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PUBLIC ENEMIES

Il paraît que certaines personnes connaissent par coeur le film High fidelity, de Stephen Frears, à force d'en avoir usé la VHS puis le DVD. Ceux-là, plus encore que les autres, connaissent à l'avance le dénouement de Public enemies, puisque comme le dit John Cusack lors d'une promenade nocturne à Chicago : « John Dillinger was killed behind that theater in a hale of FBI gunfire. And do you know who tipped them off? His fucking girlfriend. All he wanted to do was go to the movies. ». Le film de Michael Mann vient d'ailleurs corriger le caractère un rien approximatif de cette remarque, n'émanant après tout que d'un petit vendeur de disques. Mais bref, avant de mourir à la sortie du cinéma où il vit L'ennemi public numéro 1 (Manhattan melodrama en VO, donc aucun lien avec le titre choisi par Michael Mann), John Dillinger donna du fil à retordre à la police. C'est son parcours chaotique et médiatisé que le brillant metteur en scène de Révélations met en images dans le film, ainsi que les états d'âme du grand flic dont la seule et unique fonction est de le débusquer.
Si Heat, sorti en 1996, n'était que le remake même pas déguisé du L.A. takedown de Mann, Public enemies ressemble au remake officieux de Heat, mais dans une version annéees 30. Même traitement en parallèle du gendarme et du voleur. Mêmes rencontres épisodiques et chargées de sens. La différence, c'est que Heat bénéficiait d'une mise en scène absolument brillante, faisant du film un curieux mélange entre jeu d'échecs et partie de ball-trap. En comparaison, Public enemies semble bien fade, et ce pour deux raisons principales. La première, c'est qu'en lieu et place des acteurs excessifs mais impressionnants que sont Al et Bob, Mann a choisi Johnny Depp et Christian Bale, des types très pros mais presque trop, qui serrent impeccablement la mâchoire mais intériorisent absolument tout, rendant le face-à-face hermétique et parfois ennuyeux. Les grands gangsters sont tous des cabotins ; les grands flics aussi, pour la plupart ; l'immense sobriété des deux interprètes fait largement regretter le côté théâtre de Guignol de l'affrontement Pacino - de Niro.
Le second gros défaut de Public enemies, déjà évoqué à l'époque de Miami vice, concerne la mise en scène. Difficile de contester l'absolue virtuosité d'un Michael Mann habitué à penser et repenser chacun de ses plans sans pourtant donner l'impression de calculer. Seulement voilà : comme d'autres cinéastes entre deux âges, sa rencontre avec la DV lui a fait beaucoup de mal - même si le cas David Lynch est bien plus inquiétant. En pensant gagner en possibilités ce qu'il perdait en contraintes, Mann a beaucoup expérimenté avec son nouveau joujou, a découvert les fabuleux atouts de cette nouvelle technologie, et ne cesse depuis de s'y complaire. Si Collateral utilisait à merveille le format pour créer une impression d'urgence voulue par le script, c'était déjà bien plus discutable dans Miami vice. Et ça l'est tout autant dans ce Public enemies qui, s'il est constellé de morceaux de bravoure qui cassent effectivement la routine du genre, devient extrêmement ennuyeux dès qu'il décrit les moments de répit des deux héros. La faute à une technique qui obnubile tellement son metteur en scène qu'elle l'empêche d'approfondir la psychologie de ses personnages - réduits à une opposition basique gentil contre méchant - et de mettre en valeur le romantisme et le lyrisme de certaines situations. Résultat : Marion Cotillard a beau faire bonne figure, son personnage semble au final bien plat, tout comme pas mal d'autres. La peur de mal vieillir a entraîné chez Mann un aveugle désir de modernité qui a finalement eu l'excès inverse : il semble ici un peu dépassé par l'intrigue et l'ampleur du projet. Qu'il pose un peu sa caméra numérique et réfléchisse vraiment à ses apports et à ses risques : le brillant Michael Mann d'antan commence à nous manquer.




Public enemies de Michael Mann. 08/07/2009. 2h13. Sortie : 08/07/2009. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

6 commentaire(s):

Pascale (11/7/09 14:44) a dit…

Y'a du vrai dans ce que tu dis...

J'étais mitigée aussi. Puis ce film a un bon effet kiss cool qui revient et...
oui,
l'envie de le revoir !

Vincent (12/7/09 20:19) a dit…

Ah le film est sorti à précisément 2h13 ? Quelle monstre de précision ce Rob Gordon !
(et oui, y'en a qui lisent tout, absolument tout !)

Rob Gordon (12/7/09 23:32) a dit…

Je ne suis décidément pas très doué. Merci.

Carla a dit…

Un film un peu plat, on s'y ennuie un peu. Le genre de copie qui mérite un "peut mieux faire". La caméra est brouillon, la multitude de personnages secondaires perd un peu le spectateur qui ne serait pas physionomiste... Dillinger aime Billie... heureusement qu'ils se le disent car on n'aurait du mal à s'en convaincre. Mais même les dialogues sonnent creux ! Et Christian Bale parvient à être encore plus inexpressif que dans Terminator Renaissance ! A voir à la tv, mais pas au ciné :-(

RIPLEY (22/7/09 10:23) a dit…

Il est bien votre Blog, mais je vous trouve trop sympa avec Michael Mann.

pomme (5/8/09 23:23) a dit…

j'ai beaucoup aimé:il est vraiment élégant mais je ne trouve pas Johnny Depp très inspiré(il est solide mais il ne fait pas menaçant ),Cotillard charmante(mais son rôle n'est pas super intéressant) et Bale,contrairement à l'avis de Carla,est super en ordure tourmenté("il a des yeux revolver,il a le regard qui tue"et " faut pas le chercher le Purvis" dixit mon copain)
Le film aurait gagné à plus s'intéresser aux flics et à Hoover!
Il reste de bons moments et images.

 

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