17 août 2009

LES DERNIERS JOURS DU MONDE

Ne pas se fier à l'affiche du film, qui peut faire penser à une énième pécasserie du genre Mon manchot chez les nudistes : si le film des frères Larrieu combine leurs obsessions passées (sexe sans tabou, massifs montagneux et autres), c'est pour mieux réinventer leur cinéma, voire le cinéma français dans sa globalité... Pour être clair, on n'a jamais vu en France - pas plus qu'ailleurs - un film pareil, qui allie description de la vie intérieure d'un homme et drame apocalyptique sur la fin du monde. Les seuls points de comparaison possibles sont des films qui, eux, étaient ratés, du Nuit de chien de Schroeter à La possibilité d'une île de Houellebecq. Les derniers jours du monde réussit là où les autres avaient échoué et c'est assez inexplicable.
Dès la scène d'exposition, le film parvient à créer un sentiment d'urgence, celui d'une fin imminente, qui invite au voyage, immobile ou non. Quand certains se lancent dans des périples impossibles pour tenter de sauver leur peau et d'échapper à l'apocalypse qui guette, d'autres préfèrent un surplace apparent, histoire d'attendre paisiblement et de faire le point. Robinson Laborde choisit l'une des options, puis l'autre. Il y a un temps pour tout : se remémorer la femme qu'on aime passionnément, puis se lancer à sa recherche. C'est dans cette dualité permanente qu'avance le film, une dualité que l'on retrouve également dans le style. À tout moment, une scène de dialogue a priori ordinaire peut se virer au bain de sang. Les lieux les plus respectables et classiques ne sont pas épargnés. La mort et la violence sont partout qui rodent, et seul le fait de suivre Robinson à la trace - jamais on ne quitte son point de vue - permet de ne pas sombrer dans l'hystérie collective.
La vie est une aventure, et c'est ainsi que la vit le héros, tombé en amour pour cette drôle de fille un peu garçonne, aux moeurs légères et à la disparition facile. Arnaud et Jean-Marie Larrieu ont réinventé le fantasme ultime et lui ont donné corps - longue vie à Omahyra Mota. Robinson la voit comme une façon de se reconstruire juste avant la mort, dans un éternel recommencement. Dans cette atmosphère inquiète, chacun se cherche à sa façon, sur le plan sexuel en particulier, d'où le côté débridé de nombreuses scènes. Mais le sexe a beau y être délectable, il est toujours empreint d'un véritable sentiment d'inquiétude : une fois encore, même entre les bras - ou les jambes - d'une personne qui nous séduit, le couperet reste au-dessus de notre gorge. C'est d'autant plus jouissif. Les derniers jours du monde, c'est le monde vu comme une gigantesque backroom placée dans un abri antiatomique. Improbable, grinçant, indescriptible donc excitant.
On n'imagine sans doute pas le travail fourni par les frères Larrieu pour aboutir à un tel résultat. L'écriture est d'une finesse exquise et la mise en scène au cordeau, d'autant que des scènes d'action sont cette fois au programme. Un tir de roquette chez les Larrieu ! Pendant un moment, on croit rêver, puis on se pince, et c'est exactement ce que font les personnages, au bord du gouffre dans vraiment s'en rendre compte, puis soudain totalement conscients de ce qui leur arrive. C'est aussi beau que flippant. C'est surtout magistral. Et, mieux que tout, ça ne s'analyse pas. Ça se vit. On n'imaginait pas que le projet le plus audacieux du cinéma français de ce début de siècle émanerait de ces deux types à l'air affable. On s'était trompé. Chef d'oeuvre.




Les derniers jours du monde d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu. 2h10. Sortie : 19/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Une dernière séance.

17 commentaires sur “LES DERNIERS JOURS DU MONDE”

Pascale a dit…

Je demande à voir...
donc, je verrai car "Peindre ou faire l'amour", j'avais détesté ainsi que ce qui suivit.

mymp a dit…

Effectivement, un film qui se vit, aventureux et ouvert à n'importe quelle audace et interprétation. Ca fait du bien de voir un tel film en France, si peu formaté et ne cherchant pas à absolument raconter quelque chose...

FredMJG a dit…

La bande annonce donne envie de rentrer dans une salle contrairement à celle du voyage aux Pyrénées qui faisait cavaler dans le sens inverse... et bon, le p'tit Mathieu, l'est trop mignon c'garçon...

Pascale a dit…

Le Ptit Mathieu, il a trop de poils...
mais sa voix,
son regard...
fin tout le reste,
sous les poils.
Je cours.

FredMJG a dit…

ToPascale : C'est un homme, un vrai ! hors donc il porte de la moquette, cé à ça qu'on les reconnaî... demande à Boris (l'avais-tu vu faire l'dindon sauvage dans ce film ? des Larrieu encore... sont copains comme cochons ces trois là... c'est louche !)

Pascale a dit…

Boris chez ces cochons d'Larrieu ???
Où quand caisse ?

Rob Gordon a dit…

Merci, chères duettistes, d'avoir egayé ce blog en mon absence.
Je suis de retour, mais que ça ne vous empêche pas de continuer.

FredMJG a dit…

Oh eh l'autre ! tu veux pas qu'on écrive à ta place en plus non mais !
Bon, t'as trouvé la liqueur sur le chemin d'Avignon ou bien ?
Tout à fait entre nous, Pascale adoooooooooooore tes ptites lunettes rouges comme la place... :D

Pascale a dit…

Il nous prend pour les roux et combaluzier de son blog ou quoi ???

On lui demande combien ???

Il sait que je le kiffe trop mais faut pas le dire rapport à la miss gordon qu'est une vraie harpette... harpie.

Pascale a dit…

Au nom de notre belle et grande amitié,
je te demanderai de bien vouloir éviter de rôder "sur la route du cinéma",
demain...

Merci.

Rob Gordon a dit…

Compris.
J'irai plutôt relire la critique de Melissa sur Une dernière séance.

Pascale a dit…

Moi j'irai même pas la lire. Et toc.

Enfin je suis quand même contente d'apprendre que le FANTASME ULTIME sent bon du caca !
Justement, je me posais la question !

FredMJG a dit…

Je vais me répéter (cf. votre blog favori à tous les deux :p) mais depuis QUAND une fille ça fait caca ? J'avions point ! Pourquoi on ne me dit jamais rien ? Faut qu'j'attende les Larrieu pour apprendre qu'on peut aller faire caca et rester désirable... (enfin, je sens que je vais bien rigoler demain...)
Bon, ben, excusez, j'ai un truc à faire là...

Rob Gordon a dit…

Tu vas voir 15 minutes d'Avatar ?

FredMJG a dit…

cé à moi qu'tu causions ? Of course not !? ai-je l'air de quelqu'un qui va se battre pour voir un bout d'un truc que je peux voir en entier si j'veux dans quelques mois... enfin si j'suis toujours là... et bon, si j'y suis plus, ça m'fera une belle jambe le dernier Cameron !... j'aurais même oublié les ratés de QT...
:D

Anonyme a dit…

Chauvin va !

Anonyme a dit…

Moi j'ai fort aimé le voyage "initiatique" à l'envers mais par contre je n'ai pas compris ... les deux explosions de la fin.

Ok pour Paris vide - la nuit en plein jour et Lae seule dans son appart et "boum"

Mais pas OK pour la course nudiste dans paris et puis "boum" ? Moi ptet stupide mais moi pas comprendre ;-)))

 
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