16 juil. 2009

THE READER

L'adaptation du best seller de Bernhard Schlink aurait pu donner un gros soufflé hollywoodien avec tambours et trompettes, simple véhicule pour acteurs en mal d'Oscar. Et si Kate Winslet a bel et bien remporté la fameuse statuette pour ce film, c'est purement et simplement parce que sa prestation sobre et belle devait être couronnée. Pour son troisième film, le britannique Stephen Daldry a confirmé le talent que laissait entrevoir The hours, à savoir celui de se placer à bonne distance des personnages. Ni trop près pour ne prendre personne à la gorge, ni trop loin pour ne pas brider toute émotion. C'est par sa sobriété que The reader brille avant tout, alors que de tels thèmes - Auschwitz et détournement de mineur - auraient pu mener tout droit à la catastrophe.
Pendant deux heures pleines, au fil d'une narration ample et remarquablement fluide, Stephen Daldry nous conte cette histoire pas si complexe bien qu'ouvrant la voie à pas mal de débats post-projection. Il traite avec délicatesse le personnage central interprété par Kate Winslet, qui se tape un ado alors qu'elle a 35 balais, est apparemment responsable de la mort de centaines de juives dans l'incendie d'une église, mais n'est pourtant pas vouée - ou pas tout de suite - aux flammes de l'enfer. C'est la sinuosité de l'âme humaine qu'interroge le film, celle qui fait qu'un acte monstrueux ne peut pas tout à fait occulter le reste d'une personnalité. Le traitement est sans fausse note, sans excès, d'une remarquable intelligence, le tout se faisant au prix d'une remarquable économie de mots.
Alors pourquoi The reader n'est-il pas le pur chef d'oeuvre qu'il aurait pu (dû ?) être ? Sans doute parce que Daldry passe tellement de temps à éviter les nombreux écueils possibles qu'il en oublie le plus souvent de faire vivre son film, n'échappant pas toujours à un académisme qui guette avidement du début à la fin. Si son flegme permanent est assez appréciable, c'est avant tout parce que ça aurait pu être pire ; ça aurait aussi pu être beaucoup plus emballant si un metteur en scène à la personnalité plus affirmée avait pris les choses en main. Bien que se déroulant sur un certain nombre d'époques, avec retours en arrière, ellipses et tout le toutim, le film peine à masquer sa relative prévisibilité. Ce qui n'enlève rien ni à la beauté absolue de certaines séquences - de lecture, notamment - ni à l'interprétation irréprochable. Voilà, c'est ça : The reader est un beau film, et une oeuvre irréprochable. Quelque fois, c'est synonyme d'ennuyeux.




The reader de Stephen Daldry. 2h03. Sortie : 15/07/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

6 commentaires sur “THE READER”

Osmany a dit…

Ennueyux...c'est le mot, et pourtant, je n'ai quasiment aucun reproche à faire mis à part le coté un peu invraisemblable de cette relation et comment elle a démarré en deux deux au bout de 15 minutes de film... mais bon...

Pascale a dit…

Je suis à peu près d'accord sauf pour le dernier mot.
c'est TOUT sauf ennuyeux ! Et y'avait longtemps que j'avais pas fait serpillère au cinéma...
C'est bon de souffrir.

Osmany, le coup de foudre réciproque et tout le bazar, tu peux pas comprendre. Va jouer !

Osmany a dit…

Tsss, le coup de foudre n'a rien à voir avec la manière dont c'est "amené". Genre elle l'a soigné, il lui apporte des fleurs, il la voit DIRECT a poil... (meme si la vieille est un peu coquine vous m'excuserez, c'est un peu gros) :-)

Pascale a dit…

N'importe quoi !

ARTMARIE a dit…

je suis allée voir seule ce film hier qui m'a émue aux larmes...j'avais lu Le liseur de Schlink il ya plus de 10 ans, ce bouquin m'avait déjà profondément boulverssé ...son adaptation à l'écran est un chef-d'oeuvre par sa justesse du ton, du respect de l'oeuvre et par son intemporalité...en effet les thèmes évoqués sont multiples et plus que jamais d'actualité : les émois sexuels de l'adolescent m'évoquants le Blé en herbe de Colette et les images du film sont sûblimes, la honte de l'inculture, de l'enfance vers l'adolescence et la soudaine désinhibition, et surtout ...la femme de devoir, simpliste et la manière simpliste d'obéir quand une tache vous est confiée sans se sentir responsable de la cascade de compétences...pas de maillon faible, d'où le besoin de se rebeller, de contester et d'agir en citoyen du monde, responsable et puis notre incompréhension de tous ces acteurs responsables de ces agissements l'hors de la seconde guerre mondiale...les procés et leurs réponses...un film avec une très grande actualité, tous ces thèmes sont récurants et je conseille aux enseignants d'aller le voir avec tous les ados possibles et de provoquer ensuite les débats pour marquer le positionnement de chacun sur cette putain de terre et de ces citoyens du monde que l'on voudrait tous aimer !

Carla a dit…

Pour reprendre le terme de Pascale, j'ai moi aussi fait "serpillière", et je n'étais pas la seule à renifler dans la salle !
Un très beau film, mais également un film excellent sur le traitement des différents thèmes abordés, donnant matière à réflexion post-séance en effet. Aucun ennui donc, au contraire !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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