13 juil. 2009

J'AI TUÉ MA MÈRE

J'ai tué ma mère est le film de tous les paradoxes. Son héros est bon à gifler, mais on ne peut que l'adorer. Et il tuerait bien sa mère, sauf qu'il l'aime trop pour ça. C'est le thème principal du film de Xavier Dolan : montrer à quel point l'amour peut s'accompagner de sentiments apparemment inconciliables. Il a bâti pour cela un film-dispositif d'une rare originalité, qui observe frontalement la relation tordue - mais pas tant que ça - entre le jeune Hubert et sa mère. En voiture, à table ou ailleurs, ils sont souvent filmés de très près, en plan fixe, quelques gros plans venant parfois attirer l'attention sur l'un ou l'autre des petits travers de la mère. Trop bavarde, bruyante quand elle mange, victime de pertes de mémoire quand ça l'arrange : chez le héros, tous les défauts sont d'égale importance, et sa façon de les monter en épingle est à la fois totalement exaspérante et parfaitement compréhensible. Nous avons tous été ados, donc tous plus ou moins idiots, obsessionnels et intolérants. Et nous avons pour la plupart grandi un peu, corrigé une partie de ces travers, devenant parents ou étant en âge de le devenir.
On marche en permanence sur des oeufs, tiraillé par des sentiments contrastés, passant par toutes les gammes d'émotions. À l'immaturité du personnage répond la maturité d'une mise en scène posée, sûre de ses effets, portée par son désir assouvi de singularité. À seulement 20 ans, Xavier Dolan possède le talent suffisant pour parvenir à agacer tout en donnant de plus en plus envie de le suivre. Le nombrilisme absolu de l'ensemble, le terrible orgueil du héros et du metteur en scène (qui ne font évidemment qu'une seule et même personne) sont heureusement équilibrés par un humour féroce et bidonnant, notamment lors des engueulades hystériques et dantesques survenant très régulièrement entre Hubert et sa mère.
Pour pousser plus loin l'autofiction, Xavier Dolan joue lui-même Hubert, qui est clairement son double quelques années plus tôt, à l'époque de sa découverte de la sexualité - et des premières heures de son homosexualité. Coupe de cheveux improbable, voix criarde, accent québécois à couper au couteau (sous-titres français indispensables) : voilà l'un des personnages les plus originaux et mémorables de l'année, que certains rejetteront sans doute en bloc tant il est tête-à-claques, mais que bien d'autres ne manqueront pas d'adorer tant ils s'y reconnaîtront. L'auto-psychanalyse, le rapport mère-fils, l'homosexualité : des thèmes qui inspirent décidément les jeunes auteurs, puisqu'ils avaient déjà donné naissance au stupéfiant Tarnation de Jonathan Caouette, acclamé à Cannes en 2003.




J'ai tué ma mère de Xavier Dolan. 1h40. Sortie : 15/07/2009.
Autre critique sur Tadah ! Blog.

7 commentaires sur “J'AI TUÉ MA MÈRE”

Hyacinthe a dit…

Bon, bah je vais essayer d'aller le voir alors... demain il passe au mk2 BNF en avant-première dans le cadre du festival Paris Cinéma!

Voisin Blogueur a dit…

Rien à redire sur la critique, d'accord à 100% ;) La coupe de cheveux n'est pas si improbable que ça, je la trouve charmante :p

Rob Gordon a dit…

Et pas que la coupe de cheveux, j'ai bien compris ;)
Tu sais que c'est lui qui double Harry Potter au Québec, et ce depuis le premier film ? C'est l'attachée de presse qui m'a appris ça... (et aussi qu'il tournait son deuxième long dès octobre)

pL a dit…

Un premier film prometteur. J'ai été agréablement surpris.

Edisdead a dit…

Oui, un film tourné vraiment "au coeur" de l'adolescence et, en même temps, avec une autorité et une maîtrise de ses effets assez étonnante. Une très bonne surprise.

Jane a dit…

Bon , ben , j'ai plus qu'à aller le voir !!

Loulou a dit…

Je n'avais pas encore lu votre critique de ce petit bijou et je suis totalement d'accord avec votre façon d'en parler!
C'est vrai que Xavier Dolan exaspère parfois tout autant qu'il fascine (jusque dans sa coupe de cheveux, en effet!), mais le voyage à ses côtés vaut le détour.
Son film est à la fois violent et d'une tendresse absolue, sonne étonnamment juste ("nous avons tous été ados": c'est exactement ça!) et parvient à conjuguer habilement le rire franc et l'émotion à fleur de peau.
Un petit chef d'oeuvre, mon gros coup de coeur et définitivement "le film de tous les paradoxes" (vous m'enlevez les mots de la bouche!)!

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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