21 juin 2009

WHO'S THAT KNOCKING AT MY DOOR [inédit]

Il est toujours émouvant d'assister à la naissance d'un auteur. Il y a plus de quatre décennies, un type de 25 balais nommé Martin Scorsese faisait ses premières armes derrière une caméra, passant au long après avoir tourné quelques courts et moyens métrages. Inédit dans les salles françaises, Who's that knocking at my door (titré I call first à l'origine) est l'occasion de constater que, contrairement à d'autres cinéastes de sa génération, ce cher Marty n'a guère mis de temps à trouver son style. Religion, brusques montées de violence et petits mecs gominés : toutes les clés du cinéma de Scorsese - en tout cas du Scorsese du vingtième siècle - sont ici réunies dans ce qui est non seulement un document précieux mais aussi un très bon film.
Interprété par Harvey Keitel, le héros est purement scorsesien : aimant fanfaronner avec ses petites frappes de copains, J.R. est bien différent lorsqu'il se retrouve seul, capable de faire preuve de délicatesse avec la gent féminine et d'étaler sa culture sans ambages. Mais J.R., comme plus tard Travis Bickle et les autres, est aussi gouverné par des pulsions machistes et violentes, ce qui le conduit à rejeter celle qu'il aime lorsqu'elle lui raconte le viol dont elle a été victime. Tout est là : l'hypocrisie bondieusarde consistant à considérer la victime comme aussi coupable que son agresseur, la façon de traiter la femme comme un être inférieur et redevable, la fierté typiquement italo-américaine et plus généralement masculine. Scorsese regarde son héros s'enfoncer dans un raisonnement stupide, en spirale, s'éloignant peu à peu de la belle qu'il avait conquis ardemment.
D'une modestie émouvante et d'une vraie violence morale, le film est en plus parfaitement stylisé, compensant un manque certain de moyens par ce qu'on appelle le talent. Aujourd'hui encore, qui mieux que Scorsese peut réussir de longues séquences musicales, où le morceau choisi contraste idéalement avec la gravité de ce qui se passe à l'image ? Qui peut décrire avec fascination l'obsession d'un personnage pour la religion sans tomber dans le prosélytisme, et ce malgré quelques plans franchement gonflés (à la fin, le héros embrasse une croix et se met soudain à cracher du sang) ? Pas grand monde, si ce n'est quelques disciples ayant bien appris leur leçon. Sur un noir et blanc impeccable, qui tire étonnamment vers les couleurs claires plutôt que vers les ténèbres, Scorsese tisse un drame réussi qui, à l'époque, devait sembler prometteur. Les promesses, depuis, ont été plus que tenues, même si le cinéaste ne vit pas actuellement ses meilleures heures.




Who's that knocking at my door (I call first) de Martin Scorsese (1967). 1h45. Sortie : 10/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Laterna Magica.

3 commentaires sur “WHO'S THAT KNOCKING AT MY DOOR [inédit]”

laternamagika a dit…

Faut que j'écrive dessus aussi. Je l'avais vu ado mais j'en avais rien tiré. Là j'ai beaucoup aimé, pas suradoré, mais le film est diablement intéressant.

Je suis content de lire aussi que tu ne trouves pas le Scorsese actuel très en forme. Ca me gave un peu cette adoration autour de ces derniers films qui, exception faite éventuellement d'Aviator, sont quand même bien en dessous de ce la plupart de ce qu'il a pu faire jusqu'A tombeau ouverts.

J'attend Shutter Island avec une furieuse impatience.

Pascale a dit…

La chance !!!

Carla a dit…

Il y a plein de bonnes raisons pour voir ce premier film de Scorcese, et il y a encore de bonnes raisons de l'apprécier (exploration des possibilités de la caméra, du montage, mise en scène d'un certain esthétisme) mais il faut avouer que c'est un peu académique et que le film est sacrément vieillot. Bien plus que Last Exit to Brooklyn, le roman de H. Selby Jr, qui n'est pas sans rappeler certaines scènes du film, et qui se passe dans le même milieu. Mais le roman me fait toujours l'effet d'un coup de poing, ce qui n'est pas le cas de ce film !

Shutter Island : le roman est bon, mais je ne suis pas sûre que le passage au visuel soit une bonne chose pour le suspens...

 
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