5 juin 2009

HOME

Si l'on en croit les médias, il y a pire que de ne pas voter aux élections européennes ou d'abandonner sa grand-mère sur le bord de la route : non, actuellement, le comportement le plus intolérable qui soit est de ne pas regarder Home, le film que Yann Arthus-Bertrand, Luc Besson et François-Henri Pinault offrent à la Terre entière, et à la France en particulier. L'affiche le clame haut et fort, en majuscules et en gigantesque : « Nous avons tous rendez-vous avec la planète le 5 juin ». Façon de nous exhorter à voir le film d'une manière ou d'une autre, et de jouer avec la culpabilité du péquin moyen. Présenté gratuitement ce vendredi soir dans bon nombre de salles, projeté au Champ de Mars en présence des responsables du film et du maire de Paris, proposé sur YouTube, vendu à prix coûtant dans les grandes enseignes de produits culturels, diffusé en prime time sur France 2, le film de YAB s'impose donc comme une œuvre inévitable, aussi difficile à esquiver qu'un éléphant dans un couloir.
Cependant, personne n'est obligé de regarder Home, et heureusement. Au risque de passer pour un gros salaud se moquant bien de l'avenir de la planète bleue (ces deux derniers mots étant à prononcer les yeux écarquillés vers l'horizon, pour montrer qu'on est impliqué et ému), chacun est tout à fait libre de décider de passer les 2 heures que dure le film (1 heure 30 pour la version télé) à faire autre chose. Et ce sans avoir à fournir la moindre raison. On peut aussi avoir envie de se justifier un peu, d'expliquer pourquoi on se tamponne le coquillard de ce prétendu évènement.
D'abord, Home ressemble de très près à une opération de green washing destinée à faire reluire monsieur Pinault, ponte de la vente par correspondance et du cosmétique qui tache, et ayant assez peu de leçons à donner côté environnement. Le green washing, c'est ce procédé qui consiste à se donner bonne conscience et à montrer publiquement ses penchants écolos par le biais d'opérations commerciales et populaires. Ça permet de montrer qu'on est un type bien, pas juste une pompe à fric. Un synonyme connu est "foutage de gueule".
Ensuite, il est parfaitement permis (et même largement conseillé) d'être totalement réfractaire au travail de monsieur Arthus-Bertrand, qui fait son beurre depuis des lustres sur la base d'une seule idée : faire pleurer dans les chaumières en filmant tout ce qu'il trouve du haut de son hélicoptère. Home n'est qu'une énième variation de sa Terre vue du ciel, série de photographies déclinées jusqu'à plus soif en calendriers, bouquins cale-porte, lithographies et sous-bocks. Tant pis si ça passe pour du délit de faciès, mais la mentalité arthusienne se lit en totalité sur le visage de son auteur, sorte de mix entre un ravi de la crèche et un altermondialiste made in Larzac, lissant entre ses doigts sa moustache blanche, blanche comme les glaciers, vous savez, ceux qui fondent si vite que bientôt les ours polaires vont se noyer.
Car c'est ça, le seul et unique tenant de la "réflexion" du monsieur : résumer le monde par une série de cartes postales idylliques ou apocalyptiques, et pointer du doigt le spectateur en lui disant que s'il continue à prendre sa voiture pour aller faire ses courses et à reprendre du dessert alors que d'autres crèvent de faim, la Terre se transformera sous peu en une gigantesque boule de feu. Si Al Gore et sa Vérité qui dérange faisaient déjà preuve d'un didactisme et d'un moralisme des plus pénibles, ce n'est rien à côté de ce type qui, croyant avoir inventé la vue du dessus, nous crie « j'ai mal à la planète » à la façon d'un Francis Lalanne des bons jours. Évidemment, que la Terre va mal ; évidemment, qu'il y a des comportements à revoir ; ce n'est sans doute pas en empilant lieux communs, schématisme et bons sentiments qu'il va en sortir quelque chose.
Pour finir, et si quelqu'un a eu le courage de lire jusqu'ici ce qui va sans doute être considéré comme un ramassis de médiocrité, voici un extrait imaginaire de la critique que l'on trouvera très probablement ici et là, dans différents medias ciné ou sur des forums aux contenus divers. Ceux qui auront vu le film me diront si je me trompe.

