12 août 2009

LE TEMPS QU'IL RESTE

La première scène du Temps qu'il reste est la meilleure, mais est peut-être à l'origine de la déception très relative que constitue le nouveau Elia Suleiman - on attendait un chef d'oeuvre, on n'a finalement qu'un bon film. À cause d'une pluie diluvienne, un chauffeur de taxi est contraint de s'arrêter sur le bas-côté, tente de contacter ses collègues par la radio mais n'y arrive pas, et finit par s'énerver tout seul, sous le regard de son client, mutique et flou, mais totalement reconnaissable pour qui a déjà vu le bonhomme : Suleiman lui-même. Dans ce prologue, on retrouve la dimension tatiesque qui faisait le charme de son précédent film, Intervention divine, avec un agrément de poids : l'inquiétude. Noire bien que dépourvue de gravité (ce n'est que de la pluie, après tout), elle met magistralement en place le héros du film, personnage muet et mystérieux qui porte sur ses épaules toute la tristesse de la Palestine.
C'est justement là que la bât blesse : à trop s'ériger en homme-symbole de sa nation, à trop se rêver en Buster Keaton palestinien, Suleiman finit par oublier trop souvent de faire le film qu'il nous promettait, récit de dizaines d'années de la vie d'un territoire martyr et hommage policé mais plein d'amour au père du réalisateur. Trop de scènes semblent avoir été écrites pour mettre en valeur son personnage de Droopy puissance mille, dont on imagine qu'il a plein de choses à dire mais qui préfère s'amuser à être toujours plus silencieux. Ce qui marchait si bien dans la scène d'ouverture finit par ressembler à un simple concept un peu répétitif, d'autant qu'Elia Suleiman n'a pas le talent visuel d'un Keaton ou d'un Tati, ses fulgurances étant trop épisodiques pour ressembler à du génie.
Lorsqu'il cesse de tourner autour de son propre nombril et commence enfin à s'intéresser à l'histoire de sa famille et à son père en particulier, Suleiman trouve sans peine le ton juste, maniant différentes formes d'humour avec une aisance folle. Il brasse large et avec une réussite égale, sur une palette allant du Petit Nicolas (le petit garçon puni pour avoir repris à son compte les opinions politiques peu appréciées de son père) au Docteur Folamour (le type qui fait les cent pas en téléphonant, suivi à la trace par le canon d'un tank). Et n'abandonne l'humour que pour dire toute son admiration et sa reconnaissance pour ce père qui n'a pas hésité à se sacrifier pour ses idées et pour ses proches. Il y a plein de très beaux moments dans ce Temps qu'il reste. Toutes les bases d'un grand film. Dommage que l'égocentrisme cabotin de son réalisateur / auteur / producteur / interprète vienne régulièrement en casser la magie et en piétiner la sincérité.




Le temps qu'il reste (The time that remains) d'Elia Suleiman. 1h45. Sortie : 12/08/2009.
Autre critique sur Laterna magica.

2 commentaires sur “LE TEMPS QU'IL RESTE”

FredMJG a dit…

Aaaaaargh ! casse pas la baraque depuis le temps que je l'attends... mais le comique ne vient-il pas justement de cette éternelle répétition vu l'absurdité de la situation qui n'en finit pas de se mordre ce qu'elle ne devrait pas ?

Voisin Blogueur a dit…

J'ai aimé le film mais ne suis pas du tout d'accord avec toi : je trouvais que la première scène ne fonctionnait pas au contraire de la suite que je trouve vraiment bluffante, surtout pour ses qualités esthétiques.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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