27 sept. 2009

CLONES

On n'a toujours pas résolu l'énigme Jonathan Mostow. Est-il le yes man comme les autres, un yes man pire que les autres ou un génie déguisé en yes man ? Après trois films laissant toujours le bénéfice du doute, Clones (titre moins classe que Surrogates) commence à laisser entrevoir une véritable réponse. Le film montre comment, avec un sujet en or et des moyens conséquents, il est possible d'accoucher d'un tout petit machin sans envergure ni passion, un divertissement mineur enchaînant mollement les bobines et n'exploitant jamais des thématiques pourtant offertes. De deux choses l'une : soit de vilains producteurs ont mis des bâtons dans les roues du gentil réalisateur, soit ce dernier est un véritable monument d'incompétence, incapable d'amener son film vers des sommets.
Mais laissons le jury trancher, l'important étant ce qui se produit - ou ne se produit pas - à l'écran. S'inspirant d'un roman graphique paraît-il appréciable, les scénaristes Brancato et Ferris ont brodé un univers dans lequel les humains restent chez eux et vivent par procuration en envoyant leurs clones affronter à leur place le monde extérieur. Délinquance zéro, personnalités exacerbées, vie à cent à l'heure : tout le monde semble se satisfaire de cette nouvelle et merveilleuse conception de la vie, sauf quelques salopards prônant le retour à l'humain et vivant reclus dans des camps interdits aux surrogates - des pourritures de gauchistes, probablement. Après une rapide présentation de la genèse de cette invention génialement aberrante, le film débute réellement avec la découverte du premier meurtre commis depuis des lustres, perpétré sur un clone mais ayant tué à distance son opérateur, pourtant resté cloîtré chez lui. C'est là qu'intervient le flic joué par Bruce Willis, qui tente visiblement de voler à Nicolas Cage le titre de champion du complément capillaire moisi - sauf qu'ici, c'est justifié par le script. Soit un mélange de I, robot - quand le monde parfait redécouvre la violence - et de Strange days - quand la connectique devient meurtrière -, agrémenté de petites touches de Fils de l'homme, notamment lorsqu'il s'agit d'aller explorer les camps cradingues et l'univers de la résistance.
Sauf que... sauf que dès ce point de départ posé, le film préfère au récit d'anticipation et au bagage qui va avec - éthique, politique, manipulation - une espèce de style bâtard et inabouti pouvant faire penser à certains polars de seconde zone des années 80. Les effets visuels ayant beau être très corrects, la mise en scène faussement décalée devient rapidement épuisante, multipliant les légers décadrages et les angles étranges sans produire aucun résultat, esthétique ou autre. Même l'aspect des clones - lisses, froids, semblables à des êtres humains mais sans aucune humanité - ne crée pas le malaise attendu. Seuls le whodunit et l'action semblent de toute façon intéresser Mostow, qui s'exécute de façon plutôt efficace sans jamais se faire décoiffant. Quelques scènes de poursuites assez réussies ne font pas oublier à quel point cet univers de clones est inexploité, tant visuellement que thématiquement.
Le film ne dit rien, ou si peu, sur ce monde semi-virtuel dont la déshumanisation semble n'inquiéter personne. Le sujet du film était pourtant là, à savoir comment des avancées technologiques progressives et apparemment rassurantes peuvent mener à l'extinction physique et morale de l'espèce humaine. Seul le dénouement prend enfin parti et effectue une vraie proposition de cinéma, d'autant qu'il donne lieu à une série de plans qui auraient sans doute pu être plus sublimes encore chez d'autres cinéastes, mais qui sont déjà très satisfaisants ici. Mostow a raté son film, mais le doute continue à habiter ceux qui s'intéressent à son cas : le montage souvent abrupt, très resserré, voué tout entier à l'intrigue, peut laisser penser qu'il ne s'agit pas du director's cut. Pour autant, un nouveau montage suffirait-il à faire de Clones un film mille fois plus intéressant que cette version ciné d'à peine une heure vingt ?




Clones (The surrogates) de Jonathan Mostow. 1h25. Sortie : 28/10/2009.
Autre critique sur BJ & Mat Cineshow.

7 commentaires sur “CLONES”

FredMJG a dit…

OK je vais revoir I, robot (ahem... enfin si j'ai l'temps), Strange days (oui, tout le temps j'ai) et Children of men (ça tombe bien, c'est déjà fait !)
:D
PS. Quoique lorsque j'y songe, Willis en moumoute ça m'éclate...

Pascale a dit…

Bon je résume :

"peut mieux faire".

LA question est :
est-ce que Bruce se désape à un moment ou est-ce qu'on lui fait simplement une épilation totale* ?


*du crâne.

Rob Gordon a dit…

Ni l'un ni l'autre. Eh ouais. T'as pas une autre idée ? Genre en rapport avec le titre ?

Pascale a dit…

Gnéééééééééé ??????

Ben si il a le crâne rasé, menteur !!!

Quel dommage ce film... on est devant un...
bon,
comme tu dis.
ça aurait pu,
ça aurait dû,
mais...

J'adore Bruce quand il pleurniche qu'il veut retrouver sa vieille moche femme balafrée. J'suis trop romantique moi.

coming soonn a dit…

je trouve ta critique très bonne. Tu as tout à fait raison quand tu dis qu'avec un tel sujet le film aurait pu un véritablement meilleur.
est ce que tu pourrais expliquer ce qu'est le "whodunit" pour la non initiée que je suis.
merci!

Rob Gordon a dit…

whodunit vient de "who has done it ?", soit pour traduire grossièrement, "qui est le coupable ?". C'est un term générique pour désigner n'importe quel film (polar ou autres genres) ou le principal objectif est de trouver le coupable du ou des crimes au centre de l'intrigue.

coming soonn a dit…

merci de ta réponse, tu as éclairé ma lanterne.

 
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