15 août 2009

SITA CHANTE LE BLUES

Dans la jungle des films d'animation, Sita chante le blues n'est pas le film le plus chiadé de l'année, mais c'est sans nul doute le plus barré. L'américaine Nina Paley y entrecroise une légende indienne datant de plus de vingt siècles, des passages musicaux et son histoire personnelle, mêlant également les techniques d'animation dans une gigantesque communion foutraque, parfois euphorisante mais éreintante à la longue.
Le cocktail est hétéroclite mais c'est finalement ce qui fonctionne. Pour raconter le Ramayana, histoire d'exil et de délivrance d'un avatar du dieu Vishnou et de la déesse Sita, Paley utilise une technique tout en finesse, faisant notamment appel au théâtre d'ombres afin de camper les narrateurs. Ceux-ci sont proprement hilarants : improvisant leur texte, ils se coupent, se chevauchent, se contredisent dans un grand élan d'approximation volontaire. Ce qui aurait pu être un conte ancestral lourdement solennel devient alors une récréation ludique, fraîche et drôle. La réalisatrice entrecroise le destin de Sita et sa propre histoire, croquée de façon plus moderne. C'est sans doute la partie la moins réussie du film, tant par le style employé (des crayonnés faussement brouillons) que par l'intérêt très relatif de la vie amoureuse de la narratrice.
Également au programme, une série de séquences façon scopitones où résonnent les chansons d'Annette Hanshaw, chanteuse de jazz et de blues du début du siècle, que Nina Paley met dans la bouche de Sita et qu'elle greffe assez agréablement à l'histoire, se permettant des résumés et des raccourcis parfois tordants. Usant dès que c'est nécessaire de longs fondus au noir, elle marque de bout en bout une séparation très nette entre les trois parties de son film, qu'elle alterne de façon un peu trop systématique. De fait, le film a beau ne durer qu'une heure vingt, sa loufoquerie finit par devenir un tantinet prévisible et donc totalement lassante. Si les numéros musicaux sont réussis jusqu'au bout, si certains effets visuels continuent à accrocher l'oeil, la séduction de la première rencontre n'aura pas duré jusqu'au générique final. Bien que manquant d'endurance, ce drôle d'objet animé est néanmoins à conseiller pour tous les nostalgiques de la 2D et du travail à l'ancienne.




Sita chante le blues (Sita sings the blues) de Nina Paley. 1h22. Sortie : 12/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

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