19 juil. 2009

BRONSON

Qu'on se le dise : Nicolas Winding Refn est un metteur en scène hors pair. Qu'il nous enchante à coups de poings dans la tronche (la trilogie Pusher) ou qu'il nous sème dans un dédale imbouffable mais addictif (Inside job), le cinéaste danois fait des choses pas croyables avec sa caméra, justifiant pleinement l'invention du cinématographe : aucun autre art n'aurait pu permettre de raconter aussi bien ces histoires-là. Bronson n'échappe pas à la règle : c'est une nouvelle leçon de maestria filmique, débordant de style et de coups d'éclat. Aux antipodes du biopic classique, Nicolas Winding Refn effectue un portrait du "prisonnier le plus dangereux d'Angleterre" - c'est l'affiche qui le dit - de la façon la plus étrange qui soit. Le héros du film n'est pas Charlie Bronson, mais la façon dont il est traité.
Filmé frontalement, présenté comme un héros de one man show, Bronson est l'unique héros - et quasiment le seul personnage - du film qui lui est consacré. Il se livre face caméra, regarde le spectateur dans les yeux, se livre à toutes sortes de mimiques et de fantaisies. Le tout est censé permettre de reconstituer une carte topographique de sa personnalité insaisissable, indescriptible avec de simples mots. Pendant une heure trente, on verra ce type s'agiter, s'esclaffer, semer la terreur avec délectation. Le but de NWR n'est visiblement pas de flanquer la trouille au public, puisque le film est finalement plus drôle qu'effrayant, en dépit d'une poignée de scènes assez violentes. C'est tout de même loin d'être le jeu de massacre insoutenable auquel on aurait pu s'attendre, et que bien d'autres réalisateurs nous auraient servi.
Le problème du film, en fait, c'est qu'il est idéalement mis en scène, extraordinairement interprété par un Tom Hardy vraisemblablement venu de l'espace, mais qu'il n'y a quasiment rien à en tirer. Ni morale - mais c'est probablement volontaire - ni réelle histoire, rien qu'une certaine empreinte visuelle, rappelant certes les plus grands cinéastes de l'histoire. Un film dont la motivation principale est de stimuler la rétine est quelque chose d'inestimable ; mais alors, à quoi bon prendre le soin d'appâter le chaland en lui promettant une histoire de taulard, véridique en plus ? Tel quel, Bronson provoque finalement une impression amère, celle d'avoir vu un film totalement vide - alors qu'il est bien loin de l'être - et dépourvu de matière. Un spectacle de Guignol avec un unique protagoniste, trop court pour être lassant mais pas plus euphorisant que ça. Winding Refn est un maestro, mais il le sait sans doute trop bien : son film est bien trop narcissique pour réellement convaincre.




Bronson de Nicolas Winding Refn. 1h32. Sortie : 15/07/2009.

5 commentaires sur “BRONSON”

Pascale a dit…

Parfois je comprends RIEN à ce que tu dis.
Tout et son contraire.
Ici je résume : c'est génial mais c'est nul.
C'est sans intérêt mais c'est grandiose...
Si t'étais né en 17 à Leidenstadt, y'aurait bien fallu que tu choisisses ton camp !
ah ah ah !

Kilucru a dit…

Tiens cela me rappelle que je possède la trilogie" Puscher", n'ayant pu la voir sur grand écran !

Bronson Je me tates...et puis encore une bio, bon sang quelle année !

FredMJG a dit…

Nan nan te tâtes pas (enfin, quoique, si ça t'fait plaisir, tu vis ta vie), vazydonc ! l'acteur est à se tordre !!!

dasola a dit…

Bonjour Rob, Pusher c'est très bien: j'ai vu les trois en salle l'été 2006 et Bronson, c'est presque génial. Quelle mise en scène! Je ne connaissais pas l'acteur: impressionnant! Le contenu n'est pas si vide que cela et le contenant compense tout. Bonne journée.

Pascale a dit…

Je n'ai qu'un mot à dire (enfin, trois !) :
PUTAIN D'FILM.

Quand je pense que j'ai failli ne pas y aller à cause de ton bégaiement !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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