Assassins et boureaux, voilà ce que nous sommes. Jour après jour, geste après geste, nous contribuons à éteindre à petit feu la planète qui nous a donné la vie. Et, par conséquent, nous nous auto-condamnons à mort en persistant à nous comporter en parfaits inconscients. Contrairement à nous, du haut de son hélicoptère, Yann Arthus-Bertrand a compris depuis fort longtemps à quel point tout va mal sur cette Terre encore si belle, mais pourtant en train de dépérir. Projet humaniste et ouvert au monde, Home entend remettre chaucn à sa place en le rendant acteur de son futur et de celui de ses enfants.
La mission menée par Arthus-Bertrand est d'une grande beauté, et en même temps d'une infinie simplicité : d'un continent à l'autre, dans tous les recoins de l'univers, il élève sa caméra et son point de vue pour nous en montrer les ressources, les textures, les couleurs. Il nous fait toucher du doigt la magie totale qui fait que la vie est possible et appréciable, et que l'existence de chacun fait sens, du pauvre paysan dogon à l'informaticien tokyoïte. Sans jugement, en soulignant ses images d'une légère voix off destinée à enrichir également notre savoir, le réalisateur nous fait faire le tour de la Terre et finit par dresser un constat assez terrible : nos jours sont possiblement comptés. Les merveilles de la nature risquent de disparaître une à une, les hommes finiront par payer la standardisation du monde et la multiplication des gaz à effet de serre... C'est un cri d'alarme sincère et humain que nous offre Arthus-Bertrand, qui a fait des pieds et des mains pour que son oeuvre soit accessible à tous. Ce n'est pas un hasard : pour résumer, son message est qu'un autre monde est possible, à condition de travailler main dans la main pour amenuiser le poids de nos erreurs et ne pas continuer à foncer droit dans le mur.
Mais
Home est aussi une oeuvre picturale intense, une succession de tableaux que n'auraient pas renié les plus grands cinéastes naturalistes du siècle passé. Dieu que c'est beau, une steppe peu à peu animée par la course des bisons. Dieu que c'est beau, ces épaisses couches de neige qui glissent peu à peu sur le flanc de la montagne. Dieu que c'est beau, cette brume qui se lève peu à peu sur les marais texans. C'est beau mais éphémère, et Arthus-Bertrand nous donne envie de faire un effort, un vrai, pour tenter de préserver cette oeuvre d'art qu'est notre Terre. Les chiffres proposés çà et là sont édifiants : notre monde est au bord du point de rupture, mais il n'est pas trop tard pour le sauver. L'immense oeuvre de bienfaisance qu'est Home , immense oeuvre tout court, est peut-être la première pierre d'un édifice qui permettra notre salut à tous. Le monde se rappellera sans doute de cette soirée du 5 juin.

Pour finir, je rappelle que le prochain qui m'offre un calendrier perpétuel Yann Arthus-Bertrand ou ce genre de truc, je l'égorge avec un couvercle de boîte de conserve. Que chacun se rassure : après l'avoir nettoyé, je le placerai avec précaution dans le container réservé aux matériaux recyclables.



Home de Yann Arthus-Bertrand. 2h. Sortie : 05/06/2009.
Critique sur Nightswimming.

15 commentaires sur “HOME”

LaNe a dit…

Merci.

:)

(quid du France-Turquie au même moment sur France 2 ?)

Rob Gordon a dit…

En même temps, j'ai beau aimer le foot, j'ai pas regardé ça non plus.

Jango a dit…

Magnifique billet :-)

Cela dit, je vais quand même le regarder sur Youtube histoire de voir de belles images mais je cautionne ton propos !

