1 juil. 2009

LE HÉRISSON

« Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? », s'interrogeait Pedro Almodóvar il y a un quart de siècle. Une question toujours d'actualité, notamment pour qui vient de gâcher une centaine de minutes devant Le hérisson, libre adaptation - paraît-il assez fidèle - du best-seller surprise de Muriel Barbery. Si le roman avait divisé, le film devrait logiquement faire l'unanimité tant il déploie une vacuité constante de la première à la dernière image. Ça commence avec cette petite fille supérieurement intelligente et donc suicidaire, qui se met en tête de faire un film sur ceux qui l'entourent - et qu'elle méprise. On sait dès l'annonce de ce suicide programmé qu'elle ne passera jamais à l'acte ; et on le regrette âprement, tant le personnage n'est qu'une baudruche et tant son interprète ressemble à un plaidoyer pour la vasectomie. Que la petite Paloma soit une gosse surdouée, soit ; que ça l'autorise à débiter des phrases interminables et absolument factices, non.
Le hérisson ne raconte pour ainsi dire rien du tout, si ce n'est la rencontre en triangle de Paloma, de la concierge taciturne de son immeuble et d'un nouveau locataire d'origine japonaise. Ce dernier est le moins inintéressant car il parle peu. Face à lui, une Josiane Balasko toujours aussi persuadée que porter une tignasse bien crasseuse est une condition nécessaire et suffisante pour être convaincante (rappelez-vous Cette femme-là). Les échanges des 3 personnages sont d'une banalité absolue, le seul et unique message semblant être le très rengaine « méfiez-vous des apparences ». Alors oui, certes, on veut bien aller au-delà de l'enveloppe physique, mais pourquoi faire ? Pour découvrir que la concierge a lu plein de bouquins, ce qui semble immédiatement faire d'elle quelqu'un de très bien ? Le film ne va pas plus loin que ça, et c'est assez consternant.
La forme est elle aussi assez agaçante. Très souvent, l'action est vue à travers la caméra de la jeune fille, qui déblatère en voix off contre le monde entier. L'image est d'une laideur assez terrible - le reste du temps elle n'est qu'ordinaire - et la voix assez inaudible. Comme si le calvaire n'était pas suffisant... Et puis il y a la fin. Comme souvent dans les films qui n'ont rien à raconter, elle est pire que tout, histoire de créer un semblant de surprise chez le spectateur bien déterminé à comprendre pourquoi il a payé son ticket. Le dénouement du Hérisson est plus idiot que tout ce qui précède, versant tout à coup dans le lacrymal le plus total. La dernière impression est la bonne : celle d'un film manipulateur et manichéen, qui réjouira peut-être deux ou trois petites vieilles mais ne manquera pas d'en consterner plus d'un.




Le hérisson de Mona Achache. 1h45. Sortie : 03/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

15 commentaires sur “LE HÉRISSON”

Pascale a dit…

ah ben vla,
ils nous l'ont énervé !

Maan a dit…

On dirait que vous n'avez pas lu le livre...
Je suis du côté de ceux qui l'ont adoré. A lire les critiques depuis ce matin, le film frôle le sacrilège.

Jérôme a dit…

et comme dirait Ari Gold:
BOOOOOOOOOOOMMMMMMMMMMMMMMMMM

le livre démarre bien et termine mal j'ai l'impression que le film n'a même pas la chance de bien démarré

Jérôme a dit…

(démarrer)

Mélissa a dit…

Et bien, je me demandais si j'allais y aller ou pas... Finalement non !

dasola a dit…

Bonjour Rob, et bien je suis une des trois petites vieilles (qu'est-ce que tu as contre les petites vieilles?) qui ont aimé le film ET le roman (lu lors de sa parution). Moi qui suis un peu "speed" en ce moment, le Hérisson m'a reposée. La fin de l'histoire est triste mais pas lacrymal (les livres de Renée sont sauvés). Bonne journée.

Rob Gordon a dit…

Bonjour Dasola,
c'est amusant, je viens de laisser un commentaire sur ce film à l'instant sur ton blog.
Je n'ai rien contre les petites vieilles, sauf celles qui me doublent dans les files d'attente. C'est jusqte qu'à la projection de presse où j'étais, Monique Pantel était assise à côté de moi, elle a mangé pendant une demi-heure, ensuite elle a dormi (même qu'elle ronflait), et quand elle s'est réveillée c'était pour mieux s'extasier (elle a même applaudi à la fin !). C'est sans doute pour ça que j'ai parlé des petites vieilles.
Mais tant mieux pour le film s'il a su parler à quelques-uns, petites vieilles ou pas.

Pimprenelle a dit…

Eh bien, le moins que l'on puisse dire, c'est que ton avis est tranché! Du coup, j'ai vraiment envie d'aller me faire mon propre avis surtout que je viens tout juste de lire le roman!

Anonyme a dit…

Il ne faut pas s'acharner sur le film. Il suit parfaitement et retrace plutôt bien le livre..; qui lui en revanche était pompeux et méprisant. Envers les concierges, les gens aisés et tout ce qui a un rapport avec la culture. La culture japonaise, c'est pas ma tasse de thé donc je suis une inculte qui ne comprend rien à l'art... Mouaif.

Anonyme a dit…

Comme c'est drôle , ce film est magnifique est très émouvant , pour celui qui n'a jamais été capable de faire quoi que se soit , on préfère critiquer , puisque on n'est même pas capable de retracer une minute du film .
Ce film est sublime et si vous préferez "bienvenue chez les ch'tis"
La France est entrain de sombrer.....

Anonyme a dit…

OUi, effectivement, la france est en train de sombrer, celle qui aime le cinéma engagé, qui prend des risques. Ce film, c'est le néant cinématographique, c'est un bon produit pour un prime time sur TF1.
La réalisatrice s'est engouffré mollement dans tout ce qu'elle veut dénoncer. C'est affreux, pour elle, et surtout pour nous !!!

Et contairement à ce qui a été dis précédement, l'image est magnifique, si seulement Michael Mann avait pu rencontrer Patrick Blossier, le chef opérateur, ça lui aurait évité de gacher Public Enemies avec une image merdique.

Allez Salut !

Rob Gordon a dit…

Ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas sorti le coup du "c'est moche de critiquer quand on ne fait rien soi-même". Merci d'avoir remis cet argument puant au goût du jour.

L'image est quand même assez laide, surtout quand Paloma est derrière la caméra.

frederic a dit…

C' est vrai que l' image est sale (effet voulu quand c'est Paloma qui filme, mais quand même), que le son est parfois inaudible, mais alors là où j' ai été le plus déçue, c' est par la prestation des acteurs : Josiane Balasko en fait des tonnes dans le genre moche, lourdaude et sans grâce et elle ne donne aucune épaisseur au personnage, Anne Brochet n'est pas terrible non plus et Paloma n' a rien qui puisse la rendre attachante ; je n'avais pas adoré le livre, mais le film pousse si loin la caricature qu' à côté, le livre me semble beaucoup plus riche; bref, un premier film pas très réussi dont on peut se passer.
Fred
http://crayondenuit.canalblog.com

Noé Thoraval a dit…

C'est plus facile a dire qu'a faire cher critique...

Rob Gordon a dit…

Voir mon commentaire du 16 juillet. J'en ai marre de me répéter.

 
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