne. Une sorte d'Open water en altitude, où les seuls rebondissements semblent être « oups, j'ai fait tomber un gant » et « oh mon Dieu, j'ai froid aux doigts ». Adam a de la chance d'être aussi aimé par le public local... En fait, la vraie surprise est celle qui a précédé Black, John Landis (encore et toujours présent dans la salle de l'Empire) ayant présenté sans prévenir un long making of du fameux clip réalisé pour le Thriller de Michael Jackson. Ayant déjà vu Black, j'avoue avoir raté ça ; mais, n'étant pas spécialement fan du King of Pop, cela ne m'epêchera pas de dormir. Le public a paraît-il apprécié ce moment privlégié avec un mélange d'émotion et d'enthousiasme. Tant mieux pour les admirateurs de la star...





Vidéo du quatrième jour :







Compte-rendu n°4 (lundi 31)

Nul besoin d’aller à Cannes ou Venise pour réaliser qu’un festival est un évènement hors du temps : ce lundi respirait déjà la nostalgie et la mélancolie, les centaines de festivaliers s’apprêtant à retourner voir ce qui se passe du côté de l’existence dite normale, celle où il y a une vie entre deux films. Mais évidemment, le plus à plaindre, c’est moi, moi, et uniquement moi, le seul frenchie de l’assemblée (en tout cas le seul à vivre en France), contraint d’amputer sa dernière journée de projection afin d’aller prendre le dernier Eurostar direction Paris. La vie est vraiment moche.

Semi-consolation : le film de clôture, que je raterai donc, n’est autre que The descent 2, qui sort en France en octobre et qui est précédé d’une réputation plus que mitigée (voir par exemple les notes de la rédac d’Ecran Large). En revanche, il est beaucoup plus difficile d’accepter de passer à côté de Heartless, le nouveau film de Philip Ridley après 14 années d’absence, qui met Jim Sturgess aux prises avec des démons d’une méchanceté absolue.

Mais trêve de râleries : la programmation de début de journée, aussi variée que possible, permettait d’effectuer des adieux en douceur. Cela commençait pourtant de façon bien décevante, avec un Zombie women of Satan qui ne valait que par l’intervention, avant la projection, de la dizaine d’actrices du film, maquillées comme il se doit, et déambulant en petite tenue dans une salle médusée mais à moitié vide – c’était pourtant jour férié en Angleterre. Ressemblant trait pour trait à une production Troma, voilà un film d’un ennui mortel, qui tente en permanence de dissimuler son manque d’idées derrière son tout petit budget. Mais le manque d’argent n’a jamais empêché d’écrire un scénario potable ou des répliques pas trop affligeantes. Torché comme un petit film de potes, le film va de plus en plus loin dans le scato de très bas étage, et exhibe des paires de seins XXL comme si cela suffisait à faire du Russ Meyer. Mais à condition d’aimer les bruits de pets et les gros plans d’une minute sur le visage d’un nain atteint de colique, on peut éventuellement se satisfaire de ce Zombie women of Satan.





La suite était heureusement de très haut niveau : The house of the devil fait incontestablement partie des révélations de ce FrightFest. À la base, une nouvelle histoire de vieille maison servant de théâtre à des rituels sataniques ; sauf que le réalisateur Ti West fourmille d’idées, ayant notamment compris qu’un film d’effroi réussi ne faisait pas forcément dans la surenchère. Sur l’heure et demie que dure The house of the devil, seul le dernier quart d’heure est vraiment bourré d’action et de gore, sauf que l’essentiel n’est pas là : au préalable, West aura décrit avec finesse et sans effet superflu l’angoisse qui monte peu à peu chez l’héroïne du film. Embauchée comme baby-sitter dans un foyer sans enfant (mais avec une vieille dame à la place), étrangement surpayée, la voici contrainte de passer la nuit dans une bicoque peu rassurante et quasi-déserte. Les questions d’après film montraient à quel point le public avait apprécié ce spectacle à la fois modeste et ambitieux : plusieurs fois, les noms de Polanski et Carpenter furent cités, et de façon assez justifiée. Voici un vrai film d’ambiance, entre Le locataire et Halloween, et sans doute l’un des plus captivants du festival.





Avant Heartless (ne remuons pas le couteau dans la plaie) était projeté le film de Christian Alvart, metteur en scène allemand révélé par Antibodies. Réalisé avant Pandorum, dont la sortie française sera pourtant antérieure, Le cas 39 est un thriller assez intéressant sur le thème consacré de l’enfant semant le mal autour de lui. Car si la jeune Lilith (Jodelle Ferland, hallucinante) est présentée au départ comme une pauvre petite fille battue, le scénario montre rapidement qu’elle est loin d’être aussi innocente que son visage d’ange le laisse supposer. S’il se montre évidemment moins zinzin que dans Antibodies (entrée à Hollywood oblige), Alvart se régale cependant par le biais d’une mise en scène inventive et rentre-dedans, notamment à l’occasion de scènes horrifiques de grande qualité. Les bandes-annonces vendent sans doute la mèche, mais l’attrait du Cas 39 vient en partie de ce qu’on ignore sa nature jusqu’aux dernières bobines. La gamine est-elle une envoyée de Satan, une conspiratrice machiavélique ou l’objet de toutes les hallucinations ? Le film tombera-t-il dans le surnaturel ou non ? La réponse est plutôt satisfaisante, même si le dénouement a de quoi décevoir en raison d’un manque de cohérence et d’une intensité en dessous du niveau général.





Il est alors temps de quitter l’Empire Cinema, de dire au revoir à Leicester Square, et de rentrer au bercail en songeant déjà à la onzième édition de ce FrightFest convaincant, ouvert et chaleureux, où l’élitisme et le snobisme n’ont visiblement pas leur place. À l’année prochaine…




Pour finir, ma réponse à une question posée çà et là : mais comment diable me suis-je débrouillé avec l'anglais, moi qui ai fait allemand première langue ? Eh bien, chers amis, ce test grandeur nature m'a permis de vérifier que mon niveau de compréhension de la langue de Shakespeare était tout à fait bon, au point que je ne me suis jamais senti perdu dans l'intrigue de ces films (ça aurait peut-être été différent avec du cinéma d'auteur), mais que j'avais en revanche beaucoup de progrès à accomplir avant de pouvoir émettre des idées pas trop basiques en langue anglaise. C'est fou comme on peut soudain avoir l'impression d'être un débile avec 6 mots de vocabulaire.

2 commentaires sur “FrightFest : le compte-rendu que le monde attendait”

Rob Gordon a dit…

Oh le boulet : en intro je parle de photos exclusives, et voilà que dans le feu de l'action j'oublie de les insérer. Ce sera pour un prochain billet sans parole ou presque...

FredMJG a dit…

J'adore les photos*, n'oublie pas d'en dédicacer certaines pour mademoiselle P.
A part ça, j'attends les 23 critiques qui je présume seront gentiment planifiés sur tout septembre ? :)

* celles mettant en scène les "troupeaux de geeks, armées de freaks" seront à voir en privé sur FB or not ?

 
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