Mathieu (Jango)

vaeylon a dit…

Je suis entièrement d'accord avec toi. Marre du battage médiatique, marre de Yann Arthus-Bertrand, marre de ces pseudos écolos qui sont là que pour faire de la thune et te faire avoir mauvaise conscience (et genre ton hélico il pollue pas peut-être ?).

Rien que par anti-conformisme primaire et complètement idiot je me bornerai a tout faire pour ne pas voir ce film.

Je bouffe mal, je consomme comme un gros et j'aime ça ! Ca m'empêche pas "d'aimer ma planète" mais j'aime pas qu'on me donne des leçons de vie (surtout quand par ailleurs elle sont aussi minables et réchauffées que celles-ci (J'entends par là que YAB nous rabâche la même chose depuis plusieurs années)).

:D

Hyacinthe a dit…

Sans décrier avec autant de violence que toi ce film, il est vrai qu'il y a énormément matière à critiquer cette coproduction Besson-PPR-YAB...
Je n'ai pas été voir "Home", bien que d'un point de vue technique uniquement, j'aurais bien aimé voir ce que rendait la proj. du Champ de Mars, mais de toute façon, je connais un paquet de monde prêt à me dire que c'est honteux et que je n'ai aucun sens civique !
En attendant, moi, ce week-end, je retourne dans mon fief natal où je suis inscrit sur les listes électorales, car contrairement à la majorité des Français, je vote aux européennes (et en plus, je vote "Les Verts")

laternamagika a dit…

Je n'ai pas vu le film, mais ce que tu dis résume très exactement mes raisons pour lesquelles je ne suis absolument pas pressé de voir ce film...

Concernant ton commentaire chez moi, et bien je crois que je t'ai vu en sortant de la salle du film de Guiraudie ce soir.. Le temps que je réagisse tu avais déjà filé... si c'était bien toi :-s

Voisin Blogueur a dit…

Aucune envie de le voir...Plus on me force à regarder quelque chose moins j'ai envie. Ca dure deux heures en plus pfiouuu

Anna a dit…

Entièrement dans le même état d'esprit que toi ! Le prêchi-prêcha écolo bien pensant m'a toujours exaspéré au plus haut point, mais là c'est le pompon... Financé par François Pinault, non mais franchement, de qui se moque-t-on ?

Pascale a dit…

Ben j'ai tout lu.
J'ai pas accroché.
A vrai dire je faisais "baby sitting" en même temps. Et j'étais plus captivée par les mimiques de ma chérie !
Sinon, comme pour des raisons "pédaogiques", j'ai TOUTES les affiches de Yanou devant les yeux depuis deux ans... Le film reprend donc les affiches (en mouvement), les textes et basta.
Du grand cinéma anéfé, en plus du reste !!!

Pascale a dit…

quand j'ai dit j'ai pas accroché... c'est au film évidemment, pas à ta prose !

Rob Gordon a dit…

J'ai eu peur. J'étais à deux doigts de me petit suicider.

Vincent a dit…

Bah dis donc, quelle agressivité, un vrai home-icide !
(pas pu me retenir, elle était trop tentante)

La Bestiole a dit…

La boîte de conserve, c'est une boîte de thon j'espère?

Anonyme a dit…

coucou, j'ai tout lu (et c'était loin d'être merdique).
j'ai vu le film hier au cinéma en version longue et on peut dire que c'est long!
Visuellement c'est très beau (et oui quand même il faut le reconnaître) mais je n'ai pas tant accroché que ça finalement.

Quand au fait que ce soir Pinault qui produise... il suffit de voir les premières images (Home avec toutes les marques) pour comprendre que c 'est un méga coup de pub pour ce (gentil?) monsieur!!!

Sabine
http://justarrived.canalblog.com/

Anonyme a dit…

J'ai tout lu aussi, avec plaisir.
J'ai dit à peu près la même chose dans le forum "Québecos.com", ce qui a déclenché l'ire d'un autre membre de ce forum.
J'ai dû arrêter la discussion avant intervention des modos.
J'adore ton humour.
Vive le thon !

fanch

 
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