22 juin 2009

FAUSTA

Il y a trois films dans Fausta. D'abord le portrait annoncé d'une femme brisée par la mort de sa mère, qui lui a transmis un curieux mal-être (le lait de la douleur, soit en espagnol la teta asustada du titre original) à l'origine d'une peur du viol la poussant à se faire germer une pomme de terre dans le vagin. On a les ceintures de chasteté qu'on peut. Ce conte fantaisiste et inquiet laisse cependant la place à un traitement plus social, puisque Fausta est engagée comme domestique auprès d'une pianiste de renom, l'occasion pour la réalisatrice Claudia Llosa de brosser une énième peinture des soucis engendrés par la différence des classes. Le tout est entrecoupé de séances montrant les préparatifs d'un mariage auquel l'héroïne est conviée : plus chaleureux et coloré, c'est cet univers-là qui séduit le plus par sa tonalité rappelant le Kustu d'antan ou, mieux, le récent Tulpan.
Récompensé par l'Ours d'Or en février dernier, ce film péruvien est pourtant une oeuvre tout à fait modeste et oubliable, dont le postulat pittoresque n'apparaît bien vite que comme une façon d'appâter le chaland. Cette histoire de lait de la douleur (appelé ainsi car il se transmet par le lait maternel) aurait sans doute eu une autre allure dans les mains de cinéastes de renom, de Bunuel à Pasolini. Ici, elle finit par devenir carrément anecdotique, voire par sortir complètement du cadre. Fausta est mal dans sa peau, c'est un fait ; convoquer tout ce folklore pour si peu semble d'une vanité folle.
Fausta se voit avec un ennui poli, la beauté baroque de certaines images venant rompre la torpeur du spectateur à intervalles réguliers. D'amusantes scènes relatant les préparatifs du mariage - et le mariage lui-même - remplissent également ce rôle, faisant oublier à quel point le film passe à côté de son sujet. Et puis il y a Magaly Solier, dont l'étrange beauté et l'apparente timidité maladive font naître une émotion réelle à l'écran. Un peu insuffisant pour rendre Fausta réellement mémorable. La sélection de la Berlinale était-elle si faible que cela cette année ?




Fausta (La teta asustada) de Claudia Llosa. 1h33. Sortie : 17/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Tadah ! blog.

8 commentaires sur “FAUSTA”

Vincent a dit…

Malheureux, c'est un pur film, grandiose, envoûtant, sublime ! La sélection de la Berlinale était paraît-il, oui, très faible mais Fausta n'en demeure pas moins un immense Ours d'or.

Pascale a dit…

A Cabourg, certains disaient que ça leur avait donné envie de manger des frites ce film !

J'ai préféré la courgette, ainsi j'ai pu joindre l'utile à l'agréable.

Oups... pardon !

Voisin Blogueur a dit…

Ce film ne t'a pas donné la patate on dirait...haha, bon comme Pascale je m'excuse ;)

Stéphane a dit…

Ah voilà enfin quelqu'un de mon avis sur ce film. La sélection officielle de Berlin était vraiment faible cette année, mais d'autres films auraient largement mérité l'ours d'or comme The Messenger...

Jordane a dit…

Mouais, 1 petit mois sans ciné, et j'suis allé voir ça... bah ça me laisse de marbre, c'est d'un plat... même pas d'histoire de quequette avec le jardinier, bof, y'en a marre des films qui ne font qu'effleurer les sentiments !

Anonyme a dit…

Intéressant le commentaire de Jordane : pas de quéquette pas de sentiment ? Fausta au contraire c'est du sentiment pur, ça se voit, ça envahit l'écran, dans le corps et le visage de l'héroïne, les déplacements, les contrastes... Moi, il me semblait que le cinéma était fait pour ça, mais bon... Ce film m'a énormément touchée, il faut accepter de se laisser happer par la terreur de Fausta et en même temps le combat qu'elle mène contre elle-même, la façon dont elle se protège et trace sa route, avec ce dont elle dispose, la musique et cette pomme de terre qui germe en elle, le réalisme le plus cru et la poésie la plus absolue. Sans doute plus difficile pour un homme, mais un film fondamental.

Lilite a dit…

A moins d'être insensible ce film, son sujet, l'actrice , la musique, les paysages, l'ambiance... ne peuvent vous laisser indifférent.
Ce n'est pas une superproduction américaine mais un film d'auteur traité avec beaucoup de respect et de pudeur.
Il ne faut pas s'attendre a autre chose qu'une jolie histoire se déroulant dans une atmosphère bien particulière.
Je n'ai pas vu le reste de la selection de la berlinale, mais ne suis en rien étonné de voir ce métrage primé, c'est une belle histoire et une jolie réalisation.

Anonyme a dit…

FAUSTA se retrouve à nouveau cette année dans la liste des 9 longs métrages en langue étrangère présélectionnés aux Oscars.
- Semaine du 3 Mars nouvelles séances : ST DIE (EXCELSIOR)
- Semaine du 17 Mars STRASBOURG (ODYSSEE)
- Semaine du 24 Mars SALON DE PROVENCE (ARCADES)

 
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